15.05.2012
Le quart d'heure de prière (3)
La spiritualité chrétienne est tellement différente de la spiritualité stoïcienne, par exemple ! Certaines personnes (mais elles sont rares) pourront réserver chaque jour un petit quart d'heure pour un exament de conscience, uniquement d'un point de vue moral. Le petit quart d'heure dont je vous parle se place à un point de vue très différent : c'est très bien de venir chaque jour en face de soi, mais si c'est pour constater chaque jour qu'on est rempli de défauts et d'infidélités, si c'est pour sentir chaque jour qu'on est incapable de suivre le règlement qu'on s'est soi-même donné, c'est très décourageant !
Au contraire, la parabole des ouvriers de la onzième heure est tellement réconfortante : nous sentons bien que nous avons raté toute notre journée, nous sentons que nous n'avons rien fait de ce que Dieu voulait, mais nous croyons que dans cet humble quart d'heure de prière, Dieu peut tout rattraper par sa miséricorde.
Ou encore mieux, nous pensons au bon larron, et à la fin de notre misérable journée, à la mort de cette journée, nous pouvons toujours dire : " Mon Dieu, aie pitié de moi !" Cette journée alors peut être la meilleure, parce que Dieu peut nous donner une grâce qui répare tout ce que nous avons pu faire de mal, et nous rendre plus humbles que si tout avait été bien à nos yeux.
Cet acte de foi nous empêche par là-même de tomber dans un des dangers les plus forts actuellement : le dégoût de soi-même, et le découragement. Ce petit quart d'heure de prière concilie tout à fait le sentiment d'être un pauvre pécheur et la certitude que notre personne, dans ce qu'elle a de plus profond, de plus secret, est connue et aimée de Dieu.
A suivre au prochain post...
Père Thomas Philippe - Le Quart d'heure de prière - St Paul Editions religieuses
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13.05.2012
Le quart d'heure de prière (2)
Suite du post du 13 mars 2011
Le "moi" et notre vraie personne
Un des pauvres lots de notre nature humaine, c'est de sentir toujours notre moi. Nous ne savons pas comment il s'est constitué, mais dès que nous réfléchissons un tout petit peu, nous n'avons aucune difficulté à découvrir qu'il y a en nous un énorme moi égoïste, un moi égocentrique, jouisseur, vaniteux, dominateur, un moi qui veut toujours tout ramener à lui...
Et dès que nous cherchons un peu à aimer Jésus, nous souffrons terriblement de ce moi. C'est lui le grand obstacle à la vie intérieure, bien plus que toutes les conditions extérieures dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Socrate déjà le disait : " convertis-toi toi-même !"
Avant que le bon Dieu nous ait touchés, nous étions peut-être beaucoup moins tiraillés par ce moi... Notre moi nous faisait souffrir uniquement par les désagréments sociaux qu'il pouvait nous attirer. Mais dès que l'Esprit Saint se donne un peu à nous, nous souffrons de notre moi, et cela prouve que nous n'y sommes déjà plus attachés.
L'amour de Jésus nous découvre ce moi, et nous donne le désir qu'il meure, pour que naisse notre vraie personne d'enfant de Dieu. Or c'est la prière, et la prière uniquement, qui peut former notre vraie personne, profondément.
La prière, en effet, repose sur cette foi que la grâce de Dieu est enfouie au plus profond de nous-mêmes dans la conscience d'amour du tout petit enfant. Cette grâce s'enracine en nous avec les trois vertus théologales : la foi, l'espérance, et la charité qui nous mettent directement en rapport avec Dieu et permettent au Saint Esprit d'intervenir en nous par ses dons. (...)
Suite au prochain post...
Le quart d'heure de prière - P. Thomas Philippe - Ed St Paul, 1994
(Le P. Thomas Philippe (+) est à l'origine de l'Arche avec Jean Vanier)
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12.05.2012
Quelques paroles d' Ozanam (4)
L'ordre de la société repose sur deux vertus : justice et charité. Mais la justice suppose déjà beaucoup d'amour ; car il faut beaucoup aimer l'homme pour respecter son droit qui borne notre droit et sa liberté qui gêne notre liberté. Cependant la justice a des limites ; la charité n'en connaît pas. Notre devoir à nous, chrétiens, est de faire... que l'égalité s'opère , autant qu'elle est possible, parmi les hommes...que la charité fasse ce que la justice seule ne saurait faire !
Frédéric Ozanam (1813-1853)
pour aller plus loin :
http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.h...
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| Tags : charité et justice, justice et charité |
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11.05.2012
Paroles d'Ozanam (3)
Nous sommes tous comme les ouvriers des Gobelins qui, suivant les plans d'un artiste inconnu, s'appliquent à assortir les fils de diverses couleurs sur le revers de la trame. Ils ne voient pas le résultat de leur travail. C'est seulement quand tout est terminé qu'ils peuvent admirer à l'aise ces fleurs, ces figures, ces scènes splendides et dignes des palais des rois. Ainsi de nous : nous travaillons, nous souffrons ici-bas sans en voir le terme ni le fruit. Mais Dieu le voit, et quand il nous relève de notre tâche, il montre à nos regards émerveillés ce que Lui, le grand artiste invisible et présent partout, a fait de toutes ces fatigues qui nous semblent si stériles, et Il daigne placer dans son grand palais ces faibles oeuvres de nos mains.
Frédéric Ozanam (1813-1853)
pour aller plus loin :
http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.h...
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10.05.2012
Quelques paroles d'Ozanam (2)
Il faut mettre la main à la racine du mal, et par de sages réformes diminuer les causes de la misère publique.
Frédéric Ozanam (1813-1853)
pour aller plus loin :
http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.h...
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08.05.2012
Quelques paroles d'Ozanam (1)
La question qui divise les hommes de nos jours n'est plus une question de formes politiques, c'est une question sociale, c'est de savoir qui l'emportera de l'esprit d'égoïsme ou de l'esprit de sacrifice ; si la société ne sera qu'une grande exploitation au profit des plus forts ou une consécration de chacun pour le bien de tous et surtout pour la protection des faibles.
Frédéric Ozanam (1813-1853)
pour aller plus loin :
http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.h...
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| Tags : question sociale, ozanam |
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03.05.2012
La politique et le prince du mensonge (6)
(suite et fin du post précédent)
Ce n’est donc pas de façon artificielle et gratuite que nous avions choisi ce terme de démoniaque, il ne s’agissait nullement de «dramatiser » la question. Ce que nous avons montré ce n’est pas la différence entre l’idéal, ou la théorie, et puis une pratique, ce n’est pas davantage la reconnaissance des nécessités de la pratique politique: il y a bien plus. Il y a une certaine «structure» du démoniaque, qui rend compte de phénomènes réels dont rien ne peut expliquer de façon naturaliste et positiviste, l’existence et l’importance.
Il y a une dimension en profondeur de cette superficie. Comment pouvons- nous nous prêter à cela? Telle est la question. Or, j’ai reconnu que la structure du politique actuellement correspond trait pour trait à cette structure du démoniaque. Mais réciproquement ne pourrait-on pas aussi généraliser, et banaliser : après tout n’est-il pas possible de dire aussi bien: l’économie est démoniaque, l’argent est démoniaque, la science, la technique, etc. J’ai fait pas mal d’études critiques au sujet de la technique, je me suis toujours gardé de dire qu’elle était démoniaque ou diabolique. Ceci parce que, autant que faire se peut, je tiens à garder un sens relativement précis aux mots. Si le démoniaque correspond à ce que la Bible nous en dit (et c’est mon choix) explicité par Castelli entre autres, si l’on ne prend pas ce mot à la légère pour signifier un peu globalement ce qui est désagréable, ou injuste, ou mauvais, alors on ne peut pas l’appliquer actuellement à d’autres domaines que le politique, car aucun ne comporte l’ensemble des caractères et leur réciprocité. La science n’est pas (en tant que telle) productrice de mensonge et falsificatrice. L’économie n’est pas «l’horrible indéfini, le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». Je dirais par contre que certainement l’argent a été la puissance démoniaque par excellence au XIXe siècle, par exemple, ce que Marx a parfaitement dénoté, mais aujourd’hui, il a été si bien, souvent dénoncé, mis à jour, connoté comme démoniaque, que celui-ci s’est déplacé. Lorsque le Prince du mensonge est mis à jour, il disparaît. II cesse d’exercer sa puissance dans le lieu qu’il avait choisi pour élire d’autres domaines, pour employer de nouveaux miroirs. Nous sommes passés du démoniaque que de l’argent au démoniaque de la politique. C’est notre progrès et notre questionnement.
Jacques ELLUL
06:55 Publié dans ACTUALITES, Jacques Ellul | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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02.05.2012
La politique et le prince du mensonge (5)
(suite du post précédent)
Mais il y aurait un pas de plus à faire pour comprendre la politique: elle est actuellement le lieu du démoniaque. Je ne développerai pas ce point l’ayant entièrement explicité ailleurs. Je me borne à rappeler mes conclusions. La politique est le lieu de l’illusion totale de notre société. Mais au-delà de mes analyses d’autrefois, il faut souligner que: la politique est l’art de généraliser les faux problèmes, de donner de faux objectifs et d’engager de faux débats. Faux par rapport à la vie concrète des hommes concrets, faux par rapport aux tendances socio-économiques effectives que la politique n’atteint jamais. Dans cette fausse orientation, la politique mobilise toutes les énergies, elle engage le tout en généralisant le faux. Tout se joue constamment sur de faux problèmes élaborés et proposés par la politique comme seuls vrais et finissant par les imposer comme tels. Cet illusoire doit être combiné avec le mécanisme de la médiatisation politique. La politique devient médiatrice universelle, la médiatrice obligée entre l’individu et le corps social. On ne peut agir sur le corps social que par la voie politique. Elle est investie d’une légitimité à priori pour la direction de notre société. Elle institue un corps de médiateurs normalement validés. Elle institue une médiation politique. Tout ce qui se produit est traduit en langage politique, et devient par là explicable et compréhensible. La médiation politique s’exprime enfin dans la transposition de la volonté particulière à la volonté générale, intérêt général, etc. Et cette médiation qui joue sur tous les registres finit par se faire accepter par tous et pour le tout. Car là est encore le démoniaque politique, le moyen est substitué à la vérité, la médiation se substitue au tout et remplace tout. Et le dernier pas à faire, c’est le constat bien banal que l’Etat moderne se veut sauveur: nous sommes passés au stade de l’Etat-Providence. Mais ceci est dépassé par l’Etat porteur de Salut. Ce qui est «mensonge» se déclare « porteur de salut ». Telle est la puissance de la dissolution.
Si nous combinons l’illusoire total avec la médiation obligée, nous arrivons d’une part à une organisation de la non-réalité, d’autre part à l’anti-médiation du corps social, ce qui sont les deux caractères dominants de la politique actuelle. Ce n’est donc pas à proprement parler la prétention à une médiatisation qui est attestation du démoniaque, mais d’une part la confiscation de la médiatisation (exclusive de toute autre) associée, d’autre part à l’illusoire, c’est-à-dire produisant une médiatisation de Rien à Rien, d’un mensonge à une illusion, cependant que cela même engage le tout de l’homme et tous les hommes de cette société. Nous avons là un caractère spécifiquement démoniaque. Comme les autres caractères de la politique. Le Démon est celui qui en outre prend possession intérieure de l’homme, qui effectue les promesses d’accomplissement d’une volonté de Dieu supposée, et qui, à cause de ses promesses et de réalisations « d’évidence », se substitue à Dieu. Il est en tout l’imitation inverse du divin. D’autre part, il est indispensable de se référer au Démoniaque dans l’Art de E. Castelli. « Communier sans en appeler au Christ veut dire croire à une suffisance que seul le démoniaque peut insuffler », «l’horrible indéfini : le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». « La façade d’une face — anticipation allégorique de la foule, prélude au concept de Tous, c’est-à-dire de Personne. » «La Puissance de dissolution... » Voilà cinq formules de Castelli, explicitant le démoniaque et que nous retrouvons clairement dans la politique où nous avons rencontré tous les aspects qui caractérisent le démoniaque: le mensonge et l’illusion, la création d’un univers intégralement falsifié, l’évidence d’une promesse d’accomplissement de la volonté humaine, la communion suffisante, le sens dénaturé, la façade d’une face... Nous pourrions continuer.
Enfin la politique possède un pouvoir d’absorption, d’assimilation, irrésistible. Les anarcho-syndicalistes français de 1900 avaient totalement raison quand ils démontraient que la politique pervertit, en elle- même, par elle-même, toutes les intentions, tous les projets. Quand ils affirmaient que les socialistes, dès l’instant où ils commençaient à faire de la politique, continuaient à tenir un discours socialiste, mais avaient une pratique anti-socialiste et que les révolutionnaires entrant dans le champ politique cessaient immanquablement d’être révolutionnaires, Ces affirmations de 1880 se sont toutes exactement confirmées: Millerand, A. Briand, Paul-Boncour, Clémenceau, tous socialistes et révolutionnaires sérieux et convaincus, sont, au pouvoir, devenus en tout l’inverse de ce qu’ils avaient promis. Et de même le chrétien est pris dans le dilemme tragique, ou il cherche à rester chrétien et fera une politique stupide (Carter), ou il sera un politique efficace mais cessera fondamentalement, radicalement d’être chrétien. Rocard a raison d’affirmer l’incompatibilité essentielle des deux.
A suivre....
Jaques ELLUL
14:33 Publié dans ACTUALITES, Jacques Ellul | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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01.05.2012
La politique et le prince du mensonge (4)
(Suite du post précédent)
Combien de milliers de fois ai-je lu ces phrases écrites en transe, par exemple «Le capitalisme est le Mal absolu ». Et c’était écrit par un chrétien. Mais tout autant: «Le communisme est le Mal absolu.» L’accusation sans aucune possibilité de pardon, de mitigation, de conversion. Une fois que vous avez été communiste, vous ne pouvez pas changer, vous restez toujours sous le poids de l’accusation satanique. Il n’y a rien de bon et d’estimable dans l’adversaire. Seule son élimination radicale peut être un remède. La solution. Et cela c’est la politique qui l’a inventé. J’entends aussitôt une protestation: «N’est-ce pas plutôt la religion? » N’avons-nous pas connu l’Inquisition, les excommunications, les conversions par violence et contrainte... Je réponds radicalement là-dessus: oui, parfaitement la religion est devenue satanique chaque fois qu’elle a été prise en main par la politique. L’inquisition atroce n’a pas été celle de l’Eglise mais celle pratiquée au compte de l’Etat, pour lui et souvent par lui. L’extermination des Cathares est bien plus le fait du roi, qui s’est servi de l'Eglise, que de celle-ci. L’Inquisition ne devient extrême qu’entre les mains du roi du Portugal, du roi d’Espagne, de la république de Venise. Jusqu’à ce qu’elle devienne instrument d’une politique, l’excommunication n’est rien d’autre qu’un « remedium animi ». Et les conversions forcées, qui les a provoquées?
Qui a converti les Saxons par la violence ? Charlemagne. Qui a converti les Indiens par la violence ? Les conquistadores (alors que les chrétiens qui ne se mettaient pas au service de la politique pratiquaient au contraire la défense de la personne et des coutumes de ces Indiens). L’esprit d’accusation, de division d’un bien et d’un mal qui doit être extirpé est toujours le produit de la politique.
L’accusation majeure de notre temps est toujours issue d’un politique, fondée sur des motifs politiques, aboutissant à la mort dans le politique. La vue admirable de Koestler dans Le Zéro et l’infini fait éclater cela à l’évidence. Et de même que c’est la politique qui se fait prendre pour l’universel, et détrône Dieu, en réciproque, elle est productrice de l’accusation absolue. Ce qui est la contre-façon rigoureusement inverse de la justice divine. Ce n’est donc pas image littéraire facile, mais vue en profondeur de la politique, de la déclarer satanique, construite par le Satan, et implantée au coeur des hommes par le Satan. Ici encore, d’ailleurs, cela se greffe sur des sentiments spontanés humains, celui de l'auto justification et celui de l’expulsion de l’ennemi pour se purifier. La catharsis. L’homme a toujours besoin de se sentir juste, et jusqu’ici, c’était le rôle de la religion de lui offrir les moyens de la purification, entre autres par le sacrifice. Les grandes religions classiques ont disparu, et n’ont plus de pouvoir par manque de foi. Mais le besoin de l’homme reste aussi intense, le besoin d’être à ses yeux et aux yeux des autres, pur et légitime dans son existence. Et la voie, la seule qui lui soit maintenant offerte est celle de l’accusation, de la découverte politique du bouc émissaire désigné par la politique. Tout le mal est concentré dans cet autre, dissemblable, tout le mal va être expulsé lorsque cet autre sera expulsé ou, mieux, détruit. L’adversaire devient ennemi. L’ennemi devient l’incarnation absolue du mal. Et seul son anéantissement nous garantit non pas une simple victoire politique, mais le paradis, la justice, la liberté. Intégré moi-même dans le groupe des justes, je ne puis que partager leur justice. Or, tout repose sur l’accusation. C’est-à-dire l’oeuvre de Satan. Il n’y a pas simplement une structure, une organisation politique, il n’y a pas un simple effet psychologique, nous devons aller plus loin: précisons cependant que bien entendu le Diable ou Satan n’est pas un personnage, une figure située en un certain lieu donné, une volonté personnifiée ayant un objectif. Je dis que bibliquement partout où il y a rupture ou accusation il y a plus qu’un simple phénomène sociologique ou psychologique, il est impossible d’en expliquer et ramener tous les effets, par ou à du socio-psycho, etc. Il y a plus. Il y a une dimension spirituelle du domaine divin, il y a une dimension extra-humaine. Il y a une puissance inanalysable, qui rend la chose si effroyable. Et c’est ce qui est alors désigné par le Diable ou Satan. Maintenant, dans le monde où nous sommes, la politique est l’incarnation du Satan biblique.
à suivre
Jacques ELLUL
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30.04.2012
La politique et le prince du mensonge (3)
suite du post précédent
Je pourrais prendre d’autres exemples: quand il y a un sentiment de distinction entre des gens de race ou de couleur différentes, et des moeurs jugées étranges, et des coutumes ou des costumes curieux, cela n’empêche pas les gens de s’entendre. Ils sont aptes à se reconnaître. Jusqu’au moment où ces différences sont saisies par la politique, alors les dissemblances deviennent affaire tragique, les différences sont des motifs d’exclusion, alors naît le racisme. La provocation du racisme est toujours une création politique, à partir de sentiments naturels d’opposition qui n’empêchaient pas de coexister, parfois avec des heurts mais qui n’étaient jamais irrémédiables. Ainsi la politique rend les différences meurtrières, les conflits irréversibles, les oppositions d’idées irréparables. C’est-à-dire la vraie division diabolique.
Mais il faut sans doute ici préciser deux choses : je n’ai jamais voulu d’un unitarisme, d’une identification, de la reproduction indéfinie par un moule d’un seul type humain ou social. J’ai toujours lutté contre la production en série et pour les pluralismes. J’ai toujours dit que le dialogue se fonde inévitablement sur la différence. Donc quand j’accuse la politique d’être diabolique, ce n’est en rien au nom de l’unité ! Mais la division diabolique est celle qui n’est fondée sur rien de vrai, qui conduit à refuser le pluralisme, la coexistence, la reconnaissance de l’autre, le respect des opinions multiples, l’arrangement de relations humaines bricolées, l’attention à tous les intérêts multiples et divergents. Et si vous me dites que c’est justement cela qui définit la politique libérale, je vous renvoie à la pratique de ce libéralisme politique, et vous verrez qu’il est aussi diviseur que les autres politiques.
La seconde remarque porte sur le fait que mon accusation ne concerne ni la philosophie ni la théologie. C’est-à-dire que je ne prétends pas ainsi caractériser la politique en soi, éternelle, perdurable, considérée en métaphysique. Je parle, comme toujours, hic et nunc, le temps présent. La politique depuis trois cents ans, occidentale, mais qui maintenant a envahi et convaincu le monde, si bien que la politique africaine ou asiatique est exactement entrée dans cette même catégorie. Le diabolique a pris des formes diverses au cours de l’histoire, actuellement le diable, le diviseur, c’est la politique. Elle seule. Et dans son diabolisme, on la voit corrompre le droit, mentir sur la justice, provoquer les fausses espérances (les lendemains qui chantent...), engager l’homme dans des ruptures sans issues. Car tel est bien le diabolique: dramatiser, rompre irrémédiablement, faire entrer dans des impasses. Et tout cela par la voie de la séduction, de la promesse, de l’illusion. N’oublions pas que l’arme par excellence de toute politique, c’est la propagande. Et que celle-ci est le mensonge en soi. Le Prince du mensonge s’exprime aujourd’hui dans la propagande, créatrice de passion et de fausses évidences, d’engagement passionnel et d’aliénation intérieure. Et le mensonge majeur aujourd’hui, c’est la célèbre formule: « Tout est politique », ou encore: « Les peuples ne peuvent s’exprimer que par la voie politique », ou encore: « Si on n’agit pas politiquement, on ne fait rien.» Ces trois formules absurdes sont l’expression même du mensonge du Prince du mensonge exactement et totalement incarné aujourd’hui dans la politique. La politique aujourd’hui, c’est le Diable.
Mais elle est aussi et en même temps, le Satan. Bibliquement Satan et le Diable ne sont pas identiques (pas plus que Lucifer, qui d’ailleurs n’existe pas dans les textes bibliques et est une invention très postérieure). Le Diable, donc, le diviseur par moyen de séduction. Le Satan, c’est l’accusateur. Devant Dieu se tient celui qui en permanence accuse, accuse les hommes par exemple, mais Dieu aussi ! Et partout où il y a accusation (même légitime, même fondée, même judicieuse), il y a oeuvre de Satan. Il y a le Satan lui-même. Leur point de rencontre, c’est évidemment que tous deux par des voies différentes sont la négation de l’amour et de la communion, la négation et la destruction et la corruption de l’amour. Or, aujourd’hui où se situent les grandes accusations, qui désigne tel autre, tel groupe comme le Mal absolu ? Qui joue le rôle de procureur mondial, qui met en accusation une classe, un peuple, une race? Exactement et uniquement la politique. Nous avons vu que dans le diabolique, il y a une certaine corrélation du politique et de l’économique. Mais pas ici. Le satanique est du politique à l’état pur. II n’y a plus aucune raison, il n’y a plus aucune mesure, il n’y a plus aucune considération humaine qui puisse jouer. L’autre est accusé de tout le mal qui se produit, il est porté au niveau du Mal absolu, avec la certitude que si on arrive à l’éliminer, aura lieu enfin la purification, la libération. Accusation du communiste, ou du bourgeois, ou du nègre, ou du colonialiste, ou du capitaliste, ou du nazi, ou du juif...
A suivre....
Jacques Ellul
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29.04.2012
La politique et le prince du mensonge (2)
(suite du poste précédent)
Si on veut maintenir l’unité de la classe ouvrière, il ne faut pas faire de politique disaient Merrheim, Griffuelhes, Pelloutier. Et ils avaient senti exactement la nature de la politique, on ne les a pas entendus, et on a vu ce qui est arrivé. Les hommes politiques qui se présentent comme des rassembleurs font rire! Ils sont rassembleurs d’un groupe à condition d’approfondir le fossé qui le sépare de tout le reste de la nation, de même que la politique ne rassemble la nation (Union nationale) que dans la mesure où elle engage cette nation dans une guerre mortelle avec un autre pays. C’est même un moyen connu, admis, sans problème que la guerre pour unir le pays! La politique ne crée rien, et surtout pas la rencontre vraie, l’union des êtres, la marche en avant d’une société, fondamentalement unie et humainement décisionnelle et responsable. Elle ne produit que la division, le conflit en soi, rigoureusement inutiles, fondés sur rien, absurdes. Car lorsqu’un demi-siècle plus tard on regarde les divisions qui opposaient dans une haine farouche les adversaires politiques, on reste toujours stupéfait de la vanité, de la stupidité des motifs de division et de haine, comme en général des motifs de guerre. C’était donc pour cela que ces gens s’égorgeaient, se massacraient ? Nous ne serions pas si bêtes ! Mais ce que nous ne voyons pas, c’est que, avec d’autres objectifs, d’autres motifs nous faisons exactement la même chose ! Et nos motifs politiques de combat paraîtront aussi imbéciles à nos petits-fils. C’est le fait de la politique. Qui induit, séduit, provoque, engage les gens dans des conflits délirants. C’est elle qui nous fait prendre avec un sérieux absolu la «cause» qu’il faut défendre, ou la doctrine, les opinions, contre celles des autres. C’est elle qui fait que nous nous dressons pour des motifs superficiellement idéologiques contre nos frères. Et c’est au nom de ces stupidités, qu’elle provoque les grands massacres. Au nom de la mise en culture de la Sibérie, le goulag. Au nom d’une inutile production intensive de riz, Pol Pot massacre un tiers de son peuple, au nom du prestige politique la France envahit un quart du monde... Solennelles, grandiloquentes proclamations politiques ne produisant en fait, en profondeur que massacres et divisions, Mais dans l’instant, on y croit. On y croit les yeux fermés. La politique rend aveugle, totalement. Elle invente toutes les idéologies en même temps meurtrières et mobilisatrices. Elle provoque des conflits irréversibles. Un exemple simplifié: il y avait depuis le Moyen Age des communautés coexistantes, les Druzes et les Maronites, opposées sur tous les points, mais étant arrivées par le contact quotidien, par la pratique, par la connaissance humaine à un modus vivendi satisfaisant. Et puis voilà que la politique s’en mêle. La politique anglaise qui concurrence et veut mettre en échec la politique française. Et les Russes, et les Autrichiens. Chacun intervenant, soi-disant pour protéger telle ou telle communauté qui n’en avait nul besoin. Et voici qu’à partir du moment où la politique se saisit des relations des communautés. celles-ci sont rompues, les Druzes massacrent les Maronites, pour la première fois, et ceux-ci répondent. Et depuis 1840 cela n’a plus cessé. L’éclatement atroce du Liban est le fruit immédiat de l’entrée de la politique dans les relations humaines.
Jacques Ellul
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28.04.2012
La politique et le prince du mensonge 1
Dans cette période entre les deux tours des élections présidentielles j'ai trouvé intéressant de relire avec vous quelques textes de Jacques Ellul sur la politique. Avec Ellul c'est toujours "décapant". Il y aura chaque jour, jusqu'au dimanche du second tour (dans huit jours) une série de textes.
La politique est diabolique. Le diable, le diabolos, c’est étymologiquement celui qui divise, qui sépare, qui désunit, qui rompt la communion, qui provoque le divorce, qui brise le dialogue. Le diable biblique, c’est celui qui a provoqué la rupture entre l’homme et Dieu, qui a utilisé des moyens multiples pour amener l’homme (dans la Genèse) à briser la communion qui caractérisait le rapport du Créateur et de la Création. Il a agi sur des tendances parfaitement naturelles et saines de l’homme: Dieu a créé celui-ci libre et il l’a chargé de diriger, de soumettre la création. Le diable induit de là l’homme à se déclarer indépendant à l’égard de Dieu, et à se vouloir autonome envers sa volonté. Et de même, il transforme le pouvoir donné par Dieu en volonté de puissance et de domination. Cette utilisation et cette déviation est typique de l’action diabolique qui transforme l’oeuvre de Dieu en son inverse, en prétendant l’accomplir. Et c’est aussi bien le passage de la politique, idéale, idéaliste, morale et communautaire en cette politique réelle que j’évoquais plus haut. Pour procéder à ce retournement, le diable agit, bibliquement par la séduction (Eve regarde «l’arbre », et voit de toute évidence qu’il est beau, bon, agréable, intelligent...) et par ce que l’on appelle souvent le mensonge (le diable, prince du mensonge) mais qui est plutôt l’utilisation de la vérité pour produire des effets inverses de ceux de la vérité. Ainsi dans le dialogue entre Eve et le Diable, celui-ci ne ment pas: il annonce bien qu’ils seront comme des dieux, décidant le bien et le mal, et qu’ils ne mourront pas. Mais il séduit en opérant un glissement de sens et de valeurs. La réalité devient vérité. Et la réalité place l’homme dans une situation différente de celle qu’il avait imaginée ou espérée au travers des miroitements et des réfractions multiples de la séduction diabolique.
Or, aujourd’hui, concrètement dans nos sociétés, qu’est-ce qui est le prince du mensonge ? La politique, et j’irai jusqu’à dire seule la politique. La France est divisée en deux blocs, absurdement, car nous savons bien en effet que l’un et l’autre sont à très peu de choses interchangeables, et que c’est réellement bonnet blanc et blanc bonnet. Mais ce nonobstant la France est divisée. Il y a des vaincus et des vainqueurs, par étiquette politique. Rien d’autre qu’étiquettes! Il y a impérialisme blanc et rouge, prêts à se faire la guerre. Et qu’est-ce qui pousse les peuples, qui en général n’en ont pas l’idée spontanée, droit à la guerre: la politique. Qu’est-ce qui amène des gars du Texas à aller tuer des Vietnamiens ? Et des gars d’Estonie à aller tuer des Afghans ? La politique seule, qui prétend représenter l’intérêt général, les intérêts collectifs, la patrie et tout le tintouin. Il y a bien sûr, de toute évidence des groupes et des clans qui ne s’entendent pas, et des tribus et des familles, et des corporations qui sont hostiles les unes aux autres, cela ne tire pas à grande conséquence, au pire, des vendettas. Mais quand ces intérêts locaux sont pris en main par la politique, alors ils deviennent représentatifs de l’intérêt général ! Alors on passe aux drames collectifs où les innocents paient pour les coupables. Et en vain on parlerait des intérêts économiques qui sont plus fondamentaux: sans la structure, la stratégie, les appareils, les idéologies, tous politiques, les intérêts économiques ne sont rien et ne changeraient pas grand-chose. C’est la politique qui conquiert (je veux bien au profit de l’économique) les colonies et les marchés, c’est la politique qui mobilise les hommes pour des guerres rendues inévitables par les intérêts économiques. Et ce n’est pas toujours exact que la politique soit mue par l’économique, mais même ainsi, c’est elle qui est le diviseur par excellence: c’est la politique (et non l’économique, comme on le croit trop souvent!) qui est productrice de la division en classes, et qui organise la lutte de classes. Voyez l’incroyable difficulté des partisans à sortir de la politique. Les syndicats y sont inévitablement ramenés. Et lorsqu’une pensée ouvrière se veut à la fois révolutionnaire et hostile à la politique, comme fut l’anarcho-syndicalisme, elle ne réussit pas et ne peut durer longtemps. « Les progrès » du socialisme se font par la voie politique et non par la lutte des classes économiques. Et les anarcho-syndicalistes condamnant la politique avaient parfaitement vu ce caractère de diviseur quand ils affirmaient que le syndicalisme ne doit pas entrer dans la voie politique, parce que celle-ci ne produit que des divisions, et qu’elle entraînerait inévitablement l’éclatement de la classe ouvrière en «tendances» diverses.
A suivre...(demain)
Jacques ELLUL
14:21 Publié dans ACTUALITES, Jacques Ellul | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : création, diable, genèse, politique, lutte des classes, socialisme, syndicats, volonté de domination, partis politiques |
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19.04.2012
La peur de Pierre et la nôtre
"Eloigne toi de moi Seigneur, parce que je suis un pécheur." Il dit ainsi parce qu'une sorte d'épouvante s'est emparée de lui [l'apôtre Pierre] au spectacle de la pêche miraculeuse. Dieu ne s'est pas présenté à lui dans un appareil bien terrifiant. Il y a mis toute la discrétion possible et toute la bonté possible. Pendant toute la nuit, Pierre a travaillé en vain et, comme sur un conseil d'ami, au petit jour il se décide à éloigner sa barque davantage encore, dans l'espoir, une dernière fois, de prendre quelque chose et, ce qui se passe est tellement saisissant que Pierre prend peur. Devant cette puissance de Dieu mise à son service, il comprend que Dieu est là. Et il a peur. Rapprochons cette parole de Pierre : " Eloigne toi de moi parce que je suis un pécheur" de cette parole du Christ évoquée d'une manière magnifique : "Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs" et je suis prêt à négliger en apparence, à laisser dans le désert les 99 brebis qui n'ont pas besoin de se convertir pour aller chercher dans les broussailles, dans les épines du monde celle qui a péché et qui, par son péché, s'est mise dans l'impossibilité de revenir au bercail si je ne vais pas la chercher moi-même. Le Christ pourrait donc répondre à Pierre : mais c'est justement parce que tu es un pécheur que je suis là. Loin de justifier une fuite de ma part, ou la tienne, cette qualité de pécheur est justement le titre au nom duquel nous devons nous rencontrer, au nom duquel nous devons parler ensemble. Et justement à cause de cela que je te demande de supporter ma présence qui te fait peur. Et c'est normal. Je voudrais que beaucoup de personnes qui disent avoir confiance en la miséricorde de Dieu fassent un petit peu cette expérience de Pierre. Il y a des gens qui déclarent qu'ils ne craignent pas Dieu, qui font confiance en sa miséricorde, moyennant quoi ils ne sont pas pressés de faire quelque chose pour le trouver, pour le rencontrer, pour lui plaire. moyennant quoi ils se rassurent et, ils vont quelques fois déclarant qu'ils ne croient pas à l'enfer, que ce n'est pas possible, parce que Dieu est trop bon. Je ne discute pas ce point. Je dis seulement que cette conviction dans laquelle ils sont peut-être de pouvoir se rassurer, de ne pas s'inquiéter : cette conviction ne repose pas dans une vraie confiance en la miséricorde. Car, je pense que ces personnes si elles se trouvaient brusquement en présence du Christ, comprendraient brusquement, comme Pierre, qu'elles ont peur.
Et justement, elles se servent de cette soi-disant confiance en la miséricorde pour fuir cette mise en présence du Christ avec ce qu'elle comporte en effet de redoutable pour quelqu'un qui saisit brusquement que le Christ et lui, que Dieu et lui ne sont pas du même monde, que ça ne peut pas marcher ensemble . Ce n'est pas un raisonnement qui peut faire comprendre cela. C'est une mise en présence. Et une mise en présence de la bonté de Dieu. Que Dieu fasse pour nous un miracle un peu plus saisissant, quoique discret, et qu'il nous fasse sentir qu'il n'est pas loin et nous avons peur. Et cette peur est fondée sur une découverte d'une grande vérité et sur une immense ignorance.
La découverte d'une grande vérité en face de laquelle nous nous aveuglons volontiers et volontairement à savoir, qu'entre Dieu et nous, il n'y a rien de commun et que nous ne pouvons pas supporter le contact de Dieu. Que nous voulions profiter de sa miséricore : oui mais pas pour être mis en contact avec Lui ! Profiter de sa miséricorde pour être tranquille, pour qu'Il ne nous juge pas, c'est un père trop bon pour nous faire du mal, voilà ce que nous pensons !
Mais nous n'allons pas jusqu'à imaginer et nous restons inconscients à l'égard des paroles que l'Eglise et l'Evangile nous enseignent. Nous n'allons pas jusqu'à imaginer que Dieu puisse désirer faire commerce avec nous, entrer en intimité avec nous. Et si nous imaginions cela alors nous aurions peur. (...) et quand nous comprenons cela alors, avec notre soi-diant confiance dans la miséricode, nous avons peur, parce que nous comprenons que ce ne peut pas se faire. "Eloigne-toi de moi, pécheur..." non, ce n'est pas possible, tu ne peux pas t'approcher de moi tel que je suis, parce que je suis un pécheur.
Pierre découvre une grande vérité, à savoir qu'il n'est pas prêt à soutenir le regard de Dieu. Mais il commet une grande erreur que nous connaissons tous et qui consiste à s'imaginer qu'il faut d'abord s'éloigner de Dieu, de ne pas se rapprocher trop et d'essayer de se faire une toilette de façon à ce que, autant que possible le choc entre la lumière de Dieu et notre misère n'aie pas lieu. Si on pouvait "arranger les choses" et c'est ça que nous appelons "nous préparer" à la mort. Et là nous commettons une grande erreur avec Pierre : nous imaginons Dieu à notre image. Cette vérité là que Dieu n'est pas comme nous, c'est cette vérité là qui devrait faire la base de notre espérance ! Parce que justement nous nous sommes durs, mais Dieu n'est pas dur. Nous nous sommes mauvais mais Dieu est bon. Et c'est justement parce que Dieu est bon que Lui peut soutenir le choc de cette rencontre avec notre péché. Et si nous voulons nous préparer à mourir, si nous voulons modifier notre conduite et notre être profond : il ne faut pas attendre pour cela, il ne faut pas attendre de rencontrer Dieu plus tard, il faut tout de suite se précipiter vers la miséricorde de Dieu. Pour que la miséricorde de Dieu nous apprenne à supporter le contact avec Dieu. Ce qu'il nous demande c'est d'avoir le courage de venir tout de suite, tels que nous sommes, sans faire aucune toilette, c'est-à-dire dans la vérité. Sans chercher à nous dissimuler et à dissimuler ce qu'il y a de plus laid en nous. Il y a bien des personnes qui se présentent au confessionnal mais qui ne trouvent pas de péché ! Ou si peu ! Et qui supportent si mal qu'on porte le regard sur tel ou tel domaine de leur vie qui n'est peut être pas tout à fait au point. Parce que des fois, ça les obligerait à prendre conscience qu'elles sont des pécheurs. De ces personnes qui se présentent comme des bons chrétiens, pas des chrétiens d'élite, nous sommes de pauvres gens, nous ne sommes pas très vertueux, nous ne sommes pas très fervents, mais enfin il n'y a pas grand chose à nous reprocher. Eh bien ces personnes-là si elles étaient mises en présence de la bonté du Christ à travers un miracle comme celui de la pêche miraculeuse, brusquement un cri tressaillirait du fond de leur être : je suis pécheur !! Et c'est ce cri qu'elles n'ont pas envie de pousser sur la terre. C'est ce cri qu'elles veulent éviter d'avoir à sortir de leur coeur. alors elles passent à côté de la miséricorde de Dieu.
C'est cette expérience-là qu'il faut accepter de faire. Nous discutons, nous analysons beaucoup notre conduite mais qu'est-ce qui se passerait si brusquement on Le voyait, si on Le sentait : ah nous ne discuterions plus. Et à ce moment-là le Christ pourrait nous apprendre à avoir confiance. La vraie confiance. Une fois que nous serions dans la vérité enfin, nous ne chercherions plus à nous rassurer par des arguments, nous pourrions peut être trouver la miséricorde en comprenant du fond de notre être que c'est justement ce qui nous fait peur en Dieu et en nous qui doit nous rapprocher Dieu et nous ; notre extrême misère et son infinie tendresse, son infinie bonté, son infinie pureté. (...) Cette chose dont nous avons peur, ce qu'il y a de plus laid en nous (nous ne pourrons pas entrer au ciel avec notre colère, avec notre mépris, avec nos mesquineries) cela, la miséricorde de Dieu nous demande de le lui donner et de ne pas, sous prétexte que nous sommes des pécheurs, de refuser d'entrer en contact avec Lui. Le vrai contact avec la miséricorde qui pardonne tout, qui guérit tout, qui ne demande qu'une seule chose : la confiance et la vérité ; la loyauté par laquelle nous reconnaissons que ca va mal pour nous et la confiance qui jette tout dans le coeur de Dieu parce qu'elle sait que Dieu a un coeur de père, a un coeur de mère et qu'il est tout-puissant, qu'il a donné son sang pour nous sauver et que nous n'avons pas le droit de craindre.
M.D. Molinié o.p (homélie)
18:57 Publié dans M-D. Molinié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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18.04.2012
Ne pas s'attarder sur soi-même
[Une conférence du père Molinié. Retranscription d'un enseignement oral.]
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Qu'est ce que veut dire, pour la vie spirituelle, "se regarder" au sens ou c'est regrettable ?
Se regarder, non pas au sens où l'on a conscience de soi, avoir conscience de ce qui nous arrive, de ce qu'on éprouve, de ce qu'on est. Ce n'est pas cela. C'est quelque chose de beaucoup plus simple et plus profond. C'est tout simplement prendre son centre de gravité sur nous, en un mot : s'attarder, s'attarder sur soi-même. Il y a lieu de s'occuper de soi comme il y a lieu de s'occuper du reste, tout ce que Dieu nous demande, et le temps nécessaire et pas plus. Il y a les choses auxquelles on s'occupe et il y a des choses auxquelles on s'attarde. Il n'y a qu'une seule chose pour laquelle nous devons nous attarder : c'est la contemplation de Dieu. Mais comme cette contemplation de Dieu n'est pas la contemplation du Ciel, et que ce n'est pas non plus une contemplation philosophique, et que ça ne doit pas être non plus une contemplation orgueilleuse. Ca doit être avant tout la contemplation de sa miséricorde et ce mouvement dont je vous ai parlé, de regrets suivis d'un oubli [je vous renvoie aux posts précédents], c'est justement ce mouvement grâce auquel constatant que nous nous sommes encore attardés sur nous-mêmes, car il n'y a finalement pas d'autres fautes, que nous nous sommes regardés plus que ce n'était nécessaire, que nous avons pensé à ce que nous avions fait ou à ce que nous devions faire ou à ce que nous pourrions faire ou à ce qui peut nous arriver, ou à ce qui nous est arrivé, plus que ce n'était nécessaire. Constatant cela nous le regrettons et en le regrettant nous l'oublions ! Et en l'oubliant nous cessons de nous attarder. Alors je tiens d'abord à souligner que ce mouvement ne serait absolument impossible s'il n'y avait pas la réalité du Souffle qui nous appelle et qui nous entraîne à ne plus nous regarder. S'il n'y avait pas cette pression du Saint Esprit qui toujours nous dit : en avant, en avant, ne t'arrête pas ! ne traîne pas sur toutes ces choses ! Regarde-moi ! Si tu as peur parce qu'il y a tes péchés ou parce que tu es désolé de ta misère, regarde ma miséricorde, mais regarde-là avec foi et avec cette puissance qui te permette d'oublier tout ce au nom de quoi tu prétends ne pas me regarder. Il faut qu'il y ait le Saint Esprit ! Ce n'est pas une spiritualité que nous pouvons fabriquer. Ce n'est pas une méthode, ce n'est pas une technique de contemplation. C'est tout simplement la réponse de la créature à cette pression inimaginable du Saint Esprit la pourchassant et l'invitant à ne pas regarder en arrière et à ne pas se retourner sur elle-même.
Et alors ici, il y a une chose que je tiens à souligner. Souvent on se demande : qu'est-ce qui va m'arriver ? Où est-ce que Dieu va m'entraîner ? Eh bien, cela : se demander où Dieu va nous entraîner, avoir peur parce que Dieu veut nous formuler telle ou telle demande c'est déjà s'attarder sur soi-même. Evidemment. C'est par conséquent déjà se couper de la lumière et de la force qui nous permettra de trouver suave le joug du Seigneur et doux le fardeau qu'il doit nous faire porter. A partir du moment où on se pose cette question, tout ce que Dieu peut nous demander devient littéralement et irrésistiblement insupportable au sens propre et au sens fort du mot !
Et alors là, je tiens à insister là-dessus. Ce qui est difficile ce n'est pas de faire ceci ou cela que Dieu peut nous demander. Ce qui est difficile c'est de faire le mouvement dont je vous parle. Il est aussi difficile de regarder un arbre, de plaisanter, de travailler à une chose qui nous plaît ou qui nous ennuie peu importe ; il est aussi difficile de faire tout cela sans se retourner sur soi que de subir le martyr sans se retourner sur sa souffrance. C'est le même problème, exactement dans les deux cas. C'est la même difficulté, peu importe ce que Dieu nous demandera. A partir du moment où nous le regardons Lui avec confiance, nous n'aurons pas plus de difficulté à faire une chose que l'autre. Et à partir du moment où nous ne le regardons plus avec confiance, nous aurons autant d'impossibilités à faire les choses dites faciles qu'à faire les choses dites difficiles ; j'entends à les faire dans l'amour. Par conséquent ce problème de ce que Dieu peut nous demander et des régions vers lesquelles il va nous entraîner ne signifie rien. Il va nous entraîner en Dieu, de toute façon. Et c'est justement cela, même si le chemin devait être bordé de roses, sans aucune épine, sans aucune épreuve, c'est ce simple fait d'aller en Dieu qui nous répugne ou qui nous plaît. Mais de toute façon c'est bien là le seul problème de la vie spirituelle.
Souvent, on met sur le compte de cette espèce de tristesse, de mauvaise humeur, d'engourdissement lourd, pénible à porter, pour elle-même et pour les autres, qui se dégage de la présence de toutes ces âmes. On met cela souvent sur le compte d'un tempérament, ce que Thérèse d'Avila appelait "tempérament mélancolique". Bien sûr qu'il y a des différences de tempérament. Bien sûr que Dieu seul sonde les reins et les coeurs ; et que souvent pour faire peu de choses, une âme a besoin de beaucoup plus d'amour que d'autres pour faire beaucoup de choses matériellement. Pour être équilibrée, patiente, calme telle âme a besoin de beaucoup plus d'amour et de Saint Esprit que telle autre. Donc il ne faut pas juger sur les résultats, ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Ce que je veux dire c'est qu'il est aussi facile de devenir une âme attardée avec un tempérament heureux qu'avec un tempérament malheureux. Ce sera peut être moins désagréable pour les autres encore que...! Toutes les âmes attardées font souffrir les autres et elle-même. Et elles les font souffrir d'une manière différente qui revient toujours au même, à savoir que chez ces âmes il y a toujours une porte fermée que jamais on ne parvient à ouvrir. Alors les unes sont correctes, impeccables dans une certaine mesure quelques fois. Il n'y a rien à leur dire, pas de reproche à leur faire, mais elles pèsent lourd quand même, parce qu'elles s'attardent sur elles-mêmes au lieu de tout jeter en Dieu selon ce mouvement progressif qui ne se fait pas du jour au lendemain. Ce mouvement de pauvre, mais de plus en plus fréquent par lequel on s'oublie ; ça veut dire on oublie ses problèmes, on oublie cette agitation pour se laisser prendre de plus en plus par le mouvement irréversible de cette lumière qui nous attire.
Alors que ces âmes aient un tempérament heureux ou malheureux, ça n'y change rien. Si elles ont un tempérament heureux et qu'elles s'attardent, je vous le répète, elles sont lourdes. Si elles ont un tempérament malheureux et déagréable et qu'elles ne s'attardent pas (elles ne s'attardent pas à discuter, à se justifier leurs propres fautes et leurs propres erreurs. Elles ne s'attardent pas non plus à s'en pleindre et à se lamenter, elles ne s'attardent à rien !) : eh bien finallement elles sont légères. Seules les âmes attardées trouvent à redire à leurs misères et à leurs défaut.
Et il y aurait lieu de parler de ce mouvement aussi quant à la solution des problèmes que nous avons à résoudre constamment dans notre vie. Problèmes pratiques autour desquels nous méditons, nous réfléchissons (qu'est-ce que je dois faire ?) Et nous délibérons longtemps quelques fois. Et nous agitons toutes les solutions possibles avec notre imagination. Eh bien pensez à ce que faisait quelqu'un dont c'était le métier de méditer les choses, de les peser, de discutter les choses avec toute son intelligence et son imagination, je veux dire saint Thomas. Quand il ne trouvait pas, il ne s'échauffait pas à trouver toutes les solutions possibles, à se mettre à essayer toutes les portes possibles, toutes les issues possibles. Il sentait qu'il y avait quelque chose qui lui résistait, que la solution ne viendrait pas aisément avec un travail normal et simple de la raison. Alors il allait prier auprès du saint Sacrement en pleurant. Il n'avait pas peur de se détourner de son devoir d'état, il n'avait pas peur de cette solution (la prière) soit disant facile qui consistait, au lieu de s'échauffer les méninges, à ne pas s'attarder dans les broussailles des arguties de toute sorte et des sophismes. Il allait demander la lumière.
Si dans nos rapports fraternels par exemple, au lieu de nous agiter pour voir quelle est la meilleure solution, si on voit que ça ne va pas, arrêtons nous , si possible. Ne nous attardons pas à toutes ces broussailles et à toutes ces épines, demandons ce qu'il faut faire. Regardons la sainte Vierge, regardons vers le Saint Esprit, demandons lui de nettoyer tout cela et d'oublier tout ce qui nous empêche de voir ce qui est simple, car la solution en toutes choses est toujours simple !! Et c'est justement pour cela que nous ne la voyons pas. C'est parce que nous sommes empêtrés dans les broussailles. Eh bien, demandons la grâce d'oublier d'une manière irréversible toutes ces broussailles. Et ne cédez jamais à la tentation de croire que vous vous êtes engagés sur une voie d'engourdissement irréversible. A tout moment, n'importe qui, les plus grands pécheurs et les plus faibles pécheurs aussi, les âmes normalement et banalement et médiocrement attardées : en un seul moment si elles y croient, le jour de la Pentecôte qui vient , Dieu est toujours prêt à tout recréer et à faire une âme sainte de toute âme qui accepte enfin d'oublier le passé et elle-même pour ne regarder mais vraiment de tout son être que la miséricorde infinie de Dieu.
P. Marie-Dominique Molinié o.p
19:00 Publié dans Fondamentaux, M-D. Molinié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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17.04.2012
conversions, réconciliation et purification de la mémoire (3)
Suite des deux posts précédents.
Je retranscris ici un enseignement oral (enregistré) donné par le Père Marie-Dominique Molinié (dominicain).
Il a écrit plusieurs ouvrages dont : " Le courage d'avoir peur" et " Je choisis tout".
[mes commentaires figurent entre crochets et en italique]
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Voyez l'usage des sacrements. Pour commencer je peux vous proposer de demander cette grâce d'essayer de promettre l'attitude qui en résulte [voir poste précédent] pour chaque confession.
Chaque fois que vous recevez "ce nouveau baptême" [c'est une comparaison car le baptême est un sacrement qu'on reçoit qu'une seule fois, mais la confession renouvelle en quelque sorte la grâce du baptême] Est-ce que vous recevez le sacrement de pénitence comme un baptême ? Dans la foi, le sacrement de pénitence devrait être comme un nouveau baptême. Il faut qu'il y ait une espèce de regret à la base. Et on sort de ce réalisme chrétien si on essaye de se dispenser de ce regret. Et de ce regret qui va loin, qui est très douloureux, faites attention ! Je ne vous dispense pas du regret, surtout le regret de freiner, de ralentir, de vous attarder, de vous apesantir sur vous-mêmes alors que le Souffle (l'Esprit Saint) est là qui pourrait vous emporter si loin et si vite ! Alors regrettons ! regrettons ! mais de plus en plus [M.D Molinié parle du regret que nous éprouvons face à notre résistance à la grâce, à tous nos refus d'une réelle conversion. Voir les posts précédents] ! car plus nous regrettons, plus immédiatement nous renaissons, en nous plongeant dans le sang du Christ et alors cela ce n'est pas seulement le sacrement de pénitence qui peut le faire c'est l'Eucharistie. Il faut que je vous rappelle cet enseignement traditionnel de l'Eglise : l'Eucharistie a tout ce qu'il faut pour accomplir les effets de tous les sacrements y compris le sacrement de pénitence, par conséquent y compris le pouvoir d'effacer les péchés mortels. De telle sorte que, si quelqu'un, de bonne foi, et n'étant pas en état de grâce (mais ne le sachant pas, car il n' a pas moyen de le savoir) mais de bonne foi (ou n'ayant pas appris qu'il fallait se confesser parce qu'on n'a pas su le lui dire ) communie avec une intention droite, l'eucharistie, parce que c'est le sang du Christ qui pénètre en lui, efface ses péchés mortels et lui redonne la vie de la grâce, tout comme le sacrement de pénitence. Alors bien entendu, à éviter [ce qui est à éviter - semble dire M.D Molinié c'est la communion eucharistique sans le préalable du sacrement de pénitence-réconciliation] . Et l'eucharistie a la puissance d'effacer les péchés véniels. Parmi les moyens d'effacer les péchés véniels autre que le sacrement de pénitence, l'Eucharistie est le premier, avant le Notre-Père, avant le Confiteor, avant l'acte de charité, toutes choses qui suffisent pour effacer les péchés véniels donc à nous per-mettre-de-les-ou-blier ! Non pas les oublier pour mieux recommencer ! Je suppose que vous comprenez ce que je veux dire. Les oublier pour mieux penser à Dieu ! Puis à la joie d'être sauvé car c'est toujours de là qu'il faut partir. [sauvé en espérance, car notre salut n'est pas une certitude de foi mais objet d'espérance] De la joie d'être sauvé, sinon vous ne ferez rien de bon en vie spirituelle. Le regret doit être immédiatement donné dans le sang du Christ, c'est la matière du sacrement. Alors, entre temps, il peut y avoir des rechutes. Je vous repète que ce sont les états d'âme dont il ne faut pas se souvenir. Surtout. Ce ne sont pas les souvenirs du passé qu'il faut oublier, comprenez-moi bien. Et alors ? Et alors pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? La communion a lieu une fois par jour parce qu'il faut bien qu'on vive, qu'on fasse autre chose ! [on ne peut pas passer toute la journée à communier veut dire le Père Molinié] Mais l'Eglise voudrait bien ne pas cesser de communier et elle ne cesse pas de communier. L'adoration eucharistique c'est la manifestation extérieure et publique de la part de l'Eglise, de son désir que la messe dure toujours et que, par conséquent que la conversion n'arrête pas ! Mais ce qui peut ne jamais cesser non plus c'est le regret fécond et positif suivi d'une conversion et d'un point de départ à zéro qui peut arriver à devenir aussi permanent que la faute : c'est ça ce qui s'appelle la sainteté : "mon Dieu ayez pitié de moi, mon Dieu j'ai confiance en vous, mon Dieu merci... mon Dieu ayez pitié de moi, mon Dieu j'ai confiance en vous, mon Dieu merci. Mon Dieu ayez......." Une âme religieuse plante sa tente dans cette attitude. Voilà le fond de l'affaire c'est que ce désordre (mon Dieu ayez pitié..) eh bien Dieu peut tirer le bien d'un mal ! [cette formule peut choquer, elle aurait besoin d'une explication, d'un développement] Il faut que ce désordre soit le moteur de notre conversion perpétuelle, par le regret. Ce qu'il y a de plus opposé à cette attitude c'est la tentation de construire sa vie spirituelle, pierre après pierre, étage après étage ! Non ! La sainteté ça ressemble à la ré-éducation de ceux qui doivent apprendre à respirer de nouveau parce qu'ils se sont noyés et à qui ont fait la respiration artificielle et lentement, lentement, lentement ça revient. Ceux-là ils ne construisent rien. Ils font un premier mouvement et, après ce premier mouvement ils refont le même mouvement. Il n'y a plus qu'à recommencer. Et ce sera toujours à refaire. Et précisément une des résistances les plus lourdes que nous opposons à l'amour de Dieu c'est cette obstination avec laquelle nous voudrions pouvoir nous dire : cette fois et depuis 5 ans je commence tout de même à faire quelque chose pour l'amour de Dieu [regard en arrière et auto satisfaction !!!] : nous interrompons le mouvement ! Le saint est celui qui découvre qu'il n'a encore rien demandé ! Alors il se dit : je vais m'y mettre et il prend encore conscience qu'il n'a toujours rien demandé etc... un mouvement permanent où Dieu agit et va de plus en plus vite. Mais on ne s'installe pas dans la supplication perpétuelle. C'est un mouvement, un mouvement de conversion permanent, en suppliant de plus en plus souvent [jusqu'à 80 000 tours minute...: c'est à peu près le régime de la sainteté !] et à l'aide des sacrements [réconciliation-eucharistie] qui sont des temps forts qui rythment le mouvement, et les sacramentaux aussi.
fin de cette conférence.
père M.D Molinié, o.p
09:41 Publié dans M-D. Molinié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : pentecôte, supplication, vie spirituelle, sacrements, pénitence, eucharistie, progrès spiriuel, la conversion et les conversions |
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15.04.2012
conversions, réconciliation et purification de la mémoire (2)
(suite du post précédent).
remarque pour éviter un grave contre-sens :
le père M.D Molinié s'adresse ici à un auditoire de religieuses. Quand il parle du mal c'est le mal que nous pouvons faire chaque jour : manquement à la charité fraternelle, tiédeur.....Mais qu'en est-il d'un chrétien qui aurait commis des actes graves comme le meurtre par exemple ? Dans pareil cas il aurait le devoir de se dénoncer, de se présenter à la justice et d'assumer les conséquences de ses actes en purgeant la peine que la justice des hommes lui infligera, et en réparant ... : sans ces démarches préalables, sa démarche de pardon à Dieu n'aurait aucun sens. Mais devant Dieu la médiocrité spirituelle d'une personne consacrée à Dieu peut être plus grave que la médiocrité d'un petit délinquant ou les actes répréhensibles d'un assassin. C'est le secret des coeurs, seul Dieu connaît les motivations profondes des actes humains. C'est pourquoi nous ne devons pas juger autrui car ce serait nous mettre à la place de Dieu. Ni autrui, ni nous-mêmes ! Tout homme, fût-il un assassin, peut (par la grâce de Dieu) se convertir et tirer d'un mal un bien ; quitter son enfer pour marcher vers la lumière. Finalement et quelle que soit notre situation "spirituelle" du moment, nous tirerons toujours avantage à écouter l'enseignement du P. M.D Molinié et à l'adapter à notre cheminement ici et maintenant.
Dans cet exposé le style oral ne respecte pas forcément des structures de phrases plus classiques.
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(...) oublions tranquillement, et le plus tranquillement possible ou plutôt le plus allègrement possible, le plus passionnément possible tout le passé, et toutes les conséquences futures du passé telles que nous pouvons les prévoir humainement. Car il y a des conséquences divines du passé que Dieu seul connaît à savoir le bien qu' Il peut tirer du mal à chaque instant dès que nous lui donnons le mal, car il faut lui donner le mal pour qu'Il en tire quelque chose d'extraordinaire que Lui seul peut en tirer. Il ne faut pas perdre son temps à regarder le mal. Il faut le Lui donner, et Il a besoin que nous le Lui donnions. Alors voyez quelle audace que ça représente ! Et si quelque chose devait être regrettée - ah oui regrettée - pour que le sacrement de pénitence puisse s'exercer et après, qu'ensuite, on oublie immédiatement ce qu'on regrette c'est-ce-que précisément, ce que le chrétien et le contemplatif fassent cela : Lui donnent leurs péchés, Lui donnent leurs misères, mais pas seulement leurs misères mais surtout le non-être, puisque Lui seul peut en tirer l'être... Et ce non-être qui est le mal et le mal des autres et le nôtre, et les conséquences, eh bien je vous le donne parce que je sais que vous pourrez en tirer du bien à chaque instant. A chaque instant ! Alors que d'inquiétudes nous nous épargnerions si nous agissions ainsi.
Prenons un exemple très simple, et classique, combien classique : ne pas savoir exactement ce qu'il faut faire en face de telle circonstance, en face de quelqu'un. On ne sait jamais exactement ce qu'il faut faire. Il y a des cas ou c'est particulièrement difficile, désagréable, inquiétant. Et on sent que la partie entre les ténèbres et la lumière est tellement serrée, tellement violente qu'on est tenté (et le démon est bien là pour nous y inviter) à considérer la moindre fausse note, le moindre faux pas, la moindre maladresse, la moindre faute, comme entraînant une série de conséquences ténébreuses et irrémédiables. Tout simplement une seule chose à faire (mais ça nous ne le faisons pas parce que nous ne le croyons pas) : tout donner. Et oublier (vif) ! Tout donner et oublier. Ah c'est du sport ! je ne vais pas vous le cacher. Et ce mouvement qui s'appelle en fin de compte une "conversion". A chaque fois que nous faisons quelque chose comme ça (tout donner et oublier) c'est une véritable petite conversion qui s'opère en nous. Car c'est ça la conversion finalement : abandonner le passé et partir à zéro. Et j'entends votre objection : mais à quoi bon cette conversion si c'est toujours à refaire ? Ah aïe aîe (rires dans l'auditoire) ! Donc vous révez bien d'une conversion à partir de laquelle il n'y aurait plus à se convertir. Vous, vous révez bien de ce qui est aux antipodes de la sainteté ; puisque la sainteté est une accélération de la fréquence des conversions. A tout instant nous échappons à la lumière de Dieu, c'est évident, nous sommes pécheurs. Le problème ne consiste pas d'arriver à vouloir trouver un truc pour un jour ne plus échapper à la lumière de Dieu. Ou plutôt il y en a un... (c'est regretter, tout donner à Dieu et oublier) La conversion c'est un mouvement fondé sur le regret et le regret comme oubliant. C'est-à-dire c'est un mouvement par lequel à chaque instant on donne (à Dieu) cette souillure (notre péché) qui nous échappe, qui vient de nous. Et à force de la donner tout le temps il y a un moment on ne s'arrête pas de donner le passé et de se convertir. Etre dans la lumière de Dieu c'est justement ça la tentation. Oui au ciel. Voilà bien la différence entre le régime de la terre et le régime du Ciel. Au Ciel on n'aura plus à donner successivement. On donnera éternellement dans un seul acte. Il n'y aura plus d'événements. Il n'y aura plus de conversions. Ah d'accord ! Mais en attendant, à tout instant : l'infidélité, la rechute, l'apesantissement... la pesanteur nous menace ! Par conséquent on a qu'une solution pour être constamment fidèle : c'est en sorte de se reprendre toujours. Autrement dit que la conversion soit en effet toujours à refaire, mais alors de plus en plus toujours ! De telle sorte que plus on va, plus on se plonge dans cette mentalité de ne pas avoir encore commencé, comme ce bon chartreux qui dormait toujours. Il dormait toujours et pour se réveiller il avait construit un système d'horlogerie sensationnel (rires de l'assemblée) où une planche lui tombait sur les pieds (rires) mais il n'y arrivait pas. Au moment de mourir il a dit : je vais enfin me réveiller ! (rires). C'est magnifique ! c'est exactement ça !
Alors j'en reviens à ce coup de vent qui nous projette à cent mètres et on se dit : ça y est, c'est pas mal. C'est pas mal et d'une part on n'a pas envie de monter plus haut, on trouve que c'est déjà pas mal comme ça. Et d'autre part, on veut essayer de trouver le truc pour ne plus redescendre. Et à la première dégringolade on se dit : c'est encore à refaire. En fait c'est à refaire pour aller plus haut. Ce qui nous perd c'est que nous considérons le coup de vent de la conversion comme un événement transitoire destiné à nous mettre dans un état qu'on appellerait la sainteté. Il n'y a pas d'état de sainteté ! Il y a simplement une précipitation de plus en plus fréquente des coups de vent, accélérés par le nombre peut-être aussi fréquent des chutes conscientes. Conscientes c'est-à-dire qu'au fur et à mesure qu'on devient plus délicat, pratiquement on s'aperçoit qu'on rechute tout le temps. Tout le temps. Du fait qu'on oublie Dieu, pas le passé. Je rêve d'extirper de vos âmes le rêve, le désir de ce coup de vent définitif après lequel il n'y en aurait plus besoin : vous êtes aux antipodes de la sainteté. Il s'agit de se plonger de plus en plus dans la mentalité permanente des "ouvriers de la dernière heure" (c'est une parabole des Evangiles) qui brusquement découvrent qu'ils vont tout recevoir, que tout va commencer : enfin je vais me réveiller ! Alors une autre comparaison encore si vous voulez : celle d'une locomotive qui se met en marche : tche...tche... tche...au début, c'est une petite mise en marche. C'est laborieux comme nous avec le poids du jour, le poids de la chair, le poids de la sottise et tout ça nous ralentit, puis dix ans plus tard un coup de vent, puis espérons un autre coup de vent ..cinq ans plus tard, et puis deux ans, et puis un an, et puis un mois et puis....etc et que ça finisse par se rapprocher : c'est le mouvement de conversion... jusqu'à non pas tous les jours mais qu'à tout moment le vent ne cesse (le Saint Esprit) de souffler. Et il ne tient qu'à nous car Lui il souffle d'une manière éternelle, sans arrêt. C'est nous qui nous freinons son action avec ce petit discours intérieur que nous faisons à Dieu : attendez un peu que je m'y reconnaisse , que j'exploite les lumières que vous m'avez données et puis que je fasse une vie de bon chrétien, de bonne religieuse..avec ce que j'ai on doit pouvoir faire mieux. Et puis patatra ! la chute ! Alors on se décourage ! Et on appelle (Dieu), et immédiatement on reçoit comme toujours, ça ne traîne pas mais à condition qu'on appelle pour de vrai, sérieusement, du fond de l'être.... et immédiatement "nouvelle promotion" et à nouveau nous reprenons notre discours : ah , je vais pouvoir commencer à faire quelque chose ! Alors qu'il aurait fallu qu' après un premier coup de vent, et qu'au lieu de s'installer, qu'au lieu d'attendre paresseusement, Il faut qu'à tout moment nous renaissions, dans un mouvement irréversible, de plus en plus souvent jusqu'à devenir "à tout moment" et sous la pression d'un vent qui nous empêche de retourner en arrière : allez, allez, en avant ! On essaye de se retourner mais il n'y a pas moyen .. c'est ça le souffle du Saint Esprit quand il devient un peu harcelant. Il ne le fait pas tout de suite parce que nous ne le supporterions pas. C'est vraiment pas dans nos habitudes, ça nous donnerait comme de voyager sur la mer, avec un immense mal de mer, au fond c'est ça les purifications passives. c'est une espèce d'immence nausée du fait qu'on ne sent plus sous nos pieds le terrain solide. Dieu nous saisit. Il n'y a plus moyen de respirer tranquille comme avant : allez en avant, ne regarde pas ton passé, ce que tu as pu faire de bien, de mal... oublies ! ..Tu le donnes à la miséricorde ! Ah mais alors ! c'est quand même un peu... harassant ! C'est ça.
Alors voyez l'usage des sacrements...
Père Marie-Dominique Molinié
suite au prochain post...
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09.04.2012
conversions, réconciliation et purification de la mémoire (1)
[Conférence du Père Molinier, dominicain. Je retranscris un enseignement oral enregistré. A part quelques morceaux, dans l'ensemble j'ai pu faire cette retranscription car l'enregistrement est d'une bonne qualité. Mais ce n'est pas aussi fluide que la retranscription d'un texte écrit. ]
Je voudrais revenir par un autre biais à ce que je vous disais, à la suite de la conférence sur la douceur de Dieu, sur les visites de Dieu. Je voudrais relier cela et vous parler d'un tas de choses : les sacrements, les visites de Dieu, la conversion, la Pentecôte : tout ça va se trouver agréablement mêlé là-dedans, agréablement j'espère.
Je partirai d'une confidence qui m'a été faite très récemment par... une "âme" comme on dit, une âme, une âme religieuse, fort religieuse d'ailleurs, et cette confidence m'a profondément frappé en ce qui concerne les sacrements et au fond.. la purification de la mémoire dans notre sujet ce soir Cette personne m'a dit : "il y a deux ans... il y a un an peu importe j'ai reçu l'extrême onction et j'ai reçu les sacrements, pour la première fois de ma vie, avec le plus de foi possible et j'ai éprouvé comme un nouveau baptême, quelque chose d'absolument neuf qui commençait en moi et comme une facilité nouvelle pour aimer Dieu et tout ce que peut impliquer le..... " mais alors avec cette particularité qui concerne en effet la purification de la mémoire et qui est vraiment très très remarquable, qui va vraiment bien nous servir de point de départ pour ce soir. Cette particularité que je ne pouvais plus revenir en arrière. Non seulement je ne pouvais plus revenir en arrière en ce sens que je ne pouvais plus retrouver la mentalité un peu traînante, poussiérieuse, ralentie, freinée par le poids du jour que je pouvais avoir avant, mais que je ne pouvais même plus me souvenir.
Non pas une incapacité totale de repenser en cas de besoin à la date de ma naissance ou à tel ou tel événement s'il avait fallu en répondre du point de vue de l'état civil que sais-je, n'est-ce pas, ou la date de ma profession : ce n'est pas ça qu'on appelle ne pas pouvoir revenir en arrière ; la purification de la mémoire c'est ne plus pouvoir me souvenir sur mes états d'âme antérieurs, sur ce que j'étais spirituellement avant, sur les objets qui m'avaient préoccupé, tout ça étant balayé, liquidé comme si ça n'avait jamais existé. J'ai profité de cette grâce avec joie, et petit à petit, je me suis aperçu, il y a deux ans de cela, je me suis aperçu, à la longue que, de nouveau, je sentais comme un freinage, comme une poussière, comme un entassement de choses qui me gênaient pour aller à Dieu vite, vite, vite. C'est des souvenirs, non pas de ce qui s'était passé avant ce sacrement, l'extrême-onction, mais de ce qui s'est passé depuis...que de nouveau, le poids du jour, les événements, les retours sur moi éventuels, les retours sur les événements : enfin que sais-je, tout ça, ça me ralentissait de nouveau, que ça freinait ... je n'avais plus ce que j'avais senti : cette espèce de bain de jouvence - c'est exactement ça le baptême : cette naissance à partir de zéro, ce départ à zéro que j'avais éprouvé, comme si la vie commençait au moment même où je recevais ce sacrement, comme si je n' avais pas vécu avant, comme si je commençais à aimer Dieu, comme si je commencais à connaître Dieu, comme si je commençais... tout, comme si je n'avais pas de passé. Eh bien, je n'éprouvais plus cela. J'avais déjà un passé, qui commençait à me gêner un peu ce passé. Parce que le passé gêne. Le passé alourdit. Même quand on l'aborde avec ferveur. A la longue, les choses finissent par nous gêner.
Alors là, il me dit : je me suis étonné. Je me suis dit : mais comment se fait il que le sacrement de pénitence, que je reçois toutes les semaines, ne me fasse pas le même effet, alors que le sacrement de pénitence se rapproche du sacrement de baptême, peut -être plus encore que l'extrême onction. Par le sacrement de pénitence on est vraiment baigné dans le sang du Christ pour les mêmes effets que le baptême, sauf le caractère baptismal bien entendu ; et puis, sauf que ça implique une pénitence, que ça implique des mouvements de la part du pénitent alors que le baptême n'implique rien. On a dit que le le baptême était une pénitence non douloureuse et puis irréversible. Alors il me dit pourquoi le sacrement de pénitence que je recevais tous les huit jours ne semble pas provoquer du tout la même chose. Pourquoi je n'étais pas délivré de ce retour en arrière, de cette pesanteur, à chaque fois que je recevais le sacrement de pénitence. Alors je me suis tourné vers Dieu, vers le Christ, et j'ai cru comprendre qu'il me répondait : "je suis toujours le même. Je suis toujours l' Amour infini. Je ne bouge pas, je suis toujours prêt à tout donner. Ca ne dépend que d' toi".
Alors j'ai demandé, et j'ai promis de tout oublier au fur et à mesure que je recevrai le sacrement de pénitence. Et j'ai demandé cette grâce. On ne joue pas avec Dieu, on ne s' amuse pas avec Dieu , j'ai compris que, depuis ce moment là, c'est irréversible et à chaque fois que je reçois le sacrement de pénitence, c'est fini, je ne peux plus me souvenir de ce qui était arrivé avant. Encore une fois vous comprenez bien ce que je veux dire par "ne plus se souvenir" : en sortant du confessionnal il ne s'agit pas d'être frappé d'amnésie en se demandant : qui suis-je ? où suis-je ? (rires dans l'assemblée) Non, non, non...! Nous nous attardons sur nos regrets, nos inquiétudes, nos discussions : tout ça : liquidé, balayé. Impossibilité d'y revenir, impossibilité d'en parler si l' on m'interrogeait là-dessus.
Vous voyez... précisément à cause de cette impossibilité de revenir en arrière vous comprenez qu'avec une âme de ce genre, vous devez soupçonner qu' il n'y a pas grand chose à dire que, au fond, son regret profond lancinant douloureux pour lequel elle demande miséricorde et que le sacrement de pénitence lui donne précisement, c'est que ça ne va pas assez vite, que par sa faute ça freine, ça ralentit.
Dieu est toujours le même, toujours infiniment intense, toujours infiniment actif, infiniment prêt à nous consummer et à nous emporter dans la joie, mais ne puisse pas le faire parce que, au fond, si ça freine, si ça ralentit c'est par notre faute. Alors le confesseur demandera : est-ce que [cette faute] c'est délibéré ? Vous comprenez bien qu'une pareille faute n'est pas délibérée, mais c'est quand même bien un désordre, et ça suffit largement comme matière au sacrement de la confession mais certains confesseurs scrupuleux peuvent... que sais-je... A ce moment-là deux confesseurs ont donné leur avis sur la question et l'un a dit : mais il n'y a pas de problème, il n'y a pas besoin de se confesser dans ces conditions-là, il suffit de s'établir dans la joie éternelle de la miséricorde qui donne tout, comme on fera au ciel, en somme. Et l'autre qui était un - passez-moi l'expression - un bon vieux prêtre, n'est-ce pas, disait : qu'est ce que c'est que cette histoire ? Vous avez un regret, eh bien, cela suffit. Cela suffit pour qu'il y ait matière à confession et à absolution. Il suffit de regretter. D'avoir à regretter quelque chose. Quoi ? Eh bien ce ralentissement dont on sent que nous sommes plus ou moins le responsable. Et bien entendu, c'est bien ce bon vieux prêtre qui avait raison.
Et alors, ceci m' entraîne à une série de considérations qui vont aller assez loin dans le temps peut-être, et il faut que je m'arrête à temps pour vous parler de l'eucharistie avant la fin.
Je ne me placerai qu'au plan du sacrement de pénitence pendant un bon bout de temps. Du sacrement de pénitence et de tout ce qui est dans la même ligne : extrême onction, baptême ; le baptême ne se renouvelant pas et l'extrême-onction pouvant se renouveler. Mais alors surtout le sacrement de pénitence.
Ce cas m'a aidé à comprendre admirablement ce que c'est que la conversion : un commencement absolu. La conversion, loin d'être un phénomène unique ou rare, devait devenir très normalement, un phénomène de plus en plus fréquent jusqu'à devenir chez les saints un phénomène ininterrompu, c'est extrêment simple. Je ne dirai pas qu' un saint est quelqu'un qui se convertit tous les jours, mais quelqu'un qui s'est établi dans l'état de conversion perpétuel.
Qu'est ce que ça veut dire ?
Eh bien dans cet état de métamorphose perpétuel sous l'action irrésistible du corrosif divin qui ne laisse plus de trêve. Comparaison qui est tout à fait dans la ligne de la Pentecôte que nous attendons ; un coup de vent un peu violent qui nous transporte à trois cents mètres de haut. Imaginez l'effet d'un coup de vent de ce genre où vous vous trouvez transporté, juché par exemple sur l'église saint Michel du Puy ! C'est une conversion. Un coup de vent qui nous arrache surtout à nos souvenirs avec ce caractère irréversible : c'est fait. Et qui nous apprend à regarder en avant dans l'éternité et dans le présent à la fois : toutes ces choses ne faisant qu'un. A regarder ce qui vient, tout simplement. Et regardez cette audace, cette légèreté extraordinaire de celui qui s'appuie sur la miséricorde. C'est tout de même une chose assez extraordinaire que cette Miséricorde qui nous demande d'oublier nos fautes ! Qui nous le demande vraiment ! Et qui nous reproche comme une deuxième faute, plus attristante encore que la première, de s'en souvenir encore. Quelle exigence ! essoufflante mais merveilleuse. Cette Miséricorde qui nous demande d'oublier nos fautes. Pensez à toutes sortes de fautes. Toute faute a des conséquences, des répercussions infinies et perpétuelles, ininterrompues, comme tout acte humain. Voici tel professeur qui s'est retrouvé toute une année en proie au doute qui a semé le doute chez tel ou tel de ses élèves ; ses élèves, à leur tour, commettront certaines fautes et entraîneront d'autres à douter et ainsi de suite...jusqu'à l'infini ! A chaque fois que nous faisons le mal, ou que nous ne faisons pas le bien c'est irréparable ! Ca ne peut plus s'arrêter, vous avez devant vous une "machine" qui ne peut plus s'arrêter et Satan se frotte les mains, et Satan conduit le bal comme on dit : tu vois, tu vois, tu vois ce que tu as fait....! Eh bien, Dieu demande, demande vraiment, d'oublier tout ça ! Comment est-ce possible ? Bien entendu par un acte de foi absolu dans cette promesse constante que Dieu nous fait : que parmi les éléments dont il se sert pour faire le bien au premier chef se trouve le mal et il tire le bien du mal comme il tire l'être du non-être, c'est de la création pure. Par conséquent croire cela, et particulièrement cela, c'est vraiment rendre gloire au Créateur qui seul peut faire cela. Mais ne pas croire cela c'est refuser de rendre à Dieu la gloire qui lui est propre. Ne pas croire cela c'est comme si on lui disait : c'est bien gentil vous me pardonnez mais qu'est-ce que ça change ? Ca change peut-être pour moi, je suis réconcilié avec vous, mais qu'est-ce que ça change dans les faits, dans les faits ? Eh bien Dieu lui répondra : tu ne reconnais pas qui Je suis ; tu n'as pas compris que cela même qui a été utilisé contre l'Amour, je vais l'utiliser pour l'Amour ! Je suis seul à pouvoir le faire. Imaginez ce que le Fils de Dieu aurait pu faire dans une perspective temporelle et spirituelle qui n'était pas celle de la Croix mais qui est celle de saint Pierre, celle des Apôtres ; ce qu'Il aurait pu faire si on l'avait laissé en vie, tout le bien qu'il aurait pu faire, toute la lumière qu'il aurait pu répandre, toutes les guérisons qu'il aurait pu opérer, et les conversions. Eh bien, réponse de Dieu : il n'aurait pas pu en faire autant que l'Eglise en fera par la Pentecôte.
A suivre....prochain post...
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18.03.2012
jugement universel et jugement particulier
NOTE DE L' AUTEUR DE CE BLOG :
Ici François Varillon aborde un sujet extrêment sensible. Ce texte a été écrit dans les années 1955-1958. Par la suite sa réflexion s'est enrichie sur ce sujet. Je compte mettre une conférence sur le même thème donnée par F. Varillon 20 ans plus tard.
[366]
Il faut d'abord envisager le jugement en son unité. Car il est un, plus profondément qu'il n'est multiple. Il s'achève seulement à la fin des temps, quand toute sa "matière" est donnée : alors son caractère social et cosmique est manifesté. En tant qu'individuel, il se réalise à la mort de chacun. Mais à ce double point de vue, il commence déjà au cours de l'histoire, à laquelle il est coextensif.
Le Jugement universel
La doctrine du jugement dernier a été préparée et préfigurée dans l'Ancien Testament par la notion du "jour de Yahvé". On entend par là toute intervention extraordinaire de Dieu pour éprouver, châtier, sauver : image du dernier Jour, et commencement de Jugement (cf. Amos 5, 18-20 ; et Sophonie, le prophète par excellence du "jour de Yahvé"). [367]. Le dernier Jour est celui de la délivrance d'Israël, de son salut définitif (cf. Daniel 7, 9-14 ; 12,1-3) : ce salut ne sera pas accordé à tous sans distinction, mais seulement à ceux dont les noms sont inscrits sur le Livre de vie ; en ce jour les morts ressusciteront et seront traités selon leurs mérités, " les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle." Par ailleurs, le problème de la destinée individuelle est posé dans la littérature sapientielle sous la forme de la justice et de la rétribution. Cette double ligne de développement aboutit à la révélation, dans le Nouveau Testamment, du Jugement pleinement spirituel, universel et transcendant (Mt 16,27 ; 25,31-46 ; 2 Thes 1, 3-12 ; 2 Co 5,10 ; Rm 14,10 ; Jn 5,27-30). L'idée du jugement dernier est au premier plan de l'eschatologie des Pères, liée à la Parousie et à la résurrection : " Personne ne nie, écrit saint Augustin, personne ne doute que Jésus-Christ doive faire un dernier jugement, comme il est annoncé dans les saintes Ecritures , sinon celui qui, par je ne sais quel aveuglement, refuse de croire aux Ecritures mêmes." (De civ. Dei, XX,30). Plus tard, quand l'idée du retard de la vision béatifique aura été tout a fait abandonnée, le jugement universel perdra de son importance au profit du jugement particulier.
Le jugement particulier.
Il est de foi définie que les justes "n'attendent pas" la fin des temps pour entrer dans la béatitude (Dz, 464,531) ; dès leur mort, les hommes sont jugés, et leur sort déterminé. Le jugement particulier, cependant, en tant que jugement n'est pas de foi comme le jugement général : l'Eglise n'en parle pas explicitement [368] ni précisement dans les documents du Magistère. Quelques passages de l'Ecriture, à la vérité assez rares, insinuent l'idée d'une rétribution suivant immédiatement la mort : le pauvre Lazare emporté dans le sein d'Abraham tandis que le riche descend en enfer (Lc, 16, 22 sq.), Jésus promettant au bon larron une récompense "aujourd'hui même" (Lc 23,43), saint Paul exprimant sa certitude d'être réuni au Christ après sa mort, comme si mourir et être avec le Christ c'était tout un (2 Co 5,8 ; Phil 1,23). Mais une telle certitude n'implique pas un enseignement clair et explicite sur un jugement particulier distinct du jugement universel ; elle procède bien plutôt d'une expérience religieuse, celle d'une union infrangible avec le Christ, inaccessible aux événements extérieurs. Cette certitude coexiste, dans l'oeuvre de saint Paul, avec l'espérance du retour du Seigneur dans la gloire et de la réunion en Lui de tous les chrétiens. A partir de cette tension intérieure à la pensée paulinienne (certitude mystique de la possession actuelle du Terme, du Jugement déjà accompli, de la Présence donnée, et attente eschatologique), une doctrine explicite du jugement particulier pourra s'édifier. Elle se développera en liaison avec le problème du retard de la vision, posant maladroitement, en termes temporels, de multiples questions sur l'intervalle qui sépare deux jugements.
Deux aspects d'une même réalité
La fin de l'histoire est transcendante ; mais l'histoire elle-même n'aurait pas de sens si cette fin n'était déjà présente en elle et ne lui servait de critère. L'eschatologie chrétienne maintient une tension entre le Royaume toujours à venir et cependant déjà là. Elle croit à la réalité objective des événements derniers comme à l'actualité présente du jugement de Dieu. [369] La Tradition a progressivement dégagé l'eschatologie individuelle de l'eschatologie générale. La tentation serait plutôt aujourd'hui, passant en quelque sorte à l'autre extrême, d'absorber le général dans l'individuel jusqu'à ne plus voir dans la Parousie qu'un symbole de la réalité qui se révèle à la mort de chaque individu.
Le jugement particulier et le jugement général sont les deux aspects d'une même réalité profonde. Nous ne disons pas : d'un même fait ; car ici et là on est hors du temps. Mais l'un et l'autre jugement se rapportent à des points de rupture différents de notre existence temporelle, de l'histoire de chacun de nous et de l'histoire du monde. Le jugement particulier porte sur une existence qui actuellement s'achève; le jugement général, sur l'humanité et le cosmos, en tant que tels, qui meurent pour ressusciter. Entre les deux, si l'on peut ainsi parler, et sachant qu'on parle ainsi du point de vue du temps - il y a la maturation du Corps mystique, l'espérance de la perfection de sa taille.
Le Christ Juge
C'est le Christ qui est notre Juge. le Jugement est, du point de vue de Dieu, ce qui, du nôtre, est option définitive. car l'option consiste à être pour ou contre le Christ. Nous reconnaissons, ou non, le Christ ; par suite, il nous reconnaît, ou non. Amici mei estis... Nescio vos...Ce sont les deux termes du jugement. C'est par rapport au Christ que l'homme est responsable. Par rapport à sa croix. Il est jugé sur l'attitude qu'il prend par rapport à sa Passion et à sa mort, c'est-à-dire par rapport à l'Amour car
Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous un royaume de prêtres pour son Dieu et Père ; à lui donc gloire et puissance pour les siècles des siècles, amen. Voici qu'il vient, escorté des nuées ; chacun le verra, même ceux qui l'ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, amen ! C'est moi l'Alpha et l'Omega, dit le Seigneur Dieu, Il est, Il était et Il vient, le Maître de tout (Apoc, 1,5-8)
F. Varillon - Eléments de doctrine chrétienne tome 2 - Ed. de l'Epi DDB - 1961
23:54 Publié dans F. Varillon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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17.03.2012
l'éternité et un jour
Le temps et l'éternité
[363]
Le temps n'est pas une réalité indépendante des êtres qui durent. Il n'est pas une sorte de réceptacle dans lequel se déroulerait leur devenir. Les êtres ne sont pas dans le temps: c'est le temps qui est en eux. Il y est comme la mesure de leur durée, s'ils sont matériels ou liés à la matière. C'est donc par son corps que l'homme est temporel.
Au temps s'oppose l'éternité. On peut la concevoir d'abord comme une durée indéfinie et sans limite, un devenir sans termes, c'est-à-dire sans commencement ni fin. Platon et Aristote attribuaient une telle éternité au monde. Mais ce n'est pas une éternité qui s'oppose au temps : c'est bien plutôt l'éternité du temps. En effet, prolonger indéfiniment le temps n'affranchit pas du temps, n'exclut pas de l'existence les caractères qui sont propres aux êtres temporels, à savoir le changement, la succession, le devenir, la multiplicité. C'est pourquoi on ne pense correctement ni le temps ni l'éternité, si l'on traduit graphiquement celle-ci par une ligne horizontale indéfinie, et celui-là par une section finie de cette ligne.
Pour concevoir intemporellement l'éternité, c'est-à-dire pour l'opposer réellement au temps, il faut [364] la définir comme une existence totalement et parfaitement présente à l'esprit et embrassée par lui. Ainsi transcendante au temps, affranchie des caractères du temps, hétérogène au temps, l'éternité ne lui est cependant pas étrangère : c'est elle qui lui donne sa consistance et sa densité spirituelle. Dieu est la Source de notre être ; or notre être est temporel ; dire que Dieu est la Source de notre être, c'est donc dire équivalemment que l' Eternité est la source du temps. Le temps n'existe que par ce qu'il possède en lui d'éternité.
Il faut donc penser l'éternité à partir du présent : sa représentation graphique la moins grossière serait une ligne verticale abaissée sur un point signifiant le présent. Ainsi peut-on comprendre qu'elle soit ce qui donne au présent - à mon présent - son poids, ce qui le gonfle de substance spirituelle. Ainsi peut-on comprendre aussi que le jugement, le ciel et l'enfer soient déjà présents au monde.
L'imagination nous égare quand elle nous conduit à nous représenter comme temporels les événements qui constituent nos fins dernières. Notre mouvement instinctif est d'imaginer chacun de ces événements comme affecté d'une certaine durée qui se déploie dans un temps interne. Ainsi, disons-nous volontiers, l'âme "attend" au purgatoire que sa purification soit achevée ; après quoi, "elle attend" au ciel la résurrection des corps. En outre, nous imaginons ces événements, ainsi déployés dans un temps interne, comme reliés les uns aux autres par un temps externe qui les englobe et les contient.
Résistant à de tels entraînements, on peut comprendre, en fonction des distinctions ci-desus rappelées, certaines formules usuelles, comme " l'âme est jugée après la mort, purifiée après le jugement", etc. Elles ont d'abord, dans le langage du temps, un sens négatif. Elles signifient [365] que le jugement n'a pas lieu avant la mort, ni le purgatoire avant le jugement, que l'entrée au ciel ne précède pas le purgatoire, ni le jugement général la résurrection. Elles nient une antécédence temporelle de tel événement par rapport à tel autre.
Mais en outre, et positivement, elles affirment un rapport de dépendance entre tel événement et tel autre. Ainsi : la mort est la condition du jugement, le purgatoire est la condition de la béatitude, la mort du monde est la condition de la résurrection.
On ne peut aller plus loin.
On ne peut pas dire : le jugement suit temporellement la mort et précède temporellement le purgatoire. Mais on ne peut pas davantage affirmer que les trois événements sont simultanés ; car un rapport de simultanéité implique, lui aussi, référence au temps.
L'Eglise enseigne que la béatitude des élus et l'enfer des damnés sont éternels. Elle ne dit pas, pour autant, qu'il n'y a pas de différence entre l'éternité des créatures et l'éternité de Dieu. Seul l'Infini absolument infini est éternel absolument. L'éternité de l'homme divinisé est contingente et limitée. Limitée par une limite qui n'est pas celle du temps, et qui ne peut être que mystérieuse à l'intelligence humaine actuellement soumise aux catégories de l'espace et du temps. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que notre éternité est une participation à celle de Dieu, comme notre vie (de grâce et de gloire) est une participation à sa vie. Participation telle que l'activité du ciel ne se déploie pas dans le temps, ne se "déroule pas" - on dirait plus justement qu'elle "s'enroule", - ne se construit pas successivement et partie par partie.
L'éternité de l'enfer, affirmée par l'Ecriture (le feu qui ne s'éteint pas, le ver qui ne meurt pas, la chaos infranchissable), [366] a été niée à plusieurs reprises et de diverses façons. Les "conditionnalistes" (Arnobe) n'accordaient la survie qu'aux justes, et vouaient les "mauvais" à l'anéantissement. Les "restitutionnistes" (Origène) croyaient que tous les pécheurs seraient réintégrés dans le ciel. Contre ces théories et leurs survivances, l'Eglise a défini l'éternité de l'enfer, laissant à la réflexion théologique la tâche difficile d'en préciser l'exacte nature (...) C'est seulement en ce sens qu'il n'a pas de fin que l'on dit éternel le feu de l'enfer.... C'est pourquoi il n'y a pas de véritable éternité en enfer, mais plutôt un temps...).
François Varillon - Eléments de doctrine chrétienne t2 - Ed le l'Epi DDB 1961
00:23 Publié dans F. Varillon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : aristote, platon, temps, éternité, purgatoire, résurrection, jugement, origène, apocatastase |
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06.03.2012
les fondamentaux (4)
Note importante.
Suite de l'enseignement du Père Molinié. La lecture de ce texte exige pour être compris de lire les 3 posts précédents qui font partie de la même conférence.
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Et c'est justement là une des fautes de beaucoup de chrétiens de vouloir servir Jésus-Christ comme on sert les autres maîtres, avec beaucoup de générosité. "Je donnerai ma vie pour toi", "oui, mais c'est pas ça que je te demande, je te demande de m'aimer" "mais qu'est-ce que ça veut dire enfin Jésus ? "C'est autre chose, nous allons nous expliquer là-dessus le jour où tu auras suffisamment séché dans l'attente (rires de l'auditoire).
Alors, deuxième visite, en gros, deuxième conversion se caractérisant par la découverte de l'intimité avec Dieu. Je pense, j'espère que pas mal d'entre vous, sinon toutes, sûrement toutes l'ont découverte, par conséquent sont capables d'apprécier la différence entre les deux, c'est quand même pas tout à fait la même chose. Donner toutes ses énergies à Dieu, c'est une chose, et c'est une chose surnaturelle qui suppose déjà une lumière surnaturelle, mais découvrir que Dieu nous assiège d'un désir d'être dans une intimité perpétuelle avec nous, qui ne s'arrête à aucun moment, c'est encore autre chose, et c'est justement ce que Pierre a découvert à ce moment-là, au moment où il s'est effondré en larmes...... d'où une différence de ton dans la proclamation du programme lorsque, peu de temps après, le Christ lui demande : "Pierre m'aime tu ? " Car, à ce moment-là, il n'est plus question de claironner en majeur : "je donnerai ma vie pour toi" mais de murmurer en mineur : "tu sais bien que je t'aime". (...) Je n'élève plus la voix, je suis trop heureux de me taire à côté de toi. Tu m'as visité une deuxième fois.
Et alors, quand on en est arrivé là, on n'a encore rien compris... Voilà ce que nous dit la tradition de l'Eglise. Qu'est-ce qu'on n'a pas compris ? Ah voilà. Ce qu'on n' a pas compris c'est que cette intimité avec Dieu, que nous découvrons, que nous commençons à expérimenter, à laquelle nous voulons être fidèle, n'est en nous qu'une petite graine, la plus petite de toutes les graines et que, pour le moment, la situation des forces est nettement encore en faveur de quelque chose d'autre qui s'appelle la loi du péché, la loi de l'orgueil. Et qu'entre cet orgueil et cette douceur de l'intimité divine ce n'est pas la paix qui vient d'être déclarée, c'est la guerre, une longue guerre, une guerre d'usure. En un sens, après la première et même encore après la deuxième conversion, on a encore droit - vous comprendrez ce que je veux dire, on n'a jamais le droit de pécher - mais je veux dire on a encore le droit de commettre tous les péchés du monde tout en espérant être converti de la première et de la deuxième conversion.
Seulement, alors réciproquement, ce n'est pas parce qu'on a connu la deuxième conversion, ou qu'on pense avoir connu l'intimité de Dieu, (je dis première, deuxième : attention à ne pas chercher de numéros dans vos têtes puisqu'il y en a en fait des multitudes de conversions) mais que ces trois paquets de conversions si vous préférez, trois séries de conversions, c'est une manière de mettre un petit peu d'ordre là-dedans, de reconnaître des phases plus décisives que les autres, eh bien même une fois qu'on a reconnu qu'il vous est arrivé quelque chose, ce n'est pas de la prétention de la part de Pierre d'avoir pris conscience qu'il s'est effondré en larmes au moment de la Passion et puis que depuis ce moment-là il est changé, oui, ça il n'y a pas de doute il est changé, ce n'est pas de la prétention ni de l'orgueil que d'avoir constaté ça, que ce n'est plus le même qu'avant, probable qu'il devait le dire et le sentir. Eh bien si après ça Pierre s'était mis encore à commettre des fautes graves, on aurait pu lui dire : qu'est ce que c'est cette histoire-là ? Tu prétends avoir le coeur changé ! Tu vois bien que tu continues comme avant ! Eh bien non ! c'est normal. Tout est possible, toutes les catastrophes sont encore possibles, tant qu'on n'a pas atteint la dernière conversion, celle que j'ai appelée "la mort du vieil homme", laquelle mort nous est administrée par l'amour de Dieu.
Et alors, quoi faire ?
Eh bien, comprenez-moi. Je vous dis : si vous êtes fidèle si peu que ce soit au petit programme de vie religieuse qui est le vôtre, soyez très modeste, très simple : Dieu va se déchaîner, voilà. Il va se déchaîner. Il va déchaîner sa douceur. Il ne va pas déchaîner sa violence. Mais il va avoir une action extraordinairement intense, une action de chirurgien extrêmement intense . Il va utiliser tout à votre service y compris et d'abord le démon et tout ce qui peut contrarier son action, c'est surtout ça qu'il utilise, c'est sa spécialité si je peux dire et c'est sa joie d'utiliser tout ce qui peut le gêner pour que ça aille encore plus vite. Ce n'est pas une raison pour vous mettre à pécher tranquillement, non. Vous me comprenez. Parce qu'il va utiliser aussi et d'abord et surtout l'attente fidèle, le désir sincère qui normalement doit se traduire par un certain effort pour ne plus pécher. Il va utiliser tout ça intensément. Alors je ne peux pas vous dire ce qu'il y a à faire sans avoir d'abord prévenu de ce qui va se passer et à ce moment-là, une fois que je vous ai bien expliqué que Dieu va agir très intensément, je vous dis : l'essentiel c'est de vous adapter à cette action. Vous entrez à l'hôpital. Cette maison, comparons-là à un hôpital n'est-ce pas, hôpital spirituel. Vous entrez à l'hôpital parce que vous voulez servir Dieu, ou parce que, mieux encore, vous avez découvert que c'est dans cet hôpital que se développe l'intimité avec Dieu. Parfait. Alors vous arrivez là-dedans et vous demandez : qu'est-ce qu'il faut faire ? Faites attention ! Il y a des services qui fonctionnent dans cet hôpital. Ne vous imaginez pas que vous allez vous promener dans les jardins ou dans les salles comme ça. Vous allez subir un certain nombre d'interventions chirurgicales. C'est pour cela que vous êtes là quand même. Alors tâchez de ne pas trop faire attendre le chirurgien. "Oh là là, mais ces opérations, ça ne me rassure pas du tout !" (rires de l'auditoire). Eh bien vous avez la Sainte Vierge ; vous avez vos soeurs ; vous avez l'Eglise, vous avez les sacrements ; vous avez toutes sortes de gens et de choses qui sont là pour vous rassurer. Et puis vous avez les rayons. Ah c'est très important ça. Le service des rayons, c'est la prière : soigné aux rayons de l'amour de Dieu ! Et comme toutes les séances de rayon, c'est plutôt ennuyeux. On s'ennuie passablement. Alors on occupe le temps, on vous occupe le temps, au début, en vous remettant des prospectus sur la nature du traitement, c'est-à-dire qu'on vous explique ce que c'est que l'amour de Dieu, pourquoi Il a fait tout ça, ce que c'est que l'Evangile : vous avez de quoi vous occuper.
C'est drôle bien sûr, mais c'est quand même tragique aussi de voir des gens qui passent leur temps à lire des prospectus, sans se douter qu'ils vont d'abord à la prière pour subir une REALITE et non une idée, et une réalité qui s'appelle : le rayonnement. Et qui normalement, si cette réalité existe, il doit y avoir un moment où l'on doit sentir que ça chauffe un peu et que ce n'est pas la peine de passer son temps à regarder les prospectus, mais qu'il vaut mieux se laisser pénétrer par cette chaleur de l'amour de Dieu, tout doucement, tout simplement. Tout ça sont des réalités, ce ne sont pas des idées. Alors au début, quand le rayonnement est faible ou que la carcasse est encore trop épaisse pour sentir, pour être vulnérable à cette chose là, alors on prend des "albums illustrés" pour s'occuper comme dans la salle d'attente, c'est-à-dire on prend des livres de méditation, ça ne va pas plus loin. J'ai la plus grande estime pour la théologie, c'est ma spécialité, il faut bien que j'en fasse, mais qu'est-ce que dit saint Thomas ? A peu près la même chose que moi dans des termes pas plus nobles en fin de compte : "de la paille ! Laissez- moi tranquille".
Alors, voyez, c'est très décevant ma réponse, c'est très décevant, mais c'est volontairement décevant. Si ça vous inquiète encore de ne pas savoir quoi faire pour atteindre cet amour de Dieu, c'est que vous n'avez pas encore compris à quel point Dieu vous aime. Alors j'essaye de vous le faire comprendre, de vous dire : renversons un peu les rôles, si vous voulez bien. Parlons de ce qu'Il fait Lui, même quand vous dormez. Alors, je vous en prie, réveillez-vous ! Précisément parce que la lumière approche, mais quelle lumière ! Et alors ne vous demandez pas combien d'ampoules électriques vont être nécessaires pour faire un effet de lumière alors que l'Aurore arrive : tout vos efforts c'est ça : des petites loupiotes. Qu'est-ce que c'est que cette histoire-là ? Les temps sont proches. Tout ça arrive à une terrible vitesse. En tout cas, dans votre coeur et dans votre âme, il est plus tard que vous ne croyez, comme le disait le Curé d'Ars, je crois.
A suivre.... je terminerai cet entretien très prochainement.
01:55 Publié dans Fondamentaux, M-D. Molinié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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