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Henri Caffarel

  • Faire oraison 03. Le conseil du vieux curé

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. pp 15-16

    Le livre sur le site de l'éditeur : ici

     

     

    J'ai rencontré voici peu un paysan savoyard qui, outre son travail professionnel, assume d'importantes responsabilités dans les organismes agricoles. On m'avait parlé de son rayonnement chrétien assez exceptionnel. Nous faisons connaissance, nous nous présentons mutuellement  nos activités. Quand je lui parle des Cahiers sur l'oraison, son intérêt visiblement redouble. Devinant que sa réaction m'intrigue, il vient au-devant de ma curiosité.

    "Quand j'étais jeune, je servais souvent la messe du vieux curé de notre village. Un curieux homme, rude, bourru, silencieux, qu'on redoutait un peu, qu'on aimait ou plutôt qu'on vénérait beaucoup. Qu'on hésitait à aborder dans la vie courante, mais qu'on allait aussitôt consulter en cas d'épreuve, dans son presbytère plus dépouillé qu'une cellule de moine. Il passait des heures entières à l'église, en prière. Un jour - j'avais environ quatorze ans - je lui dis :

    - Moi, aussi je voudrais savoir prier, monsieur le Curé.

    Il a dû alors se passer quelque chose d'extraordinaire en lui car il a souri d'une façon que les mots ne peuvent traduire, lui qu'on ne se rappelait pas avoir vu sourire. J'ai pensé depuis qu'il avait prié toute sa vie pour qu'un jour quelqu'un lui posât cette question. Tellement il paraissait heureux, j'ai cru qu'il allait me parler un long moment, là, dans la sacristie, où flottait une vague odeur d'encens. Je ne peux malheureusement pas vous rendre son regard clair, d'une intense pureté ; du moins vous citerai-je textuellement sa réponse ; elle tient en quelques mots :

    - Quand tu vas vers Dieu, petit, pense très fort qu'il est là et dis-lui : Seigneur, je me mets à votre disposition.

    Et sur un ton bourru habituel il enchaîna :

    - Allons, dépêche-toi de ranger ta soutane.

    J'ai compris par la suite que sa brusquerie, c'était de la pudeur.

    Ce jour-là j'avais appris à prier. Et il va y avoir quarante ans que chaque jour je fais oraison en me mettant "à la disposition de Dieu."

     

    Avouez que ce récit vaut bien toute une conférence sur l'oraison. Alors, dispensez-moi de vous écrire plus longuement aujourd'hui. Mais essayez de comprendre ce que signifie : être à la disposition de Dieu. Ça va loin. Il faut commencer par renoncer à disposer de soi. Puis se déposséder de soi-même. S'abandonner tout entier  à Dieu, remettre à sa discrétion, à son pouvoir, à son pouvoir discrétionnaire, son corps, son intelligence, son cœur, sa volonté, sa vie, afin qu'il en dispose à son gré. 

    Mais à quoi bon tenter d'expliquer ? Ce ne sont pas les mots qui peuvent faire comprendre. Priez le vieux curé, qui ne doit plus être bourru maintenant qu'il a trouvé Celui qu'il cherchait, de vous obtenir la grâce d'être à la disposition de Dieu.

  • Faire oraison 02. Vous êtes attendu

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

    Livre chez l'éditeur ici

    [9-10]

    Une sensation de détresse nous saisit lorsque, à notre arrivée dans une ville inconnue (au port, à la gare, à l'aéroport), personne n'est là pour nous attendre. En revanche, si un visage joyeux vous accueille, si des mains se tendent vers nous, nous voilà aussitôt merveilleusement réconfortés, délivrés de la cruelle impression d'être égarés, perdus. Qu'importe, alors, ces coutumes, cette langue, toute cette grande ville déconcertante : nous supportons très bien d'être pour tous un étranger du moment que, pour quelqu'un nous sommes un ami.

    Réconfortant aussi de découvrir chez nos hôtes qu'ils nous attendaient. Parents et enfants n'ont pas à dire grand chose pour que nous devinions : leur accueil, une certaine qualité d'empressement suffisent. Et dans notre chambre ces quelques fleurs, ce livre d'art (parce qu'on connaît nos goûts) achèvent de nous en persuader.

    Je voudrais, cher ami, qu'en allant à l'oraison vous ayez toujours la forte conviction d'être attendu par le Père, par le Fils et par l'Esprit Saint, attendu dans la famille trinitaire. Où votre place est prête : rappelez-vous en effet, ce que le Christ a dit : "Je vais vous préparer une place." Vous m'objecterez peut-être qu'il parlait du ciel. c'est vrai. Mais l'oraison, justement, c'est le ciel, du moins ce qui en est la réalité essentielle : la présence de Dieu, l'amour de Dieu, l'accueil de Dieu à son enfant. Le Seigneur toujours nous attend.

    Mieux : à peine avons-nous fait  quelques pas que, déjà, il vient à notre rencontre. Souvenez-vous de la parabole : "Comme il était encore loin, son père l'aperçut, fut touché de compassion, courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement." Et pourtant ce fils avait gravement offensé son père. Il n'empêche qu'il était attendu, impatiemment.

     

  • Faire oraison 01. En la maison du Seigneur

    [11-13]

    Le Christ est venu. Il manifeste son amour pour Jérusalem, son respect pour la Maison du Père, mais en même temps il déclare que le temple de Salomon a perdu sa signification, qu'il doit disparaître. A l'heure de sa mort en croix, le voile du Saint des Saints se déchire, comme pour bien signifier que ce temple est maintenant désaffecté. Un temple nouveau, impérissable, "rebâti en trois jours", va le remplacer, le Temple de son Corps, de son Corps mystique. Là, et là seulement, les hommes désormais peuvent trouver Dieu.

    Mais, qui est entré dans ce temple, à son tour devient la demeure de Dieu, Jésus nous l'a assuré : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure". (Jn 14,23)

    Étonnante révélation : Dieu aurait déserté le temple de Salomon pour venir habiter l'âme des fidèles ? Oui. Saint Paul le dit explicitement : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu ?" (1 Co 3,16) ; " C'est nous qui sommes le temple du Dieu vivant" (2 Co 6,16) Et ce terme de temple qui, pour nous, n'est guère évocateur, prenait sous la plume de l'Apôtre, élevé dans la vénération et l'amour du temple de Jérusalem, la plénitude de son sens. - A noter d'ailleurs que dans ces textes le mot traduit par temple le serait encore mieux par "Saint des Saints", ce centre du Temple, lieu de la présence divine.

    Ainsi donc, Dieu est en nous, au cœur de notre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là il nous appelle. C'est là qu'il nous attend pour nous unir à lui.

    Dieu est là, mais c'est nous qui n'y sommes pas. Notre existence se passe à l'extérieur de nous-mêmes, ou du moins à la périphérie de notre être, dans la zone des sensations, des émotions, des imaginations, des discussions...dans cette banlieue de l'âme, bruyante et inquiète. Et s'il nous arrive de penser à Dieu, de désirer le rencontrer, nous sortons de nous-mêmes, nous le cherchons au-dehors, tandis qu'il est au-dedans. Nous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduiraient en la crypte souterraine et lumineuse où Dieu réside. Ou, si nous les connaissons, nous manquons de ce courage qui lançait les Juifs fervents sur les chemins de la Ville Sainte. Se rendre au centre de soi-même serait-il une entreprise plus ardue que d'aller à Jérusalem ?

    L'oraison, c'est quitter cette banlieue tumultueuse de notre être, dont je parlais, c'est recueillir, rassembler toutes nos facultés et nous enfoncer dans la nuit aride vers la profondeur de notre âme. Là, au seuil du sanctuaire, il n'est plus que de se taire et de se faire attentif. Il ne s'agit pas de sensation spirituelle, d'expérience intérieure, il s'agit de foi : croire en la Présence. Adorer en silence la Trinité vivante. S'offrir et s'ouvrir à la vie jaillissante. Adhérer, communier à son Acte éternel.

    Peu à peu, d'année en année, la pointe de notre être spirituel affinée par la grâce deviendra plus sensible à la "respiration de Dieu" en nous, à l'Esprit d'amour. Peu à peu nous serons divinisés, et notre vie extérieure alors sera la manifestation, l'épiphanie de notre vie intérieure. Elle sera sainte parce qu'au fond de notre être nous serons étroitement unis au Dieu Saint, elle sera féconde et des fleuves d'eau vive s'échapperont de nous parce que nous serons branchés sur la source même de la Vie.

    Chers amis, voilà le "conseil essentiel" que vous réclamiez. Puisse t-il dans votre lointaine brousse vous guider à l'heure de l'oraison. Je le résumerai en quelques mots : faire oraison c'est se rendre en pèlerinage au sanctuaire intérieur pour y adorer le vrai Dieu.

    Et si vous voulez que votre vie tout entière devienne une longue oraison, une vie en présence de Dieu, une vie avec Dieu, si vous voulez devenir des âmes d'oraison, sachez, au long du jour, rentrer souvent en vous-mêmes pour adorer le Dieu qui vous attend. Pas n'est besoin d'un long moment : une plongée d'un instant et vous revenez à vos tâches, à vos interlocuteurs, mais rajeunis, rafraîchis, renouvelés. 

    Un humble frère convers carme du XVIIe siècle, Laurent de la Résurrection, qui avait atteint une haute vie spirituelle, aimait dire à ceux qui venait le consulter qu'il n'y a pas de moyen plus efficace pour arriver sûrement à une vie d'oraison continuelle et, ensuite, à une haute sainteté, que d'être fidèle à cette pratique. Écoutez-le : " Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures, quoique spirituelles, je dis plus : pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoique en passant et comme à la dérobée." 

    Texte tiré de "Présence à Dieu"  Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence.