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Faire oraison 01. En la maison du Seigneur

[11-13]

Le Christ est venu. Il manifeste son amour pour Jérusalem, son respect pour la Maison du Père, mais en même temps il déclare que le temple de Salomon a perdu sa signification, qu'il doit disparaître. A l'heure de sa mort en croix, le voile du Saint des Saints se déchire, comme pour bien signifier que ce temple est maintenant désaffecté. Un temple nouveau, impérissable, "rebâti en trois jours", va le remplacer, le Temple de son Corps, de son Corps mystique. Là, et là seulement, les hommes désormais peuvent trouver Dieu.

Mais, qui est entré dans ce temple, à son tour devient la demeure de Dieu, Jésus nous l'a assuré : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure". (Jn 14,23)

Étonnante révélation : Dieu aurait déserté le temple de Salomon pour venir habiter l'âme des fidèles ? Oui. Saint Paul le dit explicitement : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu ?" (1 Co 3,16) ; " C'est nous qui sommes le temple du Dieu vivant" (2 Co 6,16) Et ce terme de temple qui, pour nous, n'est guère évocateur, prenait sous la plume de l'Apôtre, élevé dans la vénération et l'amour du temple de Jérusalem, la plénitude de son sens. - A noter d'ailleurs que dans ces textes le mot traduit par temple le serait encore mieux par "Saint des Saints", ce centre du Temple, lieu de la présence divine.

Ainsi donc, Dieu est en nous, au cœur de notre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là il nous appelle. C'est là qu'il nous attend pour nous unir à lui.

Dieu est là, mais c'est nous qui n'y sommes pas. Notre existence se passe à l'extérieur de nous-mêmes, ou du moins à la périphérie de notre être, dans la zone des sensations, des émotions, des imaginations, des discussions...dans cette banlieue de l'âme, bruyante et inquiète. Et s'il nous arrive de penser à Dieu, de désirer le rencontrer, nous sortons de nous-mêmes, nous le cherchons au-dehors, tandis qu'il est au-dedans. Nous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduiraient en la crypte souterraine et lumineuse où Dieu réside. Ou, si nous les connaissons, nous manquons de ce courage qui lançait les Juifs fervents sur les chemins de la Ville Sainte. Se rendre au centre de soi-même serait-il une entreprise plus ardue que d'aller à Jérusalem ?

L'oraison, c'est quitter cette banlieue tumultueuse de notre être, dont je parlais, c'est recueillir, rassembler toutes nos facultés et nous enfoncer dans la nuit aride vers la profondeur de notre âme. Là, au seuil du sanctuaire, il n'est plus que de se taire et de se faire attentif. Il ne s'agit pas de sensation spirituelle, d'expérience intérieure, il s'agit de foi : croire en la Présence. Adorer en silence la Trinité vivante. S'offrir et s'ouvrir à la vie jaillissante. Adhérer, communier à son Acte éternel.

Peu à peu, d'année en année, la pointe de notre être spirituel affinée par la grâce deviendra plus sensible à la "respiration de Dieu" en nous, à l'Esprit d'amour. Peu à peu nous serons divinisés, et notre vie extérieure alors sera la manifestation, l'épiphanie de notre vie intérieure. Elle sera sainte parce qu'au fond de notre être nous serons étroitement unis au Dieu Saint, elle sera féconde et des fleuves d'eau vive s'échapperont de nous parce que nous serons branchés sur la source même de la Vie.

Chers amis, voilà le "conseil essentiel" que vous réclamiez. Puisse t-il dans votre lointaine brousse vous guider à l'heure de l'oraison. Je le résumerai en quelques mots : faire oraison c'est se rendre en pèlerinage au sanctuaire intérieur pour y adorer le vrai Dieu.

Et si vous voulez que votre vie tout entière devienne une longue oraison, une vie en présence de Dieu, une vie avec Dieu, si vous voulez devenir des âmes d'oraison, sachez, au long du jour, rentrer souvent en vous-mêmes pour adorer le Dieu qui vous attend. Pas n'est besoin d'un long moment : une plongée d'un instant et vous revenez à vos tâches, à vos interlocuteurs, mais rajeunis, rafraîchis, renouvelés. 

Un humble frère convers carme du XVIIe siècle, Laurent de la Résurrection, qui avait atteint une haute vie spirituelle, aimait dire à ceux qui venait le consulter qu'il n'y a pas de moyen plus efficace pour arriver sûrement à une vie d'oraison continuelle et, ensuite, à une haute sainteté, que d'être fidèle à cette pratique. Écoutez-le : " Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures, quoique spirituelles, je dis plus : pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoique en passant et comme à la dérobée." 

Texte tiré de "Présence à Dieu"  Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

 

 

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