compteur de visite site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

noël

  • Troisième mystère joyeux : la naissance de Jésus

    Or il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. 

    Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. 

    Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem, - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 

    Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.

    Évangile selon st Luc (Lc 2, 1-7)

    Lire la suite

  • Messe de la nuit de Noël - année B

    Isaïe 9, 1-6 ; Tite 2, 11-14 - Lc 2, 1-14

    Le texte est tiré du livre : "Seigneur, rien n'est plus vrai que ta Parole" du Père M.J Le Guillou

    il est actuellement indisponible dans les librairies. Possibilité de le commander ici ou

     

     

    Le texte de l'évangile de Luc nous met devant le mystère de l'histoire de Dieu et de l'homme, c'est-à-dire devant le Seigneur qui vient sauver son peuple. "Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur." Cette annonce a quelque chose d'étonnant et de merveilleux : un Sauveur nous est né et les signes qui sont donnés sont déroutants : le nouveau-né est emmailloté et couché dans une mangeoire. Le Seigneur que nous adorons cette nuit, c'est le Seigneur, le Dieu qui a fait le ciel et la terre, le créateur du monde. Il est là, le plus petit d'entre les petits ; il se fait accessible à nous pour que nous entrions dans son mystère. Dieu est là merveilleusement présent, et il nous appelle à le découvrir pour ce qu'il est lui-même : Dieu est Amour. 

    Dans l'annonce de la naissance du Sauveur faite aux bergers, il y a le mystère du Messie triomphant qui vient pour nous sauver sous l'aspect le plus humble qui soit. Il est tout petit, lui le Créateur du monde. Il est le plus petit d'entre les hommes, il n'est même pas reçu dignement au moment de sa naissance puisqu'il n'y avait plus de place pour lui dans la salle commune. Le bébé est emmailloté et couché dans une mangeoire, c'est Dieu au-delà de tout, le Dieu vivant qui devient l'un d'entre nous : voilà ce que l'évangile nous demande de croire.

    Dieu devient, en Jésus-Christ, humble et pauvre et toute la vie du Christ qui était de condition divine, sera celle d'une homme comme nous, d'une infinie pauvreté, qui nous appelle à entrer dans sa gloire à condition de le suivre. Le Seigneur nous révèle qu'il est le Tout-puissant mais qu'il est, en même temps, celui sur lequel personne n'a de prise parce qu'il est infiniment petit et pourtant le plus grand de tous. "Aujourd'hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur." Nous avons un Sauveur qui vient nous faire rentrer dans sa vie divine.

    Au cours de cette nuit, je voudrais que nous découvrions le mystère d'amour du Seigneur. Le paradoxe que nous avons découvert au moment de la naissance de Jésus se réfléchit dans toute sa vie. Il a beau naître dans une petite ville de Judée, il a beau naître dans un monde en proie à la misère, à la souffrance, à l'occupation, il a beau être infiniment caché, c'est lui qui porte le monde entier, qui en fait sa demeure et qui veut notre salut.

    Nous avons à connaître le Seigneur de l'intérieur, comme quelqu'un qui nous est très cher et qui est là près de nous. Il est le Messie envoyé du Seigneur pour sauver le monde. Et pourtant quels signes de petitesse avons-nous sous les yeux au moment de sa naissance ! On dirait que le Seigneur prend plaisir à prendre les plus petites choses pour se présenter à nous. Je voudrais que nous découvrions combien l'amour de Dieu passe à travers toutes les déficiences humaines, à travers toutes les limites.

    Le Seigneur est le Seigneur, le Seigneur est le Messie vivant, le Seigneur est notre maître à tous, il nous appelle à le connaître. Je voudrais vous crier combien le Seigneur est là, combien le Seigneur peut tout, combien il nous montre l'amour de son Père. Oui, il m'appelle à la sainteté, à l'amour, à la joie. " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime." 

    Dieu, un enfant. Dieu, un pauvre. Dieu, un homme comme les autres. Dieu, un être qui passera par la mort pour nous communiquer la résurrection : n'ayons pas peur. Une grande joie doit habiter notre cœur en cette fête de Noël. Le tout est d'aimer comme le Seigneur a aimé, sans limites. La mesure d'aimer Dieu est de l'aimer sans mesure [ici le Père Le Guillou reprend St Bernard : "La raison pour laquelle on aime Dieu, c'est Dieu lui-même, et la mesure de cet amour, c'est de l'aimer sans mesure, Traité de l'Amour de Dieu chapitre I]Laissons-nous prendre par cette réalité fondamentale.

    Noël n'est pas une fête folklorique. Noël n'est pas une fête de joie purement humaine. Ce que le Seigneur veut, c'est que nous découvrions que chacun d'entre nous est choisi par le Seigneur, est enveloppé de la gloire du Seigneur. Nous avons besoin de découvrir cette gloire infinie, cette gloire qui est la nature même de Dieu. Au cœur de l’Évangile, nous sommes appelés à aimer comme jamais on n'a aimé. Chacun de nous doit essayer de vivre cet appel. Je voudrais que nous chantions du plus profond de notre cœur cet amour qui est joie et gloire, cet amour qui est joie et paix. Le Seigneur ne nous montre qu'un seul visage : Dieu est Amour. Tout nous est donné  dans ces mots parce que tout nous est donné dans la vie du Christ.

    Ce petit enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, cet enfant-là est le Sauveur du monde, c'est lui qui récapitulera toutes choses en lui et qui fera de nous des êtres tout nouveaux par sa puissance et sa joie.

    Cela dérange nos vues et nous bouleverse ; nous avons bien des difficultés pour reconnaître là la présence du Seigneur qui est la présence même de l'amour. Un amour qui se cache, un amour qui se donne à l'infini, sans mesure. J'aimerais, au cours de cette fête de Noël que nous découvrions cette joie qui réside dans cette présence  du Seigneur au plus intime de nous-mêmes. Nous avons grâce à elle, un regard nouveau sur le monde et tout naturellement nous nous mettons au service de nos frères. 

    Il faut passer par la pauvreté de Jésus-Christ décrite à sa naissance pour participer à la joie de Dieu. " L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière." Quel mystère ! Nous sommes devant le mystère le plus étonnant qui soit, le plus bouleversant qui soit. Dieu, le vrai Dieu, le Dieu qui a tout créé est là devant nous comme un enfant, et il nous demande de croire par la foi qu'il est le Sauveur du monde, qu'il est en même temps le tout-petit et le Seigneur.

    Demandons au Seigneur de rentrer dans sa joie, de le louer en disant : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'Il aime." Laissons-nous prendre par l'amour de Dieu, qu'il soit notre lumière et notre guide. Demandons au Seigneur de nous apprendre à prier et à aimer, à laisser notre cœur se transfigurer par la toute-puissance de Dieu. Le Seigneur n'a qu'un but, que nous soyons heureux de son bonheur, heureux de sa joie que nous découvrirons en plénitude lorsque le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ se manifestera à la fin des temps. Le Christ reviendra : nous devons attendre ce grand bonheur. Il nous rachètera de toutes nos fautes et il fera de nous des hommes libres et emplis d'amour.

    Dieu nous met aujourd'hui devant l'abaissement suprême, puisque Dieu devient un petit enfant. Méditons que le mouvement de l'amour est de descendre pour prendre la dernière place. Demandons au Seigneur  d'entrer au plus profond de son amour autant que nous le pouvons. Nous sommes appelés à être de vrais fidèles, à être de vrais saints. Que le Seigneur nous donne sa paix et sa joie dans la charité, dans la gloire et dans la paix. Amen !

     

     

     

     

     

  • Faites attention à ce que vous entendez (3/3)

    [77]

    Bien entendu, si Marc a rassemblé ici quatre déclarations de Jésus originairement éparses pour renforcer son appel à écouter, c'est qu'il y a quelque chose de particulièrement vital à saisir. Quoi donc ? Eh bien, évidemment, ce que Jésus nous apprend du monde nouveau de Dieu et de la nouvelle mentalité qui y règne. Mais qu'est-ce à dire ? Pour bien faire il faudrait examiner tout ce que, selon Marc, Jésus dit et tout ce qu'il fait

    Pour faire bref et nous limiter à un seul exemple, on pourrait dire ainsi que le nouvelle mentalité ne va pas sans un renoncement complet à toute domination (10, 42-45) : que ce soit de certains humains sur d'autres, ou des hommes sur les femmes, ou des forts sur les faibles, ou des riches sur les pauvres, ou des adultes sur les enfants, ou des pasteurs sur les laïcs, ou d'une prétendue race sur une autre, ou des savants sur les ignorants... la liste pourrait être longue. Partout où de telles dominations subsistent, le monde nouveau de Dieu n'est sûrement pas là. Cette nouvelle mentalité ne nous est pas plus naturelle qu'aux autres humains. Nous vivons dans un monde, en effet, où l'ambition la plus fréquente est de conquérir ou de conserver un pouvoir sur les autres, que ce soit dans les familles, dans les entreprises, à l'école, dans le monde politique ou les relations internationales. On sait bien où cela mène : c'est la source de tous les conflits. 

    Comment en sortir ? Le monde nouveau de Dieu n'est-il pas une utopie, un rêve trop beau pour être vrai ? A cette inquiétude Jésus répond par avance en deux phrases. Il évoque d'abord l'image de la lampe : la lampe allumée n'est pas destinée à être placée sous un seau ou sous un lit, mais sur un porte-lampe car elle est faite pour éclairer. 

    La seconde phrase est encore sous forme de dicton : Il n'y a rien de secret  qui ne doive être mis au jour. L'image de la lampe et le dicton se renforcent mutuellement, et le sens est clair : le message de salut proclamé par Jésus est une lampe allumée. De même que la lampe est faite pour éclairer, de même la lumière du monde nouveau de Dieu doit chasser la nuit dans laquelle notre vieux monde meurt et se perd. Le rayonnement du monde nouveau de Dieu est encore quelque chose de caché à la plupart, de confidentiel, de non évident.  

    [78] Mais vous auriez tort de vous faire du souci : la vérité finit toujours par éclater. 

    C'est cette certitude sereine de Jésus que j'aimerais vous laisser : Noël, c'est une bonne nouvelle de salut pour notre monde. Elle a commencé à se répandre, la lumière a commencé à briller. Elle est trop nouvelle, c'est-à-dire trop étrangère à nos mentalités naturelles pour être acceptée sans plus par la plupart des humains. Elle n'a été encore écoutée et reçue que par un petit nombre. Elle est donc encore pratiquement secrète, cachée, confidentielle, non évidente. Mais la lumière de Noël est faite pour éclairer. Et elle éclairera. Dès maintenant vous pouvez vous en réjouir. Fêter Noël, c'est aussi lui donner sa chance, c'est l'écouter.     

     

    Jean-Marc Babut - Actualité de Marc - Cerf 2002, coll. Lire la Bible

  • Faites attention à ce que vous entendez (1/3)

    [73] Dans la vie trop remplie et donc trop agitée qu'on mène dans nos grandes cités modernes, c'est une bénédiction pour nous d'avoir ces quatre dimanches de l'Avent, que l'Eglise ancienne a proposé de mettre à part pour préparer Noël. Mais comment préparer Noël ? Comment vivre Noël ?

    De toutes les fêtes chrétiennes, en effet, Noël est la plus populaire, mais aussi la plus paganisée. Elle a cessé en quelque sorte d'appartenir aux Eglises. Tout le monde s'en est emparé. Ici, c'est une marque de piles électriques qui prétend avoir inventé le moyen de faire durer Noël deux fois plus longtemps - parce que ces piles, destinées aux jouets des enfants, durent deux fois plus longtemps, paraît-il. Deux fois plus longtemps que quoi ? On ne le dit pas. Là, les rues se garnissent de guirlandes illuminées pour attirer les clients dans les magasins. Il y a en effet des cadeaux à acheter, pour les offrir à ceux qu'on aime. Il y a un réveillon à préparer pour la soirée du 24 décembre. Bref, beaucoup de publicité et de bonnes affaires en perspective.

    Dans les paroisses aussi on s'active. On prépare la célébration destinée aux enfants. Peut-être aussi tel ou tel d'entre vous a-t-il prévu d'inviter ceux ou celles dont il sait qu'ils supporteront mal leur solitude...

    On ne va pas juger ici ces diverses façons de fêter Noël, même si certaines d'entre elles ont bien peu de rapport (...). Mais dans ce foisonnement où tout se mêle, le bon et le moins bon, on peut se demander ce qu'est vraiment Noël. Le meilleur moyen est de faire un retour aux sources. Et, pour nous protestants, la source, c'est la Bible.

    On aurait tort de penser que la Bible nous propose une manière unique et standard de comprendre ce que signifie pour notre monde la naissance de Jésus. J'ai même envie de dire que les évangiles ont chacun leur manière de présenter cet événement en apparence insignifiant et pourtant d'une aussi grande portée pour l'humanité. 

    [74] Pour Matthieu, par exemple, Noël c'est "Dieu avec nous", Dieu à nos côtés pour partager notre condition humaine. Pour Luc, me semble t-il, on pourrait dire que Noël est l'avènement discret d'un puissant sauveur pour tous les humains, et que cet avènement marque en conséquence un tournant décisif dans l'histoire de l'humanité. Jean, quant à lui, ne raconte rien de la naissance de Jésus. Mais pour lui, l'entrée de Jésus dans le monde, c'est le commencement d'une bonne nouvelle, d'un message de salut, selon les tout premiers mots de son évangile : Commencement du message de salut apporté par Jésus...

    Bien sûr, ces diverses façons de comprendre et d'annoncer l'événement de Noël ne se contredisent aucunement. Elles correspondent sans doute à des sensibilités différentes chez les évangélistes.

    Personnellement je suis sensible à la façon dont Marc essaie de nous faire saisir ce qu'est Noël : le commencement d'une bonne nouvelle, d'un message de salut.

    Une mauvaise nouvelle, c'est toujours difficile à recevoir - et donc aussi à transmettre : la mort d'un être cher, l'annonce d'une grave maladie dont vous êtes atteint, l'annonce d'un licenciement qui vous frappe... quelques mots suffisent, ce jour-là, à faire basculer toute une vie.

    Mais une bonne nouvelle, ça s'annonce avec plaisir, ça s'écoute avec joie, ça éclaire le visage et ça réchauffe le coeur. Une bonne nouvelle aussi, ça marque un tournant dans la vie. C'est pourquoi la Bonne Nouvelle que Jésus apporte doit être non seulement entendue , mais écoutée, c'est-à-dire bien enregistrée pour faire désormais partie de nous-mêmes et modifier notre vie en conséquence.

    Ecouter : c'est précisément le thème central de cette série de sentences énoncées par Jésus probablement en diverses circonstances et regroupées par Marc dans son chapitre sur les paraboles : Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! Et Marc d'appuyer cette première recommandation de Jésus, par une seconde : Faites attention à ce que vous entendez. Nous voilà donc prévenus qu'il y a là, dans ce que dit Jésus, quelque chose qui vaut la peine d'être entendu, quelque chose qui vaut la peine d'écouter

    En général, nous n'aimons pas écouter. Voyez ce qui se passe [75] lors d'une discussion, ou même lors d'une interview de journaliste : on se coupe constamment la parole. Chacun veut placer - et faire prévaloir - son point de vue, sa vérité. On ne laisse pas l'autre s'exprimer, on le contredit avant qu'il ait terminé. Chacun se refuse d'entendre - et même de laisser entendre - ce que l'autre veut dire. En somme nous n'aimons pas ce qui ne vient pas de nous-mêmes, nous n'aimons pas et ne savons pas écouter, faire taire nos propres voix pour essayer de saisir celle de l'autre.

    Si les humains sont si peu capables de s'écouter les uns les autres, on est en droit de se demander comment ils vont pouvoir écouter une voix autrement étrangère, je veux parler de celle de Dieu, que Jésus est venu essayer de nous faire entendre. Celui qui n'écoute pas se condamne lui-même à tourner toujours dans le même cercle, comme un lion dans sa cage : on n'en sort pas, on se retrouve toujours seul avec soi-même, on est perdu.

    L'Evangile, le message proclamé par Jésus, c'est justement une autre voix qui cherche à se faire entendre de nous ; une voix qui vient d'ailleurs que de nous-mêmes, qui nous apporte quelque chose d'autre, quelque chose de différent, quelque chose de neuf : une voix qui apporte aux humains le salut.

    Voilà pourquoi Jésus dit à ceux qui sont autour de lui : Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! Faites attention à ce que vous entendez.  (...)

                                                                                    A suivre post suivant

    Jean-Marc Babut - Actualité de Marc - Cerf 2002, coll. Lire la Bible

    Note : je vous recommande de vous procurer ce livre de J.M Babut qui nous offre un commentaire exceptionnel de l' évangile de Marc. De tels livres sont rares car l'auteur nous accompagne dans une lecture renouvelée de l'Evangile. C'est un pédagogue profond qui ne nous écrase pas (contrairement à beaucoup d'auteurs, hélas) par des considérations scientifiques, exégétiques et finalement imbuvables. 

     

     

     

  • la fragilité au coeur de Noël

    (...) Cette fragilité est au cœur de Noël, au cœur de toutes nos vies parce que, en chacune, il y a le mal à l'œuvre et nous devons le regarder en vérité.

    Devant tout enfant, nous éprouvons une tendresse ineffable dont nous parle Saint Luc. Nous espérons pour son avenir et nous sommes pris par la joie et la paix parce qu'un avenir est là, parce qu'un avenir se dessine. Nous savons que le terme de cet avenir est déjà donné et qu'il est inscrit au cœur même de cet être.

    C'est un mystère de tendresse, oui, de tendresse infinie mais aussi un mystère de puissance. Il y a quelque chose d'extraordinaire :  Dieu vient à nous dans la faiblesse. Dieu vient à nous dans cet enfant couché dans une mangeoire et emmailloté. C'est le Seigneur Dieu que nous adorons, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Dieu vient à nous, non pas comme nous le souhaiterions tous, c'est-à-dire en triomphant magnifiquement de toutes les difficultés, en nous protégeant de la souffrance et en nous évitant la mort mais au contraire, il vient pour les assumer en les prenant sur lui. C'est cela le mystère de Noël, un mystère de rencontre avec la faiblesse et la puissance. Dieu est à l' œuvre et vous vous souvenez de ce que l'Ange du Seigneur dit  aux bergers: «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple: aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, il est le Seigneur ».  

    «Ne craignez pas, je vous annonce une bonne nouvelle ! » Pour combien d'entre vous Noël est-il la bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui éclate dans les cœurs, la bonne nouvelle qui chasse toutes les autres nouvelles, la bonne nouvelle qui fait que toutes les actualités de ce monde ne paraissent rien même si elles sont tragiques, même si elles sont atroces? Nous interrogeons-nous, nous tous bien pensants, que disons-nous pour que Noël soit la bonne nouvelle ? Dans le monde occidental ou dans les autres continents, des hommes méprisent la vie, des hommes béatifient l'avortement, des hommes nient la mort, la refusent sottement alors qu'il faudrait sauver la vie, la faire respecter à tout prix pour qu'elle triomphe. Le Seigneur nous dit: « Je vous annonce une grande joie » parce que toute vie est respectée, toute vie est merveilleuse, toute vie a des possibilités étonnantes. Croyons-nous que la vie est merveilleuse ? Au coeur même de la souffrance, au cœur de l'anéantissement, il peut y avoir la joie, la joie de Dieu. (...) 

    Sommes-nous des hommes décidés à jouer notre vie pour Dieu, à la jouer pour de bon, à devenir des êtres pour qui Dieu existe, pour qui Dieu est un être non pas imaginaire comme tant d'hommes le pensent, mais un être qui  est Dieu, le seul qui compte, le seul  qui engage nos vies, le seul à travers qui tout passe?

    Est-ce que nous aimons Dieu? L'aimons-nous comme nous chérissons un être très proche, plus encore, davantage que tout être? Je vous pose cette question car elle est centrale dans nos vies. En cette fête de Noël, le Seigneur n'a pas à nous poser d'autre question que celle posée à Pierre au soir de sa vie: «Pierre m'aimes-tu?» Chacun entend dans sa conscience cette parole: «Pierre m' aimes-tu plus que ceux-ci? », es-tu décidé à jouer ta vie sur ma vie, es-tu décidé à t'engager avec moi, es-tu décidé à connaître la mort et la résurrection ? Car enfin, ce que le Seigneur nous propose c'est d'entrer dans la vie: «Je suis venu pour qu' ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance ». L'atrocité de la souffrance et l'atrocité de la mort sont là: le Seigneur ne les nie pas puisqu'il les traversera mais il passera en triomphant de la fragilité humaine, de la faiblesse humaine, en les enveloppant d'amour car au fond, il n'y a de vérité et de vie que dans l'amour. C'est l'amour seul qui compte.

    Avez-vous lu certains récits russes d'hommes qui ont traversé la souffrance? L'un d'entre eux raconte comment il a triomphé de tous les esclavages, il a brisé toutes les contraintes établies contre lui et il s'écrie qu'il est seul mais qu'un homme seul peut tout briser à condition d'aimer. C'est ce que le Seigneur nous demande: briser les liens qui sont à briser mais resserrer les liens d'amour entre les hommes qui les construisent.

    Le Seigneur nous demande d'avoir au cœur la joie d'être sauvés. Etes-vous persuadés d'être sauvés, êtes-vous sauvés en espérance, comme dit saint Paul ? Croyez-vous vraiment au tréfonds de votre être que vous avez besoin d'être sauvés par le Seigneur, je dirais arrachés, comme on arrache une proie aux serres de l'aigle, du mal, de la souffrance et de la mort?  Y croyons-nous vraiment?  Sommes-nous assez fous ensemble pour croire à  cette vérité et pour nous la donner réciproquement ? Nous devons incarner cette phrase du Seigneur: « aimons-nous les uns les autres ». Ce ne sont pas des mots et Lucien, le "Voltaire" de l'Antiquité, disait des anciens: «On leur a fourré dans le crâne qu'ils sont frères ». Oui, c'est cela, on  nous a fourré dans le crâne que nous sommes frères. Nous vivons cette folie de croire à la folie de l'amour de Dieu.

    En cette fête de Noël, je vous demande une chose: croire au bonheur, croire à la plénitude du bonheur, à la plénitude de la vérité du bonheur, de la joie triomphale du bonheur. C'est une véritable joie qui est dans notre cœur devant ce petit enfant si fragile et cependant tout-puissant. Il triomphera, après sa mort, dans la résurrection. Voilà ce que nous confessons après avoir entendu les paroles de Paul: « Il s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien». Sommes-nous ardents à faire le bien, ardents à tout lâcher pour le Christ comme Paul regarde toutes choses derrière lui comme des ordures, de la balayure pour gagner le Christ ? Nous sommes des êtres extraordinaires ! Les chrétiens, s'ils savaient ce qu'ils sont et s'ils savaient vivre, transformeraient le monde par leur témoignage de vie. Ils transformeraient le monde car ils seraient ce que le Seigneur leur demande d'être. Le Seigneur n'a pas promis une transformation magique mais il a promis un monde de justice et de paix : « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qui l'aiment ». Un triomphe de l'amour! Vous savez combien l'amour est humble, pauvre parce qu'il se met aux pieds de ses frères. (...)

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole - Ed. Parole et Silence, 2007 pp. 29-32

  • Cela s'appelle l'Aurore

    Dans Electre, de Jean Giraudoux, une femme demande: «Comment cela s'appelle-t-il quand le jour s'élève dans le froid, que tout paraît gâché, saccagé, mais que pourtant l'air se respire?» Électre la renvoie au mendiant, car ce sont les pauvres qui savent ces choses-là, et le mendiant lui répond: «Cela porte un très beau nom, femme. Cela s'appelle l'aurore.» Nous appelons Jésus le Christ. Nous aurions pu l'appeler l'Aurore. C'est d'ailleurs ce que fait le vieux Zacharie, d'après saint Luc, lorsqu'il l'appelle «Soleil levant, venu d'en haut, fruit de la tendresse de notre Dieu» (Luc 1, 78). Car il est venu, il vient toujours lorsque le froid commence de transir l'humanité, et que tout paraît gâché, saccagé. Et apparemment sa présence même n'apporte pas de transformations notables ni subites dans cet état de fait. Ici c'est l'hôpital, la maladie. Là c'est la vieillesse, la solitude. Ailleurs c'est la hargne, la dispute. Ailleurs encore, c'est la révolte, l'accablement. Ou la somnolence des repus, l'indifférence des préservés. Matins blafards de Noël où ceux qui ont mal ont plus mal. .. Mais pourtant là où Jésus vient de naître, o surprise, l'air se respire.

    Les poitrines sont moins oppressées. Un filet de brise revigore. La tremblante espérance s'ébroue de nouveau. Il se remet à faire bon croire à la vie. S'obliger de croire à la vie parce que l'air est plus vif et que soudain l'on respire mieux. Il fait bon penser que Dieu lui-même s'est mis en demeure d'avoir une enfance. Et qu'il n'est donc pas idiot d'escompter qu'il va nous comprendre de plus près et nous faire un avenir. 

    Il fait bon alors sourire à celui qui s'éveille aussi de sa nuit à côté de nous. Oui, camarade, il fait froid, tout paraît gâché, saccagé, mais tu sens, n'est-ce pas, tu sens comme moi que pourtant, ô surprise, l'air se respire? Des promesses nous sont faites. Aidons-nous à ne pas les gaspiller. Aidons-nous à nous débarrasser les uns les autres de ce qui empêche l'amour et la lumière de circuler! Nous étions lassés, résignés, mais avec cet air nouveau qui se respire bien, pourquoi ne tenterions-nous pas d'échapper enfin à nos mauvais démons? de nous rendre le service mutuel d'aimer la vie, de la choisir meilleure, de la vouloir moins inhumaine pour tous nos frères?

    L'air se respire. Un air plus léger, plus transparent. Il gonfle nos poumons. D'où descend-il? Il ne descend pas, il monte de cet Enfant au milieu de nous. C'est son souffle qui, instant après instant, prend possession de notre espace, et qu'il nous donne à respirer. C'est son Esprit qui, déjà, à dose infinitésimale, se communique et nous vivifie par le dedans.

    L'Évangile nous met en face du seul vrai drame: «Il est venu chez les siens et les siens le l'ont pas reçu» (Jn 1, 11). C'est un fait, nous n'aimons pas les étrangers ni les intrus. Il faut de chaudes recommandations pour que nous les accueillions autrement que comme de la main d'œuvre. Leurs mains, en effet, peuvent nous être utiles. Leur cœur, peu nous en chaut! Nous en ignorons les élans, les besoins, les souffrances. S'obliger à la joie de Noël quand rien humainement n'est pour la joie, cela n'a finalement de sens que parce que c'est s'obliger à battre à l'unisson d'un cœur autre. Mais c'est découvrir que ce cœur autre n'est pas le cœur d'un étranger ni d'un intrus. C'est le cœur pour lequel nous sommes faits; il est nôtre et nous sommes siens. Qui l'accueille accueille sa propre vérité. Qui l'accueille est accueilli par Dieu même. Qui l'accueille ne peut pas ne pas commencer d'accueillir tout cœur humain qui vient à lui.

    S'obliger à la joie de Noël, pour les prisonniers que nous sommes de nos égoïsmes et de nos sécheresses, c'est commencer d'abattre les murailles, d'arracher les poteaux-frontière, de franchir les murs des langues et des incompréhensions.

    Albert-Marie Besnard - Il vient toujours - Cerf 1979, pp.19-22 

  • Il est né parmi nous

    Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? demandent les mages venus d'Orient. Quand le Fils éternel du Père vient vivre avec nous, on ne peut pas dire qu'il force les portes : sur notre terre, sa première condition est celle d'un petit émigré dont on ne veut pas à la maison ; Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu. Si nous avions dû mettre en scène l'incarnation d'un Dieu qui parle aux hommes, nous l'aurions sans doute située au temple ou dans un palais royal, comme l'imaginaient les mages venus d'Orient. Les Évangiles nous le présentent à Bethléem, loin de ces fastes, dès le début mis à l' écart dans un abri de bergers. Pourquoi cela ?

    Si le Fils de Dieu était apparu dans la gloire d'un sanctuaire, nous aurions sans doute cru qu'il était d'abord venu pour les prêtres et tout ce qui touche de près ou de loin au monde religieux, comme certains le pensent encore. S'il  avait parlé du haut d'un trône royal, il aurait laissé croire  qu'il venait pour les grands de ce monde - et Dieu sait  qu'au long de l'histoire beaucoup d'entre eux ont prétendu asseoir sur lui leur puissance. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Dieu s'est manifesté dans la vie de gens très ordinaires et pauvres, déplacées par décret, comme tant de familles côtoyées de nos jours. Il a même définitivement lié son visage à celui d'un nouveau-né, couché dans une mangeoire, et les textes précisent sans ambages : Voilà le signe qui vous est donné. Oui, tel est le lieu où Dieu se d onne à reconnaître. C'est un comble, du jamais vu !

    Par là, Dieu annonce clairement et de façon indiscutable que sa Parole devenue chair est destinée à tout homme et que son amour ne connaît aucune frontière. Comprenons-le : le Très-Haut se révèle au plus bas, car il ne veut exclure  personne. Pour n'être récupéré ni par le clergé, ni par les princes, ni par quelque caste que ce soit, il s'identifie aux plus petits. Et pour être absolument sûr qu'on ne trouve pas plus petit que lui, il devient le « Très-Bas » (Christian Bobin), et se place au-dessous de l'échelle humaine,  puisqu'il choisit comme gîte la mangeoire d'un animal. De cette façon, il est assuré de pouvoir rejoindre tout le monde, jusqu'au plus démuni d'entre les démunis, jusqu'au plus désemparé. Le Créateur qui, avec amour, a façonné l'homme et la femme à son image, nous donne en 1 Jésus un sauveur qui se tient au plus proche de ceux dont la condition est fragile, sous-humaine, de ceux dont la vie risque de se perdre.

    Ainsi quiconque, quelles que soient son histoire, sa situation, ses déchirures, est assuré que Dieu veut non seulement lui parler mais se faire proche et partager son existence. Le signe de Dieu à Bethléem est un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire (Lc 2, 12). Jésus se manifeste dans la pauvreté, les mains vides, il est emmailloté comme un cadeau offert, parce qu'il n'a rien d'autre à donner que lui-même. Mais en lui est la vie, écrit saint Jean (1, 4). De la sorte, par lui et en lui, la vie même de Dieu pénètre l'histoire humaine, l'histoire de chacun: Le Verbe était la vraie lumière qui en venant dans le monde illumine tout homme (Jn 1, 9)

     Bernard Rey - La discrétion de Dieu - Cerf 1997, pp.41-43