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  • Sur les mystères douloureux du Rosaire

    Ce second cycle embrasse les événements des derniers jours, depuis le jeudi soir jusqu'à la nuit de Pâques.

    Auparavant, Jésus a quitté son pays pour commencer sa vie publique, il a prêché, agi et lutté, il n'a pas trouvé d'accueil parmi les hommes, il a persévéré dans une solitude inconcevable pour nous et le royaume de Dieu ne s'est pas réalisé, comme c'eût été possible qu'il se réalisât si "les siens l'avaient reçu " (Jean 1,11)

     

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  • Année A - Quatrième dimanche de Pâques

    Références scripturaires de la liturgie de ce dimanche  : Ac 2, 14-41 - 1 P 2, 20-25 - Jn 10, 1-10

    Texte (i-dessous) : P. Marie-Joseph Le Guillou, o.p.  -  L'Amour du Père révélé dans sa Parole, homélies année A - Éditeur : Parole et Silence, 1998

     

    129 En ce dimanche du Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis afin qu'elles aient la vie en abondance, l’Église nous demande avec insistance de prier pour les vocations, spécialement pour les vocations sacerdotales et religieuses. C'est en effet une nécessité fondamentale de prier car, pour que les chrétiens vivent, les communautés ont besoin de vocations sacerdotales qui les construisent et qui leur permettent de se développer. C'est un problème qui se pose de façon aiguë en notre temps car il y a une crise des vocations qui se résoudra en premier par la prière.

    Nous demanderons au Seigneur, du plus profond de notre cœur, des bons bergers qui donnent la vie au peuple de Dieu, marqués du sceau de l'Esprit, à l'image du Christ. Vous me direz peut-être : qu'y puis-je, en quoi cela me regarde-t-il ? Il est vrai qu'une vocation est toute gratuite, d'une gratuité comme il n'en est pas. Tout homme appelé à devenir prêtre en a fait l'expérience : il se demande souvent pourquoi il a été appelé et pas tel autre. C'est le Seigneur qui choisit, voilà pourquoi toute vocation est un don gratuit. C'est le Seigneur qui appelle dans l’Église. Il appelle des hommes à se consacrer à l'annonce de la Parole, au rassemblement de la communauté dans la célébration de l'Eucharistie, à la prière et à la vie fraternelle. Il est là " in persona Christi ", en lieu et place du Christ pour appeler les hommes à le connaître plus totalement, plus profondément, plus réellement.

    Le prêtre représente la tête du Corps c'est-à-dire le Christ. Ce n'est pas de lui-même qu'il re-présente le Christ, c'est parce qu'il a été appelé par l’Église qui l'a 130 consacré. Nous avons à demander au Seigneur que de nombreux jeunes se sentent appelés au sacerdoce. Cela ne germe pas tout seul : cela nous concerne tous. Il faut le demander dans la prière et le Seigneur nous exaucera comme il nous le dit lui-même : " La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson " (Lc 10,2).

    Il y a dans le monde une recherche de Dieu, un besoin de découvrir le mystère de Dieu que les prêtres devraient pouvoir satisfaire. Il y a un appel de Dieu dans de nombreuses vies, même dans la plupart des vies à des moments différents : il faudrait qu'il y ait des hommes consacrés qui détectent et qui aident ceux qui ont reçu un appel à cette vocation. Bien sûr, nous n'avons rien dans les mains. Un prêtre est un homme qui n'a rien dans les mains. Rien, si ce n'est la puissance de l'amour de Dieu. Là, tout nous est donné. Là tout peut se faire mais je crois qu'il faut que l’Église découvre plus profondément que jamais que le sacerdoce est un don dont personne ne peut s'attribuer le mérite mais qui témoigne de la plénitude de la gratuité de l'amour de Dieu. Rassembler les hommes dans l'unité, dans la vérité, les rassembler dans la charité fraternelle, les rassembler au plus profond de leur être. Il faut des vocations sacerdotales, il faut qu'elles soient nombreuses. A la mesure où nous y croirons, elles nous seront données plus largement que nous l'imaginons.

    Le Seigneur appelle les apôtres qui seront pêcheurs d'hommes. Prions le Seigneur de nous donner de nombreux pêcheurs d'hommes qui en prennent dans leurs filets pour les donner au Seigneur afin qu'ils vivent de sa vie. " Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance." Remarquez combien tout est centré sur la vie en abondance. Nous avons à vivre du mystère du Christ mais à en vivre au plus profond de notre être avec joie, dans la paix, dans la lumière. Ce mystère est 131 sur nos vies, c'est un don qui est fait à tous car le sacerdoce n'est pas donné à un seul, il est donné à quelques uns pour le profit et le bénéfice de tous.

    Je voudrais vous dire un mot des vocations religieuses : ce sont des vocations de témoignage. L'absolu de l'amour de Dieu réclame tout, demande tout, demande qu'on lui consacre toute sa vie au point de le suivre dans le célibat, dans la pauvreté, dans l'obéissance. Il y a là un appel spécial, un appel qui s'origine à la vie baptismale commune à tous mais manifestée plus profondément comme un signe vivant, un signe eschatologique : l'amour de Dieu est là présent. Les communautés religieuses sont au cœur de l’Église des témoignages de l'absolu de l'amour de Dieu. Consacrer tout au Seigneur, livrer tout au Seigneur, donner tout au Seigneur, c'est ce qu'Il demande à certains. Mais je voudrais souligner que s'il le demande, c'est pour que nous profitions tous de ses dons.

    Si le Seigneur nous donne d'avoir des communautés religieuses dans l’Église, c'est pour qu'elles témoignent en surabondance de l'amour qui les habite, de la charité fraternelle qui les construit. Nous avons à entrer dans ce mystère et il y a une complémentarité entre le sacerdoce, la vie religieuse et la vie laïque.

    Il y a aussi des vocations dans la vie laïque et nous devons prier pour elles, des vocations qui sont un appel à servir l’Église d'une façon ou d'une autre, humblement, chacun à notre place et nous aidant les uns les autres. Il faut que nous soyons fiers des vocations sacerdotales, il faut que nous soyons fiers des vocations religieuses. Il faut que nous soyons fiers des vocations qui naissent au sein du peuple de Dieu et  qui manifestent tel ou tel aspect de la miséricorde de Dieu.

    Je voudrais souligner ici que les vocations sacerdotales ou religieuses ne nous sont données que dans la prière. C'est la prière qui est première car elle est toute puissante 132 sur le cœur de Dieu et dans le temps difficile au milieu duquel nous vivons, nous devons être des hommes  qui dans la prière portent le salut du monde. Le Seigneur a prié jusqu'à l'agonie. Nous devons rentrer dans sa prière jusque dans son agonie. Il faut se donner au Seigneur jusqu'au bout, il faut aimer comme le Seigneur, jusqu'au bout.

    Relisez le texte de la lettre de St Pierre : il dit qu'il obéit au berger qu'est le Christ. Il nous prévient  qu'il faut vivre à son exemple: " Frères, si l'on vous fait souffrir alors que vous avez bien agi, vous rendrez hommage à Dieu en tenant bon. C'est bien à cela que vous avez été appelés., puisque le Christ lui-même a souffert pour vous  et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces ".  C'est toute l'image du Serviteur souffrant que Pierre donne ici. C'est le cœur de la vie du Christ. C'est cela que nous avons à prêcher. C'est cela que nous avons à annoncer au monde, tous, que nous soyons prêtres, religieux ou laïcs : nous avons à annoncer cette entrée dans le mystère de Dieu. C'est vraiment à cela que nous avons été appelés. C'est parce que le Christ a souffert pour nous qu'il est devenu notre berger.

    Je pense qu'il faut lier la prière à la souffrance : l'accepter dans l'amour de Dieu, parce que le Seigneur comble son Église de façon à ce que nous formions un seul corps et que nous vivions dans la justice, dans la charité, que nous vivions dans l'amour de Dieu, que nous ne soyons pas errants mais que nous demeurions dans la main du bon berger. L'image du bon berger est une des images les plus anciennes. On la trouve dans les catacombes et dans les très anciennes églises. Le bon berger, c'est vraiment le mystère du Christ tout entier et c'est en lui que nous devons demeurer

    Demandons ensemble au Seigneur qu'il nous comble de vocations de toutes natures. Que les prêtres soient comme 133 des radars qui détectent des vocations, qui les aident à grandir et que nous soyons fidèles à obéir à cet appel. Je sais qu'il y a parmi vous certains qui sont touchés par la grâce de Dieu. Ils ont à laisser grandir en eux cet appel. Que le Seigneur fasse grandir en chacun de nous notre vérité  pour que nous entrions dans le mystère de Dieu à la suite du Christ dans la joie, la paix et la lumière. Laissons le Seigneur nous guider, laissons le Saint-Esprit être notre lumière. Confions-lui notre cause, c'est lui qui nous défendra et c'est lui qui nous donnera tout ce dont nous avons besoin. Amen ! 

     

     

     

     

  • Les récits de la Passion 07

    Textes tirés du livre " Jésus, simples regards sur le Sauveur " par Un moine de l’Église d' Orient - Ed. Chevetogne 1962

     

    117

    Mon enfant, tu ne sais pas encore ce que signifient ces mots : " Je me suis chargé de tes péchés." Tu penses avec horreur au mal cruel que tu as commis, soit récemment, soit il y a bien longtemps, envers telle personne, telle autre personne. Tu sais qu'elles ont souffert par toi et que réparer cette souffrance est maintenant impossible. Ecoute-moi. Je me suis substitué à ces victimes de ta cruauté égoïste. Ce n'est plus contre elles, c'est contre moi que se dresse ton offense. Je suis le nœud de la situation. Seul je la puis dénouer, parce que j'ai pris sur moi et le dommage causé et la cause du dommage, et parce qu'en moi résident l'expiation et le pardon. Quand il est trop tard pour réparer le mal à l'égard des victimes ou même si tu peux encore le réparer, projette sur moi, transpose en moi ton péché. Dépouille-toi de 118 tout lambeau de justice personnelle. Saisis, par la foi, la rédemption et le salut que je t'offre. Viens à moi n'attendant plus que ma miséricorde. Cesse de te demander : " Comment puis-je réparer ? " La réparation viendra  de ton union plus étroite avec moi. C'est par ta foi en moi, non par tes réparations, que tu seras justifié. Mais tu ne peux t'ouvrir à la foi vive, à la foi qui sauve, à ma grâce, à ma justice qui seule rend juste, si tu ne veux en accomplir les œuvres et en porter les fruits. C'est moi qui réparerai ; mais tu répareras par moi, avec moi, en moi. Pour réparer, commence par te jeter dans mes bras.

    Mon Sauveur, dis-moi encore comment tu te charges de mes péchés. 

    Oui, mon enfant, je veux te rendre plus attentif à ce mystérieux transfert. Je voudrais que plus d'hommes y soient attentifs. Beaucoup d'hommes éprouvent d'une manière très vive le brisement de cœur par lequel ils jettent  à mes pieds leurs péchés. Beaucoup d'hommes aussi sentent d'une manière très vive la paix et l'autorité qui accompagnent ma parole, lorsqu'elle annonce - lorsque mon Église annonce : " Tes péchés te sont remis." Mais il y en a moins qui sachent percevoir l'acte par lequel l'agneau de Dieu ôte le 119 péché et le prend sur lui-même. Je t'ai enseigné que je suis présent à ton péché, d'une présence à la fois condamnante et compatissante. j'implore alors ton regard, ton adhésion. Si tu me les donnes, le centre de l'acte se déplace. Ce n'est plus le péché qui se trouve au centre. Toutes les forces s'infléchissent. c'est moi qui, maintenant, occupe le centre. En cette seconde, tu es libéré. En cette seconde s'actualise ce qui s'est passé, lorsque, à Gethsémani et sur le Golgotha, j'ai assumé toi-même et ce péché. La crise n'est plus entre le péché et toi. Elle est entre toi et moi. De mon cœur, un rayon descend sur toi. Il t'attire, il te prend. Ton regard remonte jusqu'à moi. Tu laisses ton âme suivre le rayon...

  • Les récits de la Passion 04

    Textes tirés du livre du P. Xavier Léon-Dufour  - " Le pain de la vie" - Seuil 2005

     

    77 La parole sur la coupe

    En ayant pris une coupe et rendu grâces il la leur donna en disant : " Buvez-en tous car ceci est mon sang de l'alliance qui sera versé pour la multitude pour le pardon des péchés." (Mt)

    Dans une parole, de densité exceptionnelle, Jésus récapitule le sens et la portée de son existence. Il a annoncé sans 78 faiblir le règne de Dieu, au point d'être désormais affronté à une mort imminente ; il a constitué autour de lui un groupe de disciples fidèles. En cette heure dernière, il lui faut, avec les siens, situer le présent et l'avenir dans le dessein d'amour de Dieu. Deux mots vont résumer cela : alliance et sang versé

    D'abord, nous n'avons plus l'annonce simple du "règne" de Dieu, mais l'alliance, un mot qui évoque le long itinéraire d'Israël au cours de l'histoire et qui dit la présence de Dieu au peuple élu : préparé avec Noé (Gn 9, 8-17), promise à Abraham (Gn 15, 9-21 ; 17), réalisé au Sinaï (Ex 19-24 ; Jos 23,16), promise à David et à sa descendance (2 S 7, 5-16), souvent transgressée par le peuple infidèle, enfin promise "nouvelle" pour un jour à venir (Jr 31). Au terme de son existence, Jésus proclame que l'alliance avec Dieu est définitivement renouée, c'est-à-dire que la vie éternelle lui est déjà donnée et qu'il la communique à ses disciples en leur offrant la coupe à boire. Or, cette vie vient à travers la mort, tel avait été le message culminant qu'il leur avait été enseigné. 

    Et voici voici le second terme capital de la parole, le sang versé : Jésus va verser son sang, étant condamné à mort par ceux qui ont refusé son annonce ; pour maintenir celle-ci jusqu'au bout, il accepte la mort violente, il se livre totalement. Or cette mort devient salut non seulement pour lui, mais pour la multitude. On pense à ce que Jésus disait à ses disciples ; accepter de perdre son existence, c'est la sauvegarder. Ici, il faut éviter de renverser les données du problème. Jésus offre une révélation non pas sur la mort qu'il faudrait rechercher, mais sur la vie qui jaillit à travers la mort. Différence fondamentale car, à inverser les éléments, on aboutit à lier l'effet de la mort au seul salut du péché, à ce qu'on appelle la "réparation", alors que l'objectif est la vie pleine. 

    Avec la parole sur la coupe, c'est la notion même de sacrifice qui doit être révisée : l'eucharistie est essentiellement un "sacrifice de louange" par lequel les disciples du Christ glorifient Dieu d'avoir en Jésus fait triompher la vie sur la mort.

  • On demande des pécheurs 17

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [117]

    Une lumière qui fait mal (l'examen de conscience)

    A une dame qui, tout heureuse d'avoir réussi à approcher le Curé d'Ars, lui disait : " Oh, mon Père, comme c'est bon de vous voir enfin ! Je ne me connais si peu, j'ai tant besoin, tant envie de me connaître et l'on m'a tellement vanté votre clairvoyance ! " Le Curé d' Ars répondit : " Oh, madame, que vous êtes heureuse de peu vous connaître ! Si vous en connaissiez seulement la moitié, vous ne pourriez plus du tout vous supporter. "

    C'est vrai, il est pénible d'examiner sa conscience, de se découvrir faible, de mettre en lumière ses penchants intérieurs et ses tentations. Il est inévitable que notre examen de conscience soit pénible car nous le faisons presque toujours en partant de nous-même. En regardant seulement et toujours comment les choses partent de nous ; nous oublions l'autre grand point de départ, le plus important : cet appel positif de Dieu, cette image de Dieu en nous telle que l’Évangile nous la propose dans le regard du Christ. 118 Hélas ! ce n'est même pas cela : nous réduisons cet appel de Dieu à n'être qu'une règle, à n'être qu'un commandement, en oubliant que Dieu avait donné ses commandements à son peuple après lui avoir dit : " Souviens-toi toujours que je t'ai fait sortir de la terre de l'esclavage, que je suis venu pour te rendre libre." 

    C'était pour rendre le peuple libre, pour le sauver, que les commandements étaient donnés ; or, de ces commandements, nous avons fait non pas le moyen d'une libération, mais une clôture. Comme ce berger, avare à sa manière, qui, chaque jour, déplace le fil de la clôture électrique ; il en résulte que les bêtes broutent le long du fil, et en dessous. Elles ne font plus que courir le long de la clôture, le long des commandements.

    Il en va ainsi de notre " morale-limite ". On a oublié que l'important était que l'herbe soit bonne et que le temps soit beau. Nous, nous ne regardons que la clôture, et nous n'écoutons plus l'appel. Comment donc l'entendre ?

    Deux clefs pour cet examen de conscience

       1. L'appel du Christ. Quels sont, tout d'abord, les grands appels du Christ, quel est ce portrait, ce visage que le Christ nous propose dans l’Évangile ? Rappelons-nous ces phrases de l’Évangile décisives : " Soyez miséricordieux, comme mon Père est miséricordieux. - Pardonnez comme votre Père pardonne. - Que votre oui soit oui, que votre non soit non. - C'est dans la patience que vous sauverez votre âme. - Soyez doux et humbles de cœur. " Et les Béatitudes : " Bienheureux quand vous combattrez pour la justice. - Bienheureux quand vous aurez le courage de la douceur. - Bienheureux 119 quand vous ferez passer la souffrance de votre prochain, si elle est plus grande que la vôtre, avant la vôtre. - Bienheureux quand vous ferez la paix. - Bienheureux quand vous aurez un cœur pur."  Voilà notre examen de conscience, voilà le visage du Christ, l'image de Dieu en nous, son appel. Et dans cet appel, tout est positif.

       2. Responsabilité ou culpabilité. La deuxième clef de notre examen de conscience, elle aussi positive, porte sur nos responsabilités. Nous avons fait de la confession le sacrement de la culpabilité (il est vrai que nous avons à nous défaire d'un héritage janséniste lourd de plusieurs siècles). Nous en avons fait le sacrement de la négation, alors que c'est celui de la vie, de la responsabilité, de la liberté, de la restauration positive d'une amitié. Quand pourrons-nous savoir que nous sommes coupables ? C'est à peu près impossible à juger exactement ; Dieu seul le sait, et nous n'avons pas besoin de le savoir. Mais notre responsabilité est positive, nous pouvons la connaître, l'évaluer beaucoup plus réellement, beaucoup plus facilement : pensons à nos grandes responsabilités par rapport à notre travail, à notre famille, par rapport au prochain, à la vieillesse de nos parents qui vivent près de nous, par rapport à l'éducation des enfants et des êtres qui nous sont confiés et des orientations de leur vie ; nos responsabilités par rapport aux structures dans lesquelles nous vivons. Et que dire de la désaffection du chrétien à l'égard de tout ce qui est du domaine politique ? Une information, un vote sont graves ; comme toute participation à la vie des autres, à celle du prochain. Au nom de quel droit nous désintéresser  des déterminations qui sont prises dans nos communautés, quelles qu'elles soient ? 

    D'ailleurs, comme nous nous accusons peu du péché d'omission ! Pourtant, on pèche souvent plus, non 120 en agissant mal, mais en manquant de vie, en manquant de vitalité.

    Voilà donc les deux clefs de l'examen de conscience. Ces grands appels de l’Évangile qui sont notre feuille de route, le dessein de ce que Dieu attend de nous : d'une part notre vérité positive, et d'autre part toutes nos responsabilités d'homme.

    (...)

    Il y a une hiérarchie à établir dans nos fautes. On ne l'apprend que peu à peu, justement par la confession. Apprendre à donner de l'importance à ce qui en a, mettre des degrés dans nos absences, nos paresses, nos maladies. Il est vrai, par exemple, que le péché contre la chasteté 121 est grave, mais n'est-ce pas plus grave de pécher contre la justice ou de s'enfermer dans l'indifférence à l'égard de notre voisin ou de notre frère ? Il est grave de se mettre en colère contre son frère et de se laisser aller à son tempérament impulsif, mais n'est-ce pas plus grave de ne rien entreprendre, de se donner de bonnes raisons pour ne rien faire pour notre frère qui est dans le besoin ? Prendre quelque chose qui ne nous appartient pas est grave, mais n'est-ce pas plus grave de tolérer (finalement cela devient une habitude) une injustice généralisée et pesante, paralysante pour des pays ou des individus, et de l'admettre sous prétexte qu'il n'y a pas moyen de faire autrement ?

    S'accuser de ses péchés d'ailleurs, ne veut pas seulement dire décrire ses états d'âme , mais d'abord nommer les choses. Ce n'est pas en face de nous que nous devons nous agenouiller, mais c'est en face de Dieu, de quelqu'un qui nous attend, qui nous aime et qui nous aide à faire la lumière sur nous. (...)

    (...)

    184 ... nous dirions volontiers de la confession qu'elle est pour nous le test absolu de la foi, le point de non-retour en face de la confiance en Dieu, acquise par le partage du sang, sang de nos péchés et sang du Fils de Dieu. C'est ce que nous formulerions de façon banale en disant que l'un des signes décisifs de santé et de sérieux de la foi est d'accepter de se confesser à n'importe quel prêtre..., même à celui qui nous connaît.

    C'est en effet prendre Dieu au mot et nous prendre nous-même à l'espérance décisive du salut et de la vérité. Certes, chacun de nous sait combien cela peut être difficile. Mais doit-on en vouloir à ce cadeau-piège de Dieu, qui nous oblige nous-même et oblige le prêtre à se dépasser et à rejoindre l'image éternelle que Dieu à de nous ?

                                      P. Bernard Bro, o.p

     

     

  • On demande des pécheurs 15

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [100]

    L'arbre tombe du côté où il penche

    (...) Il reste que nous avons besoin de savoir si nous avons vraiment choisi la miséricorde. Quel sera donc le signe concret, qui ne peut pas nous tromper, capable de 101 nous apaiser parce qu'il est plus qu'un signe, parce qu'il est la preuve  que la réalité est déjà là, que nous avons opté définitivement pour Dieu et pour le salut

    Le Christ ne nous a donné qu'une seule réponse : " Bienheureux ceux qui font miséricorde, car ils recevront miséricorde." " Bienheureux les miséricordieux." C'est parce qu'il a appris la compassion que le jeune fils comprend la miséricorde de son père, c'est parce qu'il aime qu'il peut comprendre  les raisons de l'amour. Ce n'est pas de l'ordre de l'idée seulement, mais d'une harmonie, d'un pressentiment, d'une connivence qui ne s'acquiert qu'en acceptant d'être blessé. On apprend la pitié que pas ses propres blessures. On ne peut donc aimer la miséricorde, et par conséquent la choisir, que  si on a avec elle cette affinité, cette connaturalité qui fait qu'on est soi-même miséricordieux. C'est pourquoi Notre Seigneur insiste : " De la mesure  dont vous mesurerez, on mesurera pour vous en retour " (Luc 6,38). Pour se servir de cette mesure-là, il faut être imprégné de miséricorde. " Je leur donnerai un seul cœur et je  mettrai en eux un esprit nouveau ; j'extirperai de leurs corps le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent selon mes lois et qu'ils observent mes coutumes et qu'ils les mettent en pratique." (Ezéchiel 11, 19-20). Si la foi est "comptée comme justice", si elle sauve, ce n'est pas qu'elle dispense d'être bon (comme on a pu le faire dire à Luther), mais c'est parce qu'elle ne peut naître que de la bonté la plus fondamentale qui puisse jaillir d'un cœur humain, celle qui consiste à pressentir la tendresse de Dieu, parce qu'on est déjà investi de cette tendresse, de cette grâce. (...)

     102 Nous avons bien à choisir : être jugés ou bien être liquéfiés, " contrits " par la miséricorde qui nous mènera  103 bien plus loin que nous ne le pensons. On n'en finit jamais d'aimer, on n'en finit jamais de désarmer, et surtout de ne plus s'appuyer que sur cette miséricorde. Si nous sommes miséricordieux, Dieu à son tour, nous donnera sa miséricorde. L'enfer, c'est peut-être de chercher encore la justice.

    On ne croit pas à l'enfer à cause de la bonté de Dieu. Pourtant, si l'enfer n'existe pas, cela veut dire que Dieu ne nous prend pas au sérieux, qu'il ne nous laisse pas cette possibilité de faire un choix. (...) Celui qui ne veut pas de la miséricorde, ni de l'amour, celui qui veut de la justice aura sa justice et il risque  alors de demeurer seul et d'être confondu. Nous commençons à choisir la miséricorde tout de suite, dès maintenant, en face de nous-même et en face des autres, avant de le faire  en face de Dieu. L'arbre tombe du côté où il penche. Dieu nous respectera : si nous voulons être seul, il nous laissera seul.

    Sachons pressentir cette attente du cœur de Dieu partout présent dans l’Évangile et l'écouter : " Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas la miséricorde, ils vont vers elle par la grande route où ils rencontrent la justice, c'est-à-dire qu'ils risquent leur perdition. Ne jugez pas, 104 et vous ne serez pas jugés. Si vous êtes jugés, vous êtes perdus. Votre seule chance c'est de ne pas être jugés, et je n'ai pas envie de vous juger. Si je vous juge, je suis obligé de vous juger selon la justice. Et selon la vérité, qui donc subsistera ? Si iniquitates observaveris, Domine, quis sustinebit ? Vous obstiner à croire que vous pouvez avoir affaire, si peu que ce soit, à la justice, c'est précisément une illusion de votre cœur de pierre, qui ne comprend pas qu'en face d'une douceur comme la mienne, avec votre dureté vous êtes déjà condamnés. Ma Sagesse clame au long des rues : efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; elle n'est pas difficile à franchir, mais à trouver. Cette voie est douce et délectable. Mon joug est doux et mon fardeau léger. Mais peu nombreux sont ceux qui l'acceptent. Leurs œuvres étaient mauvaises, ils ont préféré les ténèbres à la lumière. Si vous connaissez que vos œuvres sont mauvaises, vous trouverez la miséricorde. Elle vous dépasse, c'est cela même qui vous sauve. Si le cœur de Dieu était comme le vôtre, vous seriez perdus. Découvrez cela et vous êtes sauvés ! " 

    Mais il ne suffit pas de penser tout cela, il faut y croire... Et nous savons que seuls sont bienheureux ceux qui font miséricorde, parce qu'ils trouveront miséricorde. Alors il n'y a plus peur à avoir d'être jugé : puisque c'est à nous de choisir. 

                     P. Bernard Bro, o.p

    A suivre....

     

  • On demande des pécheurs 10

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [73]

    Pourquoi se confesser à un homme (suite)?

    (...) Il serait séduisant, et de fait, paraîtrait plus beau en un sens, que le salut dépende de la sainteté ou de l'intelligence du prêtre. Cette solution serait en réalité terriblement  cruelle, soit pour le prêtre, soit pour le fidèle. Nous ne sortirons jamais du dilemme du tout ou du rien : ou bien des prêtres parfaits, ou bien personne qui puisse nous sauver. C'est bien ainsi que, trop souvent, chrétiens, nous imaginons l’Église, nous coupant du médecin parce que le pharmacien ne nous plaît pas.

    En fait, Dieu a remis le salut aux mains de notre liberté, liberté de donner, liberté de recevoir, et non pas aux mains de notre sainteté. Ce qui rend l’Église odieuse parfois aux yeux de certains est justement ce qui nous sauve : à savoir que l'absolution est toujours une absolution, quel que soit l'état d'âme de celui qui la donne. Car celui-ci, s'il n'est pas toujours, ou pas forcément en amitié avec Dieu, est toujours libre de vouloir, au moins, bien faire pour les autres, au moins vouloir transmettre le salut. Si Dieu lui demande beaucoup pour son propre salut, il lui demande très peu pour le salut des autres. " Pierre baptise ? C'est le Christ qui baptise. Paul baptise ? C'est le Christ qui baptise. Judas baptise ? C'est le Christ qui baptise" (St Augustin). On doit dire la même chose du pardon. La miséricorde [74]  de Dieu ne supporte pas que le salut de l'humanité soit mesuré par le poids de sainteté ou de médiocrité des hommes. S'il y a pour nous une invitation à adorer la miséricorde, c'est là qu'elle se trouve.

    En effet, si quelqu'un avait le droit d'être puriste et de ne pas tolérer que le salut soit administré indignement, c'est bien Dieu. Et il ne l'aurait pas toléré, s'il avait aimé ce qu'on appelle - hélas ! très mal - sa "Gloire" avant d'aimer les pécheurs. Ou, plus profondément, si la Gloire de Dieu avait été celle de sa pureté, au lieu d'être celle de la miséricorde. Or sa miséricorde veut précisément que le salut soit offert aux hommes même indignement plutôt que de ne pas l'être du tout.

    " Je vous sauverai n'importe comment, mais je vous sauverai. " Après maints passages des évangiles, n'est-ce pas le cri de l'épître aux Hébreux ? A moins de n’accepter pour prêtres que des êtres de cristal, et non pas des êtres de chair et de sang, il fallait choisir en effet entre la remise du salut au compte-gouttes par des êtres aussi rares que les héros de la charité, ou bien la distribution du salut littéralement par n'importe qui, pourvu que le prêtre accepte d'être choisi pour cela. Et ce consentement, s'il est donné loyalement, est d'ailleurs le gage le plus profond qui puisse être donné à l'homme, au prêtre lui-même : qu'il parviendra lui aussi à la sainteté à travers les vicissitudes de sa misère. 

    Accepter le dessein de Dieu, le salut de Dieu, le pardon de Dieu, dans ces dispositions infiniment douces pour notre faiblesse et infiniment révoltantes pour notre orgueil, c'est peut-être en fin de compte la seule condition de notre salut par la confession.

    A suivre...

                  P. Bernard Bro, o.p

  • Faites attention à ce que vous entendez (3/3)

    [77]

    Bien entendu, si Marc a rassemblé ici quatre déclarations de Jésus originairement éparses pour renforcer son appel à écouter, c'est qu'il y a quelque chose de particulièrement vital à saisir. Quoi donc ? Eh bien, évidemment, ce que Jésus nous apprend du monde nouveau de Dieu et de la nouvelle mentalité qui y règne. Mais qu'est-ce à dire ? Pour bien faire il faudrait examiner tout ce que, selon Marc, Jésus dit et tout ce qu'il fait

    Pour faire bref et nous limiter à un seul exemple, on pourrait dire ainsi que le nouvelle mentalité ne va pas sans un renoncement complet à toute domination (10, 42-45) : que ce soit de certains humains sur d'autres, ou des hommes sur les femmes, ou des forts sur les faibles, ou des riches sur les pauvres, ou des adultes sur les enfants, ou des pasteurs sur les laïcs, ou d'une prétendue race sur une autre, ou des savants sur les ignorants... la liste pourrait être longue. Partout où de telles dominations subsistent, le monde nouveau de Dieu n'est sûrement pas là. Cette nouvelle mentalité ne nous est pas plus naturelle qu'aux autres humains. Nous vivons dans un monde, en effet, où l'ambition la plus fréquente est de conquérir ou de conserver un pouvoir sur les autres, que ce soit dans les familles, dans les entreprises, à l'école, dans le monde politique ou les relations internationales. On sait bien où cela mène : c'est la source de tous les conflits. 

    Comment en sortir ? Le monde nouveau de Dieu n'est-il pas une utopie, un rêve trop beau pour être vrai ? A cette inquiétude Jésus répond par avance en deux phrases. Il évoque d'abord l'image de la lampe : la lampe allumée n'est pas destinée à être placée sous un seau ou sous un lit, mais sur un porte-lampe car elle est faite pour éclairer. 

    La seconde phrase est encore sous forme de dicton : Il n'y a rien de secret  qui ne doive être mis au jour. L'image de la lampe et le dicton se renforcent mutuellement, et le sens est clair : le message de salut proclamé par Jésus est une lampe allumée. De même que la lampe est faite pour éclairer, de même la lumière du monde nouveau de Dieu doit chasser la nuit dans laquelle notre vieux monde meurt et se perd. Le rayonnement du monde nouveau de Dieu est encore quelque chose de caché à la plupart, de confidentiel, de non évident.  

    [78] Mais vous auriez tort de vous faire du souci : la vérité finit toujours par éclater. 

    C'est cette certitude sereine de Jésus que j'aimerais vous laisser : Noël, c'est une bonne nouvelle de salut pour notre monde. Elle a commencé à se répandre, la lumière a commencé à briller. Elle est trop nouvelle, c'est-à-dire trop étrangère à nos mentalités naturelles pour être acceptée sans plus par la plupart des humains. Elle n'a été encore écoutée et reçue que par un petit nombre. Elle est donc encore pratiquement secrète, cachée, confidentielle, non évidente. Mais la lumière de Noël est faite pour éclairer. Et elle éclairera. Dès maintenant vous pouvez vous en réjouir. Fêter Noël, c'est aussi lui donner sa chance, c'est l'écouter.     

     

    Jean-Marc Babut - Actualité de Marc - Cerf 2002, coll. Lire la Bible

  • Chemin vers Pâques (7)

    [25]

    Mais le paradoxe, c'est que l'homme, destiné par nature et par vocation à être déifié dans son être et dans sa vie  et à "jouir" de Dieu même, n'est qu'une faible créature, incapable de se maintenir elle-même dans l'existence, arrachée continuellement au néant par la puissance créatrice de Dieu. C'est là l'autre aspect du mystère de l'homme , tout aussi profondément constitutif de son être que sa vocation à la divinisation.

    Cet aspect d'ailleurs est signifié aussi par le thème de l'image. C'est en effet dans le récit même de la création que  l'homme est défini comme un être fait à l'image de Dieu ; et les Pères soulignent sans cesse, par opposition à la pensée religieuse  dominante dans le monde grec de leur époque, que l'homme, même par ce qu'il y a de plus spirituel en lui, n'est  absolument pas divin par nature : il n'est qu'à l'image de Dieu, ce qui indique seulement une potentialité, une pure capacité.

    Une distance infinie en effet sépare le mode d'être du [26] Créateur et celui de la créature. La créature, ne subsistant qu'en recevant continuellement du Créateur son existence , est par nature inconsistante, évanescente, corruptible, et ceci même selon son âme, au moins selon certains Pères  comme saint Irénée et saint Athanase. Car l'incorruptibilité est le propre de Dieu. Et si une créature participe à l'incorruptibilité divine, ce ne peut être que par un don inouï, mystérieux, et tout à fait gratuit de la part de Dieu.

    Ainsi apparaît la situation paradoxale, l'impasse de l'homme : être par nature "capable" de Dieu, fait pour devenir Dieu et jouir de Dieu, mais, par nature aussi, être tout à fait  incapable d'atteindre le Dieu pour lequel il est fait.

    Car il y a une disproportion radicale, on pourrait dire infinie, entre les forces de la créature et l'oeuvre de divinisation qu'implique le salut.

    L'homme a donc besoin d'être conduit  jusqu'à son achèvement par un Autre que lui ; il a besoin de recevoir d'un Autre ce qui lui manque ; en un mot, il ne peut être sauvé que par un  Autre. L'homme est, par nature, un être qui a besoin d'être sauvé, un "être à sauver". Mais quel Autre peut le sauver, sinon Dieu seul ? Dieu seul peut diviniser. Dieu seul peut donner Dieu à l'homme. Dieu  seul, qui a créé l'homme pour qu'il soit animé par son Esprit pour qu'il soit assimilé à l'image de son Fils, pour qu'il voie sa  Gloire infinie et Lui soit uni dans sa Vie et sa Béatitude mêmes, peut lui donner son Esprit, peut le recréer en son Fils, peut Se faire voir Lui-même à lui. L'Esprit dont jouit le sauvé, [27] sans doute, lui est vraiment donné et en un sens lui appartient vraiment en propre ; il est bien évident pourtant qu'il ne s'agit pas d'une possession semblable à celle d'une "chose" dont l'homme serait le maître ; il s'agit d'une possession d'ordre spirituel, par l'amour (et la connaissance), où l'homme est saisi par Dieu bien plus encore qu'il ne saisit Dieu, où le don que Dieu fait de Lui-même demeure toujours actuel, absolument  libre et gratuit. Et l'on peut en dire autant de tous les dons de la grâce qui concourent au salut et dont l'Esprit est la Source. C'est dire que le salut  est totalement gratuit, qu'il n'est pas l'oeuvre de l'homme mais celle de Dieu.

    Un texte d'Irénée exprime à merveille cette situation de  l'homme, simple créature, par rapport à Dieu  son Créateur, et la nécessité où est l'homme de reconnaître que, dès l'aube de son existence et jusqu'à l'achèvement de son salut, il ne peut être que l'oeuvre de Dieu : " Il te faut d'abord garder ton rang d'homme, écrit l'évêque de Lyon, et ensuite seulement recevoir en partage la gloire de Dieu : car ce n'est pas toi qui fais Dieu, mais Dieu qui te fait (...) Car faire  est le propre de la bonté de Dieu, et être fait est le propre de la nature de l'homme" (Adv. haer. IV,39,2)

                                                             A suivre...

     

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (6)

    [23]

    Oui, tel est le salut, et il n'y en a pas d'autre. Car l'homme est ainsi fait que, ou bien il atteint le salut, et c'est l'accomplissement total de lui-même et le bonheur plénier dans la vie éternelle, ou bien il le manque, et c'est le naufrage irrémédiable, c'est la perdition, c'est la "seconde mort", c'est l'enfer. L'homme est fait pour être divinisé, et il reste fait pour cela ; s'il ne l'est pas, il est donc dans une situation de contradiction interne qui le détruit mystérieusement lui-même sans l'annihiler et qui, dans la mesure où il en est conscient, ne peut que le rendre ivre de douleur. L'homme est fait pour jouir de Dieu ; s'il ne le veut pas, dans la mesure où il en est conscient, il en ressent une frustration proportionnée à la Joie et à la Béatitude sans mesure qu'il perd.

    Et le drame est qu'il n'y a pas d'entre-deux. C'est le salut ou c'est la perdition. C'est la vie éternelle ou c'est la mort sans fin. S'il est vrai que l'homme est fait pour le salut, c'est-à-dire pour Dieu, ou bien il atteint le salut, et "gagne" Dieu (selon la manière de parler si expressive de saint Ignace d'Antioche), ou il le manque et perd Dieu.

    Certes, la divinisation, la participation à la vie de Dieu, la jouissance de Dieu, sont des mystères d'ordre "surnaturel". Mais cela ne signifie pas qu'il s'agit de dons divins surajoutés [24] par grâce à une nature humaine qui, sans eux, se suffirait à elle-même : cela signifie seulement que l'homme, par les seules forces de sa nature, ne peut atteindre ces biens, qui devront donc lui être donnés par Dieu. 

    L'homme ne possède pas en son être créé le principe de son propre achèvement  : il ne peut atteindre sa plénitude et sa béatitude qu'en Dieu - et là précisément est son mystère. Il n'y a pas un ordre naturel et un ordre surnaturel qui ont chacun leur consistance en eux-mêmes et se superposent comme deux plans parallèles. L'ordre de la nature est orienté vers l'ordre surnaturel, la nature est constituée précisément pour être parfaite par la grâce, elle est constitutivement ordonnée à la grâce. Il n'y a donc pas d'accomplissement humain, ni de bonheur humain plénier ou même seulement véritable, qui soient purement "naturels", si l'on entend par là un accomplissement ou un bonheur en dehors de Dieu, et si l'on fait abstraction  de cette possession  de Dieut de cette relation à Dieu dans la connaissance et l'amour qui sont d'ordre "surnaturel". Dieu, possédé par la vision béatifique, est la seule Fin de l'homme, il n'y en a pas d'autre, et qui n'atteint pas Dieu se perd lui-même irrémédiablement. [Il ne s'agit pas d'atteindre Dieu à la force de ses poignets, à coup de volontarisme moral. Il faut accueillir le don de Dieu en nous. Tout notre effort consiste à accueillir la grâce. Nous devons labourer notre terre (ascèse) mais si notre terre ne reçoit pas la moindre goutte de pluie (la grâce) cet effort ne sert à rien. Une pluie généreuse sur une terre non préparée ne sert à rien non plus. Dieu a besoin de nos efforts et  nous devons compter sur sa grâce. La "petite voie" de sainte Thérèse de Lisieux peut nous éclairer  beaucoup à ce sujet. Note de l'auteur de ce blog]

     L'homme est  tellement fait pour Dieu, que, non seulement il est inachevé, mais il est incomplet. En sa vie [25] mortelle, on le notait plus haut, l'homme est encore inachevé, il est en marche vers son accomplissement et à la recherche de son bonheur. Mais s'il est vrai que sa vocation ultime, de par la constitution profonde de sa nature, est  de s'achever en Dieu, on peut dire que sans Dieu il est incomplet. Et c'est ce que nombre de Pères ont affirmé en enseignant que l'homme - l'homme "complet", "parfait" - se compose d'un corps, d'une âme et de l'Esprit Saint. " Trois choses, écrit par exemple saint Irénée, constituent l'homme parfait : la chair, l'âme et l'Esprit (...) Ceux qui n'ont pas l'Esprit en eux sont dits "morts" (...) car ils n'ont pas l'Esprit qui vivifie l'homme. (...) L'homme est vivant grâce à la participation de l'Esprit (...) Là où est l'Esprit du Père, là est l'homme vivant (Adv. haer.,V, 9, 1-3). Bref, l'homme qui, bien évidemment, est "fait pour la vie" n'est pourtant qu'un mort sans l'Esprit divin : car l'Esprit est pour l'homme ce que l'âme est pour le corps.

                                                                   A suivre...

     

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (5)

    [21]

    Et devenir Dieu, ce n'est pas seulement être transformé dans son être par une participation à la Nature divine, c'est aussi être revivifié, et pour ainsi dire "réanimé" dans sa vie par une participation à la Vie divine. Car l'homme est un être vivant, et la refonte de son être par la grâce de la divinisation ne peut qu'être ordonnée à la divinisation de sa vie et de son agir ; d'ailleurs en Dieu tout est Un, Nature et Vie s'identifient, et la participation à l'une implique la participation à l'autre. Ainsi, dire que l'image prédestine l'homme à devenir Dieu, c'est dire qu'elle le prédestine à vivre de la vie de Dieu, à connaître et à aimer dans la Lumière et l' Amour de Dieu, à jouir de la Joie de Dieu. Et ici, encore, il ne peut s'agir seulement d'une vie analogue à la Vie divine et vécue à part ; seul Dieu vit divinement, et pour que la créature participe à sa Vie, il faut pour ainsi dire que la Vie divine devienne comme intérieure à la vie de l'homme, la compénètre et la suscite par son jaillissement même au plus profond de l'être humain, recréé précisément pour être capable d'une telle "réanimation".

    Or Dieu vit de Dieu. Dieu vit de la vision éternelle de la Lumière, de la Beauté, de la Vérité divines ; Dieu vit de l'amour pur et mystérieusement libre de ce qu'Il est, de cet Amour qu'Il est Lui-même ; Dieu vit de la joie de se posséder Lui-même , Richesse inépuisable de vie bienheureuse.  Et donc vivre de la vie de Dieu, c'est voir Dieu, c'est être en communion avec Lui dans l'amour, c'est Le posséder et jouir de Lui [22] dans une relation dont l'intimité dépasse sans mesure ce que nous pouvons en percevoir.

    Dieu a créé le monde pour que beaucoup - à savoir les êtres faits à son image - se réjouissent de sa Lumière. "Jouir de Dieu" [On ne peut être que gêné d'une telle expression qui comporte, en français, une nuance péjorative de retour sur soi; Il faudrait pouvoir rendre, sans en altérer la pureté, le sens riche et fort de l'expression latine frui Deo, si courante dans la tradition occidentale, spécialement la tradition augustinienne - note du P. Claude Richard] c'est là finalement la raison de la création à l'image. "La vie de l'homme - la vie éternelle et bienheureuse pour laquelle l'homme a été fait et qui est la gloire de Dieu - c'est de voir Dieu ", disait saint Irénée (Adv. haer, IV, 20,7), et saint Macaire d'Egypte précisait : " Au moyen de l'image, la Vérité lance l'homme à sa poursuite." Plus tard, et résumant toute la Tradition patristique, Guillaume de Saint-Thierry le redira : "Si Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance, c'est pour nous permettre de Le contempler et de jouir de Lui, Lui que nul ne saisit par la contemplation qu'à proportion de sa ressemblance avec Lui " (Cf. sur le Cantique des Cantiques. Liminaires, I.)

    (...)

    L'homme, selon le mot cher à la tradition occidentale, est "capable de Dieu" (St Augustin, De Trinitate XIV, 4,6) : par nature, il est tel qu'il peut recevoir Dieu, être transformé en Dieu, être vivifié par Dieu, voir Dieu et jouir de Dieu. On pourrait définir la nature profonde de cet être créé à l'image de Dieu en disant que l'homme, c'est "Dieu en creux".

    Ainsi, l'homme ne s'accomplira vraiment et ne trouvera son vrai bonheur que quand il sera plein de Dieu, quand il lui sera semblable et jouira éternellement de Lui.  Et tel est le salut de l'homme : dire que l'homme [23] s'accomplira et ne trouvera son vrai bonheur qu'en Dieu, c'est dire que son salut n'est que dans la divinisation.

    Pour les Pères, d'ailleurs, l'identification du salut et de la divinisation allait de soi, du fait que dans le contexte de la pensée grecque l'immortalité était considérée comme la caractéristique et le propre de la divinité (voi aussi Sg 2,23), et qu'il n'est évidemment pas de salut pour l'homme en dehors d'une vie immortelle. Cette équivalence est manifeste par exemple dans la formulation du Symbole de Nicée : là, les Pères ont affirmé que le Fils de Dieu s'est fait homme "pour notre salut", eux qui ont toujours professé que Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu.

     A suivre...

     

     Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (4)

    [19]

    L'interprétation patristique de la révélation de la création à l'image rejoint d'ailleurs ainsi l'expression sans doute la plus centrale du Mystère du salut chez les Pères, à savoir que "Dieu s'est fait homme afin que l'homme puisse devenir Dieu", selon l'intuition de saint Irénée, reprise et exploitée par la plupart des Pères grecs, et qui apparaît comme l'axe de toute la théologie orientale. Selon cette expression du mystère chrétien également, le Dessein de Dieu a pour but la divinisation de l'homme. En créant l'homme a son image, Dieu préparait déjà l' Incarnation qui seule permettrait la déification de l'homme. La création à l'image était une pierre d'attente pour le mystère du Christ qui est le mystère de l'incarnation de Dieu dans son icône vivante, mais le mystère du Christ Lui-même n'a été voulu qu'en vue de l'achèvement de l'homme dans la divinisation. 

    Ainsi l'image prédestine l'homme à la divinisation. Et la divinisation est conçue par les Pères d'une façon extrêmement [20] réaliste. Ceci apparaît en particulier dans leur refus d' entrer ici dans les voies de la pensée hellénique.

    Selon cette pensée, l'homme deviendra dieu pour  autant qu'il vivra à la manière des dieux ; mais une telle destinée est seulement la conséquence de la parenté naturelle qui existe entre lui et eux : l'homme est de race divine, du moins par la partie spirituelle de son être ; il n'y a pas de distinction radicale entre le mode d'être divin et le mode d'être humain, ni donc de véritable transcendance de Dieu par rapport au monde auquel l'homme appartient : cette distinction et cette transcendance n'ont été mises en lumière que grâce à la révélation du mystère de la création, inconnu en dehors de la Tradition judéo-chrétienne ; "devenir dieu" selon la pensée grecque n'a donc rien de paradoxal : cela ne dépasse pas ce que l'on pourrait appeler un changement de condition d'existence, cela est accessible à l'homme et ne dépend guère que de sa volonté.

    Il en va tout autrement chez les Pères. Pour eux, en effet, la distance entre le Créateur, le seul vrai Dieu, et le monde créé, auquel l'homme tout entier, corps et âme, appartient est infinie. Dans ce contexte, l'homme, laissé à ses propres forces, apparaît foncièrement incapable d'accéder à la divinisation. En réalité, le terme même de "divinisation" revêt une signification nouvelle et vraiment inouïe ; maintenant, il s'agit proprement d'un mystère que l'homme ne pourrait même pas soupçonner sans le secours de la Révélation. Un mystère : car l'homme, pure créature, n'est par nature qu'un être éphémère et corruptible, et il ne peut être divinisé qu'en accédant au mode d'être de Celui qui seul est l'Etre nécessaire et incorruptible. "Devenir Dieu", alors, ce n'est plus se hisser jusqu'à la compagnie et à la vision des dieux, c'est - et l'on entrevoit la refonte radicale de l'être créé que cela suppose - participer à l'Etre incréé, c'est devenir, par participation et par [21] grâce mais tout à fait réellement, le Dieu unique et trois fois Saint Lui-même."

                                                                             A suivre...

     

     

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (2)

    [15]

    Le salut est un don gratuit de Dieu ou il n'est pas, car l'homme n'a aucune possibilité de l'atteindre par lui-même.

    Qu'est-ce en effet que l'homme, et qu'est-ce donc son salut ?

    [16] Les deux questions vont ensemble : ce qui définit l'homme, c'est le salut auquel son Créateur l'a destiné. (...) L'expérience la plus intime en même temps que la plus universelle nous le [l'homme] montre en quête de ce qui lui permettra de satisfaire à ses aspirations, en recherche de l'état de plénitude, de sécurité et de bonheur dans lequel il pourra s'épanouir vraiment. L'homme ne veut pas seulement trouver sa place au soleil de l'existence, il veut être et vivre plus et mieux.

    Ce besoin profond et même constitutif de l'homme de s'accomplir lui-même, la Parole de Dieu nous enseigne qu'il ne pourra être satisfait que dans un au-delà de la vie présente; l'homme est en ce monde comme en gestation ; sa naissance à la vie véritable ne s'accomplira que dans sa mort-résurrection ; il ne sera vraiment adulte, il ne sera  achevé, et en ce sens il ne sera pleinement lui-même que dans le monde futur que nous attendons dans la foi.

    C'est cet achèvement, cet accomplissement total de l'homme dans la vie éternelle et bienheureuse, objet de promesses de Dieu, qu'évoque dans le langage chrétien le terme de salut ; il implique la pleine satisfaction de ses aspirations les plus profondes, l'épanouissement de tout son être, une sécurité et une paix qui sont pour lui les conditions nécessaires de la plénitude du bonheur.

    Or cet achèvement et ce bonheur, l'homme en ce monde, n'est même pas capable de les entrevoir : comment pourrait-il prétendre y atteindre ? Certes, il est fait pour cela. Exactement comme le bourgeon est fait pour devenir fruit mûr ; rien de plus conforme à sa constitution intime que de recevoir et d'assimiler les apports extérieurs nécessaires à sa maturation : pourtant tout [17] vient de Dieu : l'arbre qui le porte et la terre où il s'enracine, l'air, la pluie et le soleil qui permettent sa croissance, et finalement sa nature même, son "âme", sa vie, sont les effets de l'acte créateur libre et gratuit de Dieu. De même pour l'homme. C'est de Dieu qu'il a reçu l'être et la vie ; c'est de Lui qu'il devra recevoir tout ce qui lui sera nécessaire pour devenir pleinement lui-même et jouir du vrai bonheur. 

    Mais la gratuité des dons de Dieu qui conduiront l'homme à son accomplissement et à son vrai bonheur - à son salut - et qui constitueront cet accomplissement et ce bonheur n'apparaît en pleine lumière que dans la Révélation.  Elle seule nous apprend ce que les sciences et les philosophies humaines n'ont jamais été capables de définir : la "nature" profonde de l'homme, et la nature du salut auquel il est destiné par le Créateur.

    Aux yeux de la science et de la philosophie, dans sa constitution physiologique, psychologique, métaphysique, déjà, l'homme est une énigme. Mais aux yeux de la foi , dans sa "nature" profonde, dans sa "vocation", dans le salut auquel il a été destiné par l'appel créateur de Dieu, l'homme est proprement un mystère.

    Et l'essentiel du mystère de l'homme est exprimé dans le mot du Livre de la Genèse et orchestré par toute la Tradition chrétienne : il a été créé " à l'image de Dieu ". Ce mot nous dévoile le paradoxe de l'homme, sa grandeur et sa misère : il est fait pour être divinisé dans son être et dans sa vie, il est appelé à participer à la nature et à la vie mêmes de Dieu, mais il n'est que pure créature, et comme tel foncièrement incapable d'accomplir une telle destinée.

    Le mystère de l'homme créé à l'image de Dieu est une des grandes richesses de la Révélation et de la Tradition chrétienne : richesse exploitée surtout à l'époque patristique mais qui s'enracine dans l'écriture et qui a été remise en honneur par les renouveaux biblique et patristique. On se bornera ici à relever les quelques données qui touchent de près notre sujet.

                                                               A suivre.

     

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (1)

    [14]

    L'homme est incapable de se sauver par ses propres forces : c'est peut-être la vérité la plus importante que nous enseigne sur l'homme la Révélation chrétienne. Rien de tel, certes, pour se convaincre de cette nécessité que de faire l'expérience douloureuse de sa propre faiblesse, faiblesse physique devant la maladie et aux approches de la mort, faiblesse psychique sous le poids de la dépression ou de l'obsession, faiblesse morale ou spirituelle en face de la violence de la tentation et du péché (cf Rm 7,18-19) ; sans parler de l'expérience non moins douloureuse du désarroi et de l'angoisse qui étreignent tant d'hommes autour de nous.

    Rien de tel : mais à condition que cette expérience soit éclairée par la foi ; elle ne ferait, autrement, que nous enfoncer dans les ténèbres du fatalisme et du désespoir.

    Or la lumière de la foi nous enseigne que l'incapacité de l'homme par rapport au salut est double ; mais elle révèlera aussi qu'aux deux aspects, aux deux dimensions de cette incapacité , répondront et remédieront les deux aspects, les deux dimensions du salut auquel Dieu l'appelle.

    L'incapacité de l'homme par rapport au salut tient en premier lieu à sa "nature" profonde, ou si l'on veut à sa [15] vocation : l'homme n'est qu'une créature, et pourtant, par nature et par vocation, il est fait pour être divinisé, il est appelé à devenir Dieu. S'il en est bien ainsi - et c'est ce qu'il faudra montrer d'abord - il est bien évident qu'il ne peut pas par lui-même atteindre ce pour quoi il est fait, ce à quoi il est appelé. Seul, assurément, Dieu peut diviniser un être qui n'est pas Dieu par nature. 

    L'incapacité de l'homme par rapport au salut vient en second lieu de la "condition" dans laquelle il se trouve en ce monde : l'homme est dans une condition consécutive au péché, une condition d'opacité voire de refus par rapport à Dieu, et qui l'entraîne irrésistiblement vers la mort et la perdition. De l'esclavage du péché - dont il nous faudra ensuite mesurer la violence - seul Dieu peut, gratuitement, libérer un être qui n'est enclin, de lui même, qu'à s'enfoncer toujours davantage dans sa propre déchéance. 

    Que l'on considère donc le salut selon sa face de divinisation ou selon sa face de sauvetage du péché et de la mort, il ne peut jamais être que l'oeuvre de Dieu, le don absolument gratuit de Dieu. 

    Et, d'un côté comme de l'autre, l'homme apparaît comme un être fait, certes pour le salut, c'est-à-dire pour la vie, la liberté, le bonheur, et finalement la divinisation, mais radicalement incapable d'y atteindre par lui-même. 

    Dieu l'a créé ainsi. Dieu, en le créant, par son acte créateur même, l'appelait au salut, le sachant pourtant absolument impuissant à "faire son salut" par lui-même. C'était faire de l'homme un "être à sauver" (Cf. Saint Irénée - Adv.haer.,III,22,3) ; c'était même d'avance - car Dieu ne peut renier sa sagesse ni son amour - s'engager à faire Lui-même les frais du salut de l'homme, et à le lui offrir gratuitement. 

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Sens du miracle

    " Va, ta foi t'a sauvé."

    Cette phrase est étonnante à un double titre. Jésus ne dit pas: Ta foi t'a guéri, mais Ta foi t'a sauvé, ce qui montre bien que la santé du corps est le signe d'un relèvement de la personne tout entière. En atteignant les corps, Jésus rejoint les cœurs. Il ne s'agit pas seulement de l'intervenlion d'un guérisseur plein de compassion, mais de l'action du Sauveur qui rétablit la personne non seulement dans son intégrité physique mais dans sa relation aux siens et à Dieu. C' est pourquoi une telle action ne peut se faire sans la libre décision de celui qui en est le bénéficiaire. D'une façon étonnante, l'expression « Ta foi t'a sauvé» présente aussi l'homme guéri comme l'auteur de son salut. Jésus s'efface, il attribue la guérison non à lui-même mais à celui qui a cru, car il discerne dans ce qui vient de se passer l'action de son Père partageant sa force à celui qui croit. On retrouve ici l'effet, si je peux dire, de la discrétion de Dieu. Elle nous situe dans une perspective d'alliance: elle appelle et suscite la foi qui permet au croyant d'entrer en relation et en communion avec Dieu, et Dieu lui partage sa vie et le rend participant de sa force.

    Tel est l'un des messages des miracles évangéliques. Les circonstances rendent parfois très difficile l'acceptation de ce message car, si la foi peut beaucoup, il lui est parfois aussi beaucoup demandé.

     Bernard Rey - La discrétion de Dieu - Cerf 1997, p.68   

  • chemin de pardon (1)

    (...) Cette conscience du pardon de Dieu apparaît tout particulièrement dans l'étrange récit de la guérison du paralytique au début le l'évangile selon saint Marc (cf. Mc 2, 1-12). Un homme, porté sur une civière, est introduit auprès de Jésus par le toit à l'intérieur d'une maison bondée. Cet épisode donne lieu à une déclaration de celui-ci sur le pardon des péchés qui provoque intérieurement l'accusation de blasphème de la part des pharisiens. Cette même accusation sera reprise par le grand prêtre au moment du procès lorsque Jésus se présentera comme le Juge véritable, « le Fils de l'Homme siégeant à la droite du Tout-Puissant » (Mc 14,64). Représentons-nous un peu la scène: Jésus se trouve à Capharnaüm dans la maison de Pierre où s'entasse une foule compacte. Le moment est solennel: il annonce la Parole. Voilà quatre hommes portant un paralytique qui percent le toit en torchis d'un trou suffisamment large pour faire descendre un brancard. Nous pouvons imaginer le temps que cela a pris, la quantité de poussière et de matériaux reçue par les auditeurs de Jésus et sans doute par Jésus lui-même, le mouvement de cette foule qui se voit contrainte de réceptionner l'infirme et de lui faire une place. Durant tout ce temps, Jésus est interrompu dans sa proclamation de la Parole. Il voit cependant dans cette véritable intrusion le signe d'une confiance admirable. Il déclare alors à l'infirme: « Tes péchés sont pardonnés. » Ce n'était pas vraiment ce que celui-ci attendait, mais Jésus ne s'en soucie pas. Il lit dans la pensée de ses adversaires l'accusation de blasphème et justifie alors son acte en guérissant l'infirme par sa seule parole: « Lève-toi; prends ton brancard et rentre chez toi. »

    Jésus ne proclamera un tel pardon des péchés qu'une seule autre fois dans les évangiles. Saint Luc rapporte en effet un épisode dont le contexte est à nouveau celui d'une intrusion provocante (cf. Lc 7,36-50). Un pharisien offre dans sa maison un repas à Jésus, voici qu'entre une prostituée. Elle se tient derrière le Maître et arrose ses pieds de ses pleurs. Elle les essuie avec ses cheveux, les couvre de baisers, puis les inonde d'un parfum précieux. Jésus, pour d'autres motifs que dans l'épisode précédent, a dû avoir quelques difficultés à poursuivre la conversation avec son hôte. Là aussi, il discerne les pensées secrètes de ce dernier: « Si cet homme était prophète, il saurait que cette femme est une pécheresse ! » Après un habile dialogue avec celui-ci pour justifier son acte, il fait à la femme cette déclaration qui étonne les témoins: « Tes péchés sont pardonnés ! » Les bénéficiaires d'un pardon explicite de la part le Jésus sont donc à deux reprises des personnes qui ont osé une intrusion spectaculaire auprès de lui.

    Olivier Rousseau - L'inconnu en chemin - DDB, 2008 pp.99-100

     

  • Sauvés mais encore ?

    Le christianisme est une religion de salut : Dieu sauve. Mais comme le salut est habituellement compris  comme un sauvetage, Dieu risque de n'apparaître que comme un sauveteur, dont l'intervention serait conditionnée par le mal dont il nous délivre : misère, perdition, péché.

    Avec comme conséquence que sans le mal Dieu n'aurait plus rien à nous dire ni plus rien à faire. Combien d'hommes et de femmes n'ont plus rien à demander à Dieu, un Dieu dépanneur, quand tout va pour le mieux dans leur vie ? Au point d'ailleurs que des chrétiens charitables de leur entourage se chargent alors de leur montrer que tout ne va pas si bien. Comme si l'Evangile ne pouvait rien leur apporter tant qu'ils " s'en sortent " très bien tout seuls.

    Le combat contre le mal, sous toutes ses formes, parce qu'il fut le combat de Jésus, est bien l'une des dimensions fondamentales de l'existence chrétienne. Mais d'abord parce que le mal, la souffrance, l'injustice, le péché, est contraire au projet de Dieu sur l'homme et sur le monde, un projet plus radical, plus originel, que le mal et le péché. (...)

    Dans la Bible, le salut, c'est beaucoup plus qu'un sauvetage. C'est tout ce que Dieu entreprend pour nous faire vivre et revivre. Bien sûr Dieu délivre, Dieu libère, mais lorsqu'Israël fait mémoire de l'exode, de la sortie d'Egypte, de la victoire sur la mer, sur la mort et sur Pharaon, il prend bien soin de souligner que le Seigneur l' " a fait sortir " du  pays de servitude que pour le " faire entrer " dans le pays de la promesse " où coulent le lait et le miel ". La libération n'est pas un but en soi. Sortir d'Egypte pour tourner en rond dans le désert n'aurait pas de sens. Le projet de Dieu c'est l'alliance : " Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. "  (...) Et nous aussi, aujourd'hui, lorsque nous répétons que Dieu sauve, nous pensons trop exclusivement à ce dont il nous sauve, sans prendre conscience suffisamment de ce vers quoi il nous sauve.

    (...) il y a ce dont nous sommes sauvés, le mal et la mort auxquels nous sommes arrachés, et il y a ce vers quoi nous sommes sauvés, la vie, ce qui nous est promis et donné. Ce n'est pas parce qu'il est dans l'esclavage que Dieu choisit Israël, mais parce que c'est son peuple et pour en faire son peuple, alors même qu'il est en esclavage. Ce n'est pas parce que nous sommes pécheurs que Dieu, aujourd'hui encore, vient nous chercher et nous tend la main. C'est parce qu'il tient à nous et qu'il veut que nous tenions à lui, alors même que nous sommes empêtrés dans le péché.

    Jean-Noël Bezançon - Dieu n'est pas bizarre - Bayard/Centurion, 1996 pp.22.23.24

  • Les conceptions du salut (2)

    Il nous faut d'abord constater que la culpabilité et le péché accablent l'homme. Les bouddhistes, eux aussi, se sentent coupables quand ils ne prennent pas au sérieux leur existence et quand ils ne parviennent pas à vivre selon leur véritable nature. Et aujourd'hui bien des hommes souffrent de se condamner eux-mêmes par le seul fait qu'ils ne vivent pas vraiment en fonction de leurs représentations. Ils se condamnent eux-mêmes quand ils ne respectent pas leurs propres normes intérieures en se laissant guider par leur concupiscence.

    Dans le bouddhisme, la rédemption est avant tout l'affranchissement de toute concupiscence. (...) Mais comment les hommes se traitent-ils eux-mêmes quand ils sont dépendants de leur concupiscence ? (...) Beaucoup se sentent eux-mêmes intolérables. Nous ne devons pas faire retomber la faute sur le christianisme. Au contraire, ce sentiment de culpabilité est inhérent à toute existence humaine. Et c'est bien une bonne nouvelle libératrice de ne pas être contraint d'avoir à "racheter" ce sentiment de culpabilité ; mais nous pouvons croire au fait que nous sommes accueillis par Dieu sans condition avec  nos désillusions , notre médiocrité et notre lâcheté, notre duplicité et notre mensonge. (...) Cet amour qui triomphe du péché et qui l'enlève se manifeste de façon la plus visible sur la croix. (...)

    Si sur la croix Jésus pardonne même à ses bourreaux, c'est qu'il n'existe en moi aucune faute qui ne puisse être pardonnée. Ainsi la croix nous affranchit de tout reproche individuel et de toute accusation de soi. C'est un aspect essentiel de la Rédemption.   

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Desclée de B, 2008

  • Les conceptions du Salut (1)

    Beaucoup voient la quintessence du christianisme dans la rédemption des hommes par Jésus-Christ. Ils qualifient le christianisme de religion de salut.

    Pourtant dans les autres religions, le thème du salut existe aussi fondamentalement. En Israël, Dieu est celui qui libère son peuple de la détresse et de l'oppression. Egalement dans le bouddhisme, il est question de salut, mais ce n'est pas Dieu qui libère. Qui suit le chemin proposé par Bouddha, échappe à la condamnation des renaissances. A la mort, il parvient au nirvana et sur terre, il atteint déjà la libération de sa concupiscence. Il est libéré de la dépendance du faux semblant du monde en accédant à la conscience. Le véritable salut réside dans la libération de son propre Moi et dans la voie qui mène à la pureté de l'Etre. Les traditions bouddhistes et hindouistes entendent le salut comme un "arrachement aux projets de vie erronés qui travestissent la perception de la réalité". (Jürgen Werbick)

    De ce point de vue, voici la réponse des chrétiens. Pour nous, la rédemption nous arrache aux complexités de ce monde : "L'Esprit de Jésus-Christ nous libère des projets de vie funestes en entraînant les croyants dans l'avènement du Règne de Dieu et en les incitant à se vouer à ce qui est l'essentiel, à savoir l'amour - et en lui à Dieu - et en les invitant à témoigner en faveur de la confiance divine par leur engagement au service de la justice". (Jürgen Werbick)  Cette vision chrétienne du rachat ne vise pas seulement à sortir du monde, mais en même temps à transformer activement ce monde, tout en conservant sa liberté intérieure vis-à-vis des structures de pouvoir de ce monde. (...)

    On ne se limite pas à qualifier Jésus de maître qui nous indiquerait le chemin qui mène à la réussite de notre vie, nous arrachant ainsi à l'ignorance et à l'inconscience. Au contraire, ce rachat s'effectue par la démarche historique de Jésus ; mais on ne doit pas le figer en le réduisant à la mort de la croix ; des siècles durant, cette doctrine du salut chrétien a eu l'inconvénient d'être unilatérale. Ce n'est pas seulement la mort de Jésus qui nous rachète, c'est toute sa vie et son ministère qui sont rédempteurs. (...) le rachat par Jésus-Christ (...) c'est un événement historique qui, d'après la tradition du Nouveau Testament, culmine dans la mort de Jésus sur la Croix et dans sa résurrection.

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Desclée de B. 2008. p.93 et sv

  • Le temps favorable

    Le christianisme a ceci de commun avec le judaïsme : pour l'un et l'autre, Dieu agit dans l'histoire. Israël n'a jamais cessé de croire en l'intervention de Dieu dans l'histoire. Et chaque shabbat, Israël se souvenait de la plus grande action historique réalisée par Dieu envers son peuple : la sortie d'Egypte. (...) L'Egypte était devenue le symbole de la servitude et de la dépendance, de l'aliénation et de l'oppression, d'une vie non authentique. (...)

    Tout comme le judaïsme, le christianisme est une religion historique : Dieu se manifeste dans l'histoire. L'incarnation a eu lieu en un temps déterminé et dans un lieu précis. (...)

    Bouddha n'annonce aucune action de Dieu qui soit historique, mais l'essence toujours identique de l'être humain et de sa situation. L'homme selon Bouddha, est depuis les origines, soumis à la douleur par le fait qu'il est mû par la concupiscence. L'homme doit s'affranchir de la souffrance en y renonçant et en pénétrant les apparences du monde. Une telle vérité a une valeur intemporelle. L'histoire avec ses hauts et ses bas n'intéresse pas Bouddha. (...)

    Il [le christianisme]  repose sur une histoire concrète qui s'est déroulée voilà deux mille ans. C'est avant tout l'évangéliste Luc qui souligne cet événement historique. Il indique avec exactitude le moment où Jésus s'est manifesté et il le fait à la manière d'un historien grec : " L'an quinze  du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode, tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque d'Abilène (Lc 3,1)."

    Cette action historique de Dieu en Jésus-Christ  est le fondement du christianisme. Et comme les juifs, les chrétiens, eux aussi, se remémorent sans cesse l'action de Jésus. (...)

    L'évangéliste Luc décrit l'action de Jésus-Christ comme une "année de salut" : c'est comme une année au cours de laquelle agit le salut des hommes. Et cette année de salut est rendue présente aussi parmi nous aujourd'hui. (...) En célébrant année après année l'année du salut où Jésus a apporté aux pauvres  une bonne nouvelle, où il a guéri les coeurs brisés, relevé les captifs et les accablés, les réprouvés et les opprimés en vue de les libérer, notre histoire en est transformée (cf. Lc 4, 18 s.). Le salut accompli autrefois pénètre de plus en plus notre propre histoire. (...)

    Partageant la conception grecque relative au temps, la Bible ne nous en parle pas comme du chronos, le temps toujours identique et cyclique, qui dévore ses enfants, selon la description du mythe grec. Elle préfère parler du kairos, le temps véritable, le temps de la grâce, le temps favorable. Tel est le temps que Dieu lui-même accorde à l'homme pour le rencontrer et le guérir. Kairos ne signifie pas le temps toujours identique, mais le temps de la grâce qui peut transformer toujours davantage notre temps historique. Dans la conception biblique, le temps a toujours une histoire et cette histoire est toujours en cours. Il comporte une évolution interne. le but en est l'accomplissement du monde. Notre vie est orientée vers l'avenir. (...)

    Le Christ viendra à la fin des temps. L'histoire n'est pas toujours le retour de ce qui est ancien. Au contraire, nous attendons Jésus-Christ dans la gloire. (...)

    Je suis séduit par la manière dont Jésus, pour répondre à la question de la résurrection, se réfère à la manifestation de Dieu dans le Buisson ardent (cf. Lc 20, 37 s.). C'est là que Dieu a dit à Moïse : " je suis le Dieu de ton Père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob" (Ex 3,6). Pour moi voici ce que cela signifie : Dieu est le Dieu de ma vie personnelle, le Dieu de mon père et celui de ma mère, le Dieu de mes grands-pères et celui de mes grands-mères. Le Dieu que je rencontre a déjà rencontré mes ancêtres et son désir est de me guérir et de me transformer en profondeur.

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Ed. Desclée de Brouwer, 2008 p. 79 et sv