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rédemption

  • L'au-delà : projection d'un désir ? Les grandes religions (5)

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    Dans le cadre de ce consensus de base, la différence de base devient, elle aussi, immédiatement évidente quand nous en venons à parler concrètement et à nous fixer sur des religions déterminées. Comparons par exemple - car nous ne pouvons traiter ici de toutes les grandes religions - la position chrétienne avec ce qui représente sans doute la position la plus extrêmement opposée, le bouddhisme. Celui-ci a montré toutes ses virtualités en s'imposant au cours des siècles à partir de l'Inde, au nord (Chine, Corée, Japon : bouddhisme septentrional du Mahâyâna) et au sud (Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge : bouddhisme méridional du theravâda) et y a survécu jusqu'à présent, contre toute attente des missionnaires chrétiens, même dans un monde de plus en plus sécularisé. Il a prouvé ainsi non seulement sa capacité d'adaptation à l'évolution sociale en Orient, mais aussi son attrait persistant sur les intellectuels occidentaux. Qu'on songe seulement à Schopenhauer, Richard Wagner, Heidegger, Whitehead !

     

    Or, ce que les chrétiens croient ou ont cru, quand ils parlent de l'état final, nous est familier : il est alors question du ciel et du chemin « par où l'on va au ciel ». Le bouddhisme, en revanche, est très souvent considéré non seulement comme athée, mais même comme nihiliste. On se réfère alors volontiers au terme de nirvana par lequel les bouddhistes désignent l'état final de l'homme et du monde. Mais qu'est-ce que le nirvâna ? Nirvana (de la racine sanscrite va : « souffle ») signifie « évanescence » ou « extinction » dans un état de repos sans désir, sans souffrance, sans conscience, [83] sans fin, comme une bougie s'éteint ou  comme une goutte de pluie se fond dans la mer. C'est là l'idée fondamentale du bouddhisme déjà exprimée dans les « quatre vérités saintes » du Bouddha : celui qui, par la maîtrise de sa soif de vivre et par l'illumination, est parvenu à l'extinction de ses désirs et a donc obtenu le repos pour son propre moi, expérimentera de son vivant, quoique de façon imparfaite, le nirvana. Mais celui qui, durant sa vie, n'a pas triomphé de son égoïste soif de vivre se condamne lui-même à renaître après la mort (« réincarnation »). Seul celui qui meurt illuminé est définitivement arraché à la contrainte de la renaissance : il trouve accès à la plénitude du nirvana.

     

    Si l'on compare la position chrétienne et la position bouddhiste, dans leur formulation extrême, on peut faire ressortir une différence de base qui pourrait bien n'être pas seulement caractéristique du christianisme et du bouddhisme mais, dans une large mesure, des religions d'origine sémitique, donc de la tradition judéo-christiano-islamique et des religions d'origine indienne, donc de la tradition hindo-bouddhique. Au regard de l'état final, cette différence de base peut être décrite, très schématiquement bien sûr, par les tendances prédominantes suivantes :

     

    - Fondamentalement, la tradition judéo-christiano-islamique a du monde (et de cette vie) une conception positive ; elle y voit une bonne création de Dieu, de sorte que la rédemption de l'homme s'opère dans ce monde. La tradition hindo-bouddhique a du monde (et de cette vie) une conception surtout négative ; elle y voit une illusion, une apparence, de sorte que la rédemption de l'homme s'opère hors de ce monde.

    - La tradition judéo-christiano-islamique (prônant une voie active par la justice et par l'amour) ne connaît qu'une seule vie de l'homme dans laquelle tout se décide pour l'éternité. Au contraire, la tradition hindo-bouddhique (préférant la voie mystique de l'effacement et de l'illumination) connaît plusieurs vies dans lesquelles l'homme peut se purifier de plus en plus et parvenir à la perfection.

    - Foncièrement, la tradition judéo-christiano-islamique considère l'état final de l'homme et du monde comme être et plénitude (le plus souvent dans le sens personnel) ; la tradition bouddhiste surtout  [84] y voit par contre non-être et vide (dans un sens le plus souvent apersonnel).

     

    Ces différences semblent remettre complètement en cause le consensus de base qu'on a dit. Reste-t-il encore un point commun, et une discussion là-dessus a-t-elle encore un sens ?

    La constatation schématique de tendances opposées en leur formulation extrême devrait tout d'abord aiguiser notre regard. Il nous faut - pour autant que cela est possible dans le cadre que nous nous sommes fixé - l'analyser de plus près et la nuancer. La réalité des religions, tant d'origine sémitique qu'indienne, est, on le sait bien, très complexe et source de dissentiments. De plus, dans ce contexte, je laisserai de côté tout ce que la critique estimerait à bon droit appartenir à la discussion avec les religions ; à savoir que, dans toutes les religions mondiales (tout comme dans le christianisme), il y a des doctrines et des pratiques qui sont différentes et contradictoires ; à côté de la réflexion et de la discussion théoriques, il y a d'une part l' expérience spirituelle et d'autre part la pratique ; à côté des monuments de théorie spéculative (souvent très abstraits et apersonnels), il y a la pratique populaire de la foi (de caractère souvent très personnel) ; à côté d'une philosophie, d'une ascèse, une spiritualité sublime d'élévation, il y a aussi des superstitions cachées ou massives, une sensualité grossière sous un simple vernis spirituel. Il s'agit ici pour moi d'esquisser à l'aide des notions opposées que je viens d'énoncer les différents modèles de croyance en l'éternité. Entre eux, me semble-t-il, demeure quelque chose de commun en dépit de la diversité des systèmes de référence. Un dialogue en tout cas devrait être possible. (…)

     

                                                                A suivre....

    Hans Küng - Vie éternelle ? Ed du Seuil , 1985 ISBN 978-2-02-008604-2

  • Par Lui nous sommes libérés

    Depuis qu'Adam s'est laissé basculer du maurais côté, nous portons tous une propension invétérée à l'imiter. Devenir centre: se faire servir et se faire mousser, se faire passer le premier et se faire grandir dans l'opinion des autres, se faire apporter le plaisir et les gestes du bonheur. Parfois ça réussit fort bien. Quand Paul nous dit que cette attitude fait entrer la mort dans le monde (Rm 5,12-19), ne l'entendons pas comme certains prédicateurs d'antan qui voulaient à tout prix nous persuader qu'il y avait une relation directe entre nos péchés et nos malheurs, nos fautes et nos angoisses, notre égoïsme et nos épreuves. On peut être un ancien bourreau d'Hitler et s'être fait ensuite une petite vie fort prospère.  Dans le livre de l'Apocalypse, on lit cette interpellation: tu passes pour vivant, et tu es mort ! La mort dont parle  Paul peut se terrer comme un virus si profond dans la moelle de l'être que celui qu'elle tient n'en sait encore rien.

    Les bourreaux du P. Kolbe ne savaient pas qu'ils étaient déjà morts, eux qui ne souffraient ni de la faim ni du froid ni de la torture. Le P. Kolbe, parce qu'il avait basculé du côté de l'amour à l'imitation de Jésus, se savait vivant et, dans son bunker d'Auschwitz, pouvait chanter jusqu'à son dernier souffle...

    Voici que j'ai parlé de Jésus: oui, nos regards peuvent maintenant se fixer sur lui. Nous comprenons l'enjeu des tentations qu'il a voulu subir. Tout Fils de Dieu qu'il était, il a voulu passer par l'itinéraire intégral des fils d'Adam! Il a voulu passer par ce carrefour du choix d'une volonté humaine libre. Là où Adam a fait basculer l'humanité du côté néfaste, Jésus en sa propre personne la fait basculer de l'autre côté. Sa vie humaine qui atteint sa pleine maturité, la parole dont il se sait porteur, ce corps qui est celui « du plus beau des enfants des hommes », cette connaissance du cœur d'autrui, ce pouvoir de tendresse et de guérison, tout ce qu'il est, tout ce qu'il porte en lui comme homme de trente ans - il le met inconditionnellement au service de la volonté de son Père: pas à son propre service. Que Satan l'entende une fois pour toutes: il ne ramènera pas à lui seul, à la mesure d'un destin terrestre autonome, ce qu'il a reçu de son Père pour la libération de ses frères les hommes.

    Ainsi opère-t-il un renversement décisif. Paul désignera Jésus comme «le nouvel Adam» car son choix personnel retentit en chacun d'entre nous. Par lui nous sommes libérés, si nous le voulons, de la malédiction qui nous pousse incoerciblement à tout récupérer pour nous faire centre de notre propre vie, qui nous pousse à utiliser nos amis pour nos intérêts, à aimer pour notre plaisir, à ne nous battre que pour ce qui nous profite, à ignorer les causes justes pour lesquelles il faudrait laisser de ses biens ou de sa peau ... Mais la liste serait longue de ces innombrables tentations qui nous guettent au long des journées. A chacun d'être lucide sur celles qui le guettent, lui particulièrement. Elles sont toujours des variations de celles qu'a connues Jésus, mais pour chacun d'entre nous Satan sait trouver la nuance propre, la séduction  perfide. Or l'important est de nous dire, dès aujourd'hui ce que Jésus  dira à ses apôtres à l'approche de la Passion: "Courage, car j'ai vaincu le monde" (Jn 16,33).

    Oui, courage: vous pouvez vaincre ! Courage : vous pouvez balbutier dès à présent le véritable amour ! 

    Albert-Marie Besnard - Il vient toujours - Cerf 1979 pp. 38-40

  • Les conceptions du salut (2)

    Il nous faut d'abord constater que la culpabilité et le péché accablent l'homme. Les bouddhistes, eux aussi, se sentent coupables quand ils ne prennent pas au sérieux leur existence et quand ils ne parviennent pas à vivre selon leur véritable nature. Et aujourd'hui bien des hommes souffrent de se condamner eux-mêmes par le seul fait qu'ils ne vivent pas vraiment en fonction de leurs représentations. Ils se condamnent eux-mêmes quand ils ne respectent pas leurs propres normes intérieures en se laissant guider par leur concupiscence.

    Dans le bouddhisme, la rédemption est avant tout l'affranchissement de toute concupiscence. (...) Mais comment les hommes se traitent-ils eux-mêmes quand ils sont dépendants de leur concupiscence ? (...) Beaucoup se sentent eux-mêmes intolérables. Nous ne devons pas faire retomber la faute sur le christianisme. Au contraire, ce sentiment de culpabilité est inhérent à toute existence humaine. Et c'est bien une bonne nouvelle libératrice de ne pas être contraint d'avoir à "racheter" ce sentiment de culpabilité ; mais nous pouvons croire au fait que nous sommes accueillis par Dieu sans condition avec  nos désillusions , notre médiocrité et notre lâcheté, notre duplicité et notre mensonge. (...) Cet amour qui triomphe du péché et qui l'enlève se manifeste de façon la plus visible sur la croix. (...)

    Si sur la croix Jésus pardonne même à ses bourreaux, c'est qu'il n'existe en moi aucune faute qui ne puisse être pardonnée. Ainsi la croix nous affranchit de tout reproche individuel et de toute accusation de soi. C'est un aspect essentiel de la Rédemption.   

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Desclée de B, 2008

  • Les conceptions du Salut (1)

    Beaucoup voient la quintessence du christianisme dans la rédemption des hommes par Jésus-Christ. Ils qualifient le christianisme de religion de salut.

    Pourtant dans les autres religions, le thème du salut existe aussi fondamentalement. En Israël, Dieu est celui qui libère son peuple de la détresse et de l'oppression. Egalement dans le bouddhisme, il est question de salut, mais ce n'est pas Dieu qui libère. Qui suit le chemin proposé par Bouddha, échappe à la condamnation des renaissances. A la mort, il parvient au nirvana et sur terre, il atteint déjà la libération de sa concupiscence. Il est libéré de la dépendance du faux semblant du monde en accédant à la conscience. Le véritable salut réside dans la libération de son propre Moi et dans la voie qui mène à la pureté de l'Etre. Les traditions bouddhistes et hindouistes entendent le salut comme un "arrachement aux projets de vie erronés qui travestissent la perception de la réalité". (Jürgen Werbick)

    De ce point de vue, voici la réponse des chrétiens. Pour nous, la rédemption nous arrache aux complexités de ce monde : "L'Esprit de Jésus-Christ nous libère des projets de vie funestes en entraînant les croyants dans l'avènement du Règne de Dieu et en les incitant à se vouer à ce qui est l'essentiel, à savoir l'amour - et en lui à Dieu - et en les invitant à témoigner en faveur de la confiance divine par leur engagement au service de la justice". (Jürgen Werbick)  Cette vision chrétienne du rachat ne vise pas seulement à sortir du monde, mais en même temps à transformer activement ce monde, tout en conservant sa liberté intérieure vis-à-vis des structures de pouvoir de ce monde. (...)

    On ne se limite pas à qualifier Jésus de maître qui nous indiquerait le chemin qui mène à la réussite de notre vie, nous arrachant ainsi à l'ignorance et à l'inconscience. Au contraire, ce rachat s'effectue par la démarche historique de Jésus ; mais on ne doit pas le figer en le réduisant à la mort de la croix ; des siècles durant, cette doctrine du salut chrétien a eu l'inconvénient d'être unilatérale. Ce n'est pas seulement la mort de Jésus qui nous rachète, c'est toute sa vie et son ministère qui sont rédempteurs. (...) le rachat par Jésus-Christ (...) c'est un événement historique qui, d'après la tradition du Nouveau Testament, culmine dans la mort de Jésus sur la Croix et dans sa résurrection.

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Desclée de B. 2008. p.93 et sv

  • Le Grand Inquisiteur

    La parabole [ R.-L. Bruckberger fait allusion ici au roman de Dostoïevski, les Frères Karamazov, en particulier la parabole du Grand Inquisiteur ] suppose qu'au XVI ème siècle, à Séville, vous êtes revenu sur terre, et que le petit peuple vous a reconnu ; qu'il s'est même précipité vers vous. Le Grand Inquisiteur, cardinal de l'Eglise romaine, survient, vous fait arrêter et jeter en prison, où il vient vous parler. C'est lui qui vous dit : "Des siècles passeront, et l'humanité proclamera, par la bouche de ses savants et de ses sages, qu'il n'y a plus de crimes, et par conséquent qu'il n'y a plus de péchés : il n'y a plus que des affamés. Nourris-les, et alors exige d'eux qu'ils soient vertueux ! Voilà ce qu'on écrira sur l'étendard de la révolte qui abattra ton temple." Ainsi vous parlait le Grand Inquisiteur.

    Béni soit votre serviteur Dostoïevski, ancien forçat, épileptique, ivrogne sur les bords, perdu de dettes, joueur, romancier, et Russe par-dessus le marché ; il fut un de vos prophètes, je veux dire que l'esprit prophétique de votre Eglise, - qui est un esprit de souffrance, d'espérance, et d'une lucidité déchirante de l'avenir, et qui est l'instinct de conservation de ce que l'Eglise a de plus vital, il conserve l'âme de l'Eglise, - cet esprit s'est exprimé par lui. Dostoïevski a discerné et dit à l'avance le péril extrême qui menace l'Eglise dans son âme et sa raison d'être. Un univers dont l'idéal est d'assurer la santé et la prospérité matérielle de l'espèce humaine sur terre n'aura plus aucune place pour vous.

    L'homme de ce nouvel univers aura même sa vertu à lui, qui aura ses critères absolument différents de ceux de la vertu qui se réclame de vous. Cet univers aura besoin de toujours plus d'hygiénistes, de biologistes, mais il n'aura pas besoin de saints, parce qu'en éliminant la notion même de péché le pécheur même devient inconcevable et de même le saint. 

    Comme toujours quand il s'agit de prophétie vraie, la manière dont elle se réalise déborde un peu l'expression du prophète. C'est non seulement "Nourrissez-les !" mais aussi "Guérissez-les !" qu'il pouvait dire. La médecine n'est plus qu'une annexe de l'économie, et l'économie est la science totale du bonheur humain. Le but de la société est de nourrir l'homme, de le guérir éventuellement, de le faire jouir de la terre, de le combler de commodités matérielles, et de le convaincre que s'il a tout cela il ne peut être qu'heureux. Celui qui ne serait pas content de la terre et de son bonheur serait un inadapté (...) Alors que veulent dire les mots "rédemption" et "rédempteur", du moment qu'il n'y a plus ni péché ni pécheurs ? (...)

    Ce qui, il y a un siècle, pouvait encore passer pour une prophétie n'est plus qu'une photographie du monde actuel. Curieusement, la prophétie a commencé de se réaliser par la patrie de Dostoïevski. La prophétie n'a pas protégé la Russie. Mais c'est aussi par la Russie peut-être que votre royaume réapparaîtra sur terre. Malgré l'énorme entreprise qui vise à vous éliminer du destin de l'homme, il y a de plus en plus d'hommes et de femmes russes qui languissent pour vous. (...)

    R-L Bruckberger - Lettre ouverte à Jésus-Christ - Ed. Albin Michel, 1973