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Jean-Paul II

  • Jean-Paul II et les jeunes : 01 - au Parc des Princes - juin 1980

    Réponses  de Jean-Paul II aux questions des jeunes rassemblés au Parc des Princes - Paris dimanche 1er juin 1980 (suite du post du 29/04). Jean-Paul II se révèle ici être un vrai guide spirituel. Ce dialogue avec la jeunesse allait se poursuivre tout au long de son pontificat en particulier par ces temps forts que furent les JMJ

    (Des livres pour aller plus loin avec Jean-Paul II  ici)

    La page de Jean-PaulII sur le site du Saint Siège ici

     

    11. Vous avez aussi posé la question - la quatrième -  sur la prière. Il y a plusieurs définitions de la prière. Mais on l'appelle le plus souvent un colloque, une conversation, un entretien avec Dieu. En conversant avec quelqu'un, non seulement nous parlons, mais aussi nous écoutons. La prière est donc aussi une écoute. Elle consiste à se mettre à l'écoute de la voix intérieure de la grâce. A l'écoute de l'appel. Et alors, comme vous me demandez comment le Pape prie, je vous réponds : comme tout chrétien : il parle et il écoute. Parfois, il prie sans paroles, et alors il écoute d'autant plus. Le plus important est précisément  ce qu'il "entend". Et il cherche aussi à unir la prière à ses obligations, à ses activités, à son travail, et à unir son travail à la prière. Et de cette manière, jour après jour, il cherche à accomplir son "service", son "ministère", qui lui vient de la volonté du Christ et de la tradition vivante de l’Église.

    12. Vous me demandez aussi comment je vois ce service maintenant que j'ai été appelé depuis deux ans à être Successeur de Pierre (question numéro six). Je le vois surtout comme une maturation dans le sacerdoce et comme la permanence dans la prière, avec Marie, la Mère du Christ, de la manière dont les Apôtres étaient assidus à la prière, dans le Cénacle de Jérusalem, quand ils ont reçu l'Esprit-Saint.

    En plus de cela, vous trouverez ma réponse à cette question à partir des questions suivantes. Et par-dessus tout celle concernant la réalisation du Concile Vatican II (question quatorze). Vous demandez si elle est possible. Et je vous réponds : non seulement la réalisation du Concile est possible, mais elle est nécessaire. Et cette réponse est avant tout la réponse de la foi. C'est la première réponse que j'ai donnée, au lendemain de mon élection, devant les cardinaux réunis dans la Chapelle Sixtine.

    C'est la réponse que je me suis donnée à moi-même et aux autres, d'abord comme évêque et comme cardinal, et c'est la réponse que je donne continuellement. C'est le problème principal. Je crois qu'à travers le Concile se sont réalisées pour l’Église à notre époque les paroles du Christ par lesquelles il a promis à son Église l' Esprit de vérité, qui conduira les esprits et les cœurs des Apôtres et de leurs successeurs, en leur permettant de demeurer dans la vérité et de guider l’Église dans la vérité, en réalisant à la lumière de cette vérité " les signes des temps ". 

    C'est justement ce que le Concile a fait en fonction des besoins de notre temps, de notre époque. Je crois que, grâce au Concile, l'Esprit-Saint " parle " à l’Église. Je dis cela en reprenant l'expression de saint Jean. Notre devoir est de comprendre de manière ferme et honnête ce que  " dit l'Esprit-Saint ", et de le réaliser, en évitant les déviations  hors de la route que le Concile a tracée à tant points de vue.

    (...)

    14. L’œuvre de l'unité des chrétiens, j'estime qu'elle est une des plus grandes et des plus belle tâches de l’Église pour notre époque.

    Vous voudriez savoir si j'attends cette unité et comment je me la représente ? Je vous répondrai la même chose qu'à propos de la mise en œuvre du Concile. Là aussi je vois un appel particulier de l'Esprit-Saint. Pour ce qui concerne sa réalisation, les diverses étapes de cette réalisation, nous trouvons dans l'enseignement du Concile tous les éléments fondamentaux. Ce sont eux qu'il faut mettre en œuvre, chercher leurs applications concrètes, et surtout prier toujours avec ferveur, avec constance, avec humilité. L'union des chrétiens ne peut se réaliser autrement que par une maturation profonde dans la vérité, et une conversion constante des cœurs. Tout cela, nous devons le faire dans la mesure de nos capacités humaines, en reprenant tous les " processus historiques " qui ont duré des siècles. Mais en définitive, cette union, pour laquelle nous ne devons ménager ni nos efforts ni nos travaux, sera le don du Christ à son Église. Tout comme c'est déjà un de ses dons que nous soyons entrés sur le chemin de l'unité.

    15. En poursuivant la liste de vos question, je vous réponds : j'ai déjà parlé très souvent des devoirs de l’Église dans le domaine de la justice et de la paix (quinzième question), prenant ainsi le relais de l'activité de mes grands prédécesseurs Jean XXIII et Paul VI. demain en particulier, j'ai l'intention de prendre la parole au siège de l'UNESCO, à Paris.

    Je me réfère à tout cela parce que vous demandez : que pouvons-nous faire pour cette cause, nous les jeunes ? Pouvons-nous faire quelque chose pour empêcher une nouvelle guerre, une catastrophe qui serait incomparable, plus terrible que la précédente ? Je pense que, dans la formulation même de vos questions, vous trouverez la réponse attendue. Lisez ces questions. Méditez-les. Faites-en un programme communautaire, un programme de vie.

    Vous les jeunes, vous avez déjà la possibilité de promouvoir la paix et la justice, là où vous êtes, dans votre monde. Cela comprend déjà des attitudes précises de bienveillance dans le jugement, de vérité sur vous-mêmes et sur les autres, un désir de justice basé sur le respect des autres, de leurs différences, de leurs droits importants : ainsi se prépare pour demain un climat de fraternité lorsque vous aurez de plus grandes responsabilités dans la société. Si l'on veut faire un monde nouveau et fraternel, il faut préparer des hommes nouveaux.

    16. Et maintenant la question sur le Tiers-Monde (question numéro huit). C'est une grande question historique, culturelle, de civilisation. Mais c'est surtout un problème moral. Vous demandez à juste titre quelles doivent être les relations entre notre pays et les pays du Tiers Monde de l'Afrique et de l'Asie. Il y a là, en effet, de grandes obligations de nature morale. Notre monde " occidental " est en même temps " septentrional " (européen ou atlantique). Ses richesses et son progrès doivent beaucoup aux ressources et aux hommes de ces continents.

    Dans la nouvelle situation dans laquelle nous nous trouvons après le Concile, il ne peut pas ne chercher là-bas que les sources d'un enrichissement ultérieur  et de son propre progrès. Il doit consciemment, et en s'organisant pour cela, servir leur développement. Tel est peut-être le problème le plus important en ce qui concerne la justice et la paix dans le monde d'aujourd'hui et de demain. La solution de ce problème dépend de la génération actuelle, et elle dépendra de votre génération et de celles qui suivront. Ici aussi, il s'agit de continuer le témoignage rendu au Christ et à l’Église par plusieurs générations antérieures de missionnaires religieux et laïcs.

    17. La question: comment être aujourd'hui le témoin du Christ ? (numéro 18). C'est la question fondamentale, la continuation de la méditation que nous avons placée au centre de notre dialogue, l'entretien avec un jeune. Le Christ dit : " Suis-moi ". C'est ce qu'il a dit à Simon, le fils de Jonas auquel il a donné le nom de Pierre, à son frère André, aux fils de Zébédée, à Nathanaël. Il dit : " Suis-moi", pour répéter ensuite, après la Résurrection : " Vous serez mes témoins (Ac 1,8) "

    Pour être témoin du Christ, pour lui rendre témoignage, il faut d'abord le suivre. Il faut apprendre à le connaître, il faut se mettre, pour ainsi dire, à son école, pénétrer son mystère. C'est une tâche fondamentale et centrale. Si nous ne le faisons pas, si nous ne sommes pas prêts à le faire constamment et honnêtement, notre témoignage risque de devenir superficiel et extérieur. Il risque de ne plus être un témoignage. Si au contraire nous restons attentifs à cela, le Christ lui-même nous enseignera par son Esprit, ce que nous avons à faire, comment nous comporter, en quoi et comment nous engager, comment conduire le dialogue avec le monde contemporain, ce dialogue que Paul VI a appelé le dialogue du salut.

    18. Si vous me demandez par conséquent : " Que devons-nous faire dans l’Église, surtout nous les jeunes ? ", je vous répondrai : apprendre à connaître le Christ. Constamment. Apprendre le Christ. En Lui se trouvent vraiment les trésors insondables de la sagesse et de la science. En Lui l'homme sur lequel pèsent ses limites, ses vices, sa faiblesse et son péché, devient vraiment " l'homme nouveau ". Il devient l' homme " pour les autres ", il devient aussi la gloire de Dieu, parce que " la gloire de Dieu c'est l'homme vivant " comme l'a dit au deuxième siècle saint Irénée de Lyon, évêque et martyr. 

    L'expérience de deux millénaires nous enseigne que dans cette œuvre fondamentale, la mission de tout le peuple de Dieu, il n'existe aucune différence essentielle entre l'homme et la femme. Chacun dans son genre, selon les caractéristiques spécifiques de la féminité et de la masculinité devient cet " homme nouveau ", c'est-à-dire cet homme " pour les autres ", et comme homme vivant il devient la gloire de Dieu. Si cela est vrai, tout comme il est vrai que l' Église, au sens hiérarchique, est dirigée par les successeurs des Apôtres et donc par les hommes, il est certainement d'autant plus vrai que, au sens charismatique, les femmes la " conduisent " tout autant, et peut-être encore plus. Je vous invite à penser souvent à Marie, la Mère du Christ.

    19. Avant de conclure ce témoignage basé sur vos questions, je voudrais encore remercier très spécialement les nombreux représentants de la jeunesse française qui, avant mon arrivée à Paris, m'ont envoyée des milliers de lettres. Je vous remercie d'avoir manifesté ce lien, cette communion, cette coresponsabilité. Je souhaite que ce lien, cette communion et cette coresponsabilité se poursuivent, s'approfondissent et se développent après notre rencontre de ce soir.

    Je vous demande aussi de renforcer votre union avec les jeunes de l'ensemble de l’Église et du monde, dans l'esprit de cette certitude que le Christ est notre chemin, la vérité et la Vie (cf. Jn 14,6)

    Unissons-nous maintenant dans cette prière que Lui-même nous a enseignée, en chantant le " Notre-Père ", et recevez tous pour vous, pour les garçons et les filles de votre âge, pour vos familles et pour les hommes qui souffrent le plus, la bénédiction de l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre.

    Notre Père qui êtes aux cieux...

     

    Le chrétien, dans  cette "méditation" de Jean-Paul II avec la jeunesse, se définit comme un être en dialogue avec le Christ. Le Pape invite à " apprendre à connaître le Christ... constamment " : condition nécessaire pour être un témoin authentique. C'est la pédagogie du Christ qui appelle ses apôtres à venir à sa suite avant d'être envoyés aux Nations,pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

     

     

     

     

       

     

     

     

  • Jean-Paul II et les jeunes : - au Parc des Princes - juin 1980 (suite)

    Réponses  de Jean-Paul II aux questions des jeunes rassemblés au Parc des Princes - Paris dimanche 1er juin 1980 (suite du post du 28/04)

     

    (...)

    7. Revenons maintenant à notre sujet principal, au dialogue du Christ avec  le jeune homme.

    En réalité, je dirais volontiers que nous sommes restés tout le temps dans son contexte. 

    Le jeune homme demande donc : " Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ?"

    Or vous posez la question : Peut-on être heureux dans le monde d'aujourd'hui ? C'est votre douzième question. 

    En vérité, vous posez la même question que ce jeune ! Le Christ répond - à lui et aussi à vous, à chacun d'entre vous : on le peut. C'est bien en effet ce qu'il répond, même si ses paroles sont celles-ci : " Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements"  (Mt 19,17). Et il répondra encore  plus tard : " Si tu veux être parfait, va, vends, ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et suis-moi"  (Mt 19,21).

    Ces paroles signifient que l'homme ne peut être heureux que dans la mesure où il est capable d'accepter les exigences que lui pose sa propre humanité, sa dignité d'homme. Les exigences que lui pose Dieu.

    8. Ainsi donc, le Christ ne répond pas seulement à la question de savoir si on peut être heureux, mais il dit davantage, il dit comment on peut être heureux, à quelle condition. Cette réponse est tout à fait originale, et elle ne peut pas être dépassée, elle ne peut jamais être périmée. Vous devez bien y réfléchir, et vous l'adapter à vous-mêmes. La réponse du Christ comprend deux parties. Dans la première, il s'agit d'observer les commandements. Ici, je ferai une digression à cause d'une de vos questions sur les principes que l’Église enseigne dans le domaine de la morale sexuelle (c'est votre dix-septième question). 

    Vous exprimez votre préoccupation en voyant qu'ils sont difficiles, et que les jeunes pourraient, précisément pour cette raison, se détourner de l’Église. Je vous répondrai comme suit : si vous pensez à cette question de manière profonde, et si vous allez jusqu'au fond du problème, je vous assure que vous vous rendrez compte d'une seule chose : dans ce domaine, l’Église pose seulement les exigences qui sont étroitement liées à l'amour matrimonial et conjugal vrai, c'est-à-dire responsable

    Elle exige ce que requiert la dignité de la personne et l'ordre social fondamental. Je ne nie pas que ce ne soient des exigences. Mais c'est justement en cela que se trouve le point essentiel du problème, à savoir que l'homme se réalise lui-même seulement dans la mesure où il sait s'imposer des exigences à lui-même. Dans le cas contraire, il s'en va " tout triste ", comme nous venons de le lire dans l’Évangile. La permissivité morale ne rend pas les hommes heureux. La société de consommation ne rend pas les hommes heureux. Elles ne l'ont jamais fait.

    9. Dans le dialogue du Christ avec le jeune, il y a, comme je l'ai dit, deux étapes. Dans la première étape, il s'agit des commandements du Décalogue, c'est-à-dire des exigences fondamentales de toute moralité humaine. Dans la seconde étape, le Christ dit : " Si tu veux être parfait... viens et suis-moi".  (Mt 19,21)

    Ce " viens et suis-moi " est un point central et culminant de tout cet épisode. Ces paroles indiquent qu'on ne peut pas apprendre le christianisme comme une leçon composée de chapitres nombreux et divers mais qu'il faut toujours le lier avec une Personne vivante : avec Jésus-Christ. Jésus-Christ est le guide, il est le modèle. On peut l'imiter de diverses manières et dans des mesures diverses. On peut de diverses manières et dans des mesures diverses faire de Lui la " Règle " de sa propre vie.

    Chacun de nous est comme un " matériau " particulier dont on peut - en suivant le Christ - tirer cette forme concrète, unique et absolument singulière de la vie qu'on peut appeler la vocation chrétienne. Sur ce point, on a dit beaucoup de choses au dernier Concile, en ce qui concerne la vocation des laïcs.

    10. Ceci ne change rien au fait que ce "suis-moi" du Christ, dans le cas précis, est et demeure la vocation sacerdotale ou la vocation à la vie consacrée selon les conseils évangéliques. Je le dis parce que vous avez posé la question - la dixième - sur ma propre vocation sacerdotale. je chercherai à vous répondre brièvement, en suivant la trame de votre question.

    Je dirai donc d'abord : il y a deux ans que je suis Pape, plus de vingt ans que je suis évêque, et cependant, le plus important pour moi demeure toujours le fait d'être prêtre. Le fait de pouvoir chaque jour célébrer l' Eucharistie. De pouvoir renouveler le propre sacrifice du Christ, en rendant en lui toutes choses au Père : le monde, l'humanité et moi-même. C'est en cela, en effet, que consiste une juste dimension de l'Eucharistie. Et c'est pourquoi j'ai toujours vivant dans ma mémoire ce développement intérieur à la suite  duquel j'ai entendu l'appel du Christ au sacerdoce. Ce " viens et suis-moi" particulier.

    En vous confiant ceci, je vous invite à bien prêter l'oreille, chacun et chacune d'entre vous, à ces paroles évangéliques. C'est par là que se formera jusqu'au fond votre humanité, et que se définira la vocation chrétienne de chacun d'entre vous. Et peut-être à votre tour entendrez-vous aussi l'appel au sacerdoce ou à la vie religieuse. La France, jusqu'à il y a peu de temps encore, était riche de ces vocations. Elle a donné entre autres à l’Église tant de missionnaires et tant de religieuses missionnaires ! Certainement, le Christ continue à parler sur les bords de la Seine, et Il adresse toujours le même appel. Écoutez attentivement. Il faudra toujours qu'il y ait dans l' Église ceux qui "ont été choisi parmi les hommes"  (Heb 5,1), ceux que le Christ établit, d'une manière particulière, " pour le bien des hommes " et qu'il envoie aux hommes. 

     

    A suivre...

     

  • Jean-Paul II et les jeunes : 01 - au Parc des Princes - juin 1980

    A l'occasion des canonisations de Jean XXIII et Jean-Paul II, je vous propose un retour sur un événement important qui a marqué la jeunesse catholique française : la rencontre du Pape et des Jeunes au Parc des Princes. Après un mot d'accueil du chaleureux François Marty, alors archevêque de Paris, c'est au tour de Jean-Paul II.  Ce pape venu de l'Est donnait une impression de force. Un athlète de la foi dans un stade français...

    Écoutez plutôt :

     

    Chers Jeunes de France,

    1. Je vous remercie de cette rencontre que vous avez voulu organiser comme une sorte de dialogue. Vous avez voulu parler avec le Pape. Et ceci est très important pour deux raisons.

    La première raison est que cette manière de faire nous renvoie directement au Christ : en lui se déroule continuellement un dialogue : l'entretien de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu.

    Le Christ - vous l'avez entendu - est le Verbe, la Parole de Dieu. Il est le Verbe éternel. Ce Verbe de Dieu, comme l'Homme, n'est pas la parole d'un " grand monologue ", mais il est la Parole du " dialogue incessant " qui se déroule dans l'Esprit-Saint. Je sais que cette phrase est difficile à comprendre, mais je la dis quand même, et je vous la laisse pour que vous la méditiez.

    N'avons-nous pas célébré ce matin le mystère de la Sainte Trinité ?

    La deuxième raison est celle-ci : le dialogue répond à ma conviction personnelle que, être le serviteur du Verbe, de la Parole, veut dire " annoncer " au sens de " répondre ". Pour répondre, il  faut connaître les questions. C'est pour cela qu'il est bon que vous les ayez posées; autrement, j'aurais dû les deviner pour pouvoir vous parler, pour vous répondre ! C'est votre question numéro 21.

    Je suis arrivé à cette conviction, non seulement à cause de mon expérience d'autrefois comme professeur, à travers les cours ou les groupes de travail, mais surtout à travers mon expérience de prédicateur ; en faisant l'homélie, et surtout en prêchant des retraites. Et la plupart du temps, c'est à des jeunes que je m'adressais ; ce sont des jeunes que j'aidais à rencontrer le Seigneur, à l'écouter, et aussi à lui répondre.

    2. En m'adressant à vous maintenant, je voudrais le faire de manière à pouvoir répondre, au moins indirectement, à toutes vos questions.

    C'est pour cela que je ne peux pas le faire en les prenant l'une après l'autre. Forcément, mes réponses ne pourraient alors être que schématiques !

    Permettez-moi donc de choisir la question qui me semble la plus importante, la plus centrale, et de partir de celle-là. De cette manière, j'espère que vos autres questions apparaîtront peu à peu.

    Votre question centrale concerne Jésus-Christ. Vous voulez m'entendre parler de Jésus-Christ, et vous me demandez qui est pour moi, Jésus-Christ. C'est votre 13ème question.

    Permettez que je vous retourne aussi la question et que je dise : pour vous, qui est Jésus-Christ ? De cette manière, et sans esquiver la question, je vous donnerai aussi ma réponse en vous disant ce qu'Il est pour moi.

    3. L’Évangile tout entier est le dialogue avec l'homme, avec les diverses générations, avec les nations, avec les diverses traditions...mais il est toujours continuellement un dialogue avec l'homme, avec chaque homme, un, unique, absolument singulier.

    En même temps, on trouve beaucoup de dialogues dans l’Évangile. Parmi ceux-ci, je retiens comme particulièrement éloquent le dialogue du Christ avec le jeune homme.

    Je vais vous lire le texte, parce que vous ne vous le rappelez peut-être pas tous très bien. C'est au chapitre dix-neuvième de l'évangile de Matthieu.

    " Voici qu'un homme s'approcha de Jésus et lui dit :

    - Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ?

    Il lui dit :

    - qu'as-tu à m'interroger sur ce qui est bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.

    - Lesquels ? lui dit-il.

    Jésus reprit :

    - Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même ".

    - Tout cela, lui dit le jeune homme, je l'ai observé depuis ma jeunesse ; que me manque t-il encore ?

    Jésus lui déclara :

    - Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, et suis-moi.

    Entendant cette parole, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens."

     

    Pourquoi le Christ dialogue t-il avec ce jeune homme ? La réponse se trouve dans le récit évangélique. Et vous, vous me demandez pourquoi, partout où je vais, je veux rencontrer les jeunes. C'est même votre première question.

    Et je vous réponds : parce que " le jeune " indique l'homme qui, d'une manière particulière, d'une manière décisive, est en train de se former. Cela ne veut pas dire que l'homme ne se forma pas durant toute sa vie : on dit que l'éducation commence déjà avant la naissance et dure jusqu'au dernier jour. Cependant la jeunesse, du point de vue de la formation, est une période particulièrement importante, riche et décisive. Et si vous réfléchissez au dialogue du Christ avec le jeune homme, vous trouverez la confirmation de ce que je viens de dire. 

    Les questions du jeune homme sont essentielles. Les réponses le sont aussi.

    4. Ces questions et ces réponses ne sont pas seulement essentielles pour le jeune homme en question, importantes pour sa situation d'alors ; elles sont également de première importance et essentielles pour aujourd'hui, c'est votre neuvième question. Je réponds : non seulement "il en est capable ", mais il faut aller bien plus loin : Lui seul donne une réponse totale qui va jusqu'au fond des choses et complètement.

    J'ai dit en commençant que le Christ est le Verbe, la Parole d'un dialogue incessant. Il est le dialogue, le dialogue avec tout homme, bien que certains ne le fassent pas, que tous ne sachent pas comment le conduire - et il y en a aussi qui refusent explicitement ce dialogue. Ils s'éloignent... Et pourtant... peut-être ce dialogue est-il en cours avec eux aussi. Je suis convaincu qu'il en est ainsi.

    Plus d'une fois ce dialogue " se dévoile " d'une manière inattendue et surprenante.

    5. Je retiens aussi votre question de savoir pourquoi, dans les divers pays où je vais, et aussi à Rome, je parle avec les divers chefs d’État, c'est votre question numéro deux.

    Simplement parce que le Christ parle avec tous les hommes, avec tout homme. En outre je pense, n'en doutez-pas,qu'il n'a pas moins de choses à dire aux hommes qui ont de si grandes responsabilités sociales qu'au jeune homme de l’Évangile, et qu'à chacun d'entre vous.

     

    A suivre...

     

  • Jean-Paul II et Thérèse : les saints ne vieillissent jamais

    A l'occasion de la canonisation de Jean-Paul II, j'ai choisi de retranscrire cette homélie de Jean-Paul II donnée à Lisieux le lundi 2 juin 1980 à l'occasion de son voyage apostolique en France du 30 mai au 2 juin 1980.

     

    1. Je suis heureux qu'il me soit donné de venir à Lisieux à l'occasion de ma visite dans la capitale de la France. Je suis ici en pèlerinage avec vous tous, chers Frères et sœurs, qui êtes venus vous aussi de bien des régions de France, auprès de celle que nous aimons tant, la " petite Thérèse ", dont la voie vers la sainteté est étroitement liée au Carmel de Lisieux. Si les personnes versées dans l'ascèse et la mystique, et ceux qui aiment les saints, ont pris l'habitude d'appeler cette voie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus " la petite voie ", il est tout à fait hors de doute que l'Esprit de Dieu, qui l'a guidée sur cette voie, la fait avec la même générosité que celle par laquelle il a guidé autrefois sa Patronne la " grande Thérèse " d'Avila, et par laquelle il a guidé - et continue de guider - tant d'autres saints dans son Église. Gloire Lui soit donc rendue éternellement.

    L’Église se réjouit de cette merveilleuse richesse des dons spirituels, si splendides et si variés, comme le sont toutes les œuvres de Dieu dans l'univers visible et invisible. Chacun d'eux reflète à la fois le mystère intérieur de l'homme, et il correspond aux besoins des temps dans l'histoire de l’Église et de l'humanité. Il faut le dire de sainte Thérèse de Lisieux qui, jusqu'à une époque récente, fut en effet notre sainte " contemporaine ". C'est ainsi que je la vois personnellement, dans le cadre de ma vie. Mais est-elle toujours la sainte " contemporaine " ? N'a-t-elle pas cessé de l'être pour la génération qui arrive actuellement à maturité dans l’Église ? Il faudrait le demander aux hommes de cette génération. Qu'il me soit toutefois permis de noter que les saints ne vieillissent pratiquement jamais, qu'ils ne tombent jamais dans la " prescription ". Ils restent continuellement les témoins de la jeunesse de l’Église. Ils ne deviennent jamais des personnages du passé, des hommes et des femmes d'hier. Au contraire : ils sont toujours les hommes et les femmes du " lendemain ", les hommes de l'avenir évangélique de l'homme et de l’Église, les témoins " du monde futur ".

    2. " En effet, tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! " (Rom 8, 14-15)

    Il serait peut-être difficile de trouver paroles plus synthétiques, et en même temps  plus saisissantes, pour caractériser le charisme particulier de Thérèse Martin, c'est-à-dire ce qui constitue le don tout à fait spécial de son cœur, et qui est devenu, par son cœur, un don particulier pour l’Église. Le don merveilleux dans sa simplicité, universel et en même temps unique. De Thérèse de Lisieux, on peut dire avec conviction que l'Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement, aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l’Évangile : le fait d'avoir reçu réellement " un esprit de fils adoptif qui nous fait  nous écrier : Abba ! Père ! ". La " petite voie " est la voie de la " sainte enfance ".  Dans cette voie, il y a quelque chose d'unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ?

    Cette vérité la plus universelle qui soit, cette réalité, a été également " relue " de nouveau avec la foi, l’espérance et l'amour de Thérèse de Lisieux. Elle a été en un certain sens redécouverte avec l'expérience  intérieure de son cœur et la forme prise par toute sa vie, seulement vingt-quatre années de sa vie. Lorsqu'elle mourut ici, au Carmel, victime  de la tuberculose dont elle portait depuis longtemps les bacilles, c'était presque un enfant. Elle a laissé le souvenir de l'enfant : de la sainte enfance. Et toute sa spiritualité a confirmé encore  une fois la vérité de ces paroles de l'Apôtre : " Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte  ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs..." Oui, Thérèse fut l'enfant. Elle fut l'enfant " confiant " jusqu'à l'héroïsme, et par conséquent " libre " jusqu'à l' héroïsme ". Mais c'est justement parce que ce fut jusqu'à l'héroïsme, qu'elle seule connut la saveur intérieure et aussi le prix intérieur de cette confiance qui empêche de " retomber dans la crainte " ; de cette confiance qui, jusque dans les obscurités et les souffrances les plus profondes de l'âme, permet de s'écrier : " Abba ! Père !"

    Oui, elle a connu cette saveur et ce prix. Pour qui lit attentivement son Histoire d'une âme, il est évident que cette saveur de la confiance filiale provient, comme le parfum des roses, de la tige  qui porte aussi des épines. Si en effet " nous sommes enfants, nous sommes donc héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec Lui  pour être aussi glorifiés avec Lui "  (Rom 8,17). C'est pour cela précisément, que la confiance filiale de la petite Thérèse, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus mais aussi " de la Sainte-Face", est si "héroïque ", parce qu'elle provient de la fervente communion aux souffrances du Christ

    Et quand je vois devant moi tous ces malades et infirmes, je pense qu'ils sont associés eux aussi , comme Thérèse de Lisieux, à la passion du Christ, et que, grâce à leur foi en l'amour de Dieu, grâce à leur propre amour, leur offrande spirituelle obtient mystérieusement pour l’Église, pour tous les autres membres du Corps mystiques du Christ, un surcroît de vigueur. Qu'ils n'oublient jamais cette belle phrase de sainte Thérèse : " Dans le cœur de l’Église ma Mère je serai l'amour ". Je prie Dieu de donner à chacun de ses amis souffrants, que j'aime avec une affection toute spéciale, le réconfort et l'espérance.

    3. Avoir confiance en Dieu comme Thérèse de Lisieux veut dire suivre la " petite voie " où nous guide l'Esprit de Dieu : il guide toujours vers la grandeur à laquelle participent les fils et les filles de l'adoption divine. Déjà comme enfant, comme enfant de douze ans, le Fils de Dieu a déclaré que sa vocation était de s'occuper des affaires de son Père (cf. Lc 2,49). Être enfant, devenir comme un enfant, veut dire entrer au centre même de la plus grande mission à laquelle l'homme ait été appelé par le Christ, une mission qui traverse le cœur même de l'homme.  Elle le savait parfaitement, Thérèse.

    Cette mission tire son origine de l'amour éternel du Père. Le Fils de Dieu comme homme, d'une manière visible et " historique", et l'Esprit Saint, de façon invisible et " charismatique", l'accomplissent dans l'histoire de l'humanité.

    Lorsque, au moment de quitter le monde, le Christ dit aux Apôtres : " Allez dans le monde entier, et enseignez l’Évangile à toute créature "  (Mc 16,15), il les insère, par la force de son mystère pascal, dans le grand courant de la Mission éternelle. A partir du moment où il les a laissés pour aller vers le Père, il commence en même temps à venir " de nouveau  dans la puissance de l'Esprit Saint " que le Père envoie en son nom. Plus profondément que toutes les vérités sur l’Église, cette vérité a été mise en relief dans la conscience de notre génération par le Concile Vatican II. Grâce à cela,  nous avons tous beaucoup mieux compris que l’Église est constamment " en état de mission ", ce que veut dire le fait que toute l’Église est missionnaire. Et nous avons également mieux compris ce mystère particulier du cœur de la petite Thérèse de Lisieux, laquelle, à travers sa " petite voie ", a été appelée à participer aussi pleinement et aussi fructueusement à la mission la plus élevée. C'est justement cette  " petitesse" qu'elle aimait tant, la petitesse de l'enfant, qui lui a ouvert largement toute la grandeur de la Mission divine du salut, qui est la mission incessante de l’Église. 

    Ici dans son Carmel, dans la clôture du couvent de Lisieux, Thérèse s'est sentie spécialement unie à toutes les missions et aux missionnaires de l’Église dans le monde entier. Elle s'est sentie elle-même missionnaire, présente par la force et la grâce particulières de l'Esprit d'amour à tous les postes missionnaires, proche de tous les missionnaires, hommes et femmes, dans le monde. Elle a été proclamée par l’Église la patronne des missions, comme saint François-Xavier, qui voyagea inlassablement en Extrême-Orient : oui, la petite Thérèse de Lisieux, enfermée dans la clôture carmélitaine, apparemment détachée du monde. (...)

    4. " Le beau existe afin qu'il nous enchante pour le travail ", a écrit Cyprian Norwid, l'un des plus grands poètes et penseurs qu'ait donné la terre polonaise, et qu'a reçu - et conservé au cimetière de Montmorency - le terre française...

    Rendons grâces au Père, au Fils et au Saint-Esprit pour les saints. Rendons grâces pour sainte Thérèse de Lisieux. Rendons grâces pour la beauté profonde, simple et pure, qui s'est manifestée en elle à l’Église et au monde. Cette beauté enchante. Et Thérèse de Lisieux a un don particulier pour enchanter par la beauté de son âme. Même si nous savons tous que cette beauté fut difficile et qu'elle a grandi dans la souffrance, elle ne cesse de réjouir de son charme particulier les yeux de nos âmes.

    Elle enchante, donc, cette beauté, cette fleur de la sainteté qui a grandi sur ce sol ; et son charme ne cesse de stimuler nos cœurs à travailler : " Le beau existe afin qu'il nous enchante pour le travail ". Pour le travail le plus important, dans lequel l'homme apprend à fond le mystère de son humanité. Il découvre en lui-même ce que signifie avoir reçu " un esprit de fils adoptif ", radicalement différent d'un esprit d'esclave, et il commence à s'écrier de tout son être : " Abba ! Père !" (Rom 8,15)

    Par les fruits de ce magnifique travail intérieur se construit l’Église, le Règne de Dieu sur la terre, dans sa substance la plus profonde et la plus fondamentale. Et le cri " Abba ! Père ! " qui résonne largement dans tous les continents de notre planète, revient aussi par son écho dans la clôture carmélitaine silencieuse, à Lisieux, vivifiant toujours de nouveau le souvenir de la petite Thérèse, laquelle, par sa vie brève et cachée mais si riche, a prononcé avec une force particulière : " Abba ! Père ! ". Grâce à elle, l’Église entière a retrouvé toute la simplicité et toute la fraîcheur de ce cri, qui a son origine et sa source dans le cœur du Christ lui-même.

     

               

  • Un coeur nouveau

     A l'occasion de la béatification de Jean-Paul II, je mets en ligne cette belle homélie donnée à Paray-le-Monial, petite ville de Bourgogne où le Christ a révélé les trésors de son Coeur à sainte-Marguerite-Marie. Jean-Paul II effectuait une étape dans un pèlerinage qui l'avait conduit à Lyon, Taizé, Paray, Ars.

     

     

    " Je vous donnerai un coeur nouveau..." (Ez 36,26)

    1. Nous nous trouvons en un lieu où ces paroles du prophète Ezéchiel retentissent avec force. Elles ont été confirmées ici par une servante pauvre et cachée du Coeur divin de Notre Seigneur : sainte Marguerite-Marie. Bien des fois, au cours de l'histoire, la vérité de cette promesse a été confirmée par la Révélation, dans l'Eglise, à travers l'expérience des saints, des mystiques, des âmes consacrées à Dieu. Toute l'histoire de la spiritualité chrétienne en témoigne : la vie de l'homme croyant en Dieu, tendu vers l'avenir par l'espérance, appelé à la communion de l'amour, cette vie est celle de l'homme "intérieur". Elle est illuminée par la vérité admirable du Coeur de Jésus qui s'offre lui-même pour le monde.

    Pourquoi la vérité sur le Coeur de Jésus nous a-t-elle été confirmée singulièrement ici, au XVII e siècle, comme au seuil des temps modernes ?

    Je suis heureux de méditer ce message en terre de Bourgogne, terre de sainteté, marqué par Cîteaux et Cluny, où l'Evangile a modelé la vie et l'oeuvre des hommes.

    Je suis heureux de redire le message de Dieu riche en miséricorde dans le diocèse d'Autun qui m'accueille. Je salue cordialement Monseigneur Armand le Bourgeois, pasteur de cette Eglise, et son auxiliaire Monseigneur Maurice Gaidon. Je salue les représentants des Autorités civiles, locales et régionales. Je salue tout le peuple de Dieu ici rassemblé, les travailleurs de la terre et ceux de l'industrie, les familles, en particulier les associations qui animent leur vie chrétienne, les séminaristes qui commencent leur marche vers le sacerdoce, les pèlerins du Sacré-Coeur, notamment la Communauté de l'Emmanuel très attachée à ce lieu, ainsi que tous ceux qui viennent ici affermir leur foi, leur esprit de prière et leur sens de l'Eglise, dans les sessions d'été ou d'autres démarches communautaires.

    Et je voudrais être proche aussi de toutes les personnes qui, grâce à la télévision, suivent dans leur foyer cette célébration.

    2. " Je vous donnerai un coeur" : Dieu nous le dit par le prophète. Et le sens s'éclaire par le contexte. "Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés" (Ez, 36,25). Oui, Dieu purifie le coeur humain. Le coeur, créé pour être le foyer de l'amour, est devenu le foyer central du refus de Dieu, du péché de l'homme qui se détourne de Dieu pour s'attacher à toutes sortes d'idoles. C'est alors que le coeur est "impur". Mais quand le même lieu intérieur de l'homme s'ouvre à Dieu, il retrouve la "pureté" de l'image et de la ressemblance imprimées en lui par le Créateur depuis le commencement. 

    Le coeur, c'est aussi le foyer central de la conversion que Dieu désire de la part de l'homme et pour l'homme, pour entrer dans son intimité, dans son amour. Dieu a créé l'homme pour qu'il ne soit ni indifférent, ni froid, mais ouvert à Dieu. Comme elles sont belles les paroles du prophète : "J'enlèverai votre coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair" (Ez 36,26) ! Le coeur de chair, un coeur qui a une sensibilité humaine et un coeur capable de se laisser saisir par le souffle de l'Esprit Saint.

    C'est là ce que dit Ezéchiel : " Je vous donnerai un coeur nouveau, je  mettrai en vous un esprit nouveau...mon esprit" (Ez 36,26-27)

    Frères et Soeurs, que chacun d'entre nous se laisse purifier et convertir par l'Esprit du Seigneur ! Que chacun d'entre nous trouve en lui une inspiration pour sa vie, une lumière pour son avenir, une clarté pour purifier ses désirs !

    Aujourd'hui, je voudrais annoncer particulièrement aux familles la bonne nouvelle du don admirable : Dieu donne la pureté du coeur, Dieu permet de vivre un amour vrai ! 

    3. Les paroles du prophète préfiguraient la profondeur de l'expérience évangélique. Le salut à venir est déjà présent.

    Mais comment l'Esprit viendra-t-il dans le coeur des hommes ? Quelle sera la transformation  tant désirée par le Dieu d'Israël.

    Ce sera l'oeuvre de Jésus-Christ : le Fils éternel que Dieu n'a pas épargné, mais qu'il a donné pour nous tous, pour nous donner toute grâce avec lui (cf. Rm 8,32), pour nous offrir tout avec lui !

    Ce sera l'oeuvre étonnante de Jésus. Pour qu'elle soit révélée, il faudra attendre jusqu'à la fin, jusqu'à sa mort sur la Croix. Et lorsque le Christ "a remis" son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23,46), alors se produit cet événement : " Des soldats vinrent...ils vinrent à Jésus et voyant qu'il était déjà mort...un des soldats avec sa lance lui perça le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau" (Jn 19,32-34).

    L'événement paraît "ordinaire". Sur le Golgotha, c'est le dernier geste dans une exécution romaine : la constatation de la mort du condamné. Oui, il est mort, il est réellement mort ! 

    Et dans sa mort, il s'est révélé lui-même jusqu'au bout. Le coeur transpercé est son ultime témoignage. Jean, l'Apôtre qui se tenait au pied de la Croix, l'a compris ; au cours des siècles, les disciples du Christ et les maîtres de la foi l'ont compris. Au XVII ème siècle, une religieuse de la Visitation a reçu de nouveau ce témoignage à Paray-le-Monial ; Marguerite-Marie le transmet à toute l'Eglise au seuil des temps modernes. 

    Par le Coeur de son Fils, transpercé sur la Croix, le Père nous a donné tout, gratuitement. L'Eglise et le monde reçoivent le Consolateur : l'Esprit Saint. Jésus avait dit : " Si je pars, je vous l'enverrai". Son coeur transpercé témoigne qu'il est parti. Il envoie désormais l'Esprit de vérité. L'eau qui coule de son côté transpercé est le signe de l'Esprit Saint : Jésus avait annoncé à Nicodème la nouvelle naissance "de l'eau et de l'Esprit". Les paroles du prophète Ezéchiel s'accomplissent : " Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau." 

    4. Sainte Marguerite-Marie a connu ce mystère admirable, le mystère bouleversant de l'Amour divin. Elle a connu toute la profondeur des paroles d'Ezéchiel : " Je vous donnerai un coeur".

    Tout au long de sa vie cachée dans le Christ, elle fut marquée par le don de ce Coeur qui s'offre sans limite à tous les coeurs humains. Elle était saisie tout entière par ce mystère divin, comme l'exprime l'admirable prière du psaume de ce jour : 

    "Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !" 

    "Tout mon être", c'est-à-dire "tout mon coeur" ! 

    Bénis le Seigneur !... N'oublie aucun de ses bienfaits ! Il pardonne. Il guérit. Il "réclame ta vie à la tombe". Il "te couronne d'amour et de tendresse".

    Il est bon et plein d'amour. Lent à la colère. Plein d'amour : d'amour miséricordieux, Lui qui se souvient "de quoi nous sommes pétris";

    Lui. Vraiment lui, le Christ.

    5. Toute sa vie, sainte Marguerite-Marie brûlait de la flamme vive de cet amour que le Christ est venu allumer dans l'histoire de l'homme.

    Ici, en ce lieu de Paray-le-Monial, comme jadis l'Apôtre Paul, l'humble servante de Dieu semblait crier au monde entier : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?"

    Paul s'adressait à la première génération des chrétiens. Ils savaient ce que sont "la détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, et même la nudité" (dans les arènes, sous les dents des bêtes), ils savaient ce que sont le péril et le glaive !

    Au XVII ème siècle, la même question retentit, posée par Marguerite-Marie aux chrétiens d'alors, à Paray-le-Monial. 

    En notre temps, la même question retentit, adressée à chacun de nous. A chacun en particulier, quand il regarde son expérience de la vie familiale. 

    Qui brise les liens de l'amour ? Qui éteint l'amour qui embrase les foyers ?

    6. Nous le savons, les familles de ce temps connaissent trop souvent l'épreuve et la rupture. Trop de couples se préparent mal au mariage. Trop de couples se désunissent, et ne savent pas garder la fidélité promise, accepter l'autre tel qu'il est, l'aimer malgré ses limites et sa faiblesse. Alors trop d'enfants sont privés de l'appui équilibré qu'ils devraient trouver dans l'harmonie complémentaire de leurs parents.

    Et aussi, quelles contradictions à la vérité humaine de l'amour, lorsqu'on refuse de donner la vie de manière responsable, et lorsque l'on en vient à faire mourir l'enfant déjà concu ! 

    Ce sont là les signes d'une véritable maladie qui atteint les personnes, les couples, les enfants, la société elle-même !

    Les conditions économiques, les influences de la société, les incertitudes de l'avenir, sont invoquées pour expliquer les altérations de l'institution familiale. Elles pèsent, certes, et il faut y remédier. Mais cela ne peut justifier que l'on renonce à un bien fondamental, celui de l'unité stable de la famille dans la libre et belle responsabilité de ceux qui engagent leur amour avec l'appui de la fidélité inlassable du Créateur et du Sauveur.   

     N'a-t-on pas trop souvent réduit l'amour aux vertiges du désir individuel ou à la précarité des sentiments ? De ce fait, ne s'est-on pas éloigné du vrai bonheur qui se trouve dans le don de soi sans réserve et dans ce que le Concile appelle "le noble ministère de la vie" ? Ne faut-il pas dire clairement que se rechercher soi-même par égoïsme plutôt que chercher le bien de l'autre, cela se nomme le péché ? Et c'est offenser le Créateur, source de tout amour, et le Christ Sauveur qui a offert son coeur blessé pour que ses frères retrouvent leur vocation d'êtres qui engagent librement leur amour.

    Oui, la question essentielle est toujours la même.

    Le danger est toujours le même : que l'homme soit séparé de l'amour !

    L'homme déraciné du terrain le plus profond de son existence spirituelle. L'homme condamné à avoir de nouveau un "coeur de pierre". Privé du  "coeur de chair" qui soit capable de réagir avec justesse au bien et au mal. Le coeur sensible à la vérité de l'homme et à la vérité de Dieu. Le coeur capable d'accueillir le souffle de l' Esprit Saint. Le coeur rendu fort par la force de Dieu. Les problèmes essentiels de l'homme - hier, aujourd'hui, demain - se situent à ce niveau. Celui qui dit : "je vous donnerai un coeur" veut mettre dans ce mot tout ce par quoi l'homme "devient plus". 

    7.  Le témoignage de beaucoup de familles montre assez que les vertus de la fidélité rendent heureux, que la générosité des conjoints l'un pour l'autre et ensemble vis-à-vis de leurs enfants est une vraie source de bonheur. L'effort de maîtrise de soi, le dépassement des limites de chacun, la persévérance aux divers moments de l'existence, tout cela conduit à unépanouissement dont on peut rendre grâce.

    Alors il devient possible de porter l'épreuve qui survient, de savoir pardonner une offense, d'accueillir un enfant qui souffre, d'illuminer la vie de l'autre, même faible ou diminué, par la beuté de l'amour.

    Aussi voudrais-je demander aux Pasteurs et aux animateurs qui aident les familles à s'orienter, de leur présenter clairement l'appui positif que constitue pour elles l'enseignement moral de l'Eglise. Dans la situation confuse et contradictoire d'aujourd'hui, il faut reprendre l'analyse et les règles de vie qui ont été exposées particulièrement dans l'exhortation apostolique Familiaris Consortio, à  la suite du Synode des Evêques, en exprimant l'ensemble de la doctrine du Consile et du magistère pontifical.

    Le Concile Vatican II rappelait que "la loi divine manifeste la pleine signification de l'amour conjugal, elle le protège et le conduit à son achèvement vraiment humain."

    8. Oui, grâce au sacrement du mariage, dans l'Alliance avec la Sagesse divine, dans l'Alliance avec l'amour infini du Coeur du Christ, familles il vous est donné de développer en chacun de vos membresla richesse de la personne humaine, sa vocation à l'amour de Dieu et des hommes.

    Sachez accueillir la présence du Coeur du Christ en lui confiant votre foyer. Qu'il inspire votre générosité, votre fidélité au sacrement où votre alliance a été scellée devant Dieu ! Et que la charité du Christ vous aide à accueillir et à aider vos frères et soeurs blessés par les ruptures, laissés seuls ; votre témoignage fraternel leur fera mieux découvrir que le Seigneur ne cesse d'aimer ceux qui souffrent.

    Animés par la foi qui vous a été transmise, sachez éveiller vos enfants au message de l'Evangile et à leur rôle d'artisans de  justice et de paix. Donnez-leur d'entrer activement dans la vie de l'Eglise. Ne vous déchargez pas sur d'autres, coopérez avec les Pasteurs et les autres éducateurs dans la formation à la foi, dans les oeuvre de solidarité fraternelle, l'animation de la communauté. Dans votre vie de foyer, donnez franchement sa place au Seigneur, priez ensemble. Soyez fidèles à l'écoute de la Parole de Dieu, aux sacrements et d'abord à la communion au Corps du Christ livré pour nous. Participez régulièrement à la messe dominicale, c'est le rassemblement nécessaire des chrétiens en Eglise : là, vous rendez grâce pour votre amour conjugal lié "à la charité du Christ se donnant lui-même sur la Croix"   ; vous offrez même vos peines avec son Sacrifice ; chacun, conscient d'être pécheur, intercède  aussi pour ceux de ses frères qui, de bien des manières, s'éloignent de leur vocation et renoncent à accomplir la volonté d'amour du Père ; vous recevez de sa miséricorde la purification et la force de pardonner vous-mêmes ; vous affermissez votre espérance ; vous marquez votre communion fraternelle en la fondant sur la communion eucharistique.  

    9. Avec Paul de Tarse, avec Marguerite-Marie, nous proclamons la même certitude : ni la mort ni la vie, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni aucune créature, rie ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ. 

    J'en ai la certitude...rien ne pourra.... jamais ! 

    Aujourd'hui, nous nous trouvons en ce lieu de Paray-le-Monial pour renouveler en nous-mêmes cette certitude : "Je vous donnerai un coeur..."

    Devant le Coeur ouvert du Christ, nous cherchons à puiser en lui l'amour vrai dont nos familles ont besoin. 

    La cellule familiale est fondamentale pour édifier la civilisation de l'amour. 

    Partout, dans la société, dans nos villages, dans nos quartiers, dans nos usines et nos bureaux, dans nos rencontres entre peuples et races,  le  "coeur de pierre", le coeur desséché, doit se changer en "coeur de chair", ouvert aux frères, ouvert à Dieu. Il y va de la paix. Il y va  de la survie de l'humanité. cela dépasse nos forces. C'est un don de Dieu. Un don de son amour. 

    Nous avons la certitude de son amour !

                                                                    Jean-Paul II