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Chemin de Croix

  • Parole pour le Samedi Saint

    Avec les deux Marie veillons à la porte encore scellée, porte du tombeau, du cœur, de l'histoire.

    Entre la Croix et la Résurrection, dans la Pénombre d'un long Samedi saint, l'Esprit nous donne confiance.

    Que ta mort, Jésus, brise la force de la mort et fasse jaillir la vie pour le monde.

    Dans la lumière qui soudain nous submerge, que s'ouvre la porte du tombeau, que se brise le cœur de pierre, et que l'histoire trouve sens.

    Soyons dans l'allégresse et dans la joie car voici les noces de l'Agneau.

     

    Olivier Clément

  • XIV - Jésus est mis au tombeau

    De l’Évangile selon saint Jean

     

    Nicodème, qui était venu trouver Jésus la première fois durant la nuit, y vint aussi avec environ cent livres d'une composition de myrrhe et d'aloès ;

    Et ayant pris le corps de Jésus, ils l'enveloppèrent dans des linceuls avec des aromates, selon que les Juifs ont accoutumé d'ensevelir.

    Or il y avait au lieu où il avait été crucifié un jardin, et dans ce jardin un sépulcre tout neuf, où personne n'avait encore été mis. 

    Comme donc c'était le jour de la préparation du sabbat des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils y mirent Jésus. 

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  • XIII - Jésus est descendu de la Croix

    De l’Évangile selon saint Jean 

     

    Or de peur que les corps ne demeurassent à la croix le jour du sabbat, parce que c'en était la veille et la préparation, et que ce jour était le grand jour du sabbat, les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompît les jambes, et qu'on les ôtat de là. 

    Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes au premier, et de même à l'autre qu'on avait crucifié avec lui.

    Puis étant venus à Jésus, et voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ;

    Mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau.

    Celui qui l'a vu en rend témoignage, et son témoignage est véritable ; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous le croyiez aussi.

    Car ces événements se sont réalisés, afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os.

    Il est dit encore dans un autre endroit de l'Ecriture : Ils verront celui qu'ils ont percé. 

    Après cela Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu'il craignait les Juifs supplia Pilate qu'il lui permît d'enlever le corps de Jésus; et Pilate le lui ayant permis, il vint, et enleva le corps de Jésus.

    (Jn 19, 31-38)

     

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  • XIIe - Jésus meurt sur la croix

    De l’Évangile selon saint Marc 

     

    Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?

    (...)

    Alors Jésus, ayant jeté un grand cri, rendit l'Esprit

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  • XIe - Jésus est cloué à la croix

     

     

    De l’Évangile selon saint Luc

    Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils y crucifièrent Jésus et ces deux voleurs, l'un à droite et l'autre à gauche. 

    Lc 23,33

     

    Impropères du Vendredi saint

     

    Qu'ai-je dû faire pour toi, que je n'aie point fait ? Je t'ai planté comme la plus belle de mes vignes et tu n'as pour moi qu'une amertume excessive, car, dans ma soif, tu m'as donné du vinaigre à boire et tu as percé de la lance le côté de ton Sauveur. 

    O Dieu saint, ô Dieu saint ! Dieu saint ! Dieu fort ! Dieu saint et immortel, ayez pitié de nous

     

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  • Xe - Jésus est dépouillé de ses vêtements

     

    O mon peuple, que t'ai je fait et en quoi t'ai-je contristé ? Réponds-moi

    Est-ce parce que, durant quarante ans, j'ai été ton guide dans le désert, que je t'y ai nourri de la manne et que je t'ai introduit dans une terre excellente; est-ce pour ce service que tu as dressé une croix pour ton Sauveur ?

    O Dieu saint, ô Dieu saint ! Dieu saint ! Dieu fort ! Dieu saint et immortel, ayez pitié de nous

     

     

    Impropères du vendredi saint

     

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  • IXe - Jésus tombe une troisième fois

    De l’Évangile selon saint Matthieu (11,28-29)

    Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Car mon joug est doux et mon fardeau léger.

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  • VIII - Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

    De l’Évangile selon saint Luc (23,27-28) :

    Or il était suivi d'une grande multitude de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine, et qui le pleuraient. Mais Jésus se retournant vers elles, leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants...

    Du Livre des Lamentations :

    Jérusalem a commis un grand péché, c'est pourquoi elle est devenue errante et vagabonde. Tous ceux qui l'honoraient l'ont méprisée, parce qu'ils ont vu son ignominie, et elle a tourné son visage en arrière en gémissant. (1,8)

    A qui vous comparerai-je, ô fille de Jérusalem ? A qui dirai-je que vous ressemblez ? Où trouverai-je quelque chose d'égal à vos maux, et comment vous consolerai-je, ô vierge fille de Sion ? le débordement de vos maux est semblable à une mer. Qui vous donnera quelque remède ? (2,13)

     

     

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  • VII - Jésus tombe pour la deuxième fois

     

    Ceux qui me voyaient se sont tous moqués de moi ; ils en parlaient avec outrage, et ils m'insultaient en remuant la tête. 

    Ps 21, 7

     

     

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  • VI - Véronique essuie le visage de Jésus

    Du livre du prophète Isaïe (53, 2-3)

    Il est sans beauté et sans éclat ; nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirât l’œil, et nous l'avons méconnu. 

    Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché. Il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. 

     

     

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  • V - Jésus est aidé par Simon de Cyrène à porter sa croix

    De l’Évangile selon saint Matthieu

    Lorsqu'ils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon,qu'ils contraignirent de porter la croix de Jésus. 

    Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir avec moi, qu'il renonce à soi-même, et qu'il se charge de sa croix, et me suive.  

     

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  • IV - Jésus rencontre sa Mère

    De l’Évangile selon saint Luc

    Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs dans Israël, et pour être en butte à la contradiction des hommes;

    Jusque-là votre âme même sera percée comme par une épée, afin que les pensées cachées dans le cœur de plusieurs soient découvertes.  

    (...) sa mère conservait dans son cœur toutes ces choses. 

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  • III- Jésus tombe pour la première fois

    Du livre du prophète Isaïe (53, 4-6)

     

    Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié.

    Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités ; il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.

    Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes ; chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie, et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous. 

     

     

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  • II - Jésus est chargé de la Croix

    De l’Évangile selon saint Matthieu 

    Les soldats du gouverneur menèrent ensuite Jésus dans le prétoire ; et là, ayant assemblé autour de lui toute la compagnie,

    Ils lui ôtèrent ses habits, et le revêtirent d'un manteau d'écarlate ;

    Puis ayant fait une couronne d'épines entrelacées, ils la lui mirent sur la tête, avec un roseau dans la main droite. Et se mettant à genoux devant lui, ils se moquaient de lui, en disant : Salut au roi des Juifs.

    Et lui crachant au visage, ils prenaient le roseau qu'il tenait et lui en frappaient la tête.

    Après s'être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent ce manteau d'écarlate ; et lui ayant remis ses habits, ils l'emmenèrent pour le crucifier. 

     

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  • I - Jésus est condamné à mort

    De l’Évangile selon saint Matthieu :

     

    Pilate reprit : " Que ferais-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ?"

    Ils répondirent tous : "Qu'on le crucifie !"

    Il poursuivit : " Quel mal a-t-il donc fait ?"

    Ils criaient encore plus fort : " Qu'on le crucifie !"

    Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu'il soit crucifié. 

     

     

     

     

     

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  • Préliminaires au Chemin de Croix

    Sens du Chemin de Croix

     

    " On le sait, la modernité a intenté à Dieu un procès acharné, impitoyable, que Dieu soit conçu comme tout-puissant, au sens terrestre et humain de ce mot (alors que le monde est absurde et mauvais), ou que Dieu nous ait créés libres (mais en sachant ce que nous ferions de notre liberté). Il fallait donc montrer — tenter de montrer — que la seule réponse à l'insoluble question du mal, c'est justement la Via Crucis.

    Dieu descend volontairement dans le mal, dans la mort — un mal, une mort dont il n'est nullement responsable, dont peut-être il n'a même pas l'idée, a dit un théologien contemporain —, pour s'interposer à jamais entre le néant et nous, pour nous faire sentir, nous faire vivre, qu'au fond des choses il n'y a pas le néant, mais l'amour.

    Dieu au-delà de Dieu, cet « océan de la limpidité », et cet homme couvert de sang et de crachats qui chancelle et tombe sous le poids de toutes nos croix, c'est le même, oui, c'est vraiment le même dans sa transcendance et sa « folie d'amour ». Telle est l'antinomie qui fait l'inimaginable originalité du christianisme. La souffrance du corps, la dérision sociale, le désespoir de l'âme abandonnée, tout se conjugue pour que Dieu se révèle ici, non comme une plénitude écrasante, qui juge et condamne, mais comme l'ouverture sans limite de l'amour dans le respect sans limite de notre liberté.

    Et voici que cette distance impensable entre Dieu et le Crucifié — « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » — s'emplit soudain du souffle de l'Esprit, du souffle de la résurrection. S'ouvre l'ultime étape de l'histoire humaine et du devenir du cosmos: dans le sang qui jaillit du côté transpercé du Christ, le feu que celui-ci est venu jeter sur la terre brûle désormais, ce feu de l'Esprit Saint qui féconde notre liberté afin qu'elle devienne capable de changer en résurrection la longue passion de l'histoire. Influx de paix et de lumière qui ne peut justement se manifester qu'à travers cette liberté qu'il libère et qui le libère..."

    Texte d'Olivier Clément

    A l'occasion du Chemin de Croix au Colisée - Rome 1998

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  • Récits de la Passion 10

    Texte extrait du livre " Pilate "  de Jean Grosjean - Ed Gallimard 1983

     

    82

    Malchos : Caïphe m'envoie. Vous savez comme il est pris par la fête.

    Pilate : Je sais. Mais toi qui veilles sur l'ordre...

    Malchos : Justement. Oh, pourquoi regardez-vous encore mon oreille ?

    Pilate : Est-ce que je m'occupe de ton oreille ?

    Malchos : Tout le monde regarde mon oreille.

    Pilate : Pas moi.

    Malchos : Il m'envoie vous dire que l'homme avait dit...

    Pilate : Au fait.

    Malchos : Qu'il revivrait le troisième jour.

    Pilate : Alors ?

    Malchos : Les siens vont enlever le corps et dire...

    Pilate s’impatientait mais il regardait cette oreille droite. Malchos perdait ses moyens.

    Pilate : Que me veut cette fois ton Caïphe ?

    Malchos : C'est moins lui que ses opposants, 83 les lettrés. Ils disent qu'une fois le corps enlevé du sépulcre, la foule criera à la résurrection. Caïphe est sérieux, il se moque des croyances, mais les lettrés ont toujours peur de la foule parce qu'ils voguent dans les mêmes bateaux qu'elle. Si les gens disaient que le mort s'est relevé du sépulcre les lettrés seraient démunis. Ils prônent des possibles, ils ne peuvent plus rien nier. Des ouvreurs de tombe un peu rusés ôteraient aux lettrés leur emprise. 

    Pilate : Te voilà subtil mais cela ne me concerne pas.

    Malchos : Il faudrait faire garder le tombeau.

    Pilate : Une légion suffirait-elle à maintenir un mort dans sa tombe ?

    Malchos : On ne demande pas une légion.

    Pilate : Ils ont des gardes. Est-ce que tu ne commandes plus ta troupe ? 

    Malchos : Mais a-t-on le droit ?

    Pilate : Faites comme vous l'entendez et ne me demandez rien.

    Malchos : Caïphe dit qu'un soulèvement...

    Pilate : Je m'en occuperais.

    Malchos prenait congé. Pilate le retint.

    Pilate : Comment vous y êtes-vous pris la nuit ?

    Malchos : On avait un indicateur.

    Pilate : Vous avez payé un disciple ?

    Malchos : Ce Judas ne tenait pas tellement 84 à s'enrichir, du moins pas ce jour-là. Plus qu'à la richesse il croyait aux riches, aux puissants, aux officiels.

    Pilate : Comment s'était-il fourvoyé chez un marginal ?

    Malchos : Les marginaux aussi l'étonnaient. Toutes les sortes de célébrités formaient pour lui l'ensemble du monde qui compte et il voulait y être admis.

    Pilate : Il ne faisait pas de différence entre l’Établissement et les rebelles ?

    Malchos : Leurs divergences lui échappaient ou elles le consternaient. A ses yeux la réussite était indivisible.

    Pilate : C'est toi qui a déniché cet agent ?

    Malchos ne répondit pas.

    Pilate : Tu fais le modeste ou le discret, comme d'habitude, mais avec moi tu ne risques rien.

    Malchos : Vous n'êtes pas toujours si curieux.

    Pilate : Cette affaire m'intéresse.

    Malchos : J'en ai trop dit.

    Pilate : D'homme à homme, parle moi de ton agent. Ce n'est pas toi qui m'intéresses. Comment ton agent a-t-il été disciple ?

    Malchos : Il avait trouvé en Jésus un échelon à gravir.

    Pilate : Il s'est cru malin de changer d'échelle en cours de montée ?

    85

    Malchos : Les rêves de ses condisciples le navraient, les condisciples gâchaient la carrière du maître, les condisciples ne s'intéressaient pas assez à la société que Dieu a faite. Pour Judas le messie ne pouvait être en contradiction avec des prêtres ni avec des scribes.  

    Pilate : Perspicace notre Malchos. Voilà sur quoi tu as joué

    Malchos ne répondit pas.

    Pilate : Ton Judas croyait faire tomber les malentendus entre son maître et les autres maîtres. Il rêvait d'un débat parlementaire où les intérêts inavouables se concilient sous le voile des phrases. Il suffit d'arracher les prophètes à leur province inculte. Voilà le grand dessein que tu as su deviner et utiliser. Mais tu en fais une tête ! 

    Malchos : Monsieur le gouverneur, s'il y a jamais, dans mon peuple, un prophète, personne de mon peuple n'ira se figurer qu'on puisse le concilier.

    Pilate regarda encore l'oreille de Malchos et dit : Ta race saura écouter. Un dieu lui touchera l'oreille.

    Malchos : Si j'osais me permettre une insolence...

    Pilate : Ne te prive pas, je n'ai pas tant de distractions.

    86

    Malchos : Je dirais que les Romains ont des têtes de sourds.

    Pilate regardait Malchos s'éloigner, vit passer Corneille et l'interpella : Tu n'as pas l'air gai.

    Corneille : Du sale travail.

    Pilate : Les condamnés ?

    Corneille : Et l'un était fils du dieu.

    Pilate : Comment cela ?

    Corneille : Sa douceur dans la douleur. Il disait : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi ? Il n'a pas voulu de narcose. Il a dit : Mon père, est-ce qu'ils savent ? A la fin il a eu trop soif, on lui a tendu à bout de lance une éponge de vinaigre. Il pleurait sans presque geindre, mais quand son souffle s'est soustrait, ç'a été avec un grand cri, et le sol tremblait.

    Pilate parut regarder une araignée qui tissait son filet dans l'angle du mur, puis il se tourna vers Corneille.

    Corneille : Quand il portait son pilori dans la ruelle montante au milieu de la cohue, une femme lui a posé un linge sur la face. Quand elle a retiré le linge, elle avait l'air d'être la survivante d'un naufrage. Moi, j'ai regardé le visage défait, un visage qui empêcherait le temps de passer.

    Pilate : Tu crois ?

     

     

     

     

     

     

  • Récits de la Passion 09

    Texte extrait du livre " Pilate "  de Jean Grosjean - Ed Gallimard 1983

     

    76

       Pilate s'approcha de la fenêtre. Jamais jour  n'avait été aussi sombre. Le ciel où avaient couru de hautes brumes, le matin, était devenu uniformément gris comme les novembres celtes qui emprisonnent le cœur dans leur fosse. Mais, passé midi, le ciel prit une noirceur nocturne avec, au fond, les lueurs fuligineuses d'on ne sait quel orage.

    Pilate monta à la chambre haute comme un prophète de l'antiquité. Il vit les éclairs se succéder au ras des collines sous un ciel de poix. Le tonnerre rôdait au loin continûment comme un roulement de chars avec parfois un éclat bref, plus proche, comme un aboi de rage ou un essieu qui se brise, jusqu'à ce grand déchirement qu'on entendit du côté du temple vers les trois heures.

    Puis le jour morne comme si le monde était vide. Pilate ne représentait rien. Il redescendit à sa chambre d'en bas. Il s'étendit 77 sur le carrelage et il dormit comme du plomb, comme un mort, une heure ou deux.

    Quand il s'éveilla, il sortit sur le terre-plein. Un soldat au loin buccinait mélancoliquement. La ville semblait déserte comme une plage dont la marée se retire. Les ruissellements d'une brève averse s'évaporaient du pavement. Une tenture violette frissonna. Procla restait introuvable, mais sans doute valait-il autant ne pas voir son front buté et son regard atone. Toute la nuit les rues ne longeraient que des maisons.

    Procla parut. Ses yeux avaient la couleur d'un étang sous un ciel de tempête. Elle dit : Alors ?

    Il dit : Laisse-moi.

    Elle eut les yeux qui s'assombrirent comme la mer du Nord. Elle dit : Ce n'est pas ton jour ? Eh bien, si, c'est ton jour.

    Il dit : Laisse.

    Elle eut les yeux qui se creusèrent comme le flot dans l'ouragan. Elle dit : Tu n'as rien fait ?

    Il dit : Oui et non.

    Elle eut des yeux qui n'avaient plus de regard. Elle dit : Tu n'as rien empêché , tu n'as pas gouverné, je n'oublierai pas.

    Il crut qu'elle avait un sanglot. Elle eut des éclairs. Il dit avec lassitude : Attendez, madame.

    78 Et plus bas : Attends-moi.

    Alors elle eut les yeux pleins de larmes. Elle détourna la tête. Pilate qui ce jour-là s'était pour la première fois aperçu de la souffrance humaine, reconnut cette souffrance sur le visage de femme qui se détournait.

    Elle s'en allait et brusquement elle revint. Elle dit : Tu auras été gouverneur des Juifs.

    Il dit : Ne parle pas.

    Elle dit : Ç’aurait dû être une gloire.

    Il dit : Aucune gloire.

    Elle dit : Ils disent qu'ils sont Juifs mais il n'y avait qu'un Juif et tu l'as laissé perdre.

    Il dit : Je sais qu'ils mentent.

    Elle dit : Tu le savais ? et c'est tout ? Ils veulent abattre nos aigles mais leur cœur est plein d'idoles. Tu as vu un homme sans idole et sans avenir et tu l'as laissé...

    Pilate était parti.

  • Récits de la Passion 08

    Texte extrait du livre " Pilate "  de Jean Grosjean - Ed Gallimard 1983

     

    39

       Il était plus de sept heures et le soleil prenait de la force. La réverbération  des terrasses devenait éclatante. Procla n'était plus dehors. Pilate descendit dans la demeure. Il contempla par la fenêtre l'ensoleillement d'un mur.

      Le calme de la chambre était profond. On croyait entendre l'écoulement de l'heure dans la clepsydre. Pilate eut l'impression que la durée servait de vestibule. Mais Pilate n'était pas prophète.

       Soudain il devina que le temps changeait. On aurait dit que le vent se levait le long d'un rivage. La rumeur se rapprocha. Pilate alla dans la salle des gardes. Il aperçut par une meurtrière oblique la poussière des piétinements.

       Il n'avait pas à aller au-devant d'une foule indigène. Il attendit d'être demandé pour paraître sous son portique qui dominait le 40 carrefour. Il resta même un instant dans l'ombre de l'encadrement de la porte pour jauger à l'aise, d'un coup d’œil exercé, à quel genre de monde il avait affaire aujourd'hui.

       Il regardait avant d'être vu, mais on supposait sa présence dans l'ombre et il se fit une sorte d'apaisement. Comédiens eux-mêmes, les Hébreux savaient les manies de l'occupant. Pilate s'attardait pourtant plus qu'à l'ordinaire. Il regardait le prisonnier. Il avait observé nombre de chenapans sournois ou bravaches, nombre de héros nerveux ou ahuris : les prisonniers ont quelque chose d'opaque dans les yeux, ils cachent qu'une part d'eux-mêmes est ailleurs. Or le prisonnier d'aujourd'hui semblait transparent. On voyait sa présence à travers son visage. Mais ses accusateurs avaient le regard glauque.

       Pilate n'apparut que lentement sous le portique. Une clameur le salua et aussitôt des voix crièrent : Nous amenons un aventurier. 

       Pilate ordonna d'entrer au prétoire. Les accusateurs confièrent le prévenu à deux légionnaires, car les Juifs ne pouvaient entrer chez un païen la veille de la fête, car les Juifs étaient devenus méticuleux sur les choses vérifiables, car les Juifs s'étaient mis à s'intéresser surtout à tout ce qui est publiquement vérifiable. Et ainsi les Juifs étaient devenus des 41 sortes de Romains mais en plus pointilleux, c'est-à-dire que les Juifs étaient devenus des modernes.

       Pilate d'abord surpris se tourna vers le centurion Corneille qui était de service et qui lui rappela le règlement des Juifs. Alors le prisonnier monta les marches et leva les yeux sur Pilate.

       C'était la première fois que Jésus se trouvait devant un représentant du pouvoir. Il n'avait rencontré jusque-là que des sous-ordres. Il avait facile avec sa tranquillité de neutraliser leurs prétentions, de susciter en eux la confusion ou la rancune et de s'en faire des disciples ou des ennemis. Mais maintenant il était devant l'homme qui décide. Pilate n'était pas un ergoteur comme les scribes ni un comploteur comme les pontifes. Jésus regarda Pilate. Il découvrait Pilate. 

       Pilate en fut tout de suite troublé. Mais le terrible avec Pilate c'est le délai qu'il y avait entre ce qu'il voyait et ce qu'il comprenait. Il était dressé à agir avec la rapidité de César mais son cœur avait gardé la lenteur des charrues.

       Remué ou non Pilate était tenu à la désinvolture. Il fit entrer le prévenu dans le prétoire et il resta dehors à demander de quoi il s'agissait comme s'il n'avait entendu parler de rien. 

    42 Pilate était un juge, il n'y avait pas d'entente préalable qui tienne. On lui répondit, non sans quelque insolence: S'il n'était pas nuisible on ne l'aurait pas amené.

          Pilate : Eh bien, dites.

          Eux : Il refuse l'impôt.

          Pilate : Vous ne pouvez pas en venir à bout ?

          Eux : On n'a pas le droit.

       Pilate haussa les épaules et entra au prétoire. Il demande au prévenu : Quelle est cette histoire d'impôt ?

       Silence de Jésus. Ce n'était pas à Pilate que Jésus allait se vanter de faire rendre à César ce qui est à César.

       Pilate ressorti. Les clameurs montaient de la rue. Parmi les griefs il entendit : Et il se croit roi.

          Pilate rentra interroger le prévenu : Serais-tu roi ?

       Jésus fut étonné. Pour la première fois il était devant l’œil gris d'un examinateur. Toute sa vie Jésus n'avait eu affaire qu'à des bienveillances ou à des malveillances, car les indifférents ne s'occupaient pas de lui. Mais maintenant un homme sans préjugé s'adressait à lui. Jésus ne pouvait le bouder, il répondit et par une question : Tu dis cela ou on te l'a dit ? 

          Pilate se redressa comme sous un coup de 43 fouet : Est-ce que je suis juif ? Ils t'ont livré. Qu'est-ce qu'ils ont ? 

          Jésus : Ils ne comprennent pas. Si j'étais le roi qu'ils disent, je ne serais pas tombé dans leurs mains.

          Pilate : Mais tu es roi ?

          Jésus : J'existe pour qu'on voie clair. Les cœurs ne s'y trompent pas.

       Pilate tout occupé de soi qu'il ait pu être ne se connaissait pas. Un arbre a beau se pencher sur son ombre, il ne la voit pas.

       Pilate était un Samnite, cette vieille race restée neuve. On en avait fait des Romains mais ils arrivaient en coup de vent au coin des rues et tournaient la tête des deux côtés aussi vite que le Janus Bifrons. Méfiants comme les laboureurs mais pourtant vite prêts  à quelque affaire qui se présenterait, ces patients savaient brigander.

       Eh bien, si la grand-mère de Pilate avait vu, ce matin-là, son garnement à Jérusalem, elle ne l'aurait pas reconnu dans ses hésitations. Il y avait un parti à prendre et Pilate balançait. Il avait pensé rendre dédaigneusement service à Caïphe, et non sans faire sentir son dédain ni sans faire payer son service, mais Jésus regardait Pilate et la face du monde était changée. 

       Pilate aurait été homme à grimper sur le 44 char qui passe, à brusquement faire alliance avec cet inconnu et à balayer les manigances de Caïphe. Jésus avait retourné des sages et des riches, des femmes et des fous, et même des morts. Pilate à son tour était gagné, mais peut-être pas tout à fait.

       Pilate devenait un disciple mais de l'espèce à retardement, comme Nicodème qui ne savait approcher Jésus que de nuit (un Jésus vivant ou mort); comme Lazare qui tout acquis n'en était pas moins resté à l'écart et il fallait sans cesse aller le repêcher, au besoin jusque dans la tombe, et même ressuscité il se cantonnait à son village quitte à déjeuner chez le voisin; comme le Gadarénien aussi, mais là c'était l'ordre de Jésus : Reste chez toi.

       Le regard de Jésus disait peut-être à Pilate : Reste à ton travail, reste à César. Or Pilate qui n'était gouverneur qu'en attendant mieux, Pilate qui ne croyait qu'à moitié à ce pouvoir qu'il était obligé de réaffirmer à tout bout de champ et parfois par des massacres, eh bien Pilate devenait perplexe.

       Jésus avait ôté les aveugles à leur nuit, les sourds à leur silence, les infirmes à leur fossé, les lépreux à leurs décombres. Mais il n'avait guère ôté le jeune riche à son avoir ni le grand prêtre à son savoir, et il n'ôtait guère mieux le gouverneur à son pouvoir.

    45 Jésus n'accorda pas à Pilate la vertu d'inadvertance. Pilate devait décider. Pilate sentit pour la première fois peut-être que décider était grave, que décider gravait de l'ineffaçable. Les hommes et les femmes qui ont du pouvoir ne sont pas prêts à cela. Ils tranchent parce qu'ils peuvent. Ou bien s'ils prennent le temps de regarder, ils ne voient que des catégories. Ainsi frappent-ils comme la foudre ou comme la peste.

       Jésus ne guérissait pas Pilate de son pouvoir, du moins pas tout de suite. Il le laissait s'y débattre. Il lui jetait seulement une bouée : Autre mon règne.

       Pilate a cru se trouver un instant entre gens de pouvoir, mais Jésus a tout de suite distingué entre le domaine des pouvoirs avec leurs gens, leurs bêtes et leurs machines et son domaine de lumière et de respiration.

       Pilate avala sa salive. On hurlait sous les fenêtres. L'impatience allait tourner à l'émeute. Pilate pouvait lancer la troupe sur la foule pour se donner le temps de voir. Ç’aurait été de bonne guerre : force professionnelle contre force viscérale. La discipline aurait arrêté le remous, l'armée aurait muselé la meute. Pilate regarda Jésus. Pilate lisait en Jésus un signe dissuasif à peine perceptible.

       Pilate était mal prêt à ce signe. Il sera voué 46 à une longue recherche. Il n'avait pas su quand il s'engageait dans la carrière quel dieu l'y guetterait. Pilate pensa : Les dieux sont du bataclan, mais il y en aura eu un, une fois, qui m'aura regardé au cours d'une ou deux phrases et de deux ou trois silences. On ne pouvait pas s'en douter et maintenant, il me faudrait le temps de me laisser envahir, mais les Juifs sont pressés.

       Pilate rêva un instant d'une roselière gagnée d'eau à perte de vue. Puis il sortit. Le tapage ne cessait pas. Il n'y avait pas de temps à perdre. Pilate lança : Je n'ai pas trouvé de grief.

       Les meneurs s'indignèrent : Il soulève le peuple. Est-ce que Rome ne comprend pas ?

       Pilate hochait la tête. Les meneurs se disaient : On croit rêver, tout n'était-il pas convenu ? Ils crièrent : Voilà un moment que cela dure, cela a commencé en Galilée.

    - En Galilée ? Bien, bien, dit Pilate. Et ses traits crispés se détendirent : la Galilée était le fief d'Hérode.