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Pierre Lauzeral

  • Préliminaires à la prière - 14/14

    Conclusion

    En terminant ces rubriques sur les préliminaires à l'oraison, n'y aurait-il pas quelques réflexions à souligner ?

    Assurément, le découpage auquel nous avons soumis l'entrée en prière risque de paraître factice, compliqué. Disons d'abord qu'il s'agit d'une prise de vues au ralenti. Dans le courant  de notre oraison, l'application de ces conseils sera plus ou moins longue selon la grâce, l'inspiration, l'expérience de chacun. Pour certains même, ils auront l'impression de sauter par-dessus ce seuil. Si Dieu accorde cette grâce comment chercher ailleurs ! Mais là encore, d'une manière ou d'une autre, certainement l'Esprit du Seigneur les poussera à s'unir à Lui par une foi plus vive, à s'humilier, à solliciter avec plus d'insistance la lumière du cœur. 

    Confondus au rythme d'un dialogue dont le Tout-Puissant se rend pleinement Maître, ces trois temps [à savoir : 1°) se placer sous le regard de Dieu, 2°) purifier son cœur, 3°) invoquer l'Esprit Saint ]  réapparaîtront ici où là et se mêleront à la trame même  de la prière. Mais le plus souvent pour un bon nombre de chrétiens, il n'en sera pas ainsi. Le moment de prier devient pour eux un instant laborieux. Ils ne savent trop comment s'y prendre. Par ailleurs, les voilà déconcertés par les préoccupations, les distractions. Peut-être même la prière leur paraît  un exercice trop élevé ou inutile. Plaise à Dieu que ces quelques indications soient providentielles ? Il suffit d'une poignée de brindilles pour allumer une grande flamme. A qui voudra se recueillir, lire l' Écriture, ouvrir les premières heures d'une retraite spirituelle, ces quelques conseils voudraient offrir un moyen élémentaire d'attiser l'Amour de Dieu. L’expérience enrichira  ces directives sommaires. La mise en présence de Dieu pourra se prolonger dans l'adoration et la louange des Trois Personnes divines  ou dans un silence paisible devant le Saint Sacrement . Le cœur s'humiliera d'autant plus que l'âme subira une crise violente  ou bien pour obtenir une grâce urgente, le priant s'abaissera davantage, à l'image de la Cananéenne. Rien ne rebute le malheureux qui "comme le petit chien se rassasie des miettes de la table" (Mc 7,28).

    Enfin, ne restera-t-il pas vrai selon l'enseignement des mystiques, très spécialement de sainte Thérèse d'Avila, que dans les voies de l'oraison nous demeurons toujours commençants ? On ne passe pas une fois pour toute par les salles basses, obscures du château. On ne s'installe pas à demeure dans les appartements du roi. Sans cesse, il faut recommencer ce laborieux pèlerinage : de la connaissance de nous-mêmes à la connaissance de Dieu, des rudiments de la vie spirituelle aux états plus élevés que Sa Majesté accorde quand bon Lui semble. C'est alors que l'assistance de l'Esprit s'imposera. Jusqu'ici on croyait s'en tirer tout seul. La lumière divine montrera quel orgueil diffus commandait ces démarches. Nous pensions être quelqu'un, en réalité nous n'étions rien : nous ne pouvions même pas dire " le Nom de Jésus sans l'inspiration  du Saint Esprit" (1 Co 12,3). Tout d'un coup, le Seigneur déchire l'illusion. Vanité de l'effort sans "Celui qui renouvelle la face de la terre" (Ps 104,30). N'a-t-on pas découvert la vraie prière, celle où l'Esprit Saint lui-même intercède pour nous ? A suivre ces très modestes conseils, inspirés de l’Écriture et de l'expérience des Saints, nous avons permis au Seigneur  de se lever comme un grand aigle : 

    "tel il veille sur son nid,

    Plane au-dessus de ses petits,

    Déploie ses ailes et les prend.

    Yahvé est seul pour les conduire." (Dt 32,11)

                                           

                                            Pierre Lauzeral s.j

                                            La Guardia (Espagne) 20 août 1959

                                   Préliminaires à la prière , Ed Apostolat de la prière

                                   coll. du Mirail, 1961     

     

  • Préliminaires à la prière - 13

    [suite de : préliminaires à la prière - 12 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  troisième condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint [billets 12 et 13 ]

    - conclusion : billet 14

     

    Invoquer l'Esprit Saint

    (suite)

    Parfois aussi la prière s'embrase - Sentiment poignant de repentir devant son péché et le péché du monde. Mais au même instant où le coeur est broyé , l'impression inexprimable du pardon glisse sur lui. " A mesure que tu les expieras, tes péchés tu les connaîtras et il te sera dit  : vois, vois les péchés qui te sont pardonnés." (Pascal, Mystère de Jésus). Parfois sans doute, approchons-nous déjà de l'oraison passive - l'âme s'oublie. Dépossédée d'elle-même , de son intérêt, de ses désirs, elle ne souhaite  qu'une chose : que Dieu soit glorifié ! Elle s'offre dans la confiance et l'abandon. Elle aime :

    "Qui donc aurais-je dans le ciel ?

    Avec Toi je suis sans désir sur la terre.

    et ma chair et mon cœur sont consumés :

    roc de mon coeur, ma part, Dieu à jamais" (Ps 78, 25-26)

     

    ou bien elle se trouve aussitôt investie d'un recueillement profond. Peu d'idées s'agitent. La mémoire est comme abolie, l'imagination vidée d'images. Dieu est là. Il suffit. Le temps passe très vite. Vraiment l'être est tout entier "enlevé en la louange et en l'Amour de son Créateur et Seigneur". Cet enthousiasme est contenu , sans violence, ni vibration de la sensibilité. Seul avec le Seul. Silencieux dans l'Adoration. Mais l'homme sait  que son silence parle haut à Dieu. Quand cette quiétude s’évanouit dans l'activité retrouvée, elle lui laisse l'impression d'une paix sans borne, d'une unification de toute son intériorité...Que ces situations  sont difficiles à décrire ! N'est-ce pas là "les gémissements indicibles" dont parle saint Paul ? 

    Faudrait-il ajouter une ultime remarque ? Il se peut  très bien  que la prière soit restée pénible, qu'elle ait paru se durcir à mesure quelle se prolongeait. L'âme cependant y a persévéré  avec patience. Incapable de parler  à son Seigneur  et ami, ou de l'entendre, n'importe. Elle se savait avec Lui. De cette sécheresse, elle retire une paix solide, peut-être plus durable, plus savoureuse, plus fructueuse qu'au sortir d'un état consolé. N'expérimente-t-elle pas alors la vérité de cette phrase  de Jean de la Croix : "Le chemin de la souffrance est plus sûr et même plus profitable que celui de la jouissance  et de l'action personnelle ; tout d'abord, parce que, quand on souffre, on reçoit des forces de Dieu, tandis que quand l'âme agit et est dans les jouissances, elle met en mouvement ses misères et ses imperfections; en second lieu, c'est dans la souffrance que l'on exerce et que l'on augmente peu à peu les vertus; c'est alors ainsi que l'âme se purifie et grandit en sagesse et en prudence" (St Jean de la Croix, Nuit Obscure, chap.16  verset 1)

    "Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu", conclut saint Paul. L'Esprit a purifié le cœur de ce subtil amour-propre  qui trouble toujours notre quête de Dieu. Grâce à ce Maître intérieur, ne se  trouve t-il pas en état de charité, sensibilisé à tous les besoins du Corps mystique du Christ ? L'Esprit Saint unit le baptisé en prière au propre Fils de Dieu dans le mouvement d'amour  qui l'entraîne vers le Père. Ensemble, ils veulent tout tout ce que Dieu veut, cette réunion  de tous les hommes dans l'unité  de la Trinité. Dès l'instant commence "cette remise de toutes choses au Père par le Fils" (1 Co, 15,24) dont l'accomplissement éclatera  à la fin des temps. Dans cette union totale au Fils par l'Esprit, impossible à celui qui prie de souhaiter autre chose que la venue du Royaume et "de correspondre  ainsi au plan de Dieu sur le Monde" 

    Il est certain que notre  description rend un compte  bien incomplet des divers  aspects de l'oraison "in spiritu". Heureux cependant qui pénètre mieux cette vérité : pour aller vers Dieu nous ne le pourrons que portés par ce même Esprit du Seigneur. En définitive, c'est lui le Maître. "L'Oraison est un don de Dieu qui dépend beaucoup plus de la grâce que de nous. Le Saint esprit en est l'auteur et le Maître. C'est lui qui nous y appelle. C'est de Lui que nous devons en attendre le succès" (P. Rigoleuc).

     

    Conseils pratiques :

    Comment solliciter l'aide de l' Esprit Saint ? Quand nous nous sommes retirés à l'écart pour prier, nous pouvons formuler une prière personnelle, ou détacher telle ou telle strophe du "Veni Creator" , ou bien du "Veni, Sancte Spiritus", ou bien encore une des oraisons de l'Octave de la Pentecôte. Nous pouvons répéter lentement telle ou telle phrase, insister sur tel ou tel mot selon le goût intérieur. En cette matière, il n'y a pas d'autres conseils à donner.   A suivre...

     

                                                      Pierre Lauzeral s.j

     

    prochain post : conclusion (générale) sur ces Préliminaires à la prière

     

     

     

     

  • Préliminaires à la prière - 12

    [suite de : préliminaires à la prière - 11 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  troisième condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit-Saint [billets 12 et 13 ]

    - conclusion : billet 14

     

    L'invocation du Saint-Esprit

     

    Une fois en présence de Dieu, une fois approfondie la conscience de notre petitesse et de notre péché, il reste un dernier préliminaire à l'oraison : c'est l'invocation du Saint-Esprit.

    En réalité, tous ces actes dont nous nous sommes attardés à développer le contenu constitue le début de l'oraison. La principale besogne qui s'impose maintenant consiste à s'exercer soi-même à la prière sur un sujet donné. Or, il est impossible de mener à bien cette activité sans l'aide spéciale de l'Esprit-Saint. Vérité, à notre sens, trop peu enseignée, encore moins pratiquée, dont saint Paul, pourtant, nous fournit une affirmation solennelle.

    Le texte sur lequel nous voulons nous attarder est tiré de la Lettre de saint Paul aux Romains. Au chapitre 8, l'Apôtre décrit d'une manière vigoureuse la vie du chrétien. Avant tout, elle est spirituelle, non au sens psychologique, mais parce que l'Esprit-Saint lui-même en devient l'âme. Il provoque en nous des réactions de fils de Dieu. En définitive, c'est Lui qui anime nos relations les plus personnelles avec le Père, dans le Christ Jésus. Serait-il surprenant que l'Esprit ne pénètre pas notre prière, qu'il n'en fasse pas un peu son affaire ?

    "... L'Esprit-Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous  en des gémissements indicibles et Celui (Dieu le Père) qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu." (Rm 8,26-27)

    Nous ne savons pas prier, car nous ignorons dans quel sens nous devons orienter notre prière. Notre condition de créature accuse notre faiblesse. Nous recevons tout de Dieu. Il est le seul qui se suffit. Nous sommes en indigence de Lui. De plus, même "lavés" au baptême, "sanctifiés", "justifiés par le Nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu (1 Co 6,11), nous constatons que le "péché habite en nous" (Rm 7,20), c'est-à-dire la convoitise, cet instinct du mal, non effacé par l'eau baptismal, toujours en rébellion et prêt, une fois libéré, à donner la mort. Les vertus reçues de Dieu au début de notre vie filiale demeurent fragiles en nous, sans cesse attaquées par notre égoïsme, le tentateur et le monde : foi inconstante, espérance facilement déconcertée, charité trop timide...

    Mais voilà quelqu'un qui sait de quel limon la "main" divine nous a suscités. L'Esprit-Saint, Dieu comme le Père et le Fils avec qui Il partage même puissance, même éternité, même beauté, même divinité, l'Esprit dont notre cœur accueille la présence par l'état de grâce, l'Esprit plein de douceur et de force qu'attire notre impuissance radicale, provoque en nous comme une nouvelle haleine du Créateur et nous apprend à prier, à respirer en Dieu.

    "Nous ne savons que demander".  Notre prière s'égare sur l'objet de ses demandes. Combien sommes-nous enclins à gémir auprès du Seigneur pour des avantages, des chances matérielles, des bagatelles, pour une sainteté encore trop intéressée. Mais, lui, l'Esprit de feu, purifie l'âme  de ses projets et désirs égoïstes. Il redresse l'intention. Il l'oriente vers le Royaume. Il ouvre le cœur à la "sollicitude de toutes les Églises". Il l'incline vers une oraison plus conforme aux demandes du Pater : la sanctification du Nom à jamais béni, la prompte venue de Son Règne, l'accomplissement de sa Volonté.

    "L'Esprit-Saint lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables." L' Esprit ne se tient pas à l'intérieur de notre prière comme un pédagogue ou un conseiller. Il est lui-même notre intercession, son âme la plus authentique. Et parce qu'il l'anime  du dedans, Il lui insuffle un élan puissant et la persévérance  nécessaire pour la faire remonter jusqu'au Père. D'un mot, saint Paul décrit cette intervention de l'Esprit.  Elle s'exprime "en gémissements ineffables". Qu'est-ce à dire ? Peut-être la véritable oraison se réalise-t-elle au-delà de notre imagination, de la formulation de mots intérieurs. Il s'agit d'un contact simple, non exprimé - d'un regard, d'une présence, d'un silence. Sans doute, la Vierge Marie priait-elle ainsi en contemplant l'Enfant de la Crèche. (...) A suivre...

     

                                               Pierre Lauzeral s.j

  • Préliminaires à la prière - 11

    [suite de : préliminaires à la prière - 10 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets 12 à 14 ]

    - conclusion : billet 15

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

     

    Conclusions pratiques

     

    De l'ensemble de ces textes on retiendra aisément que la purification du cœur s'impose à qui veut s'approcher de Dieu. D'abord, parce que chacun d'entre nous n'étant qu'une créature a besoin de s'humilier devant son Créateur et Seigneur. Reconnaître qu'elle est "l’œuvre de ses mains" (Ps 138,7), qu'elle reçoit tout de Lui, qu'elle est pauvre et insignifiante aux yeux de sa Souveraine Majesté glorifie assurément le Seigneur des Seigneurs, mais encore fait du bien à l'âme. Se remettre à sa vraie place, voilà qui nous assainit radicalement.

    En outre, l'homme mis en contact de la présence divine se découvre souillé et misérable. Le geste du publicain naît spontanément en lui-même pour peu qu'il veuille jeter  les yeux sur sa misère et regarder le Très-Saint dans la vérité. Enfin, il faudrait ajouter que l'âme aimante éprouve devant l'Amour lui-même comme l'instinct du Prodigue pénitent. Dire "Père, j'ai péché"  (Lc 15,18) avant d'oser toute requête, ou simplement avant de jeter un regard sur la splendeur de la maison paternelle - ne nous a-t-il pas appelés "des ténèbres à son admirable lumière"  (Lc 2,10) - paraît pour le cœur d'un fils  pardonné comme le premier devoir de l'amour.

    "Offrir à Dieu un cœur saint et pur de toute souillure actuelle de péché", pour citer  un ancien texte du Carmel, résume bien la seconde attitude à susciter lorsque nous passons le seuil de la prière. Alors seulement il nous sera accordé " de boire au torrent".

    Comment pratiquement réaliser cette purification ?

    "Faire un acte de révérence et d'humilité".

    Saint Ignace suggère, au début de l'oraison, un geste physique, par exemple faire une génuflexion, une prosternation, baiser la terre. Beaucoup de psychologie entre dans ce conseil. Au commencement de l'oraison, l'âme est froide, engourdie souvent ; un geste extérieur secouera son inertie et l'inclinera à se modeler sur la position  du corps. Cette révérence corporelle peut fort bien  s'accompagner de prières pour lui donner meilleure signification.

    Réciter le "Confiteor" comme au début de la messe. Répéter quelques versets de Psaumes (...)

    L’Écriture nous fournira de plus longs passages pour exprimer cette humilité intérieure, par exemple au Livre de Daniel chapitre 9, etc., ou des phrases incisives telle la prière du publicain répétée à satiété : " Seigneur, ayez pitié de moi." On sait combien la simple invocation " Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur " est devenue la source,  dans la piété orthodoxe, d'une véritable mystique de la prière.

    Notons enfin qu'il est urgent et bienfaisant, surtout en temps de sécheresse, de recommencer au cours de l'oraison cette humiliation initiale. Chercher sans se lasser, demander sans se décourager, frapper indéfiniment jusqu'à ce qu'on tire le verrou, selon le conseil du Seigneur, n'est-ce pas se tenir comme un mendiant à la porte  de la Grâce ? Alors seulement, la conviction de notre totale indigence amènera le Dieu de miséricorde à jeter les yeux sur nous pour nous combler de ses biens.

                                              Pierre Lauzeral s.j

     

    prochain post : l'Invocation du Saint-Esprit

  • Préliminaires à la prière - 10

    [suite de : préliminaires à la prière - 09 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets 12 à 14 ]

    - conclusion : billet 15

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    La voie de l'Evangile

    Nul mieux que Jésus ne connaissait la grandeur de la divine Majesté. Son âme unie à la divinité, par le mystère de l'union hypostatique, jouissait d'une grâce unique. Jésus voyait son Père (cf. Mt 12,34). Aussi n'est-il pas surprenant que sa vie, sa mort, sa résurrection soient toutes consacrées à la Gloire de Celui qui l'avait envoyé et, dans le même instant, qu'Il ait exigé, en présence de la "sainteté" de Dieu, une totale révérence. Le Temple est sacré. Le Très Saint l'habite. Le Christ en chasse vendeurs et changeurs dès sa première Pâque à Jérusalem. "Ne faites plus de la maison de mon Père une maison de commerce" (Jn 3,16). Plus tard, ne le surprendra-t-on pas en train d'interdire le va-et-vient des gens pressés sur les parvis ? "Il ne laissait personne transporter d'objet à travers le Temple (Mc 11,16)." Mais voilà qui reste bien extérieur au culte du Seigneur. Au Temple, deux hommes montent pour prier. Nous connaissons tous la posture suffisante du pharisien. Jésus lui oppose le véritable modèle d'un priant en la personne du publicain. Regardez ce dernier : " Il se tient à distance (Lc 18,13)"  Entre Dieu et lui se creuse l'immense abîme de son péché. "Il n'ose même pas lever les yeux au ciel", car le ciel "est le trône de Dieu (Mt 5,34)". Une créature souillée peut salir , même de ses prunelles, une clarté si pure. "Il se frappe la poitrine", car il n'a rien à offrir d'un cœur mauvais, où suppurent tant de plaies. Et loin d'étaler fièrement des titres de noblesse, des œuvres, des mérites à la manière du pharisien, il répète : " Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !" Sans doute, le publicain insiste t-il sur la confession de son indignité et, de ce fait, en creuse t-il la conviction. Or voilà, nous déclare Jésus , ce qui "le justifie", l'accrédite auprès de Dieu, l'introduit en son amitié beaucoup plus que l'étalage de pieuses entreprises. En somme, nul, s'il ne s'est enfoncé dans la connaissance de sa misère, ne peut prétendre prier. Jésus l'enseigne à la suite de tout l'Ancien Testament. Celui qui nous invite, dans l'oraison dominicale à souhaiter "que le nom du Père soit reconnu Saint", Celui qui déclare presque brutalement au jeune homme riche, épris de sainteté : "Dieu seul est bon (Mc 10,18)", nous sollicite d'adopter devant le Père l'attitude la plus exacte, celle de la créature et du pécheur. Faudrait-il rappeler qu'à pareil comportement Jésus a attaché une béatitude : "Bienheureux les cœurs purs : ils verront Dieu (Mt 5,8)." Pour que le regard récupère sa limpidité intérieur, pour que la foi lui permette de contempler Dieu, il faut, conclut Jésus, que le cœur se nettoie. Alors il deviendra transparence. Il "sera tout entier dans la lumière comme lorsque la lampe illumine de ses rayons (Lc 11,36)".

    A suivre....

    Pierre Lauzeral s.j  - préliminaires à la prière

     

    prochain post : conclusions pratiques

     

  • Préliminaires à la prière - 09

    [suite de : préliminaires à la prière - 08 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    L'exemple d'Isaïe

    Quelques siècles plus tard, le prophète Isaïe retrouve, en présence de Dieu, le même cœur contrit et humilié. Avant d'être investi de sa mission, il est lui aussi, introduit dans le face à face divin (cf Is, 6,1 et sv). Yahvé lui apparaît sous la vision d'un monarque prestigieux, "assis sur un trône élevé", revêtu d'un manteau "dont la traîne remplit le sanctuaire ". Détail nouveau : le Dieu de majesté n'est plus seul. Toute une cour l'environne, celle des Séraphins, hérauts de sa gloire : "Saint, Saint, Saint est Yahvé Sabaoth." La puissance de cette acclamation secoue jusqu'au gond des portes et "le Temple lui-même se remplit de fumée". 

    Alors Isaïe de confesser : "Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres incirconcises et mes yeux ont vu le Roi Yahvé Sabaoth."

    Il ne s'agit pas d'être introduit à la cour céleste, encore faut-il se conformer aux gestes et aux rites de ceux qui y demeurent. Aux pieds du Très-Saint, encore une fois, une seule attitude: se voiler le visage puis, à l'instar des anges, devenir le chantre de la Splendeur divine.

    Or, le prophète ressent avec violence combien sa bouche est inhabile à cette louange. Ce peuple dont il est le compatriote n'est pas mieux exercé à glorifier Dieu. Bien plus, sont-ils voyants et Israélites, des pécheurs à la nuque raide, au cœur mauvais. "Et la bouche parle de l'abondance du cœur" (Mt 12,34). Comment affronter la pure lumière d'En-Haut et célébrer sa magnificence ?

    Isaïe s'humilie et Dieu condescend à le purifier. Un séraphin, d'un charbon embrasé, brûle la souillure : " Vois donc, ceci a touché tes lèvres ton péché est effacé, ton iniquité est expiée !" Désormais il pourra contempler la Gloire. Quoi donc, partout il sera habilité à proclamer : "Toute la terre en est remplie !"

    Moïse, Élie, Isaïe, que veulent-ils nous livrer de leur expérience de Dieu ? Sans nul doute, une leçon de révérence. On ne peut aborder le Tout Autre à la légère. Sa Majesté, sa Grandeur, sa Sainteté requièrent de l'homme une intime purification. Tel est l'enseignement de l'Ancienne Alliance. Lorsqu'il descendra des profondeurs de l’Éternité, le Fils de Dieu parlera t-il autrement ? 

    A suivre....

     

                                           Pierre Lauzeral s.j  (jésuite)

     

     

     

     

     

     

  • préliminaires à la prière - 8

    [suite de : préliminaires à la prière - 7 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    L'exemple d’Élie

    Au temps de l'universelle apostasie d'Israël, alors qu'une menace de mort pèse sur sa tête, le prophète Élie rejoint la montagne où jadis Dieu s'était laissé entrevoir à Moïse. Lui aussi appartient à cette race montante et privilégiée qui, ne fléchissant pas le genou devant les Baals, [quels sont les Baals de notre époque ?], adore le Seigneur Unique. Son "cri de guerre" : "Yahvé est vivant devant qui je me tiens" (1 R 17,1), ne trahit-il pas une vie intérieure fortement éclairée par les cimes ? Or, l'homme de Dieu, meurtri par le combat de la foi, éprouve le besoin de marcher, à travers le désert, vers les sources : là-bas, à l'Horeb, il sait que Yahvé l'attend, comme autrefois il attendit ses pères.

    De fait, au creux de la grotte de Moïse, le tête-à-tête divin a lieu. Après l'ouragan, le tremblement de terre, les éclairs, sa Majesté passe dans le froissement d'une "brise légère".

    Or, notons aussitôt le geste du prophète : " Dès qu’Élie l'entendit, il se voilà le visage avec son manteau" (1 R 19,13). La créature ne peut soutenir la Présence de Yahvé, pourtant apparemment moins redoutable que lors du Buisson ou des manifestations sur le Sinaï. Une seule attitude : se cacher le visage, par respect sacré, et "sortir" de ce creux du rocher, sanctifié par le passage du Très-Haut.

    A suivre...

                                       Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

       prochains posts (billets) :

      post n° 9 : L'exemple d'Isaïe

      post n° 10 : La voie de l’Évangile

      post n° 11 : conclusions pratiques

      post n° 12 et suivant  : la 3ème condition requise pour prier : l'invocation de l'Esprit-Saint

     

     

     

  • Préliminaires à la prière - 07

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]


    LA PURIFICATION DU CŒUR

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.


    L'exemple de Moïse

    "Il ne s'est plus élevé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que Yahvé connaissait face à face" (Dt 34,10). Le Deutéronome résume par cette phrase la carrière de cet ami exceptionnel du Seigneur. Or, si ce géant d'Israël s'est confronté souvent avec l'Invisible, ces rencontres n'en ont pas moins connu des saisons, des rythmes, disons même des lois très spéciales. Au commencement, le libérateur des Hébreux n'est qu'un pâtre du désert de Madian lorsque l’Éternel, à l'affût dans un buisson l'interpelle : " l'Ange de Yahvé se manifeste à lui sous la forme d'une flamme de feu, jaillissant du milieu d'un buisson. Moïse se dit alors : " Je vais m'avancer pour considérer cet étrange spectacle et voir pourquoi le buisson ne se consume pas." (Ex 3,2 et suivant). Moïse affronte soudain un phénomène étrange. Des épines embrasées qui ne se consumaient pas. Flaire-t-il le mystère ? Veut-il en sonder la grandeur ?...

    " Yahvé le vit s'avancer pour mieux voir et Dieu l'appela du milieu du buisson :  Moïse, Moïse - Me voici, répondit-il." Au plus ardent de ces braises, une voix parle. Elle appelle Moïse par son nom. Moïse répond. Entre l'invisible interlocuteur et le berger de Jethro, un dialogue commence. Remarquez alors la suite. " N'approche pas d'ici !" Paradoxe de Dieu : il attire et il repousse. Il convoque et il renvoie. Entre la créature et Lui s'étend un espace, une zone sacrée qu'il ne doit pas franchir. "Autant le ciel est haut au-dessus de la terre." (Is 55,9)

    "Ôte les sandales de tes pieds, car le lieu que tu foules est une terre sainte" Partout où réside le Très-Haut, partout où tombe l'ombre de ses ailes, s'étale en même temps un lieu infiniment respectable. Nul n'y pénètre sans précaution, disons mieux, sans purification. Les sandales que le Voyant du Buisson doit retirer de ses pieds symbolisent cette révérence. Pour fouler la terre sainte où Dieu se manifeste, il faudra toujours se dépouiller, s'humilier [attention cependant aux contrefaçons de l'humilité : remarque de l'auteur de ce blog], s'abaisser. Nous pourrions maintenant évoquer d'autres rencontres de Moïse avec Yahvé. Elles révèleraient toujours, d'une manière ou d'une autre, cet instant de respect, d'humiliation totale que le Seigneur des Seigneurs impose à l'homme fragile et pécheur. Mais il est plus intéressant de saisir à d'autres moments de la Révélation biblique  des attitudes semblables pour mieux comprendre combien, de la part de Dieu, il y a une volonté continue de susciter chez ses adorateurs les mêmes comportements. 

                                                           A suivre...

                                       Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

       prochains posts (billets) :

       post n°8 : L'exemple d’Élie

      post n° 9 : L'exemple d'Isaïe

      post n° 10 : La voie de l’Évangile

      post n° 11 : conclusions pratiques

      post n° 12 et suivant  : la 3ème condition requise pour prier : l'invocation de l'Esprit-Saint


  • Préliminaires à la prière - 06

    Si "les yeux du Seigneur sont ouverts sur les justes" (Ps 100,6), ses oreilles ne sont point fermées "à ceux qui crient vers lui nuit et jour" (Lc 18,7). 

    Pour chasser les distractions, pour secouer l'indolence de l'âme, peut-être serait-il bon, selon le conseil de sainte Thérèse d'Avila, de s'adresser au Seigneur, à mi-voix ; de le traiter, dès le début de l'oraison, comme un interlocuteur authentique et d'entamer avec Lui un dialogue. Ce qu'il faudra exprimer surtout avec vigueur, c'est sa foi en ce Dieu qui met tout son sérieux à nous écouter. "Seigneur, je suis certain que vous êtes là à me prêter l'oreille." 

    A ce propos, notons en passant combien le mot "croire", en français moderne, s'est affadi. Dire "je crois qu'il fera beau demain", n'est pas avancer une certitude absolue. Aussi dans le langage de l'oraison, vaudrait-il mieux lui substituer des expressions synonymes, par exemple : " Seigneur, je suis sûr de Vous, je suis absolument convaincu de Votre Présence, je m'appuie ferme sur Vous, je compte sur Vous, etc..."

    Ces paroles, ou de semblables, proférées à mi-voix, répétées plusieurs fois avec insistance procurent un double avantage : elles sont déjà une prière au vrai sens du terme, elles aident à délivrer l'âme , à rompre  les attaches qui la rivent  à tant d'objets étrangers, à la larguer vers le Seigneur. Là encore point de hâte. Il faut parler  lentement, laissant de brefs silences se couler au milieu de ces cris venus des profondeurs. Peu à peu j'en viendrai à me trouver seul avec Celui qui m'accorde une attention éternelle et "ma clameur sera entendue dans les hauteurs" (Is 58,4).

     

    Remarque :

    Il ne suffit pas  de se placer sous le regard de Dieu au début de l'oraison. L'expérience nous démontre, surtout lorsqu’il s'agit de durer longtemps dans la prière, combien les préoccupations, les froissements de l'amour-propre, voire les tentations remontent progressivement à la surface et, trompant la vigilance de l'âme, envahissent le champ de la conscience, comme une herbe tenace. Impossible de retrouver la limpidité de l'attention, la vivacité de la foi à travers laquelle Dieu pourrait se laisser voir. Au cours de l'oraison, il conviendra de  recommencer souvent ces remises sous les yeux du Seigneur - plus courtes, plus ardentes ou plus calmes selon la grâce - maintenant l'intention du cœur dans la vérité.

    "Mettez-vous en présence de Dieu par un acte de foi qu'il faut renouveler de temps en temps pendant le cours de l'oraison" (Rigoleuc). Si l'on tourne à vide, si l'on est miné de distractions, si la sécheresse règne, ces actes constitueront  la trame de notre prière. Rien ne sera perdu, puisque notre bonne volonté de croyant nous aura rendu agréable au Maître Souverain : " Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu" (Heb 11,6)

    Pour nous mettre à la disposition de notre Créateur et Seigneur, croire en Sa Présence paraît primordial. De cette intensité  dans l'application, de cette vigueur dans l'effort initial, la plupart du temps, dépend sinon la réussite, du moins la qualité de notre rencontre avec Dieu. La grandeur de Celui dont le regard nous cherche, et dont l'oreille nous écoute, explique qu'on accentue l'importance de notre premier pas vers Lui.

                              

                                            A suivre....

    Pierre Lauzeral- Préliminaires à la prière

     

  • Préliminaires à la prière - 05

    * Croire intensément que Dieu est là


    Avant de parler à Dieu ou de l'écouter, il faut être convaincu de son existence. Conviction non pas cérébrale et comme extérieure à nous-mêmes, mais conviction vécue, actuelle, saisissant l'être tout entier et le courbant  en présence de son Créateur et Seigneur.

    Plus concrètement encore, il faut se persuader qu'un regard attentif et pénétrant nous enserre, le Regard du Dieu  vivant : Dieu est là près de moi, en moi, qui me regarde et qui m'appelle. Je le crois, j'en suis  sûr. Toute la pédagogie de Dieu dans l’Écriture n'a-t-elle pas consisté à convaincre Israël qu'il était un peuple passionnément regardé par son unique Pasteur ? Dès que s'ouvre la geste des Patriarches, dès qu'apparaissent les premiers  "chevaliers de la foi", Abraham, Isaac, Jacob, le Seigneur inaugurera magistralement sa leçon. Il s'agit de convaincre ces "primitifs" que le Très-Haut est un Dieu proche. A l'ombre d'un chêne, auprès d'une source, autour d'une pierre rayonne la Présence Glorieuse . Peu à peu ces nomades du désert, si peu friands d'aventures spirituelles apprennent en quelle proximité insoupçonnée se déroule leur banale existence.

    Le mot d'ordre donné à Abraham rappelle la densité de cette découverte : " Je suis El-Chaddaï (le Dieu des montagnes) marche en ma présence et sois parfait" (Gn 17,1). Plus tard, Jacob, au terme d'un songe révélateur, s'écriera : "En vérité, Dieu est en ce lieu  et je ne le savais pas" (Gn 28,16).

    En pratique, plusieurs moyens s'offriront pour nous saisir fortement de cette divine Présence. C'est la suggestion proposée par saint Ignace :

    Avant d'entrer en oraison (en prière), "J'élèverai ma pensée vers le ciel, considérant comment Dieu Notre-Seigneur me regarde" (Ex n° 75). Ma prière ne s'identifie en rien avec une considération philosophique ou morale. Elle ne s'apparente pas à une rêverie où je n'aurai qu'à me laisser aller au fil de l'eau. Je suis sous le regard de Quelqu'un, de Quelqu'un qui, en toute vérité, me voit. Là encore, ne sommes-nous pas instruits par l'expérience des hommes de la Bible ? Lorsque sur la montagne, Dieu rend à Abraham son fils Isaac, le père des croyants s'écrie : "Sur la montagne, Dieu pourvoit" ou selon le grec : "Dieu voit" (Gn 22,14). En d'autres endroits, notamment dans les Psaumes, il est sans cesse parlé "des paupières, des prunelles du Seigneur". Anthropomorphisme certes, mais combien suggestif ! Où que nous soyons, où que nous allions, un regard nous cherche, nous investit, nous scrute. Heureux qui consent à se laisser  regarder ! A son tour, il deviendra un "voyant" selon l'appellation que l’Écriture décerne aux anciens prophètes. Il saura traverser l'épaisseur des choses  et s'enhardir jusqu’à la pleine lumière, où Dieu habite. 

    Pratiquement, pour nous imprégner de cette certitude, peut-être sera t-il bon de nous répéter quelques uns des versets du psaume 129 : " Seigneur, tu me sondes et me connais - tu perces de loin mes pensées." Ou bien creuser cette magnifique interpellation : " Tu es le Seigneur, le Dieu qui contemple les siècles" (Eccl 36,17. trad Vulgate)


                        A suivre...


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 04

    Les trois conditions requises pour prier - première condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, (sous le regard de Dieu)

    - purifier son cœur, (la purification du cœur)

    - invoquer l'Esprit Saint. (l'invocation du Saint-esprit)

     

    Ces trois moments introduisent à l'oraison. Ils peuvent être plus ou moins longs, plus ou moins forts, mais, sauf grâce spirituelle de dieu, ils en constituent comme le seuil, et nul ne pourra aisément entrer en prière s'il ne l'a franchi.

     

    Sous le regard de Dieu

    Pourquoi la plupart de nos prières sont-elles molles, ravagées de distractions, incapables d'émouvoir en profondeur les racines de l'âme ou de nous nourrir ? Reconnaissons-le sans ambages : souvent, trop souvent, nous avons omis de nous placer sous le regard du Seigneur. Aussi, semble-t-il utile de dérouler au ralenti les diverses phases de cette mise en présence de Dieu.

    * Se calmer

    On ne s'engouffre pas dans la prière. C'est folie de l'ignorer. La prière est avant tout exercice de foi et de foi vive. Comme Moïse, il faut  "voir l'Invisible" (Heb 11,21), le toucher, l'habiter, y établir sa demeure. Or, nous voici aux prises avec des réalités très visibles, contraignantes ou attirantes : nos affaires, nos soucis, nos passions, les provocations ou le divertissement de l'ambiance. Force nous est de nous arracher énergiquement à ce décor, à ces personnages, à nous-mêmes, de créer une zone de vide et de silence autour de nous et en nous, première étape de notre marche vers le Seigneur.

    Prier, en outre constitue une activité très sérieuse. C'est au Maître des mondes que je vais parler. Je deviens, éphémère et banal, celui qui tutoie Dieu ! Devant Lui, terre et ciel se taisent. Toute la Bible tonne sa grandeur et les prophètes qui le rencontrèrent tremblent au souvenir de ces rendez-vous peu rassurants. Je n'irai jamais aussi loin que ces familiers du Très-Haut. Combien plus, à leur exemple, dois-je prendre de précautions pour affronter cette Présence !

    La tradition de l’Église ne l'a pas oublié qui, depuis longtemps, introduit ses prêtres  et ses moines à l'Adoration par un psaume appelé "Invitatoire" : "Venez adorons le Seigneur" (Ps 94,6). Tandis qu'il est comme graduellement conduit vers le Seigneur de toute majesté , l'homme peut s'apaiser "et, reins ceints, lampe allumée" (Lc 12,35), sortir au-devant du Maître en attente."

    Concrètement pour faire oraison, il conviendra  de rechercher un lieu calme, un silence extérieur favorisant la détente nerveuse et la délivrance des pensées étrangères. Chacun doit, selon ses possibilités, appliquer le conseil du Seigneur : "Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre  et prie ton Père" (Mt 6,6). En fait, plus ce "secret" l'environnera, plus notre prière  se placera sous le regard du Père. 

    Pourquoi ne pas insister encore sur la création d'une atmosphère de recueillement comme  le suggère saint Ignace : les volets clos, un rideau tiré, une table nette, la Bible ouverte , voilà qui favorise l'entrée en oraison. 

    Enfin, pourquoi ne pas inviter celui qui va prier  à se détendre physiquement : respirer lentement, au besoin, s'étendre quelques secondes délasse le corps et laisse l'âme comme délivrée. Si l'on vient d'entendre les points d'oraison et que la tête  soit lourde, une rapide promenade, un oubli momentané de tout, facilite le début de la méditation ou de la contemplation. 

    Quant aux distractions légères  qui affleurent l'imagination, il ne faut pas s'en préoccuper, mais les laisser couler comme l'eau.

    Bref, si j'ai créé des conditions favorables de recueillement, il est bien assuré que troubles et énervements intérieurs se décanteront plus aisément.

                                                                        A suivre....

    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

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  • Préliminaires à la prière - 03

    L'expérience des saints


    Aide de Dieu, collaboration de l'homme, ces deux vérités, les saints les ont vérifiées dans leur expérience. "Je ne sais pas prier, dites-vous, mais avant vous d'autres s'y sont essayés qui, grâce à Dieu, n'ont pas trop mal réussi." De leur intimité avec le Seigneur, ils nous ont laissé le souvenir. Sans doute, ont-ils gouté des rencontres indicibles, des états d'oraison qu'ils ne peuvent  décrire. "Si tu sondes la Majesté de Dieu, tu seras écrasé par la Gloire" (Prov 25,27) Mais, comme nous, beaucoup d'entre eux ont appris l'alphabet de la prière. Avant de devenir des maîtres, ils sont passés par un noviciat.

    Aussi saint Ignace, nouveau converti, avouait-il que Dieu le traitait "comme un maître d'école". Sainte Thérèse d'Avila ne découvre que fort tard la vie d'oraison. Encore faut-il qu'elle en reçoive l'initiation des livres d'Osuna et de l'enseignement  de son oncle de Cepeda. Jean de la Croix, jeune prêtre, premier religieux de la Réforme carmélitaine, ne s'improvise pas aussitôt technicien de la Montée du Carmel. Mais, une fois déblayé le chemin, ces spirituels de race se tournent vers nous pour nous signaler le départ des routes, les manières d'engager l'étape, les chances et les risques de l'aventure. Voilà des guides sûrs : leur enseignement s'inspire de leur expérience. Ignace de Loyola, dès Manrèse, novice encore dans les voies de l'esprit, relève sur un cahier d'humbles remarques  destinées  à devenir les Exercices Spirituels. Thérèse  de Jésus, dans son Chemin de la Perfection, se réfère constamment, non à des théories abstraites, mais à l'itinéraire  que le Seigneur lui a fait suivre.

    De ces conseils autorisés, nul ne doute que nous puissions tirer quelque profit. Ils sont dotés d'une valeur quasi universelle. A ce titre, dirions-nous, ils s'imposent comme les lois générales de toute vie intérieure. Les négliger, surtout dans les premiers efforts d'une vie d'oraison, risque  de nous laisser indéfiniment piétiner à la porte du Royaume. Les appliquer avec fidélité nous achemine, au contraire, vers un succès à peu près  certain. Oui, l'art de bien prier, dépend avant tout de l'Esprit Saint, mais ce même Esprit, dans l'âme des saints, a laissé ses traces.

    Les suivre, n'est-ce pas aider la grâce ?


    A suivre....


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière


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  • Préliminaires à la prière - 02

    Valeur et nécessité de l'effort

    Cependant, pour nous mettre à prier, il ne faut pas rester "oisifs sur la place" en attendant que le Maître nous embauche (Mt 20,3). De même que le Créateur nous a dotés d'une "intelligence capable, à travers ses œuvres, de saisir son invisibilité" (Rm 1,20), de même Il a mis dans notre esprit suffisamment de lumière pour l'atteindre. Bien plus, n'avons-nous pas été au baptême "plongés dans le Saint-Esprit" ? La Troisième Personne de la Sainte Trinité nous a été "donnée avec l'amour de Dieu qu'elle répand" (Rm 5,5). En nous, ce Dieu ne dort pas qui, dès l'origine, "couvait" le monde, "parlait par les prophètes", illuminait l'âme du christ, de la Vierge Marie, des Saints. Comme nous l'expliquerons plus au long, n'est-Il pas Celui dont la présence travaille le cœur de l'homme et l'oriente vers le Père ? De toute notre attention et la ferveur de notre amour, ne sommes-nous pas invités à collaborer à cette action de l'Esprit Saint qui, pour être mystérieuse, n'en demeure pas moins réelle ? Pour prier, il faut surtout la grâce de Dieu, il faut encore notre bonne volonté. Absolument comme pour parvenir au salut, il a fallu que le Fils de Dieu habitât chez nous, mais il faut que nous acceptions son Incarnation.


                           à suivre....

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    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 01

    Seigneur, apprends-nous à prier

    "Un jour, quelque part, le Seigneur priait... Quand Il eut fini, un de ses disciples Lui demanda : " Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples" (Luc. 11,1)

    Cet épisode de l’Évangile en dit long sur le mystère de la prière. Seul, Jésus-Christ semble s'y mouvoir à l'aise. Sa dignité en présence de Dieu impressionne les apôtres, au point que l'un d'entre eux pose la question : " Seigneur, apprends-nous à prier !"

    Prier n'est pas à la portée de tout homme, disons, plus radicalement, prier dépasse l'homme. dès lors, pour franchir le seuil de l'oraison, ne faut-il pas que le Maître de la prière vienne à notre secours ? S'il "habite une lumière inaccessible" (Tim. 6,16), ne convient-il pas qu'il éclaire Lui-même la route pour nous mener vers Sa splendeur ?

    A fréquenter le Christ, les disciples ont senti cette vérité et c'est là une grâce que nous devrions leur envier. "Nul n'est monté aux cieux, sinon Celui qui en est descendu" (Jn. 3,13) "Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant" (Jn 13,36)

    En somme, le chemin parcouru par le Verbe Éternel pour rencontrer l'humanité déchue, n'est-il pas celui que notre prière doit suivre, en sens contraire, pour atteindre son Créateur et Seigneur ? Étrange âpreté de  l'entreprise! Une parole de Jésus la décrit, encore qu'il l'ait prononcée en d'autres circonstances : " Pour les hommes, impossible, non pour Dieu  ; car tout est possible à Dieu" (Mc 10,27). En bref, savoir prier est une faveur de Dieu. Comme tout "don excellent, il descend d'En-haut, du Père des Lumières" (Jn 1,17). Jésus-Christ l'a clairement insinué. Après Lui, les saints l'ont répété à satiété. "Oh ! je ne voudrais pas aller à Dieu, si Dieu ne venait à moi", déclarait saint François de Sales, et Mme de Chantal en écho : " L'oraison doit se faire par grâce et non par artifice." Première certitude dont il faut nous assurer si nous voulons pénétrer dans les voies de la prière.

    Or, ce que la foi enseigne, l'expérience bien souvent le démontre. Combien de jeunes s'enquièrent : "Que faut-il faire pour prier ? Comment s'y prendre ?" Des adultes, des prêtres, après plusieurs années de vie spirituelle s'aperçoivent avec effroi qu'ils ne savent pas prier.

    La prière elle-même ne connaît-elle pas ses saisons ? Dans les premiers temps, facile et simple, elle s'écoule quasi naturellement de l'âme. Puis viennent les heures arides ou froides. "La terre sèche, altérée, sans eau" (Ps 63,2). Prier s'avère très pénible : marche au "pays qu'on n’ensemence pas". La tentation surgit, redoutable, de laisser un exercice (l'oraison) où l'on perd son temps. Faut-il ajouter que notre prière est fonction de notre allure spirituelle tout court ? Au lendemain de fautes, dans le doute ou le malheur, en référer à Dieu, à plus forte raison Le contempler nous paraît surhumain. "Route barrée de pierres de taille, sentiers obstrués" (Tim 3,9), la Bible dit bien. Ignorance, malfaçons ou difficultés quelles qu'elles soient, l'expérience spirituelle nous ramène à la conclusion de tout à l'heure : prier, nous ne le pouvons pas, si Dieu lui-même n'intervient. Première donnée de foi.


                                             A suivre....


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière - Apostolat de la prière 1960


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