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béatitudes

  • On demande des pécheurs 17

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [117]

    Une lumière qui fait mal (l'examen de conscience)

    A une dame qui, tout heureuse d'avoir réussi à approcher le Curé d'Ars, lui disait : " Oh, mon Père, comme c'est bon de vous voir enfin ! Je ne me connais si peu, j'ai tant besoin, tant envie de me connaître et l'on m'a tellement vanté votre clairvoyance ! " Le Curé d' Ars répondit : " Oh, madame, que vous êtes heureuse de peu vous connaître ! Si vous en connaissiez seulement la moitié, vous ne pourriez plus du tout vous supporter. "

    C'est vrai, il est pénible d'examiner sa conscience, de se découvrir faible, de mettre en lumière ses penchants intérieurs et ses tentations. Il est inévitable que notre examen de conscience soit pénible car nous le faisons presque toujours en partant de nous-même. En regardant seulement et toujours comment les choses partent de nous ; nous oublions l'autre grand point de départ, le plus important : cet appel positif de Dieu, cette image de Dieu en nous telle que l’Évangile nous la propose dans le regard du Christ. 118 Hélas ! ce n'est même pas cela : nous réduisons cet appel de Dieu à n'être qu'une règle, à n'être qu'un commandement, en oubliant que Dieu avait donné ses commandements à son peuple après lui avoir dit : " Souviens-toi toujours que je t'ai fait sortir de la terre de l'esclavage, que je suis venu pour te rendre libre." 

    C'était pour rendre le peuple libre, pour le sauver, que les commandements étaient donnés ; or, de ces commandements, nous avons fait non pas le moyen d'une libération, mais une clôture. Comme ce berger, avare à sa manière, qui, chaque jour, déplace le fil de la clôture électrique ; il en résulte que les bêtes broutent le long du fil, et en dessous. Elles ne font plus que courir le long de la clôture, le long des commandements.

    Il en va ainsi de notre " morale-limite ". On a oublié que l'important était que l'herbe soit bonne et que le temps soit beau. Nous, nous ne regardons que la clôture, et nous n'écoutons plus l'appel. Comment donc l'entendre ?

    Deux clefs pour cet examen de conscience

       1. L'appel du Christ. Quels sont, tout d'abord, les grands appels du Christ, quel est ce portrait, ce visage que le Christ nous propose dans l’Évangile ? Rappelons-nous ces phrases de l’Évangile décisives : " Soyez miséricordieux, comme mon Père est miséricordieux. - Pardonnez comme votre Père pardonne. - Que votre oui soit oui, que votre non soit non. - C'est dans la patience que vous sauverez votre âme. - Soyez doux et humbles de cœur. " Et les Béatitudes : " Bienheureux quand vous combattrez pour la justice. - Bienheureux quand vous aurez le courage de la douceur. - Bienheureux 119 quand vous ferez passer la souffrance de votre prochain, si elle est plus grande que la vôtre, avant la vôtre. - Bienheureux quand vous ferez la paix. - Bienheureux quand vous aurez un cœur pur."  Voilà notre examen de conscience, voilà le visage du Christ, l'image de Dieu en nous, son appel. Et dans cet appel, tout est positif.

       2. Responsabilité ou culpabilité. La deuxième clef de notre examen de conscience, elle aussi positive, porte sur nos responsabilités. Nous avons fait de la confession le sacrement de la culpabilité (il est vrai que nous avons à nous défaire d'un héritage janséniste lourd de plusieurs siècles). Nous en avons fait le sacrement de la négation, alors que c'est celui de la vie, de la responsabilité, de la liberté, de la restauration positive d'une amitié. Quand pourrons-nous savoir que nous sommes coupables ? C'est à peu près impossible à juger exactement ; Dieu seul le sait, et nous n'avons pas besoin de le savoir. Mais notre responsabilité est positive, nous pouvons la connaître, l'évaluer beaucoup plus réellement, beaucoup plus facilement : pensons à nos grandes responsabilités par rapport à notre travail, à notre famille, par rapport au prochain, à la vieillesse de nos parents qui vivent près de nous, par rapport à l'éducation des enfants et des êtres qui nous sont confiés et des orientations de leur vie ; nos responsabilités par rapport aux structures dans lesquelles nous vivons. Et que dire de la désaffection du chrétien à l'égard de tout ce qui est du domaine politique ? Une information, un vote sont graves ; comme toute participation à la vie des autres, à celle du prochain. Au nom de quel droit nous désintéresser  des déterminations qui sont prises dans nos communautés, quelles qu'elles soient ? 

    D'ailleurs, comme nous nous accusons peu du péché d'omission ! Pourtant, on pèche souvent plus, non 120 en agissant mal, mais en manquant de vie, en manquant de vitalité.

    Voilà donc les deux clefs de l'examen de conscience. Ces grands appels de l’Évangile qui sont notre feuille de route, le dessein de ce que Dieu attend de nous : d'une part notre vérité positive, et d'autre part toutes nos responsabilités d'homme.

    (...)

    Il y a une hiérarchie à établir dans nos fautes. On ne l'apprend que peu à peu, justement par la confession. Apprendre à donner de l'importance à ce qui en a, mettre des degrés dans nos absences, nos paresses, nos maladies. Il est vrai, par exemple, que le péché contre la chasteté 121 est grave, mais n'est-ce pas plus grave de pécher contre la justice ou de s'enfermer dans l'indifférence à l'égard de notre voisin ou de notre frère ? Il est grave de se mettre en colère contre son frère et de se laisser aller à son tempérament impulsif, mais n'est-ce pas plus grave de ne rien entreprendre, de se donner de bonnes raisons pour ne rien faire pour notre frère qui est dans le besoin ? Prendre quelque chose qui ne nous appartient pas est grave, mais n'est-ce pas plus grave de tolérer (finalement cela devient une habitude) une injustice généralisée et pesante, paralysante pour des pays ou des individus, et de l'admettre sous prétexte qu'il n'y a pas moyen de faire autrement ?

    S'accuser de ses péchés d'ailleurs, ne veut pas seulement dire décrire ses états d'âme , mais d'abord nommer les choses. Ce n'est pas en face de nous que nous devons nous agenouiller, mais c'est en face de Dieu, de quelqu'un qui nous attend, qui nous aime et qui nous aide à faire la lumière sur nous. (...)

    (...)

    184 ... nous dirions volontiers de la confession qu'elle est pour nous le test absolu de la foi, le point de non-retour en face de la confiance en Dieu, acquise par le partage du sang, sang de nos péchés et sang du Fils de Dieu. C'est ce que nous formulerions de façon banale en disant que l'un des signes décisifs de santé et de sérieux de la foi est d'accepter de se confesser à n'importe quel prêtre..., même à celui qui nous connaît.

    C'est en effet prendre Dieu au mot et nous prendre nous-même à l'espérance décisive du salut et de la vérité. Certes, chacun de nous sait combien cela peut être difficile. Mais doit-on en vouloir à ce cadeau-piège de Dieu, qui nous oblige nous-même et oblige le prêtre à se dépasser et à rejoindre l'image éternelle que Dieu à de nous ?

                                      P. Bernard Bro, o.p

     

     

  • On demande des pécheurs 15

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [100]

    L'arbre tombe du côté où il penche

    (...) Il reste que nous avons besoin de savoir si nous avons vraiment choisi la miséricorde. Quel sera donc le signe concret, qui ne peut pas nous tromper, capable de 101 nous apaiser parce qu'il est plus qu'un signe, parce qu'il est la preuve  que la réalité est déjà là, que nous avons opté définitivement pour Dieu et pour le salut

    Le Christ ne nous a donné qu'une seule réponse : " Bienheureux ceux qui font miséricorde, car ils recevront miséricorde." " Bienheureux les miséricordieux." C'est parce qu'il a appris la compassion que le jeune fils comprend la miséricorde de son père, c'est parce qu'il aime qu'il peut comprendre  les raisons de l'amour. Ce n'est pas de l'ordre de l'idée seulement, mais d'une harmonie, d'un pressentiment, d'une connivence qui ne s'acquiert qu'en acceptant d'être blessé. On apprend la pitié que pas ses propres blessures. On ne peut donc aimer la miséricorde, et par conséquent la choisir, que  si on a avec elle cette affinité, cette connaturalité qui fait qu'on est soi-même miséricordieux. C'est pourquoi Notre Seigneur insiste : " De la mesure  dont vous mesurerez, on mesurera pour vous en retour " (Luc 6,38). Pour se servir de cette mesure-là, il faut être imprégné de miséricorde. " Je leur donnerai un seul cœur et je  mettrai en eux un esprit nouveau ; j'extirperai de leurs corps le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent selon mes lois et qu'ils observent mes coutumes et qu'ils les mettent en pratique." (Ezéchiel 11, 19-20). Si la foi est "comptée comme justice", si elle sauve, ce n'est pas qu'elle dispense d'être bon (comme on a pu le faire dire à Luther), mais c'est parce qu'elle ne peut naître que de la bonté la plus fondamentale qui puisse jaillir d'un cœur humain, celle qui consiste à pressentir la tendresse de Dieu, parce qu'on est déjà investi de cette tendresse, de cette grâce. (...)

     102 Nous avons bien à choisir : être jugés ou bien être liquéfiés, " contrits " par la miséricorde qui nous mènera  103 bien plus loin que nous ne le pensons. On n'en finit jamais d'aimer, on n'en finit jamais de désarmer, et surtout de ne plus s'appuyer que sur cette miséricorde. Si nous sommes miséricordieux, Dieu à son tour, nous donnera sa miséricorde. L'enfer, c'est peut-être de chercher encore la justice.

    On ne croit pas à l'enfer à cause de la bonté de Dieu. Pourtant, si l'enfer n'existe pas, cela veut dire que Dieu ne nous prend pas au sérieux, qu'il ne nous laisse pas cette possibilité de faire un choix. (...) Celui qui ne veut pas de la miséricorde, ni de l'amour, celui qui veut de la justice aura sa justice et il risque  alors de demeurer seul et d'être confondu. Nous commençons à choisir la miséricorde tout de suite, dès maintenant, en face de nous-même et en face des autres, avant de le faire  en face de Dieu. L'arbre tombe du côté où il penche. Dieu nous respectera : si nous voulons être seul, il nous laissera seul.

    Sachons pressentir cette attente du cœur de Dieu partout présent dans l’Évangile et l'écouter : " Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas la miséricorde, ils vont vers elle par la grande route où ils rencontrent la justice, c'est-à-dire qu'ils risquent leur perdition. Ne jugez pas, 104 et vous ne serez pas jugés. Si vous êtes jugés, vous êtes perdus. Votre seule chance c'est de ne pas être jugés, et je n'ai pas envie de vous juger. Si je vous juge, je suis obligé de vous juger selon la justice. Et selon la vérité, qui donc subsistera ? Si iniquitates observaveris, Domine, quis sustinebit ? Vous obstiner à croire que vous pouvez avoir affaire, si peu que ce soit, à la justice, c'est précisément une illusion de votre cœur de pierre, qui ne comprend pas qu'en face d'une douceur comme la mienne, avec votre dureté vous êtes déjà condamnés. Ma Sagesse clame au long des rues : efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; elle n'est pas difficile à franchir, mais à trouver. Cette voie est douce et délectable. Mon joug est doux et mon fardeau léger. Mais peu nombreux sont ceux qui l'acceptent. Leurs œuvres étaient mauvaises, ils ont préféré les ténèbres à la lumière. Si vous connaissez que vos œuvres sont mauvaises, vous trouverez la miséricorde. Elle vous dépasse, c'est cela même qui vous sauve. Si le cœur de Dieu était comme le vôtre, vous seriez perdus. Découvrez cela et vous êtes sauvés ! " 

    Mais il ne suffit pas de penser tout cela, il faut y croire... Et nous savons que seuls sont bienheureux ceux qui font miséricorde, parce qu'ils trouveront miséricorde. Alors il n'y a plus peur à avoir d'être jugé : puisque c'est à nous de choisir. 

                     P. Bernard Bro, o.p

    A suivre....

     

  • La Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres (5)

    (...) [45]       SENS FONDAMENTAL DE LA PAUVRETE

    En ne comprenant pas que la pauvreté est d'abord et fondamentalement une option portant sur l'avenir des hommes, au coeur des conflits historiques où se heurtent les puissances, il ne nous est pas possible de saisir le sens de la pauvreté évangélique et des béatitudes. Il ne reste plus  qu'à reléguer au dépotoir des illusions, des besoins [46] soi-disant "mystiques"  ou des idéologies plus ou moins intéressées à l'exploitation des consciences humaines.

    En prenant et en comprenant la pauvreté à l'envers, par le petit bout, par ses conséquences dans l'avoir et dans l'usage des biens du monde, nous nous condamnons à ne plus comprendre ces conséquences et cet usage. Nous aboutissons inévitablement à des condamnations abstraites de l'avoir, de la technique ou de l'argent, qui demeurent ambiguës tant que la pauvreté ne se réfère pas à l'avenir absolu de l'homme. (....)

    [48] Or l'avenir n'est humain que s'il est vraiment choisi et voulu. 

    Malheureusement on peut arriver à faire croire à l'homme qu'il choisit librement ce qui, en réalité, lui est imposé. Les propagandes, les publicités, les idéologies, toutes les séductions, les moyens de conditionnement, les procédés de "viol des foules" visent à se substituer à la décision libre. "En douce", par la bande, on arrive à chloroformer le patient  afin d'obtenir de lui une adhésion  infantile qui ne vient pas de lui, de sa liberté, mais de ses passions et de ses pulsions, de ses besoins et de ses rêves. (...)

    [43] (...) les pauvres de Yahvé [voir la note ci-dessous] n'ont pas accepté que leur avenir soit défini par les puissants de ce monde qui veulent toujours se justifier, s'imposer aux esprits et aux consciences. Aux hommes qu'elles dominent, ces grandes violences tiennent toujours à peu près ce langage : " C'est nous l'avenir, c'est nous votre avenir ; d'ailleurs, notre puissance est telle qu'elle s'étendra indéfiniment et deviendra universelle. Bref, nous sommes le "sens de l'histoire", de votre histoire (...) Ceux qui ne marcheront pas et qui résisteront sont opposés évidemment à l'avenir des hommes, et, à notre grand regret, nous serons obligés de les liquider."

    Eh bien, les pauvres de Yahvé, éclairés par la lumière de la Parole de Dieu, ont opposé un refus catégorique à des propositions de ce genre ; ils ont dit "non", un non conscient et résolu aux prétentions des puissants. "Non, affirment-ils l'avenir véritable des hommes n'est pas en votre pouvoir, il ne dépend pas de vous, malgré toutes les apparences. Vous usurpez un pouvoir qui ne vous appartient pas. Nous savons, nous, de quel côté se trouve l'avenir, ce qui le garantit, ce qui permet de l'attendre et de l'atteindre sans déception, par quels moyens nous pouvons le réaliser, sur quelle puissance nous appuyer pour le construire. (...) [44] Sans limites et inépuisable, c'est la puissance même du Créateur qui nous est donnée. A elle et à elle seule, nous avons voué notre foi, notre espérance et notre amour. Toute autre puissance ne peut être qu'une idole, une séduction ou une illusion, une ruse ou un mensonge."  

    Pierre Ganne - Le pauvre et le prophète - Ed. Anne Sigier 2003

     

     Note : "pauvres de Yahvé" est un terme utilisé dans l'Ancien Testament. On pourrait utiliser - depuis la venue du Christ parmi nous - le terme de "pauvres de Jésus Christ", ou pauvres "selon les béatitudes". Pierre Ganne  nous invite à ne pas confondre "pauvreté" et "misère". Note du rédacteur de ce blog.]   

  • Le ciel n'est pas derrière les nuages

    132. Parle-t-on encore du ciel ?

    Dans la prière liturgique, certes, car celle-ci puise aux sources bibliques, et, dans l'Ecriture, sous d'innombrables formes, la vie éternelle, le Royaume, la "patrie" est présente, objet sans cesse proposé à la foi et à l'espérance du chrétien.

    Mais c'est un fait que la prédication accorde au ciel une petite place. On dirait qu'il est trop difficile de mettre sous ce mot quelque chose de précis, de sûr, d'intelligible. On redoute d'avoir à rencontrer ces descriptions vieillottes et enfantines dont s'enchantait l'imagination des anciennes générations.

    Serait-il donc vrai qu'il n'est pas possible de dire pourquoi nous sommes faits, où nous allons, de quoi est faite notre espérance ? Serions-nous devenus comme ceux qui n'ont pas d'espérance, aurions-nous perdu ce dont saint Paul, avec tant d'insistance, nous voulait informés ? Manquerions-nous de cela même qui doit donner à notre prière  son ressort, à nos sacrifices leur compensation ? Le Royaume promis dans les Béatitudes serait-il devenu pour nous un mirage ? Qui pourrait le croire ?

    Que nous soyons plus exigeants pour distinguer le certain du douteux, le vrai de l'imaginaire, c'est bien, mais nous ne pouvons admettre que cette existence nous prive du nécessaire.

    Qu'est-ce donc que le ciel ?

    Les éléments d'une réponse tiennent en peu de mots. Ils n'épuisent pas l'idée. Ils parlent plus à notre intelligence et à notre coeur qu'à notre imagination sensible, mais qui pourrait dire qu'ils ne sont pas nourrissants et capables de créer en nous cette tension vitale qui s'appelle de son vrai nom l'espérance et donne la force, non pas de mépriser le présent - au contraire, - mais, comme disait saint Paul, de n'en rien perdre en le maîtrisant.

    133. Le premier élément de la réponse, quand on écoute la Bible, est indiscutable : le ciel, c'est le Christ. Mourir pour être "avec le Christ", c'est l'aspiration suprême de l'âme de saint Paul, le "meilleur", "de beaucoup le meilleur", que seul l'amour même du Christ lui permet de sacrifier encore pour un temps au bien de ses frères.

    Etre "là où est allé le Christ", c'est ce que le Seigneur met devant les yeux des siens à l'heure où il les quitte. Voir se réaliser enfin ce qui fait, déjà ici-bas, "battre notre coeur" malgré les obscurités présentes, voir ce Christ que "nous aimons sans l'avoir encore vu", c'est ainsi que l'apôtre Pierre regarde avec nous vers l'avenir et nous encourage dans sa première épître.

    Qui pourrait dire que c'est là un objet pour nous inconsistant ? Si nous croyons que le Christ est vivant, qu'il est ressuscité, si nous croyons que là où il est , nous aussi nous serons, alors nous savons ce que c'est que le ciel, et notre espérance a vraiment un contenu pour nous réel et saisissable. Cela n'a rien à voir avec une vision puérile et avec des représentations que nous pourrions juger indignes d'un adulte. Le saut par-dessus la réalité de la mort c'est la main dans la main du Christ que nous le faisons, et ce saut n'est pas un saut dans le vide, car notre coeur, dès ce monde, n'est pas vide du Christ. C'est bien lui qui vit en nous dès maintenant. Tout progrès dans sa connaissance et dans son amour étoffe vraiment en nous et construit notre ciel.

    Et rien n'empêche, tout nous presse au contraire de mieux saisir et pressentir ce que signifie cette communion au Christ, dont l'Esprit est le principe, dont le Père est le terme. Sous l'action de l'Esprit Saint, dans le Christ, nous balbutions ici-bas le nom que le Christ ne cesse de redire au fond de son âme et dont il nous a fait partager le secret, connu de lui seul : le nom de son Père devenu notre Père. 

    La charité que répand en nous l'Esprit  établit ainsi entre notre présent et l'éternité du ciel un lien véritable, une continuité susbstantielle : car la foi et l'espérance passeront, mais " la charité ne passera jamais". Voilà ce que l'Eglise croit quand elle achève son credo sur l'affirmation de la "vie éternelle".              

                               A suivre...

    Gabriel-Marie Garonne - Que faut-il croire ? - Desclée 1967

                        

  • Parole d'éveil

    65. Christianisme. Le mot divise : comment le contraire serait-il possible ? Il centre tout sur Jésus-Christ et signifie deux choses non contradictoires mais en tension incessante. D'un côté une parole d'éveil, de liberté et de départ ; de l'autre une doctrine, des lois, des pressions sociologiques.

    A quel point Dieu a été arraché à la tyrannie des mécanismes élémentaires à travers Abraham, Jacob, Job, les prophètes pour se révéler le Dieu des Béatitudes et du Magnificat. Pédagogie, lente illumination, réponse à l'attente ou à la protestation des hommes, tout au long de l'histoire biblique jusqu'à Osée, Amos où se dit clairement la tendresse divine et sa préférence pour les petits et les opprimés.

    Croire possible de se servir de l'Ancien Testament pour en dégager des lois, un modèle de civilisation est 66. une aberration malgré la sincérité de son auteur que beaucoup de chrétiens n'ont pas vue dans Le Testament de Dieu de Bernard-Henri Lévy, parce qu'ils baignent eux-mêmes dans les idéologies. Le message biblique n'a de sens que dans une écoute et une expérience spirituelle. Non comme système social ou politique.

    Jésus prend la suite des prophètes, aggrave la déraison au nom d'une raison supérieure, inverse l'ordre naturel des choses. Comment le fait-il ? Non par des idées nouvelles, un projet de société. Les paradoxes évangéliques ne visent pas d'abord le monde, mais chaque conscience particulière.

    Jean Sulivan - L'exode - Cerf, 1988 - ISBN 2-204-02895-9 (première édition Desclée de Brouwer 1980)

    http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/sulivan-j/exode,943271.aspx

  • l'inessentiel

    Dans l'Evangile, Jésus dénonce le mal qui tue l'Evangile dans les coeurs. Ce mal, ce n'est pas nos péchés, c'est plutôt le mal pharisaïque, dont l'hypocrisie n'est qu'une conséquence. Le pharisien ne joue pas la comédie. S'il joue la comédie, ce n'est qu'un menteur. En fait, le pharisien ne sait pas qu'il est pharisien, et c'est son malheur. Le pharisien est devenu incapable de discerner l'essentiel dans le rapport à Dieu et aux autres , dans l'existence. C'est cela qui tue l'Evangile. Au chapitre 23 en Matthieu, Jésus dit : " Vous acquittez la dîme... mais vous oubliez l'essentiel : la justice, la miséricorde, la droiture du coeur, la droiture de la conscience." Quand il s'agit de notre vie, de notre existence, ne plus savoir l'essentiel, c'est être radicalement "paumé". Et c'est un grand malheur parce que c'est à partir de l'essentiel que tout le reste se met en place.

    Nous devons retrouver l'essentiel, et le reste sera donné par surcroît. (...) La foi est une intelligence de la vie. La foi est une espérance dans laquelle la vie trouve sens. (...)

    Aujourd'hui, alors que sévit ce qu'on appelle "la déprime", la dépression psychique, des êtres humains gaspillent leur vie bêtement en cédant leur intelligence à l'inessentiel. Ils tombent dans le vide, dans le vertige, dans le dégoût de vivre.

    (...)

    Avec les béatitudes, Jésus nous dit que l'essentiel de la vie commence par l'esprit de pauvreté et que l'essentiel de la vie se décide là. (pp 64-67)

     

     

    P. Ganne - Etes-vous libre ?  - Ed Anne Sigier 2008 - ISBN 978-2-89129-556-7

  • Rien ne peut m'écarter du but

    Dans les huit béatitudes, Jésus nous a indiqué huit voies qui nous permettent d'accéder au bonheur. Il promet le bonheur à ceux qui pleurent, à ceux qui souffrent la persécution, aux pauvres et à ceux qui doivent subir l'injustice. Le chemin qui conduit au véritable bonheur n'élude donc pas les expériences négatives de notre vie. Au contraire, sur le mont des Béatitudes, Jésus considère notre existence telle qu'elle est, en nous montrant un chemin grâce auquel nous pouvons, dans la réalité de notre monde, bien souvent lourd de menaces, trouver malgré tout le bonheur. Je voudrais relever deux béatitudes qui illustrent cette affirmation.

    Dans la deuxième Béatitude, Jésus promet le vrai bonheur à ceux qui pleurent. Notre vie n'est pas que succès et bonheur extérieur. Nous perdons des êtres chers. Et nous ratons pas mal d'occasions. Celui qui, dans sa vie, ne déplore pas ces expériences de pertes se condamne à une paralysie intérieure. Seul éprouve une joie véritable celui qui accepte l'affliction. Refouler tous ses sentiments négatifs, c'est aussi se couper de la joie.

    Cela vaut pour la relation vis-à-vis de nous-mêmes, qui est d'une grande importance dans le chemin qui conduit au bonheur. Celui qui reconnaît ses déficiences et ses faiblesses en les déplorant éprouve alors le soutien de Dieu. Il lui vient en aide, de façon qu'à travers ses déficiences, il entre en rapport avec sa nature propre. Ce que je n'arrive pas à vivre est suscité par le fait que je le déplore. alors cela m'advient par une entrée, de façon tout à fait neuve.

    Grégoire de Nysse, mystique grec du IV ème siècle, nous indique, pour sa part, un autre chemin. Il interprète la Béatitude de Jésus sur ceux qui souffrent pour la justice, par comparaison avec les compétitions sportives. Quand je fais la course avec d'autres concurrents, ils cherchent à me dépasser, ce qui me poussent à atteindre plus vite le but. Selon Grégoire de Nysse, le secret de la vie se trouve dans le fait qu'en définitive, ne puisse pas me nuire ce qui est menaçant et mauvais, donc la maladie, la misère, la mort, la haine et l'hostilité provenant de l'extérieur, à la condition que je les comprenne à la lumière des Béatitudes. Même une maladie peut m'inciter à accourir vers Dieu qui est notre véritable but. Egalement, la persécution de la part des malveillants ne peut m'écarter du véritable bonheur qui nous attend au terme de notre course. Ce n'est plus une consolation pour plus tard. Au contraire, cette Béatitude nous indique un chemin qui nous montre comment, dans la réalité d'un monde de menaces et de persécutions, il nous est possible de trouver, malgré tout, notre bonheur. Qui parle de bonheur n'évoque pas un plaisir ou une joie superficielle. Ce n'est pas un bonheur de pacotille ou éphémère, qui se limiterait à nous griser nous-mêmes et à exclure tout ce qui est négatif dans le monde, mais un bonheur qui s'avère possible dans la réalité telle qu'elle se présente.

    Anselm Grün - Réponses aux grandes question de la vie - DDB 2009, pp.25-27

  • Les héritiers de la terre

    Pour le judaïsme biblique "hériter de la terre" était une expression répandue. Elle concernait les petits paysans et les femiers qui devaient posséder la terre qu'ils travaillaient. Mais cette parole faisait allusion à un monde tout autre, celui de Dieu, dans lequel les critères sont inversés, un monde où "les premiers seront les derniers et les derniers les premiers".

    Si, dans notre monde, les doux ne possèdent souvent rien et n'héritent d'aucune terre, ils vivent pourtant dans un tout autre monde où seules comptent les lois divines, qui remettent en question tous nos repères. C'est le pays de l'amour et de la bonté où il est plus agréable de vivre que dans un monde où nous n'attachons de l'importance qu'aux possessions matérielles et au succès. Même si certains pensent que les doux n'hériteront de rien sur cette terre, je crois cependant que la terre leur appartiendra. S'ils restent doux dans leurs relations avec les autres, ils remodèleront le monde. Leur douceur s'épanouira dans le champ du monde et portera un jour des fruits même si ce champ est parsemé de pierres.

    Anselm Grün - Les huit secrets du bonheur - Salvator 2008 pp.76-77

  • pari sur la miséricorde

    Jésus n'exige pas que nous nous sacrifions sur l'autel de notre rigorisme ou de notre perfectionnisme. Trop nombreux sont ceux qui pensent plaire à Dieu parce qu'ils s'infligent des souffrances. Mais Dieu nous accorde sa grâce sans nous demander aucun sacrifice, car il est bon et miséricordieux envers nous. Lorsque nous acceptons avec reconnaissance la grâce qu'il nous donne, nous réagissons spontanément par la miséricorde envers nous-mêmes et envers les autres. Le sacrifice est une violence exercée contre nous, il mène à l'autodestruction et pourtant certains cherchent ainsi à infléchir Dieu. Il existe en effet, profondément ancrée en nous, la peur que Dieu ne nous veuille pas que du bien. C'est la vision pessimiste que nous avons de nous-mêmes qui génère cette angoisse, car, en fait, nous ne nous voulons pas que du bien, nous ne nous acceptons pas tels que nous sommes ; nous nous jugeons et voulons correspondre à un personnage qui n'a rien à voir avec nous. Contre ce pessimisme et cette représentation sévère de Dieu, Jésus parie sur la miséricorde.

    Anselm Grün - Les huit secrets du bonheur - Salvator 2008, p. 98

  • Le royaume des cieux

    Les Béatitudes sont des paroles d'espoir pour les êtres qui ont le sentiment de ne pouvoir rien présenter à Dieu : ils ne suivent, en effet, aucun chemin spirituel, ils ne connaissent pas l'art du lâcher-prise ou du non-attachement, ils souffrent, ils se sentent pauvres et impuissants, vides et opprimés. Dans leur pauvreté et leur souffrance, ils entendent Jésus leur dire qu'ils connaîtront la présence de Dieu et que rien ne pourra leur retirer leur dignité.

    Cela transforme leur détresse, ils ne se sentent plus seuls, ils sont portés et pris au sérieux. Ils ne se sont pas exercés à la pauvreté en esprit. La vie leur a tout arraché, non seulement les possessions matérielles mais aussi le sentiment de leur propre dignité. Et maintenant, alors qu'ils sont comme  dénudés, ils peuvent entendre cette parole d'espoir qui leur souffle qu'ils ne sont pas loin du royaume de Dieu, que Dieu se tourne tout particulièrement vers eux. Cela leur rend leur dignité et ils retrouvent l'espoir de pouvoir à nouveau réussir leur vie.

    Quel est ce bonheur qui croît au long des huit béatitudes ? Jésus le définit concrètement dans la phrase qui suit la première béatitude : "Car le royaume des cieux est à eux"  

    Anselm Grün - Les huit secrets du bonheur - Salvator, 2008. pp. 44-45

  • Chemin des béatitudes

    La béatitude, réservée aux dieux de l'Olympe et traduite par le mot grec makarios, n'est pas un phénomène purement grec. Dans la Bible du peuple d'Israël, l'individu est aussi confronté à la béatitude. Le premier psaume en est la preuve, puisqu'il commence ainsi : " Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voix des pécheurs ne s'arrête, ni au siège des railleurs ne s'assied, mais se plaît dans la loi du Seigneur, mais murmure sa loi jour et nuit !" (Psaume 1, 1-2) " Heureux qui observe le droit, qui pratique en tout temps la justice !" (Psaume 106,3) "Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et se plait fort à ses préceptes !" (Psaume 112,1) "Heureux, impeccables en leur voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur !" (Psaume 119,1). C'est surtout le psaume 119 qui déclare heureux ceux qui éprouvent de la joie à l'écoute des commandements de Dieu. Martin Buber était très soucieux de traduire au plus près les Psaumes et il évoque ainsi les béatitudes se trouvant au début des Psaumes : " Le mot qui ouvre le psaume est à traduire par oh, la félicité, ou bien oh le bonheur. Le psalmiste s'écrie oh, le bonheur de l'homme" (...) Ce n'est ni un souhait ni une promesse, il ne s'agit pas de savoir si l'homme mérite le bonheur ou s'il a le droit d'être heureux, que ce soit sur terre ou dans une vie future, c'est au contraire un appel joyeux et une constatation enthousiaste : comme cet homme est heureux ! (...)

    Le psalmiste veut très certainement dire : Attention, ici l'existence recèle un bonheur secret, qui compense le malheur et qui finit par l'emporter. Vous ne le voyez pas, mais c'est le véritable et même le seul véritable bonheur. "

    Si nous lisons les Béatitudes en tenant compte des propositions de Buber, nous comprendrons que Jésus ne promet pas seulement le bonheur à celui qui franchit ces huit étapes du chemin, mais il proclame également : "Heureux celui qui a une âme de pauvre, qui est doux, miséricordieux et qui a le coeur pur." L'homme qui se trouve dans cet état d'esprit est déjà heureux. Le bonheur n'est pas une conséquence de notre comportement, il est l'expression de ce comportement. Agir ainsi, c'est déjà connaître le bonheur véritable, être en harmonie avec soi-même et ressentir la plénitude de la vie.

    Anselm Grün - Les huit secrets du bonheur - Salvator, 2008. pp. 25-27