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buber

  • Le Dieu caché

    Je ne peux répondre à la question de savoir pourquoi Dieu se cache. Je ne peux m'élever au-dessus de Dieu pour scruter ses pensées. Je me contente d'en faire le constat : Dieu est souvent caché. Mais en creusant davantage, je puis tenter de comprendre son secret et m'efforcer de trouver une réponse. Peut-être que l'on pourrait proposer un essai de réponse qui irait dans ce sens : Dieu se cache, afin qu'il ne nous vienne pas à l'esprit de l'annexer, de le posséder et d'avoir de lui une connaissance totale. Dieu se cache pour nous montrer qu'il est le Tout Autre et qu'il est le Dieu sur qui je n'ai pas de prise et qu'il nous faut le chercher sans cesse. Saint Benoît demande au moine de chercher Dieu sa vie durant, car lui non plus n'a pas trouvé Dieu une fois pour toutes. Il lui faut sans cesse poursuivre la quête du Dieu  caché. Parfois, Dieu se montre pour nous stimuler dans notre recherche. Mais ensuite, il se cache de nouveau, afin d'intensifier notre quête et que nous l'effectuions de tout notre coeur.

    Sur ce sujet, il y a une histoire hassidique merveilleuse. Elie Wiesel, qui en sa propre chair a subi cette absence de Dieu à Auschwitz, nous la rapporte dans un de ses ouvrages. Un jeune garçon vient trouver le rabbi Baruch, son grand-père, pour se plaindre de son ami : " Nous avons joué à cache-cache; je me suis caché et c'était à son tour de me chercher. Mais je m'étais si bien caché qu'il n'a pu me trouver. Alors il a renoncé et il a cessé de me chercher. Ce n'est pas loyal." Rabbi Baruch lui répondit : " Il en va ainsi avec Dieu. Imagine-toi sa douleur. Il s'est caché et les hommes ne le cherchent pas. Comprends-tu cela ? Dieu se cache et l'homme ne le cherche même pas !"

    Jésus lui-même déclare que le royaume de Dieu s'implante en restant caché. Il est comme le grain de moutarde qui devient un grand arbe (cf Mt 13,31). Jésus nous invite à prier Dieu dans le secret : " Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père dans le secret et ton Père qui voit dans le secret te le rendra." (Mt 6,6) Dieu réside dans le secret. C'est la raison pour laquelle notre prière doit se faire dans le secret. Jésus sait le danger qu'en priant, nous nous élevions au-dessus des autres et que nous voulions en tirer avantage aux yeux d'autrui. Quand nous cherchons Dieu dans le secret, une telle attitude protège notre quête de Dieu. Nous pénétrons au fond de nous-mêmes, dans notre sphère secrète. C'est là que nous pouvons atteindre Dieu qui se cache  pour se refuser aux hommes qui voudraient avoir une prise sur lui.

    De son côté, Martin Buber  raconte une histoire sur le secret de Dieu. C'est l'histoire d'un juif pieux qui vient trouver son rabbi et qui lui demande ce que le croyant doit faire, quand Dieu cache son visage. Le  rabbi lui répond : "Si l'on sait qu'il y a un secret, alors il n'y a plus de secret." (...)

    Anselm Grün - Réponses aux grandes questions de la vie - DDB 2009 pp.152-154

     

  • Chemin des béatitudes

    La béatitude, réservée aux dieux de l'Olympe et traduite par le mot grec makarios, n'est pas un phénomène purement grec. Dans la Bible du peuple d'Israël, l'individu est aussi confronté à la béatitude. Le premier psaume en est la preuve, puisqu'il commence ainsi : " Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voix des pécheurs ne s'arrête, ni au siège des railleurs ne s'assied, mais se plaît dans la loi du Seigneur, mais murmure sa loi jour et nuit !" (Psaume 1, 1-2) " Heureux qui observe le droit, qui pratique en tout temps la justice !" (Psaume 106,3) "Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et se plait fort à ses préceptes !" (Psaume 112,1) "Heureux, impeccables en leur voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur !" (Psaume 119,1). C'est surtout le psaume 119 qui déclare heureux ceux qui éprouvent de la joie à l'écoute des commandements de Dieu. Martin Buber était très soucieux de traduire au plus près les Psaumes et il évoque ainsi les béatitudes se trouvant au début des Psaumes : " Le mot qui ouvre le psaume est à traduire par oh, la félicité, ou bien oh le bonheur. Le psalmiste s'écrie oh, le bonheur de l'homme" (...) Ce n'est ni un souhait ni une promesse, il ne s'agit pas de savoir si l'homme mérite le bonheur ou s'il a le droit d'être heureux, que ce soit sur terre ou dans une vie future, c'est au contraire un appel joyeux et une constatation enthousiaste : comme cet homme est heureux ! (...)

    Le psalmiste veut très certainement dire : Attention, ici l'existence recèle un bonheur secret, qui compense le malheur et qui finit par l'emporter. Vous ne le voyez pas, mais c'est le véritable et même le seul véritable bonheur. "

    Si nous lisons les Béatitudes en tenant compte des propositions de Buber, nous comprendrons que Jésus ne promet pas seulement le bonheur à celui qui franchit ces huit étapes du chemin, mais il proclame également : "Heureux celui qui a une âme de pauvre, qui est doux, miséricordieux et qui a le coeur pur." L'homme qui se trouve dans cet état d'esprit est déjà heureux. Le bonheur n'est pas une conséquence de notre comportement, il est l'expression de ce comportement. Agir ainsi, c'est déjà connaître le bonheur véritable, être en harmonie avec soi-même et ressentir la plénitude de la vie.

    Anselm Grün - Les huit secrets du bonheur - Salvator, 2008. pp. 25-27