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oraison

  • converser avec le Maître (03) : deuxième méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    GETHSEMANI

     

    Cette méthode convient surtout en cas de fatigue, de manque de temps ou de goût à prier, d'absence d'idées.

    Rappelez-vous ce que l’Évangile nous rapporte de la prière de Jésus au Jardin des Oliviers : "Entrant en agonie, Il prolongeait sa prière" (au lieu de la raccourcir comme nous serions tous tentés), répétant toujours la même chose : " Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de Moi, mais que votre volonté soit faite, et non la mienne !" (Lc 22,42). 

    Il n'y a rien de plus simple que cette méthode. Pour être toujours en mesure de l'utiliser, ayez habituellement avec vous, sur un petit carnet, une liste d'intentions qui vous tiennent à cœur, ou, si vous préférez, un catalogue personnel de courts versets bibliques correspondant à vos véritables besoins d'âme et aux désirs que vous avez au fond de vous-même concernant la gloire de Dieu, le bien de l’Église, le bonheur de tous ceux qui vous sont chers...

    Pour établir ce carnet on peut se servir de phrases prises dans l’Évangile : " Seigneur, je crois, mais augmentez ma foi. - Seigneur, Vous qui savez tout, Vous savez bien que je vous aime. - Seigneur, si Vous le voulez, Vous pouvez me guérir "; des différentes paroles du Notre Père, etc. ou bien de prières prises dans les psaumes ou dans la liturgie; ou plus simplement encore, de formules que l'on invente soi-même parce qu'elles correspondent vraiment à nos nécessités personnelles.

    Il est parfaitement licite d'introduire dans cette liste des intentions d'ordre temporel, comme la santé, la réussite de tel projet, le succès de telle entreprise, etc. Notre Seigneur s'intéresse à tout ce qui nous touche. Dans le Pater, Il nous fait demander le pain quotidien. Il ne Lui est pas plus difficile de donner beaucoup que de donner moins. C'est de la mesure de notre confiance qu'Il fait dépendre la mesure de sa puissance effective à notre égard.

    Ne vous laissez jamais arrêter par la stupide objection : " Le Seigneur sait mieux que moi ce dont j'ai besoin, pourquoi donc Lui préciser mes intentions ? "

    Certes, le Seigneur sait toutes choses mieux que nous, mais Il sait aussi qu'il nous est salutaire, pour nous garder dans l'humilité et stimuler notre prière, de nous rendre compte de nos besoins, et c'est pourquoi Il tient à ce que nous entrions dans les détails.

    L'essentiel c'est de Lui faire confiance pour qu'il trie dans nos désirs ceux qui s'harmonisent avec son dessein d'amour sur nous.

    Ce qui est certain, c'est qu'aucune de nos demandes ne reste sans la réponse que nous aurions donnée nous-même, en voyant les choses comme Il les voit. Et Il attend notre prière pour nous accorder ce qui nous convient le mieux. "Demandez et vous recevrez ! Frappez et l'on vous ouvrira ! " (Mt 7,7)

    Après avoir adoré Notre Seigneur et vous être humilié devant Lui, choisissez quelques unes de ces intentions, et répétez-les lentement dix ou vingt fois de suite. Mais, prenez garde, il ne s'agit pas de vous transformer en moulin à prières ou de battre un record de vitesse, comme certaines personnes qui récitent en s'essoufflant  chapelets ou litanies. Méfiez de ce que Notre Seigneur appelle "l'abondance de paroles" (cf. Mt 6,7).

    Voici comment il vous faut procéder :

    Exprimez clairement, à voix basse ou au fond de vous-même, la phrase que vous avez choisie, en vous adressant à Notre Seigneur. Puis faites une pause d'une ou deux minutes ; pendant ce temps, concentrez votre volonté sur l'intention que vous venez d'exprimer, et sans rien dire essayez de faire sentir l'intensité de votre désir. Ce qui fait la force de notre prière, ce n'est pas le nombre de nos paroles, mais la puissance de notre cri intérieur. Vos prières, souvent, ne sont pas exaucées parce qu'elles ne sont pas assez "violentes" (cf. Mt 11,12)

    Puis exprimez à nouveau la même phrase, et ainsi de suite. Pour varier, vous pouvez d'ailleurs la prononcer en union avec Notre-Dame, avec votre Ange gardien, avec tel saint qui vous est cher, en union avec tous ceux qui prient en même temps que vous sur la terre, ou au nom de tous ceux qui ne prient pas.

    Quand une intention vous semble avoir été suffisamment présentée au seigneur, prenez-en une autre. Mais surtout ne cherchez ni la complication, ni la multiplication.

    Terminez comme Notre Seigneur à Gethsémani, ou sur la Croix, par un acte de communion à la volonté du Père et d'abandon confiant entre ses mains. " Père, que votre volonté soit faite et non la mienne" (Lc 22,42) - "Entre vos mains je remets mon esprit et tout ce que je suis" (Lc 23,46).

     

     

     

     

  • Faire oraison 03. Le conseil du vieux curé

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. pp 15-16

    Le livre sur le site de l'éditeur : ici

     

     

    J'ai rencontré voici peu un paysan savoyard qui, outre son travail professionnel, assume d'importantes responsabilités dans les organismes agricoles. On m'avait parlé de son rayonnement chrétien assez exceptionnel. Nous faisons connaissance, nous nous présentons mutuellement  nos activités. Quand je lui parle des Cahiers sur l'oraison, son intérêt visiblement redouble. Devinant que sa réaction m'intrigue, il vient au-devant de ma curiosité.

    "Quand j'étais jeune, je servais souvent la messe du vieux curé de notre village. Un curieux homme, rude, bourru, silencieux, qu'on redoutait un peu, qu'on aimait ou plutôt qu'on vénérait beaucoup. Qu'on hésitait à aborder dans la vie courante, mais qu'on allait aussitôt consulter en cas d'épreuve, dans son presbytère plus dépouillé qu'une cellule de moine. Il passait des heures entières à l'église, en prière. Un jour - j'avais environ quatorze ans - je lui dis :

    - Moi, aussi je voudrais savoir prier, monsieur le Curé.

    Il a dû alors se passer quelque chose d'extraordinaire en lui car il a souri d'une façon que les mots ne peuvent traduire, lui qu'on ne se rappelait pas avoir vu sourire. J'ai pensé depuis qu'il avait prié toute sa vie pour qu'un jour quelqu'un lui posât cette question. Tellement il paraissait heureux, j'ai cru qu'il allait me parler un long moment, là, dans la sacristie, où flottait une vague odeur d'encens. Je ne peux malheureusement pas vous rendre son regard clair, d'une intense pureté ; du moins vous citerai-je textuellement sa réponse ; elle tient en quelques mots :

    - Quand tu vas vers Dieu, petit, pense très fort qu'il est là et dis-lui : Seigneur, je me mets à votre disposition.

    Et sur un ton bourru habituel il enchaîna :

    - Allons, dépêche-toi de ranger ta soutane.

    J'ai compris par la suite que sa brusquerie, c'était de la pudeur.

    Ce jour-là j'avais appris à prier. Et il va y avoir quarante ans que chaque jour je fais oraison en me mettant "à la disposition de Dieu."

     

    Avouez que ce récit vaut bien toute une conférence sur l'oraison. Alors, dispensez-moi de vous écrire plus longuement aujourd'hui. Mais essayez de comprendre ce que signifie : être à la disposition de Dieu. Ça va loin. Il faut commencer par renoncer à disposer de soi. Puis se déposséder de soi-même. S'abandonner tout entier  à Dieu, remettre à sa discrétion, à son pouvoir, à son pouvoir discrétionnaire, son corps, son intelligence, son cœur, sa volonté, sa vie, afin qu'il en dispose à son gré. 

    Mais à quoi bon tenter d'expliquer ? Ce ne sont pas les mots qui peuvent faire comprendre. Priez le vieux curé, qui ne doit plus être bourru maintenant qu'il a trouvé Celui qu'il cherchait, de vous obtenir la grâce d'être à la disposition de Dieu.

  • Préliminaires à la prière - 07

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]


    LA PURIFICATION DU CŒUR

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.


    L'exemple de Moïse

    "Il ne s'est plus élevé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que Yahvé connaissait face à face" (Dt 34,10). Le Deutéronome résume par cette phrase la carrière de cet ami exceptionnel du Seigneur. Or, si ce géant d'Israël s'est confronté souvent avec l'Invisible, ces rencontres n'en ont pas moins connu des saisons, des rythmes, disons même des lois très spéciales. Au commencement, le libérateur des Hébreux n'est qu'un pâtre du désert de Madian lorsque l’Éternel, à l'affût dans un buisson l'interpelle : " l'Ange de Yahvé se manifeste à lui sous la forme d'une flamme de feu, jaillissant du milieu d'un buisson. Moïse se dit alors : " Je vais m'avancer pour considérer cet étrange spectacle et voir pourquoi le buisson ne se consume pas." (Ex 3,2 et suivant). Moïse affronte soudain un phénomène étrange. Des épines embrasées qui ne se consumaient pas. Flaire-t-il le mystère ? Veut-il en sonder la grandeur ?...

    " Yahvé le vit s'avancer pour mieux voir et Dieu l'appela du milieu du buisson :  Moïse, Moïse - Me voici, répondit-il." Au plus ardent de ces braises, une voix parle. Elle appelle Moïse par son nom. Moïse répond. Entre l'invisible interlocuteur et le berger de Jethro, un dialogue commence. Remarquez alors la suite. " N'approche pas d'ici !" Paradoxe de Dieu : il attire et il repousse. Il convoque et il renvoie. Entre la créature et Lui s'étend un espace, une zone sacrée qu'il ne doit pas franchir. "Autant le ciel est haut au-dessus de la terre." (Is 55,9)

    "Ôte les sandales de tes pieds, car le lieu que tu foules est une terre sainte" Partout où réside le Très-Haut, partout où tombe l'ombre de ses ailes, s'étale en même temps un lieu infiniment respectable. Nul n'y pénètre sans précaution, disons mieux, sans purification. Les sandales que le Voyant du Buisson doit retirer de ses pieds symbolisent cette révérence. Pour fouler la terre sainte où Dieu se manifeste, il faudra toujours se dépouiller, s'humilier [attention cependant aux contrefaçons de l'humilité : remarque de l'auteur de ce blog], s'abaisser. Nous pourrions maintenant évoquer d'autres rencontres de Moïse avec Yahvé. Elles révèleraient toujours, d'une manière ou d'une autre, cet instant de respect, d'humiliation totale que le Seigneur des Seigneurs impose à l'homme fragile et pécheur. Mais il est plus intéressant de saisir à d'autres moments de la Révélation biblique  des attitudes semblables pour mieux comprendre combien, de la part de Dieu, il y a une volonté continue de susciter chez ses adorateurs les mêmes comportements. 

                                                           A suivre...

                                       Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

       prochains posts (billets) :

       post n°8 : L'exemple d’Élie

      post n° 9 : L'exemple d'Isaïe

      post n° 10 : La voie de l’Évangile

      post n° 11 : conclusions pratiques

      post n° 12 et suivant  : la 3ème condition requise pour prier : l'invocation de l'Esprit-Saint


  • Préliminaires à la prière - 06

    Si "les yeux du Seigneur sont ouverts sur les justes" (Ps 100,6), ses oreilles ne sont point fermées "à ceux qui crient vers lui nuit et jour" (Lc 18,7). 

    Pour chasser les distractions, pour secouer l'indolence de l'âme, peut-être serait-il bon, selon le conseil de sainte Thérèse d'Avila, de s'adresser au Seigneur, à mi-voix ; de le traiter, dès le début de l'oraison, comme un interlocuteur authentique et d'entamer avec Lui un dialogue. Ce qu'il faudra exprimer surtout avec vigueur, c'est sa foi en ce Dieu qui met tout son sérieux à nous écouter. "Seigneur, je suis certain que vous êtes là à me prêter l'oreille." 

    A ce propos, notons en passant combien le mot "croire", en français moderne, s'est affadi. Dire "je crois qu'il fera beau demain", n'est pas avancer une certitude absolue. Aussi dans le langage de l'oraison, vaudrait-il mieux lui substituer des expressions synonymes, par exemple : " Seigneur, je suis sûr de Vous, je suis absolument convaincu de Votre Présence, je m'appuie ferme sur Vous, je compte sur Vous, etc..."

    Ces paroles, ou de semblables, proférées à mi-voix, répétées plusieurs fois avec insistance procurent un double avantage : elles sont déjà une prière au vrai sens du terme, elles aident à délivrer l'âme , à rompre  les attaches qui la rivent  à tant d'objets étrangers, à la larguer vers le Seigneur. Là encore point de hâte. Il faut parler  lentement, laissant de brefs silences se couler au milieu de ces cris venus des profondeurs. Peu à peu j'en viendrai à me trouver seul avec Celui qui m'accorde une attention éternelle et "ma clameur sera entendue dans les hauteurs" (Is 58,4).

     

    Remarque :

    Il ne suffit pas  de se placer sous le regard de Dieu au début de l'oraison. L'expérience nous démontre, surtout lorsqu’il s'agit de durer longtemps dans la prière, combien les préoccupations, les froissements de l'amour-propre, voire les tentations remontent progressivement à la surface et, trompant la vigilance de l'âme, envahissent le champ de la conscience, comme une herbe tenace. Impossible de retrouver la limpidité de l'attention, la vivacité de la foi à travers laquelle Dieu pourrait se laisser voir. Au cours de l'oraison, il conviendra de  recommencer souvent ces remises sous les yeux du Seigneur - plus courtes, plus ardentes ou plus calmes selon la grâce - maintenant l'intention du cœur dans la vérité.

    "Mettez-vous en présence de Dieu par un acte de foi qu'il faut renouveler de temps en temps pendant le cours de l'oraison" (Rigoleuc). Si l'on tourne à vide, si l'on est miné de distractions, si la sécheresse règne, ces actes constitueront  la trame de notre prière. Rien ne sera perdu, puisque notre bonne volonté de croyant nous aura rendu agréable au Maître Souverain : " Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu" (Heb 11,6)

    Pour nous mettre à la disposition de notre Créateur et Seigneur, croire en Sa Présence paraît primordial. De cette intensité  dans l'application, de cette vigueur dans l'effort initial, la plupart du temps, dépend sinon la réussite, du moins la qualité de notre rencontre avec Dieu. La grandeur de Celui dont le regard nous cherche, et dont l'oreille nous écoute, explique qu'on accentue l'importance de notre premier pas vers Lui.

                              

                                            A suivre....

    Pierre Lauzeral- Préliminaires à la prière

     

  • Préliminaires à la prière - 05

    * Croire intensément que Dieu est là


    Avant de parler à Dieu ou de l'écouter, il faut être convaincu de son existence. Conviction non pas cérébrale et comme extérieure à nous-mêmes, mais conviction vécue, actuelle, saisissant l'être tout entier et le courbant  en présence de son Créateur et Seigneur.

    Plus concrètement encore, il faut se persuader qu'un regard attentif et pénétrant nous enserre, le Regard du Dieu  vivant : Dieu est là près de moi, en moi, qui me regarde et qui m'appelle. Je le crois, j'en suis  sûr. Toute la pédagogie de Dieu dans l’Écriture n'a-t-elle pas consisté à convaincre Israël qu'il était un peuple passionnément regardé par son unique Pasteur ? Dès que s'ouvre la geste des Patriarches, dès qu'apparaissent les premiers  "chevaliers de la foi", Abraham, Isaac, Jacob, le Seigneur inaugurera magistralement sa leçon. Il s'agit de convaincre ces "primitifs" que le Très-Haut est un Dieu proche. A l'ombre d'un chêne, auprès d'une source, autour d'une pierre rayonne la Présence Glorieuse . Peu à peu ces nomades du désert, si peu friands d'aventures spirituelles apprennent en quelle proximité insoupçonnée se déroule leur banale existence.

    Le mot d'ordre donné à Abraham rappelle la densité de cette découverte : " Je suis El-Chaddaï (le Dieu des montagnes) marche en ma présence et sois parfait" (Gn 17,1). Plus tard, Jacob, au terme d'un songe révélateur, s'écriera : "En vérité, Dieu est en ce lieu  et je ne le savais pas" (Gn 28,16).

    En pratique, plusieurs moyens s'offriront pour nous saisir fortement de cette divine Présence. C'est la suggestion proposée par saint Ignace :

    Avant d'entrer en oraison (en prière), "J'élèverai ma pensée vers le ciel, considérant comment Dieu Notre-Seigneur me regarde" (Ex n° 75). Ma prière ne s'identifie en rien avec une considération philosophique ou morale. Elle ne s'apparente pas à une rêverie où je n'aurai qu'à me laisser aller au fil de l'eau. Je suis sous le regard de Quelqu'un, de Quelqu'un qui, en toute vérité, me voit. Là encore, ne sommes-nous pas instruits par l'expérience des hommes de la Bible ? Lorsque sur la montagne, Dieu rend à Abraham son fils Isaac, le père des croyants s'écrie : "Sur la montagne, Dieu pourvoit" ou selon le grec : "Dieu voit" (Gn 22,14). En d'autres endroits, notamment dans les Psaumes, il est sans cesse parlé "des paupières, des prunelles du Seigneur". Anthropomorphisme certes, mais combien suggestif ! Où que nous soyons, où que nous allions, un regard nous cherche, nous investit, nous scrute. Heureux qui consent à se laisser  regarder ! A son tour, il deviendra un "voyant" selon l'appellation que l’Écriture décerne aux anciens prophètes. Il saura traverser l'épaisseur des choses  et s'enhardir jusqu’à la pleine lumière, où Dieu habite. 

    Pratiquement, pour nous imprégner de cette certitude, peut-être sera t-il bon de nous répéter quelques uns des versets du psaume 129 : " Seigneur, tu me sondes et me connais - tu perces de loin mes pensées." Ou bien creuser cette magnifique interpellation : " Tu es le Seigneur, le Dieu qui contemple les siècles" (Eccl 36,17. trad Vulgate)


                        A suivre...


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 02

    Valeur et nécessité de l'effort

    Cependant, pour nous mettre à prier, il ne faut pas rester "oisifs sur la place" en attendant que le Maître nous embauche (Mt 20,3). De même que le Créateur nous a dotés d'une "intelligence capable, à travers ses œuvres, de saisir son invisibilité" (Rm 1,20), de même Il a mis dans notre esprit suffisamment de lumière pour l'atteindre. Bien plus, n'avons-nous pas été au baptême "plongés dans le Saint-Esprit" ? La Troisième Personne de la Sainte Trinité nous a été "donnée avec l'amour de Dieu qu'elle répand" (Rm 5,5). En nous, ce Dieu ne dort pas qui, dès l'origine, "couvait" le monde, "parlait par les prophètes", illuminait l'âme du christ, de la Vierge Marie, des Saints. Comme nous l'expliquerons plus au long, n'est-Il pas Celui dont la présence travaille le cœur de l'homme et l'oriente vers le Père ? De toute notre attention et la ferveur de notre amour, ne sommes-nous pas invités à collaborer à cette action de l'Esprit Saint qui, pour être mystérieuse, n'en demeure pas moins réelle ? Pour prier, il faut surtout la grâce de Dieu, il faut encore notre bonne volonté. Absolument comme pour parvenir au salut, il a fallu que le Fils de Dieu habitât chez nous, mais il faut que nous acceptions son Incarnation.


                           à suivre....

                       prochain post : L'expérience des saints


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 01

    Seigneur, apprends-nous à prier

    "Un jour, quelque part, le Seigneur priait... Quand Il eut fini, un de ses disciples Lui demanda : " Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples" (Luc. 11,1)

    Cet épisode de l’Évangile en dit long sur le mystère de la prière. Seul, Jésus-Christ semble s'y mouvoir à l'aise. Sa dignité en présence de Dieu impressionne les apôtres, au point que l'un d'entre eux pose la question : " Seigneur, apprends-nous à prier !"

    Prier n'est pas à la portée de tout homme, disons, plus radicalement, prier dépasse l'homme. dès lors, pour franchir le seuil de l'oraison, ne faut-il pas que le Maître de la prière vienne à notre secours ? S'il "habite une lumière inaccessible" (Tim. 6,16), ne convient-il pas qu'il éclaire Lui-même la route pour nous mener vers Sa splendeur ?

    A fréquenter le Christ, les disciples ont senti cette vérité et c'est là une grâce que nous devrions leur envier. "Nul n'est monté aux cieux, sinon Celui qui en est descendu" (Jn. 3,13) "Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant" (Jn 13,36)

    En somme, le chemin parcouru par le Verbe Éternel pour rencontrer l'humanité déchue, n'est-il pas celui que notre prière doit suivre, en sens contraire, pour atteindre son Créateur et Seigneur ? Étrange âpreté de  l'entreprise! Une parole de Jésus la décrit, encore qu'il l'ait prononcée en d'autres circonstances : " Pour les hommes, impossible, non pour Dieu  ; car tout est possible à Dieu" (Mc 10,27). En bref, savoir prier est une faveur de Dieu. Comme tout "don excellent, il descend d'En-haut, du Père des Lumières" (Jn 1,17). Jésus-Christ l'a clairement insinué. Après Lui, les saints l'ont répété à satiété. "Oh ! je ne voudrais pas aller à Dieu, si Dieu ne venait à moi", déclarait saint François de Sales, et Mme de Chantal en écho : " L'oraison doit se faire par grâce et non par artifice." Première certitude dont il faut nous assurer si nous voulons pénétrer dans les voies de la prière.

    Or, ce que la foi enseigne, l'expérience bien souvent le démontre. Combien de jeunes s'enquièrent : "Que faut-il faire pour prier ? Comment s'y prendre ?" Des adultes, des prêtres, après plusieurs années de vie spirituelle s'aperçoivent avec effroi qu'ils ne savent pas prier.

    La prière elle-même ne connaît-elle pas ses saisons ? Dans les premiers temps, facile et simple, elle s'écoule quasi naturellement de l'âme. Puis viennent les heures arides ou froides. "La terre sèche, altérée, sans eau" (Ps 63,2). Prier s'avère très pénible : marche au "pays qu'on n’ensemence pas". La tentation surgit, redoutable, de laisser un exercice (l'oraison) où l'on perd son temps. Faut-il ajouter que notre prière est fonction de notre allure spirituelle tout court ? Au lendemain de fautes, dans le doute ou le malheur, en référer à Dieu, à plus forte raison Le contempler nous paraît surhumain. "Route barrée de pierres de taille, sentiers obstrués" (Tim 3,9), la Bible dit bien. Ignorance, malfaçons ou difficultés quelles qu'elles soient, l'expérience spirituelle nous ramène à la conclusion de tout à l'heure : prier, nous ne le pouvons pas, si Dieu lui-même n'intervient. Première donnée de foi.


                                             A suivre....


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière - Apostolat de la prière 1960


    Prochain post :  " Valeur et nécessité de l'effort"





  • la prière du disciple (1)

    198. (...) L'amitié comporte toujours une part réservée au seul ami, à l'exclusion de toute autre présence ; cela résulte de la profondeur des échanges mutuels. L'amitié est donc, nécessairement, pour une part, un monde clos. En cela elle se distingue de la camaraderie. Or cette loi régit également l'amitié de l'homme avec Dieu : cette amitié comporte nécessairement une part d'union personnelle, que rien de communautaire ne pourra jamais supplanter. De même, dans l'amitié qui descend de Dieu vers l'homme, il y a toujours une part incommunicable à autrui.  La qualité même de l'amitié exige cette réserve, et d'autant plus lorsque cette qualité approche de l'infini. Car certaines réalités ne changeront jamais de nature : un trésor sera toujours le bien propre de celui qui sait où il se cache  et comment l'atteindre, un grand et véritable amour ira toujours d'un unique à un unique. Même lorsqu'un seul objet doit appartenir à tous, comme il arrive quand c'est Dieu qu'on aime, même dans ce cas, mon amour pour Dieu est strictement mien. Et Dieu lui-même est mien.

    Mais après tout cela, que donnons-nous à Dieu ? S'il faut des échanges mutuels, où se trouve la part que nous apportons, en vertu de laquelle il y aura enfin réciprocité ?

    Ce que nous donnons à Dieu ? Rien que nous n'ayons 199 d'abord reçu. Dieu, en effet, est notre Créateur, et son action nécessaire s'étend à tout ce qui existe en nous et par nous, jusqu'au moindre élan de notre âme. Cependant, si vous y tenez, et pour que vous ne soyez pas trop déçu, disons que nous donnons quelque chose à Dieu : le choix que nous faisons de lui pour Bien suprême et pour ami. Au vrai, ce choix lui-même nous l'avons reçu, mais librement, en vertu de la subtile toute-puissance de la Cause première. Et c'est tout ! 

    Ne pensez pas, cependant, que ce petit choix, ce petit don que nous versons au fonds commun de l'amitié soit peu de chose. Si vous voulez en juger, imaginez les deux hypothèses que voici : durant cinquante ans, vivre côte à côte avec quelqu'un qui vous a vraiment choisi avec la fibre de son coeur ; ou vivre dans les mêmes conditions avec quelqu'un qui vous exclut totalement. Faites le détail et le total de la différence, et vous mesurerez ce que représente le choix que fait un coeur. Ce choix, personne ne peut l'obtenir de nous si nous ne le faisons pas spontanément. Or voilà que nous voulons le porter sur Dieu ! Une fois de plus, je trouve  ici une justification de l'oraison contemplative. Car, lorsqu'on a choisi Dieu, on conserve son temps à Dieu. Et combien d'éliminations ce choix entraînera t-il par la suite ; préférence que nous admettons aux dépens de nos préférences. Qui se laisse prendre dans l'engrenage de la prière contemplative le veut bien ; il le veut bien parce qu'il a choisi Dieu. Mais, par défaut de ce choix, la vie paraîtrait vide à certains coeurs humains. (A suivre...)

     

    Père Jérôme, Ecrits monastiques, Ed du Sarment, 2002 ISBN - 2-866-79343-9

    http://www.alapage.com/m/ps/mpid:MP-C4620M1727221#moid:MO-C4620M3119227

    http://www.abbayedeseptfons.com/index_fichiers/histoire.html

  • comme un saumon hors de l'eau

    [60] (...) Frère, un saumon qui frétille au soleil, transpercé par le harpon qui le maintient hors de l'eau, ne se demande pas si le harpon est tenu ou non par une main, et par quelqu'un qui est plus puissant que lui. Durant de longues [61] années j'ai été comme ce saumon, et je sais bien que ce n'est pas une puissance créée qui tenait le harpon, ni le hasard qui menait avec moi un jeu si bien calculé.

    Depuis, je suis revenu au bon gros régime de la foi : la marche avec les solides brodequins cloutés. Je sais aussi que, tout compte fait, ce régime constitue la plus grande des grâces. Ceux qui n'ont pas connu la situation du saumon s'ennuient parfois de la marche à pied : ils ont bien tort...! Et pourtant !

    Petit frère, je ne me gonfle pas ; surtout pas devant vous. Je suis bien médiocre, et j'en ai vive conscience. Mais je ne veux que répondre à votre poème, non me confesser. En gros, j'ai tenu dans cette intimité certaine, par une prière, rarement facile, mais fidèle. J'étais construit pour la fidélité. Bien sûr, et cela fait une différence énorme, je sais que ma prière ne tombe jamais dans le mou, je sais que mes stations à l'église ne sont jamais inutiles ; je sais qu'il y a, de la part de Dieu vivant, attention, intérêt envers ma prière, et, si je puis dire, oeuvre commune à Lui et à moi, pour le règne de Dieu. Ma persévérance va de soi, elle est facile, encourageante; bien que ma prière soit une suite d'efforts pour répéter mes quelques formules, et que j'aie, tous les soirs, bien mal aux genoux. Je sais que, selon les habitudes du Seigneur, je ne dois plus recevoir les grâces par grosses vagues déferlantes comme autrefois ; au régime ordinaire, je dois pouvoir tenir.

    Par une réaction naturelle, je cherche à entrer en rapport avec d'autres, qui ont vécu de telles aventures. j'en ai rencontré. Il suffit de peu de paroles pour être merveilleusement encouragé.

    Par contre, lorsque j'entends dire : " Ces oraisons prolongées, ça ne sert à rien", je sais que c'est  [62] par là que tout commence et que tout se maintient, puisque Dieu veut une amitié, et que la Présence est la loi de l'amitié. (...) Notre vocation est de connaître Quelqu' un, de savoir lui parler, de pénétrer ses projets sur les hommes et de les faire nôtres. Or ce Quelqu'un ne se laisse pas traiter comme une chose ! Mais si on est généreux envers lui, il donne un bonheur personnel que rien d'autre ne donne. (...)

    Lettre au frère Nicolas (extrait) du 6 mars 1976

    Père Jérôme, Ecrits monastiques, Ed du Sarment, 2002 ISBN - 2-866-79343-9

  • Ne t'inquiète pas

    35. (...) Ami, pour la vie d'union avec Dieu, il faut à la fois 36. beaucoup compter sur Dieu - car tout, absolument tout, vient de lui, gratuitement - et agir avec beaucoup de ténacité - car les grâces ne sont données qu'aux généreux, aux sacrifiés, aux avides.

    Donc, toujours, à la fois, deux attitudes : premièrement, implorer avec soumission : " Sans vous, rien n'aura lieu, Seigneur !" (Saint Jean de la Croix) ; deuxièmement, déployer "cette obstination douce" en laquelle le cher abbé Bremond reconnaît une caractéristiques des vrais mystiques".

    Remarque très importante, très encourageante : les efforts qu'on fait en vue de l'intimité divine sont un signe que Dieu veut nous donner cette intimité ! C'est évident puisque ces efforts eux-mêmes nous sont donnés par Dieu. Chaque pas que nous faisons nous prouve que le chemin est déjà préparé par Dieu. Chaque acte de volonté par lequel nous choisissons l'union avec Dieu est un signe que nous sommes déjà désignés pour le divin privilège.

    C'est ce qu'exprime Pascal en une formule très solide : " Console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé !" Ou la variante ci-après : " Tu ne me chercherais pas, si tu ne me possédais. Ne t'inquiète donc pas."

     

    Père Jérôme, Ecrits monastiques, Ed du Sarment, 2002 ISBN - 2-866-79343-9

  • Puisons à la Source Jaillissante de Vie

    On peut lire l'Ecriture pendant l'oraison, parce que c'est la parole de Dieu ; il faudrait du reste avoir toujours l'Evangile avec soi, pour le lire un peu quand, de fait, c'est plus difficile. Mais si on peut répéter intérieurement certaines paroles de Jésus : "Donne-moi à boire", "j'ai soif", "si tu savais le don de Dieu", "voici l'Agneau de Dieu", "Demeurez en moi et moi en vous", c'est mieux que de lire ; ces paroles s'inscrivent alors dans notre coeur, elles sortent des profondeurs de notre coeur et nous font entrer dans ce contact direct avec Jésus, ce contact personnel avec l'époux, qu'est l'oraison. Jésus époux veut et réclame de nous cette intimité profonde, parce qu'il veut nous communiquer ses secrets. Le propre de l'Epoux est de communiquer ses secrets à l'épouse ; et les secrets de l'Epoux, c'est la parole qu'il nous adresse comme une parole d'amour qui doit s'inscrire au plus intime de notre coeur et le transformer.

    La rencontre avec la Samaritaine nous montre donc admirablement comment nous devons répondre à l'appel de l'Epoux. La rencontre de Jésus avec le fonctionnaire royal de Capharnaüm  nous fait comprendre comment nous devons exposer à Jésus Epoux les désirs les plus profonds de notre coeur. Nous devons lui dire nos angoisses, nous devons le supplier de nous redonner vie et de nous donner la possibilité de vivre tout proches de lui. L'Eglise insiste aujourd'hui sur la prière de demande pour que nous entrions dans cette pauvreté. Ne pensons pas qu'exposer les désirs de notre coeur ne fait pas partie de l'oraison. Evidemment, il ne s'agit pas de faire une litanie de nos désirs (ou des désirs de ceux que nous aimons), que nous écririons pour la débiter pendant une demi-heure... Non, cela ne ferait pas partie de l'oraison. Ce qui en fait partie, ce sont les désirs profonds qui nous font supplier Jésus de nous donner une nouvelle vie. L'Epoux donne une vie nouvelle, il ressuscite les morts : voilà ce que fait l'oraison.

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 210-211

    ISBN : 2 85049 781 9

    Les ouvrages ainsi que les conférences  de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)

  • l'oraison I

    Saint Thomas, lorsqu'il commente ce  passage dans son Commentaire sur l'Evangile de saint Jean, le fait en théologien contemplatif, c'est-à-dire en mettant toute sa rigueur doctrinale au service d'une lecture contemplative de l'Ecriture, pour en expliciter d'une manière ultime le sens "mystique". Le mystice de saint Thomas est difficile à bien comprendre, parce que nous ne sommes plus du tout habitués à un tel regard.

    Nous avons souvent perdu le sens mystique de l'Ecriture, alors que nous sommes très attentifs au sens littéral, même si, quelquefois, nous le comprenons très mal. Pour saint Thomas, le sens mystique, c'est justement le sens ultime, parce que la parole de Dieu est ordonnée à l'amour.

    Ce sens mystique est donc, d'une certaine manière, relatif à la finalité. Cela doit nous aider à comprendre ce que Cana doit être pour nous. Saint Thomas n'hésite pas à dire - et c'est sans doute la trouvaille d'un saint qui commente saint Jean - que les noces de Cana, prises d'une façon mystique, représentent le mystère de l'oraison, un mystère de rencontre avec Jésus. C'est très audacieux, de dire cela.

    La première chose que Jésus nous enseigne serait donc l'oraison. Il n'est alors pas étonnant que le premier moment de la vocation chrétienne (cf Jn 1,38-39)  soit de suivre "l'Agneau partout où il va" (Ap 14,4).

    Le mystère de l'oraison est le mystère des noces de notre âme avec Jésus. Il est peut-être bon de nous rappeler que, quand nous allons à l'oraison, nous allons à des noces. Alors, pas besoin d'attendre que la cloche sonne ! On y va "en toute hâte" (Cf Lc 1,39), puisque c'est un mystère de noces. "Au sens mystique, nous dit saint Thomas, les noces signifient l'union du Christ et de l'Eglise". Et l'oraison, mystère de noces, est la transformation de notre coeur dans le coeur du Christ. C'est, sous le souffle de l'Esprit Saint, l'exercice le plus divin de la charité, qui consiste à n'être plus qu'un avec Jésus, avec l'Agneau, avec son coeur.

    Si nous aimons, nous voulons aller tout de suite à l'essentiel ; et l'essentiel, c'est que notre coeur soit un avec le coeur de Jésus. Nous, nous apportons à l'oraison l'eau, notre bonne volonté, et Jésus la transforme. C'est lui qui réalise ce mystère d'unité parce que nous ne pouvons pas, par nous-mêmes, "faire oraison". Par nous-mêmes nous pouvons méditer, en bons serviteurs ; mais entrer dans l'oraison, vivre de l'oraison, nous ne le pouvons pas par nous-mêmes. Jésus  seul peut réaliser cela en nous. Cependant il demande notre bonne volonté, il demande que les jarres soient remplies d'eau "jusqu'au bord", c'est-à-dire que notre bonne volonté soit totale et que nous ayons le désir de tout remettre à Jésus. Il peut alors transformer notre bonne volonté en son amour.

    Comme c'est simple ! Mais aussi, quelle audace de la part du théologien, d'affirmer que le mystère de l'oraison est toujours un mystère de noces, les fiancailles de notre âme avec Jésus.

    (à suivre)

    M.D Philippe - Suivre l'Agneau t.II - Ed. St Paul 1999 / pp. 37-38 - ISBN : 2 85049 7819

  • Demeurer dans la rencontre (2)

    Qui a l'initiative d'une telle rencontre? Est-ce la conséquence d'une décision personnelle ou bien d'une exigence que Dieu nous fait percevoir? Faisons-nous oraison par motif de sagesse, pour trouver un équilibre de vie, pour nous dégager des passions et du stress de l'existence ou bien en raison d'une exigence d'amour et  de fidélité qui découle de notre rencontre avec le Christ? Dans le premier cas, l'accent sera mis sur la discipline, voire l'hygiène de vie. Dans le second cas, il portera sur l'obéissance à la Parole.

    La première démarche est de type sapientiel. Elle s'appuie sur le désir d'une vie humainement épanouie (éros). L'accomplissement  de soi inclut la dimension spirituelle et la relation à Dieu. Cette aspiration n'est pas en soi typiquement chrétienne et se fonde sur le désir naturel à tout être d'exister conformément à ce qu'il est. Beaucoup de gens se tournent pour cela vers les sagesses orientales, donnant ainsi la première place à l'initiative humaine. Une société qui valorise l'autonomie des individus encourage cette recherche très personnelle de son propre chemin spirituel. Le chrétien cherche aussi un épanouissement personnel, mais touché par l'amour prévenant de Dieu, il voit dans l'amitié du Christ un condition essentielle quant à la réussite de sa vie humaine.

    La deuxième démarche est de type prophétique. Elle repose sur une expérience de salut en Jésus Christ. Elle procède d'un appel, d'une rencontre décisive. La foi en Jésus Sauveur nous fait prendre conscience de notre état de perdition: sans le Christ, la vie n'a plus de sens. L'oraison est alors une exigence, une soif, une quête de Dieu. Elle nous garde sous le jugement de sa Parole, dans la dynamique de son appel, sous la motion de son Esprit. Elle est exigence de conversion, d' écoute, de disponibilité à recevoir du Christ la vie de Dieu et à en rendre témoignage. Il ne s'agit pas ici de générosité humaine, mais d'ouverture à une énergie d'amour qui nous traverse en nous gardant dans la pauvreté du cœur. Il ne suffit pas d' être présent, mais encore de l'être avec ce cœur de pauvre qui ne s'appuie jamais sur ses propres acquis. Aussi, l'oraison proprement chrétienne ne s'apprend-elle pas. Nous pourrions même dire que notre détachement à l'égard de tout progrès est un bon signe d'avancement spirituel. Le but de l'oraison n'est pas de croître, mais de décroître. Il n'est pas d'exalter la grandeur de notre dignité humaine, mais de perdre sa vie entre les mains de celui-là seul qui la sauve. Il n'est pas de se glorifier, mais de découvrir l'absolue gratuité de l'amour qui a pour nom miséricorde: « Quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s' abaisse sera élevé» (Lc 14,11). Faire oraison, c'est littéralement se convertir à Dieu de sorte que " je vive, mais non plus moi, sinon  le Christ en moi» (Ga 2,20a).

     

    Olivier Rousseau - L'inconnu en chemin - DDB 2008, p. 199

  • vers toi j'ai crié (1)

    L'homme moderne s'est habitué peu à peu à ne voir le monde que comme une totalité fermée. Bien sûr il le constate et le conçoit ouvert à son évolution interne, qui est prodigieuse et incessante, mais, acquis aux évidences communes de la pensée athée (matérialiste, nietzschéenne, etc.) et familiarisé avec la vision scientifique de l'univers, il estime avoir démystifié l'existence de tout "outre-monde", "arrière-monde", "autre monde".

    L'incapacité de concevoir une transcendance qui ne succombe pas aux critiques, aux ironies ou aux démasquages de la raison le paralyse dans le moment même où il voudrait faire appel au Dieu qui est ancestralement, pour l'homme qui prie, "dans son sanctuaire céleste", le Dieu par-dessus tout, le Dieu qui écoute et peut survenir d'un quelque part autre que le monde.

    Se tourner vers Dieu est ressenti instinctivement comme une attitude suspecte : ou bien, en effet, c'est se tourner vers l'Etranger absolu, mais qu'avons-nous à faire avec lui ou lui avec nous ? Le seul fait de le penser  tel nous aliène en nous faisant devenir objet abdiquant notre liberté sous la dépendance de sa subjectivité conjecturale et tout imaginaire ! sa forme dans notre esprit  n'est qu'un fantasme pathologique. Ou bien il n'est qu'un prête-nom et un travesti pour un faisceau de réalités ou de forces intérieures à notre monde, et l'invoquer n'est qu'une manière détournée, celle des faibles, pour tenter de nous approprier notre propre bien.

    Ces dispositions mentales ne dissuadent pas seulement de prier, mais déjà de croire. Cependant c'est dans la tentative de la prière qu'elles manifestent de la manière la plus aiguë leurs propriétés inhibantes. En effet, le mouvement même de la prière, lequel est décentrement de soi et abandon à un Autre, exige dans son premier instant une attitude qui est vécue inévitablement comme naïveté et jette sur elle une suspicion a priori. Chacun a introjecté cette honte au-dedans de soi comme inhérente à sa dignité même, à la façon d'une nouvelle éthique. Tout se passe comme si la raison moderne imposait une certaine "tenue" mentale, et l'attitude de prière est estimée aussi incompatible avec elle que le vice avec la vertu. 

    Entrer en prière supposera désormais qu'on ait surmonté ce nouveau conformisme mental, tout en échappant à ce qu'il y a de pénétrant et de juste  dans la critique de la raison moderne concernant nos représentations de la transcendance divine. Reconquérir une nouvelle "naîveté" (c'est-à-dire une nouvelle liberté jaillissante) qui, loin d'être une régression par rapport à l'attitude critique, en serait un dépassement : tel doit être l'effort de l'orant moderne. 

    Albert-Marie Besnard - vers Toi j'ai crié - Cerf 1979, P. 56-57