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pauvre

  • La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (3)

    [24] Dans ce contexte faussé, il n'est pas étonnant qu'un homme comme Proudhon, par exemple, athée mais respectueux de l'Evangile, se soit interrogé sur la portée d'un projet de suppression de la misère. L'Académie des sciences morales et politiques avait posé la question suivante : " Quelle influence les progrès et le goût du bien-être exercent-ils sur la moralité du peuple ?" Proudhon répond, dans son ouvrage Philosophie de la misère paru en 1846  [ce livre est édité dans la collection 10/18] :

    Nous avons affaire à une société qui ne veut plus être pauvre, qui se moque de tout ce qui lui fut autrefois cher et sacré, la liberté, la religion et la gloire, tant qu'elle n'a pas la richesse ; qui, pour l'obtenir, subit tous les affronts, se rend complice de toutes les lâchetés ; et cette soif ardente de plaisir, cette volonté irrésistible d'arriver au luxe, symptôme d'une nouvelle période de civilisation, est le commandement suprême en vertu duquel nous devons travailler à l'expulsion de la misère : ainsi dit l'Académie. Que devient après cela le précepte de l'expiation et de l'abstinence, la morale du sacrifice, de la résignation et de l'heureuse médiocrité ? Quelle méfiance des dédommagements promis pour l'autre vie et quel démenti à l'Evangile ! Mais surtout quelle justification d'un gouvernement qui a pris la clé d'or pour système ! Comment des hommes religieux, des chrétiens, des Sénèque ont-ils proféré d'un seul coup tant de maximes immorales ?

    Il est clair que Proudhon confond l'Evangile avec la religion de l'au-delà systématisée, sinon inventée, par le déisme du XVIII e siècle, ou avec ce "platonisme pour le peuple " dont parlera Nietzsche. Il était excusable : beaucoup de chrétiens ne voyaient pas l'Evangile sous une autre lumière. Il nous est dès lors possible  d'entrevoir [25] la profondeur des malentendus qui pesaient sur la problématique des questions inévitables et urgentes au sujet des pauvres et de la signification de la pauvreté. Tel est le contexte culturel du XIX e siècle, très schématiquement évoqué, qui nous marque aujourd'hui encore de façon le plus souvent inconsciente.

    Au contraire, dans la tradition biblique et dans la révélation chrétienne, la misère n'est, en aucune manière sacralisée. Aucune auréole de béatitude ne vient la cerner. Depuis les prophètes et jusqu'au coeur de l'Evangile, la misère est dénoncée, aussi nettement que possible et parfois violemment, comme le fruit du péché de la société, comme le péché collectif du peuple de Dieu, comme le symptôme le plus clair que, malgré les manifestations d'un culte prospère, malgré des pèlerinages, des jeûnes et des sacrifices, ce peuple a rompu avec le vrai Dieu que, par ailleurs, "il honore des lèvres". Tous ces soi-disant croyants ont plus ou moins consciemment brisé et rejeté l'Alliance avec le Créateur, en dehors de laquelle toute leur religion n'a aucun sens. Bien loin d'être nimbée d'une lumière de béatitude, la misère est révélée sous la lumière sinistre de la colère de Dieu, de la justice et du châtiment aussi inévitable que le développement d'un cancer dans l'organisme qui en a accueili le virus et ne se défend plus contre son action destructrice. La présence massive de la misère dans une [25] société est une dénonciation, une accusation, une condamnation. 

                                                                                   A suivre.... prochain post 

     Le pauvre et le prophète"  de Pierre Ganne - éd. Anne Sigier, 2003 ISBN 2-89129-438-6 

  • foi et révélation

    (...) (21) Prenons la phrase dans laquelle Levinas résumait la Bible : " Tu te dois à autrui " ! A mon avis, c'est là une pensée tout à fait chrétienne, quoique formulée par un juif. Mais c'est très fort cela, n'est-ce pas ? Et l'homme que nous avons connu, c'est celui qui est hanté par cette parole-là : tu te dois à l'autre ! Pourquoi irais-je me soucier du pauvre, du SDF ? Pourquoi ?

    Cette idée d'une altérité qui est à la fois dans la dignité de l'autre et dans le fait que je me sens appelé à un avenir autre : c'est cela la foi ! Et, finalement, quel est le soutien de la foi ? La révélation, oui... Mais peut-être aussi le sentiment très fort de l'obligation que j'ai de chercher à sauver le monde, à sauver l'idée de l'homme, en cherchant à sauver ma foi. Je pense que c'est quelque chose comme cela... Avec un passage à l'universel, déjà annoncé par les prophètes. C'est étonnant de voir comment nous revivons le drame de l'Israël ancien, qui avait inventé sa révélation !

    "Inventer", c'est un mot qu'il faudrait repenser autrement ! Mais enfin, quand les historiens nous apprennent que les récits des cinq livres bibliques appelés le Pentateuque ont été composés très tardivement, après le retour d'exil du peuple de Juda, sur la base de légendes, de souvenirs et de traditions, dans le but de doter ce peuple d'une histoire qu'il n'avait pas, on n'a plus aucune preuve qu'Abraham et Moïse aient jamais existé. Alors, la révélation de Dieu à Abraham et à Moïse; comment nous, chrétiens, pouvons-nous y croire ? Nous y croyons parce que Jésus l'a repensée - ce qui pose d'ailleurs un problème pour nous - mais enfin elle est liée à sa propre révélation, elle est la mémoire de Jésus. Comment le théologien peut-il sauver autrement l'idée de révélation ? En disant que c'est cette idée qui a forgé l'identité du peuple juif ? Je ne sais pas. Mais moi chrétien, je ne peux pas me reposer simplement sur (22) une révélation qui aurait été faite à un autre peuple auquel je n'appartiens pas. Le livre de Shlomo Sand sur L'invention du peuple juif va poser des questions à un certain nombre de juifs qui se considèrent comme membres du peuple de Dieu. Si c'est la mémoire d'Abraham qui fait l'unité de ce peuple, pour nous chrétiens, c'est la mémoire de Jésus, je pense qui nous permet de recevoir la tradition d'Israël comme révélation, c'est-à-dire comme cheminement de la Parole de Dieu vers les Nations. Mais pourquoi ne pas voir cette Parole - cet appel  à l'humanisation de l'homme - cheminer aussi à travers les cultes rendus à Dieu depuis le commencement de l'humanité ?

    Joseph Moingt - Croire quand même - TempsPrésent , 2010

  • Puisons à la Source Jaillissante de Vie

    On peut lire l'Ecriture pendant l'oraison, parce que c'est la parole de Dieu ; il faudrait du reste avoir toujours l'Evangile avec soi, pour le lire un peu quand, de fait, c'est plus difficile. Mais si on peut répéter intérieurement certaines paroles de Jésus : "Donne-moi à boire", "j'ai soif", "si tu savais le don de Dieu", "voici l'Agneau de Dieu", "Demeurez en moi et moi en vous", c'est mieux que de lire ; ces paroles s'inscrivent alors dans notre coeur, elles sortent des profondeurs de notre coeur et nous font entrer dans ce contact direct avec Jésus, ce contact personnel avec l'époux, qu'est l'oraison. Jésus époux veut et réclame de nous cette intimité profonde, parce qu'il veut nous communiquer ses secrets. Le propre de l'Epoux est de communiquer ses secrets à l'épouse ; et les secrets de l'Epoux, c'est la parole qu'il nous adresse comme une parole d'amour qui doit s'inscrire au plus intime de notre coeur et le transformer.

    La rencontre avec la Samaritaine nous montre donc admirablement comment nous devons répondre à l'appel de l'Epoux. La rencontre de Jésus avec le fonctionnaire royal de Capharnaüm  nous fait comprendre comment nous devons exposer à Jésus Epoux les désirs les plus profonds de notre coeur. Nous devons lui dire nos angoisses, nous devons le supplier de nous redonner vie et de nous donner la possibilité de vivre tout proches de lui. L'Eglise insiste aujourd'hui sur la prière de demande pour que nous entrions dans cette pauvreté. Ne pensons pas qu'exposer les désirs de notre coeur ne fait pas partie de l'oraison. Evidemment, il ne s'agit pas de faire une litanie de nos désirs (ou des désirs de ceux que nous aimons), que nous écririons pour la débiter pendant une demi-heure... Non, cela ne ferait pas partie de l'oraison. Ce qui en fait partie, ce sont les désirs profonds qui nous font supplier Jésus de nous donner une nouvelle vie. L'Epoux donne une vie nouvelle, il ressuscite les morts : voilà ce que fait l'oraison.

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 210-211

    ISBN : 2 85049 781 9

    Les ouvrages ainsi que les conférences  de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)