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confession

  • On demande des pécheurs 16

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [105]

    Le retournement chrétien

    (...) Choisir la miséricorde, c'est choisir les autres. Cette réflexion sur le choix de la miséricorde - première et dernière démarche du chrétien - nous met au cœur de la pénitence qui est inséparablement retour à Dieu et retour à nos frères. Il est impossible - nous l'avons dit en parlant de David et de l'enfant prodigue - de séparer nos deux partenaires : Dieu et les autres.

    Le " Je confesse à Dieu " s'ouvre par une demande de pardon à tous les saints, à la communion des saints et se termine par une confession " à vous mes frères ", c'est-à-dire à toute l’Église. Si je suis constitué Fils de Dieu, c'est pour devenir frère des autres et donc pour jouer un rôle dans la communauté des frères. Le péché est toujours un manque à ce rôle et la communauté en souffre. Le péché de David et le péché de l'enfant prodigue ont été une brisure qui atteignait inséparablement le Père, la communauté et la famille. Tout péché est rupture d'une relation. Nous dirions volontiers ceci par comparaison avec la vie de prière. Quant sainte Thérèse d'Avila cherche le seul signe qui ne trompe pas sur la prière, elle conclut que c'est sortir de la prière en désirant davantage ce que Dieu veut. Or l'un des signes qui trompe le moins sur la vérité de la confession est d'en sortir en voulant un peu plus écouter ce que nos frères attendent de nous. 

    Si nous nous confessons devant quelqu'un, c'est bien sûr pour affirmer que c'est avec nos frères, avec toute 106 la communauté des croyants que l'amitié de Dieu, restaurée par le pardon, nous réintègre. Mais dire ceci ne suffit pas à exprimer toute la richesse communautaire de la pénitence. Il y a beaucoup plus. Et nous ne sommes pas sûrs qu'à vouloir actuellement remettre de façon trop courte l'accent sur le " communautaire ", on ne tombe pas dans une anémie de ce sens communautaire lui-même.

    Ce sacrement est en effet le lieu privilégié pour manifester la grande vérité nouvelle du christianisme. Il y a une interaction entre ce que nous faisons aux autres et ce que Dieu nous fait.

    Quand le Christ dit : " Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait ", ou  : " De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous en retour ", ou lorsqu'il nous invite à aimer comme lui, c'est-à-dire comme son Père aime, nous touchons à ce qui est peut-être le secret du retournement chrétien ; non plus : " Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse à toi-même ", mais : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que Dieu te fasse à toi-même. "

    " Pardonne-nous, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés " : aller se confesser, c'est non seulement rentrer dans la communion de ses frères, mais c'est vouloir partager le regard de Dieu sur ses frères. c'est donc accepter l'intervention du Christ et partager avec nos frères son énergie dans la lutte contre le mal qui est en nous, permettre à Dieu de libérer en nous toutes les possibilités de pardon et d'amour, accepter d'être à son image.

              P. Bernard Bro, o.p

     

    A suivre... Le prochain post concernera l'examen de conscience. Ainsi se terminera, au seuil de la Semaine sainte, cette série tirée de ce livre du Père Bernard Bro, "On demande des pécheurs", livre réédité, à lire, à relire tant c'est profond. 

     

     

     

  • On demande des pécheurs 13

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [82]

    Nous ne sommes pas seuls

    (...) Pourquoi est-ce que nous nous confessons si peu, et si mal, quand nous atteignons la maturité ? Pourquoi avons-nous tant de peine à découvrir que ce qui nous blesse est justement ce qui peut devenir la part bénie de notre vie ? Peut-être est-ce parce qu'elle nous ramène à la vérité ? 

    Ce que nous avons de plus à nous, qu'il s'agisse des hommes ou des peuples, la faiblesse... notre faiblesse. Ce n'est pas celle du voisin, mais la nôtre, notre part. Nous ne pouvons pas nous tromper, non pas forcément sur notre chute, mais sur le sens de notre fragilité. Ajoutons que nous ne fabriquons pas le pardon, c'est un autre qui nous le donne. Il nous faut apprendre à recevoir. Cela nous est dur d'accepter de recevoir un salut, une parole de bonté. Or, c'est peut-être par là que nous devenons un adulte : en acceptant dans la paix notre limite, et en consentant à recevoir un secours de celui qui peut nous aider, en admettant " de nous engendrer à la finitude ", comme disent les psychanalystes. Non seulement la faiblesse n'est pas insignifiante, mais elle est la part privilégiée de notre vie, c'est là le grand retournement chrétien : accepter de ne plus pouvoir nous passer d'un "autre", de Dieu. 

    Il faut, à la suite de David et du fils prodigue, reconnaître que le péché peut devenir utile, oui, " même le péché ". Ceci est proprement scandaleux. Le mal, le désordre et la rupture n'ont pas de sens en eux-mêmes. Ils sont atteinte, blessure, et on ne sait jamais à l'avance ce qu'il en résultera. Néron ne travaillait pas pour la gloire de Dieu. Il faut le dire, et ne pas tricher. 

    Ce scandale exprime bien la gravité du péché, même si, ensuite, la générosité et la bonté prennent le dessus. Pour beaucoup d'entre nous, y a-t-il d'autres voies moins illusoires vers Dieu ? 

    C'est peut-être seulement à cause du péché et de l'impasse 83 où il nous met que nous acceptons d'entrer dans un projet de vie qui nous dépasse : celui de Dieu-avec-nous : " Quand tu étais jeune, tu allais où tu voulais. Quand tu seras devenu vieux, un autre te mènera où tu ne voudrais pas " (Jn 21,18).

    (...) non seulement l'inévitable est désormais utile et part privilégiée de notre vie, mais nous ne sommes plus seuls en face de cet inévitable et du mal ; nous ne sommes plus solitaires en face de notre crainte et de notre détresse. Il tient à nous de le reconnaître ; et, du fait même que nous avons choisi la miséricorde et l'amour de Dieu, tout est déjà changé. Notre vie est une action à deux. Or nous y pensons toujours comme si nous étions seuls. La peur est justement le fait d'un homme seul. Et Dieu vient nous dire : " Mais non, j'étais là, je suis là." (...)  

    A suivre...

                       P. Bernard Bro, o.p

     

  • On demande des pécheurs 12

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [77]

    Voir ce qui est

    (...) En nous appelant à partager son amitié, Dieu ne nous appelle pas à l'illusion. Toute vie avec Dieu ne peut naître et exister que dans le désir de la lumière, parce que c'est une vie fondée sur un amour. Entrer en amitié avec Dieu, ce sera accepter qu'il prenne au sérieux l'éducation de notre bonheur et donc qu'il veuille nous faire sortir de l'illusion qui, à chaque instant, nous menace. Si le Christ, tout Fils de Dieu qu'il était, a commencé sa vie par la lutte, par le combat de la vérité dans les tentations au désert, et s'il l'a terminée par la bataille, par l'agonie, comment en serait-il autrement pour nous ?

    Il s'agit d'être réaliste. Le médecin, qui sait pourtant tout d'une maladie par ses symptômes extérieurs, a cependant besoin que le malade s'en explique, que le malade dise ce qu'il ressent, et qu'il en prenne conscience. 78 Que voulez-vous que fasse un médecin en face de celui qui ne veut pas se savoir malade ? Que peut faire un sauveur en face de celui qui ne veut pas sortir de sa prison ? Jamais le Christ ne cherche, dans ses rencontres avec les hommes, à dissimuler ce qui est faiblesse, péché, maladie. La première venue de Dieu dans une vie commence toujours par accroître la lucidité. Le Christ ne peut pas venir sans révéler ce qui est, simplement ce-qui-est. Comme la lumière, elle n'ajoute rien, mais elle fait voir la réalité. Il ne cache pas à la Samaritaine, à Pierre, à Marie-Madeleine, à Matthieu, au publicain, ce qu'ils sont : des êtres faibles et pécheurs. Quelle action de grâces qui est la sienne devant le centurion ou Zachée, quand ils acceptent la lumière ! Mais quelle déception devant les pharisiens qui ont des alibis !

    Le Christ n'est reçu que de ceux qui ont reconnu leur impossibilité à organiser seuls leur existence, c'est-à-dire de ceux qui ont admis que leur vie est dominée par la loi du péché et la loi du progrès. Nous ne sommes pas seulement des adolescents qui ont besoin d'apprendre à devenir des hommes, mais aussi des infirmes blessés, incapables, par conséquent, non seulement de trouver le salut, non seulement d'atteindre sans un long délai leur accomplissement d'une foi adulte, mais encore d'utiliser les moyens de leur guérison.

    Et Dieu pour nous guérir - merveilleuse délicatesse - propose de nous rééduquer, de nous sauver au cœur même de notre mal. Il ne tient pas compte du péché, il nous propose simplement de reconnaître, comme nous le pouvons, avec nos limites, ce qui a été. Reconnaître ce qui est, voilà l'aveu

    Dans la confession, Dieu nous demande simplement d'apprendre, en vérité, à quel point nous avons besoin de salut, car nous ne le savons jamais assez. Nous éduquer à voir ce qui est, voilà ce que vient faire la [79] confession. Et l'aveu nous oblige à faire naître en nous une humilité décidée à opérer des actes même peut-être très simples, aussi simples que, pour Naaman le général syrien, de se baigner dans le Jourdain, de se baigner dans la lumière de Dieu, de prendre Dieu et la vérité au sérieux.

    A suivre...

                  P. Bernard Bro, o.p

     

  • On demande des pécheurs 11

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [75]

    Levée d'écrou : Dieu vient nous sortir de notre prison

    Nous pouvons nous demander enfin : Pourquoi avouer, pourquoi nous torturer à nous souvenir de ce qui fait notre honte et notre gêne ? A quoi bon devoir expliquer notre péché, puisque Dieu le connaît ? Ce serait si simple de pouvoir lui dire : " Mon Dieu, voyez clair dans tout cela, moi je ne vois pas clair. et puis, pardonnez-moi." C'est vrai, la démarche de la confession est pénible. "Le seul fait de faire cette démarche couvre, parfois à elle seule, toute la peine du péché " dit saint Thomas d' Aquin.

    Dostoïevski raconte qu'en arrivant au bagne, il eut cette pensée : " Me voilà au bout du voyage : je suis au bagne ! Me voici au port pour de longues, très longues années. Voici mon coin ! J'y arrive le cœur broyé, plein d'appréhension et de défiance... Mais qui sait si, dans beaucoup d'années, au moment de quitter, je ne le 76 regretterai pas ! La pensée qu'un jour je regretterais ce lieu me remplissait d'une horreur angoissée." Or, pouvons-nous dire que nous savons à quel point nous sommes emprisonnés ? Et désirons-nous vraiment quitter nos prisons ? Il est en apparence tellement plus facile de s'en accommoder : " Au moment de le quitter, regretterai-je ce lieu ? " se demandait Dostoïevski, et pourtant c'était du bagne qu'il s'agissait. 

    Mais si fort est notre pouvoir d'aveuglement que nous nous habituons à tout. Dans l'étonnant dialogue inventé par Eschyle entre Prométhée et les filles de l'Océan, nous entendons la surprenante réponse du demi-dieu, crucifié sur son rocher, aux filles qui l'interrogent sur le plus grand don qu'il a fait aux hommes. Prométhée, enchaîné, énumère tout ce qu'il a fait de bien pour les hommes. Il leur a donné le feu qui a permis la fabrication des instruments du travail ; d'où est né l'intelligence technique, et par la suite la civilisation. " Mais, dit-il, je leur ai donné quelque chose de bien plus grand encore : je leur ai donné l'illusion qui leur fait oublier la mort et les fait vivre sans souci de leur véritable destin. " Et les filles de l'Océan approuvent : " Oui, tu as fait aux hommes un très grand don ".

    On nous répète que les sacrements nous donnent la vie même de Dieu, que les sacrements nous rendent maîtres de notre salut dans un admirable échange. Certes, mais à quoi bon, si l'on oublie que nous avons besoin en même temps d'être guéri de nos aveuglements, et que notre première difficulté est de sortir de notre état de malade et d'adolescent ? A quoi bon la liturgie, la pratique, les sacrements s'ils nourrissent en nous une autre sorte d'illusion... Or, justement, par la confession, il nous est proposé de sortir des prisons où nous tiennent nos illusions, nos habitudes et le poids de nos fautes. Mais elle ne le peut 77 qu'à une condition, en nous révélant la vérité. Si les sacrements sont toujours une action à deux, un dialogue, cela veut bien dire que le Christ, dans ce dialogue, nous renvoie toujours à notre conscience, ou plus exactement que le Christ a assez d'estime pour nous rendre responsables de faire la vérité. Il nous juge, en effet, assez dignes d'entendre des questions plus profondes que nous le pensions. Ces questions, imprévisibles parfois, vont nous obliger à aller plus loin dans la lumière, à voir toutes les méprises que nous commettons par rapport à notre conscience, à notre parole. La Parole de l'Autre, du Christ, n'a pas d'abord pour but d'arranger les choses, de nous bien entendre, mais de nous faire aller plus loin pour pouvoir porter les vraies questions de notre vie.

    A suivre...

                  P. Bernard Bro, o.p

     

  • On demande des pécheurs 10

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [73]

    Pourquoi se confesser à un homme (suite)?

    (...) Il serait séduisant, et de fait, paraîtrait plus beau en un sens, que le salut dépende de la sainteté ou de l'intelligence du prêtre. Cette solution serait en réalité terriblement  cruelle, soit pour le prêtre, soit pour le fidèle. Nous ne sortirons jamais du dilemme du tout ou du rien : ou bien des prêtres parfaits, ou bien personne qui puisse nous sauver. C'est bien ainsi que, trop souvent, chrétiens, nous imaginons l’Église, nous coupant du médecin parce que le pharmacien ne nous plaît pas.

    En fait, Dieu a remis le salut aux mains de notre liberté, liberté de donner, liberté de recevoir, et non pas aux mains de notre sainteté. Ce qui rend l’Église odieuse parfois aux yeux de certains est justement ce qui nous sauve : à savoir que l'absolution est toujours une absolution, quel que soit l'état d'âme de celui qui la donne. Car celui-ci, s'il n'est pas toujours, ou pas forcément en amitié avec Dieu, est toujours libre de vouloir, au moins, bien faire pour les autres, au moins vouloir transmettre le salut. Si Dieu lui demande beaucoup pour son propre salut, il lui demande très peu pour le salut des autres. " Pierre baptise ? C'est le Christ qui baptise. Paul baptise ? C'est le Christ qui baptise. Judas baptise ? C'est le Christ qui baptise" (St Augustin). On doit dire la même chose du pardon. La miséricorde [74]  de Dieu ne supporte pas que le salut de l'humanité soit mesuré par le poids de sainteté ou de médiocrité des hommes. S'il y a pour nous une invitation à adorer la miséricorde, c'est là qu'elle se trouve.

    En effet, si quelqu'un avait le droit d'être puriste et de ne pas tolérer que le salut soit administré indignement, c'est bien Dieu. Et il ne l'aurait pas toléré, s'il avait aimé ce qu'on appelle - hélas ! très mal - sa "Gloire" avant d'aimer les pécheurs. Ou, plus profondément, si la Gloire de Dieu avait été celle de sa pureté, au lieu d'être celle de la miséricorde. Or sa miséricorde veut précisément que le salut soit offert aux hommes même indignement plutôt que de ne pas l'être du tout.

    " Je vous sauverai n'importe comment, mais je vous sauverai. " Après maints passages des évangiles, n'est-ce pas le cri de l'épître aux Hébreux ? A moins de n’accepter pour prêtres que des êtres de cristal, et non pas des êtres de chair et de sang, il fallait choisir en effet entre la remise du salut au compte-gouttes par des êtres aussi rares que les héros de la charité, ou bien la distribution du salut littéralement par n'importe qui, pourvu que le prêtre accepte d'être choisi pour cela. Et ce consentement, s'il est donné loyalement, est d'ailleurs le gage le plus profond qui puisse être donné à l'homme, au prêtre lui-même : qu'il parviendra lui aussi à la sainteté à travers les vicissitudes de sa misère. 

    Accepter le dessein de Dieu, le salut de Dieu, le pardon de Dieu, dans ces dispositions infiniment douces pour notre faiblesse et infiniment révoltantes pour notre orgueil, c'est peut-être en fin de compte la seule condition de notre salut par la confession.

    A suivre...

                  P. Bernard Bro, o.p

  • On demande des pécheurs 09

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [68]

    Pourquoi se confesser à un homme ?

    (...) Pourquoi nous accuser de péchés que nous connaissons trop à quelqu'un qui ne sait rien de nous-même ? Et nous éprouvons souvent ce décalage, en effet, entre les idées d'un prêtre - trop rigide ou trop strict à nos yeux, ou bien, au contraire, trop large - et nous, pénitent qui, de notre côté, essayons de nous adapter, d'arranger nos fautes en fonction de cet homme. Que répondre s'il nous dit, par exemple, en face de tel aveu qu'il est capital, alors que pour nous cela nous apparaît sans importance, ou bien l'inverse ?

    Certes, le confesseur reste un homme, capable de bien des erreurs... qui font sourire quand elles ne sont pas douloureuses : une grand-mère s'entendra recommander d'être sage en classe, ou bien une veuve de bien accomplir son devoir conjugal... On peut multiplier les exemples ; ils restent à la surface.

    [69] La réponse tient en cette découverte que le prêtre est là pour nous rappeler ce qui est le plus difficile à croire dans notre vie, que nous sommes aimés. En effet, si Dieu a pris un visage, s'il est venu à Noël, s'il est venu pleurer avec nous, s'asseoir avec nous à la table de la paix, c'est pour la même raison que le prêtre est là : pour nous redire que le Christ nous aime assez pour que nos péchés n'existent plus. Alors, au-delà de la fatigue du prêtre, ou de son incompréhension, au-delà de ses limites ou des pauvres clichés qu'il a à offrir  à celui qui vient le trouver, pourquoi ne pas lui redire de temps en temps que nous venons chercher la paix de Dieu , la lumière de l’Évangile dont nous avons besoin ? Le prêtre et le chrétien sont ensemble, à genoux devant la même croix, celle du Christ, demandant ensemble, l'aide de Dieu.

    (...)

    [70] Peut-être est-on bien persuadé dans l'abstrait, que Dieu est tout-puissant, fort, bon, éternel, provident, mais par la confession, on va le découvrir expérimentalement, concrètement. On peut enfin savoir comment Dieu est un autre, en vivant une action commune avec lui.

    Que Dieu est tout, bien sûr nous sommes bien obligés de l'admettre, s'il est Dieu. Mais il s'agit de nous convaincre qu'un dialogue est alors possible avec lui. Il s'agit d'être assuré, de façon concrète, précise, que cet " Autre " existe pour nous - certes infiniment proche et infiniment différent, en même temps. Voilà pourquoi la confession nous est proposée, et si l'on ne se confesse [71] plus, on en arrive un jour fatalement à la conclusion que nous n'existons pas pour Dieu.

    Alors, si nous existons, et si nous agissons, il faut en conclure que Dieu compte sur ce dialogue, sur cette action, qu'il en a besoin et qu'il ne peut plus faire sans nous ce qu'il a décidé de faire avec nous. (...)

    A suivre...

    P. Bernard Bro o.p

  • On demande des pécheurs 08

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [65]

    De naissance en naissance

    (...) Chaque fois que nous nous confessons commence quelque chose d'absolument nouveau : une visite de Dieu, une nouvelle naissance. Il s'agit bien d'un commencement absolu, et s'il faut recommencer, ce n'est pas parce que nous sommes revenus en arrière - encore [66] que cela arrive - mais parce que nous nous acheminons peu à peu, de commencement absolu en commencement absolu, jusqu'à l'irruption définitive de la vie éternelle en nous. 

    Se confesser, c'est opérer une conversion de soi irréversible, mais l'opérer de façon telle qu'elle ménage notre fragilité et nous permette de parvenir peu à peu à ce degré d'amour et de lucidité où tout devient irréversible. Les sacrements ont un caractère à la fois discontinu et progressif.

    La confession est là pour nous "apprivoiser" progressivement à la rencontre, à la vie, à l'amour de Dieu, jusqu'à ce que la mort nous fasse entrer, d'un coup, et d'une manière définitive, dans cette lumière. Et c'est pourquoi, ici-bas, il faut toujours recommencer, non parce que cela a été mal fait ou annulé par nos fautes, mais parce qu'il nous reste encore à grandir. Il ne s'agit pas ici de grandir à partir d'une naissance qui ne peut être renouvelée, mais, en quelque sorte, de grandir par des naissances successives de plus en plus fréquentes, d'approfondir la rencontre, de la rendre plus "opérante", plus vraie, plus efficace.

    "C'est quand on se convertit au Seigneur que le voile tombe. Et quant à nous, reflétant tous sur un visage sans voile la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à la même ressemblance, de gloire en gloire, comme par l'action du Seigneur qui est Esprit." (2 Co 3,16-18)

    Tout nous est donné chaque fois, toute la vie divine et les énergies sans limite du Christ ; et en même temps, tout est proportionné, comme le pain et le vin, viatique proposé pour une étape nouvelle.

    Il ne suffit pas de nous donner un remède ou une nourriture si nous ne savons pas l'utiliser. C'est pourquoi nous recevons quelqu'un qui commence par nous [67] réconcilier avec cette condition humaine et qui nous aide, par sa lumière, à comprendre combien il est normal de tout recommencer chaque jour avec lui. Dieu vient lui-même nous rendre courage et nous aider à croire que le progrès est possible. Dieu lui-même, dans chaque sacrement, et spécialement la confession et l'eucharistie, vient nous redire ce qu'aucun homme ne peut dire  et que l’Église proclame solennellement sur les fonts baptismaux dans la nuit de Pâques : désormais par les sacrements une jeunesse éternelle nous est donnée.

    A suivre...

                                              Père Bernard Bro, o.p

     

  • On demande des pécheurs 07

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [58]

    Le sens du péché n'est pas naturel

    (...) Le sens du péché, contrairement, à ce que nous pensons, n'est pas naturel. De même que l'amitié n'est pas facile (les amitiés de collège qui nous paraissent simples et, pour ainsi dire, éternelles, qu'en reste-t-il parfois, parvenus à l'âge adulte ?)

    Il en est un peu de même pour le sens du péché : on penserait volontiers qu'après avoir éprouvé cette mauvaise conscience du "péché", elle s'est peu à peu usée, [59] affadie, et qu'un jour on s'en est débarrassé. Mais a-t-on vraiment eu cette conscience, ou, plus exactement, n'a-t-on pas développé simplement en nous une loi, un règlement ? Et le péché se réduit alors à n'être qu'une transgression, un manquement à la loi ; la loi n'ayant plus de sens, la conscience du péché disparaît du même coup.

    Or, ce qui définit le péché est beaucoup plus profond, nous l'avons vu plus haut, ce n'est pas seulement une loi, un règlement, mais une lumière. C'est en face de la lumière que je me reconnais pécheur, lumière qui me fait découvrir le meilleur, le vrai, l'accomplissement de ce que je peux et dois faire. Or cette lumière est désirable puisqu'elle est liée  à mon bonheur, à mon achèvement. Elle devient bien la " règle " de ma conduite, mais dans un tout autre sens : c'est en effet  elle qui me permet de pressentir quelle serait l'unité réelle de ma vie, c'est elle qui me donne  le pouvoir d'établir une hiérarchie entre tous mes désirs.

    Ainsi, pécher ne consiste pas d'abord à " sortir "  d'un règlement, mais plus profondément à ne pas vouloir entrer dans cette " loi ", à ne pas vouloir chercher cette lumière, du fait que je me laisse solliciter par d'autres lueurs. Je garde le terrible privilège de la liberté humaine, le pouvoir de dire non à la sollicitation du meilleur, et donc du vrai.

    Ajoutons, et nous y reviendrons, que cette lumière n'est pas naturellement à notre portée, si Quelqu'un ne nous la redonne chaque jour : le Christ. Si le péché se réduit à n'être qu'une transgression, bien sûr, nous en perdons le sens. Mais il est une trahison, et c'est tout autre chose. Or les ennemis ne trahissent pas, il n'y a que les amis qui puissent trahir. Imaginons la femme adultère de l’Évangile, en face [60] du Christ. Il lui pardonne tout, il la rétablit en pleine confiance, il la protège contre elle-même et contre les autres. Supposons que cette femme s'en retourne en riant du Christ, revenant à sa faute : voilà une trahison, voilà le péché. (...)

    [61]

    On recommence toujours

    Nous recommençons toujours, alors à quoi bon ? Pourquoi nous présenter régulièrement au confessionnal, telle cette vieille dame du film, qui s'entend répondre : " Alors, mon enfant, ce sera comme la dernière quinzaine ? " Un peu comme un épicier qui dirait : " Ce sera tout pour madame..." Pourquoi une confession de consommation ?

    C'est vrai, nous recommençons. Je recommence tous les hivers à avoir de la sinusite ou à ressentir des rhumatismes. Certes, ce ne sera jamais la même sinusite , ni les mêmes rhumatismes ; de même que je ne recommence pas les mêmes actes, mais c'est bien aux mêmes penchants que je suis soumis. Et voici que la confession va nous aider à admettre la première condition de vérité de notre vie, et à l'admettre comme une chance et non comme un esclavage, à savoir que nous sommes dans un régime de vie où les [62] choses se répètent. Le refuser, c'est refuser de vivre. C'est vrai qu'il est parfois pesant de recommencer le planning de son travail, de refaire mille gestes quotidiens, de subir la répétition des mêmes répétitions. Et nous n'avons pas envie de nous l'entendre dire.

    Loin de nous faire sortir de cet état, la confession nous y maintient. Si nous sommes vrais, elle ne nous gratifie pas d'une bonne conscience factice, au contraire, elle nous introduit dans le dénuement et nous apprend notre pauvreté. Mais elle nous livre  en même temps la chance de notre vie : une présence et une fidélité indéfectibles en face de cette répétition et de cette lassitude, celle du Christ.

    En nous confessant, nous acceptons de mener notre vie comme une action à deux, dont l'un des partenaires, le Christ, n'est pas soumis au changement, à la fragilité, à la fatigue, à la brisure du temps. Avec lui, notre existence a enfin de quoi échapper à l'univers cassé de la répétition.

    Nous imaginons spontanément que la confession est tournée vers le passé, et qu'il s'agit d'abord de nous débarrasser d'un malaise et de blanchir un passé. Mais la confession est là aussi pour nous faire prendre vigueur en face de l'avenir, elle est surtout le sacrement de l'avenir, de la responsabilité, de la possibilité de refaire l'unité de sa vie. Nous venons prendre un peu de force - celle du Christ - pour, éventuellement, un peu moins recommencer. " C'est par la constance que vous sauverez vos âmes"

    Toujours recommencer, cela signifie-t-il ne faire aucun progrès ? Car nous envisageons volontiers notre vie [63] et le progrès à la façon des architectes et des entrepreneurs : d'abord les fondations, puis le rez-de-chaussée, les étages et enfin le toit. Ainsi le baptême ou la conversion seraient les fondations établies de manière définitive, et une fois posées, il n'y aurait plus qu'à s'occuper d'autre chose. Or la confession nous propose une progression dont l'essentiel est de recommencer toujours la même chose : renouveler périodiquement l'aveu des mêmes péchés.

    Le progrès à la manière de l'architecte est-il concevable dans la vie que Dieu nous propose de partager avec lui ? S'il s'agit de recommencer toujours la même chose, comment pouvons-nous donc parler de progrès ? Eh bien, oui, c'est peut-être la confession qui va  nous obliger à changer radicalement d'idée sur le progrès de notre vie. En effet, un jour on commence à pressentir que tout est réclamé du chrétien, immédiatement, et que la vie chrétienne ne consiste pas en une succession de progrès quantitatifs, qu'il ne s'agit pas d'accomplir une série de devoirs, l'un après l'autre, et dont on pourrait ensuite se croire déchargés, mais bien de les accomplir tous de mieux en mieux. On comprend alors que Dieu nous propose et nous demande un seul mouvement, celui qui consiste à se  jeter en lui " en toute confiance" "par le chemin de la foi au christ ". Une fois qu'on a découvert ce qu'est ce mouvement de conversion, de mort et d'amour, on peut dire que l'on tient tout. C'est seulement une disposition très simple : " aimer ", une attitude d'âme qui entraîne " automatiquement ", si l'on peut dire, les dispositions connexes : mettre sa confiance en Dieu, s'occuper des autres, être patient, etc.

    Nous voudrions bien nous convertir en entier pour toujours, comme on quitte une pièce pour rentrer dans une autre, et qu'il n'y ait plus aucun moyen de revenir sur notre état antérieur. C'est un peu ainsi que nous [64] verrions le mariage, la vie religieuse, à la manière d'une consécration irréversible - et elle est bien ainsi dans l'invisible. Mais cet état de don, de disponibilité totale, irrévocable, est celui des bienheureux [les "bienheureux" désignent les défunts qui sont "au ciel"] et non celui des hommes qui doivent toujours recommencer, répéter, ainsi qu'un plongeur qui s'exerce indéfiniment et renouvelle le même geste pour qu'il devienne enfin naturel et non pour acquérir on ne sait quelle perfection artificielle. 

    Pour le paralysé qui réapprend à marcher, les premiers pas seront plus volontaires, compliqués et laborieux que la démarche simple et naturelle  à laquelle il parviendra à force de répétitions. Voyez les enfants handicapés : ils savent bien quelle confiance, quelle patience leur sont nécessaire pour parvenir , à force de séances de rééducation, à se servir de nouveau, du membre qui a été atteint. Eux savent bien que recommencer toujours peut avoir un sens, que leur effort, jour après jour, fait tout changer.

    Et l'on demandera alors : une fois que l'on s'est remis à Dieu, que reste t-il à faire ? Eh bien, il faut recommencer puisque nous ne sommes pas des anges, et qu'en nous [65] remettant à Dieu une fois, nous ne pouvons pas avoir la lucidité, la profondeur  et le dépouillement nécessaires pour qu'il ne soit plus besoin d'y revenir.  Il n'y a  jamais rien d'autre à faire  que ce qu'on a déjà fait : la lumière  a fait irruption dans les ténèbres, il faut que toujours aussi brusquement, mais de mieux en mieux,  et de façon de plus en plus définitive, la même lumière éclaire les mêmes ténèbres. La confession est ce moyen indispensable de répétition et de rééducation.

    Cependant, il faut bien reconnaître - et accepter - que les échecs, les difficultés sur lesquels nous butons de façon habituelle n'en serons pas, dans la pratique, résolus pour autant. Il nous sera toujours difficile, et même souvent presque impossible, de supporter telle personne, de résister à telle tentation, ou de ménager chaque jour dans notre temps un moment pour la prière.

    C'est pour un tout autre progrès que nous vivons : celui de ce moment, toujours le même, qui nous a fait passer de la mort à la vie, mais qui ne nous a pas fait encore suffisamment passer de la même mort à la même vie. La sainteté n'est rien d'autre que ce passage  qui s'accomplit de soi en un clin d’œil, qui est déjà accompli pour nous mais qui, à cause  de la nature humaine, ne l'est pas encore assez. Hélas ! nous ne sommes ni François d'Assise, ni Charles de Foucault, ni saint  Augustin.

    A suivre...

                                           Père Bernard Bro, o.p    

     

     

  • On demande des pécheurs 06

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [47]

    Au retour du fils prodigue : colère, justice ou pardon ?

    Au retour du fils, nous imaginons le père réagissant tout autrement, par la colère, par exemple : 

    - Tu n'as eu que ce que tu as voulu.

    Tandis que, devant l'injure du départ, la double injure de la rupture et de l'exigence du partage, devant tant de ressources perdues - " Il a dévoré ton bien avec des femmes " - le fils aîné proteste et dans sa colère refuse de rentrer dans la maison. réaction normale : la colère devant le gaspillage.

    Une autre attitude aurait été la justice :

    - Tu paieras ce que tu dois, travaille, rembourse en travaillant.

    Et c'est d'ailleurs ce que le fils lui-même imagine. [48] Des amis m'ont raconté l'histoire suivante qui leur avait été arrivée dans le maquis du Vercors. Un des Français, dans le petit groupe de résistants où ils se trouvaient, les avait dénoncés aux Allemands - sans qu'on ait jamais su exactement pourquoi, sans doute pour de l'argent - et, par sa faute, plusieurs partisans tombèrent dans une embuscade et furent tués. Lorsqu'il revint dans le groupe, ses camarades décidèrent, puisque des hommes étaient morts à cause de lui, qu'il avait mérité la mort. Mais comme il était chrétien, ses compagnons passèrent la nuit en prière avec lui et, au petit matin, ils le fusillèrent. C'était justice, justice humaine, terrible.

    Il y a une troisième attitude que, d'instinct, nous attribuons au père de la parabole et, ce faisant, nous la vidons de son sens. Nous assimilons volontiers cette attitude à celle de Dieu dans la confession. Ce n'est ni la colère, ni la justice, mais le pardon. Nous croyons avoir ainsi tout dit de Dieu, mais c'est alors que nous trahissons peut-être le plus cette page qui est bien le cœur de l’Évangile.  En effet, celui qui pardonne n'est pas forcément touché par son geste, il oublie, il tourne la page : " Bon, n'en parlons plus." Il se débarrasse du souci et, en même temps il se débarrasse de l'autre.

    Le père n'agit pas ainsi.

    Que lisons-nous dans la parabole?

    "Comme le fils était loin, son père l'aperçut [49] et fut bouleversé de compassion ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement." Ce qui veut donc dire que, chaque matin, le père l'attendait, et lorsqu'il l'a vu, c'est lui, le père, qui court se jeter dans les bras de son fils. Pour le père, pour Dieu, le péché n'existe pas, il est à l'avance plus que pardonné, il n'existe plus. C'est pourquoi le père n'écoute pas les excuses de son fils, il l'interrompt et dit à ses serviteurs  :

    - Vite, apportez la plus belle robe, mettez-lui un anneau au doigt, l'anneau étant le signe de l'égalité, mettez-lui des chaussures aux pieds, le signe de ceux qui ne travaillaient pas ; amenez le veau gras, on ne pouvait faire mieux.

    On assiste ainsi à un retournement extraordinaire : comme si le dénouement de la parabole n'était pas en proportion des deux premières parties. Le père semble à tel point subjugué par deux sentiments : la joie et la miséricorde, qu'il paraît  ne plus se posséder.

    Dans l'ancienne alliance, Dieu tournait le dos aux pécheurs, qui devaient lui demander de se retourner. Avant cette prédication du Christ, on pouvait croire que le pardon libérait le pécheur, sans que celui qui pardonne soit nécessairement touché par son geste. Or, ici, le Christ vient nous dire qu'en face du pécheur, l'attitude de Dieu est celle de quelqu'un qui est plus malheureux que le pécheur. Dans l'ancienne conception du pardon, Dieu donnait au pécheur ; dans la parabole, le fils donne quelque chose à son père, il lui enlève un malheur, il le soulage, c'est le père qui est libéré. C'est toute la révélation chrétienne : la première victime du péché n'est pas le pécheur, c'est Dieu, c'est Lui qui est d'abord atteint par nos infidélités.

    Le fils espérait au maximum le pardon ; et en pensant à ce pardon, il croyait avoir tout dit de son Père. Or, au retour, c'est la joie du Père qui apparaît [50] infiniment plus grande. Dieu peut enfin de nouveau être Dieu pour nous. Le Père peut enfin être Père. Le Père va pouvoir aimer : c'est cela qui est d'abord mis en avant, et non pas d'abord, que le fils ne sera plus malheureux. Ainsi de chaque "absolution" : le Père a ce mouvement, il attend, tout est déjà oublié.

    C'est bien la joie personnelle du Père qui est mise en avant dans la parabole, pour nous amener à pressentir à quel point la " loi " de Dieu (si l'on peut dire) est  un incoercible besoin d'aimer et que Dieu n'est Dieu que si on lui permet d'aimer. Ainsi nous découvrons une (...) conception [plus profonde] du péché. La faute consiste à empêcher la présence totale de Dieu à l'homme, le partage absolu, elle consiste finalement à empêcher Dieu d'aimer, à empêcher Dieu d'être père, en refusant d'être fils.

    Toutes les religions essaient bien de rendre Dieu favorable à l'homme ; ici, le Christ enseigne qu'il s'agit non pas de rendre Dieu favorable, mais de rendre Dieu libre de nous aimer, comme il aime en lui-même, en acceptant réellement d'être objet de son amour. " Scandale pour les juifs, ineptie pour les païens ", dira saint Paul. Ainsi saint Pierre, au matin de sa trahison, découvrant tout à coup le visage du Christ, aura, comme David, à la fois la révélation de ce visage, et celle du mal que le péché avait fait.

    A suivre...

                                        Père Bernard Bro, o.p

     

     

  • Confession ou psychanalyse (6)

    suite du post 5

     

    Ces pages extraordinaires dont Péguy disait que si tous les exemplaires de l' Évangile devaient être détruits dans d'immenses incendies, il faudrait au moins que l'on puisse  conserver la parabole de l'enfant prodigue, le chapitre quinzième de saint Luc.

    Et je ne vais pas vous raconter la parabole de l'enfant prodigue ; je préfère vous inviter à des retraites où alors nous méditerons cette page longuement, une journée entière. Mais je vous rappelle cette scène de l’Évangile où Pierre demande timidement à Jésus combien de fois il faut pardonner. Chez les Juifs on considérait que pardonner plus de trois fois c'était quand même de l'exagération. Ce n'était plus de la bonté c'était de la bêtise. Alors il [Pierre] dit timidement à Jésus : est-ce qu'il faut pardonner jusqu'à sept fois ?  Alors Jésus le regarde et lui dit : "sept fois ?! Soixante-dix fois sept fois" ! Ce qui veut dire que ce n'est pas une affaire de quantité, c'est une affaire de qualité.

    Il faut pardonner comme on respire. Dieu pardonne "comme il respire". Alors toute la question c'est que la respiration "pardonnante" de Dieu nous atteigne. Dieu - et là j'insiste beaucoup - il pardonne comme il respire. Il n'attend pas que nous soyons confessés pour nous pardonner. 

     

                                                                      A suivre....

                                                                     François Varillon s.j  

  • solitude et isolement

    25. (...) Le mot "solitude", confondu [26] avec celui d'isolement , est en général perçu dans la societe comme une anomalie, un échec, une marque d'associabilité. Contresens s' exclame frère Yves : une solitude librement choisie et vécue en harmonie avec le monde peut être un terreau fécond en ressourcement, en discernement et en construction personnelle. Pour clore provisoirement la longue liste des mots boiteux, notre moine tord le cou au concept de "conversion". Pourquoi ? Certains catholiques ont tendance à confondre la conversion, qui est un acte personnel de mutation intérieure, avec la confession, qui est la partie essentielle du sacrement de pénitence instauré par l Eglise : Jésus ne nous demande pas de nous confesser, mais de nous convertir ! précise frère Yves qui est tres sollicité, comme les autres prêtres de sa communauté, pour donner le sacrement du pardon aux hôtes de passage dans son monastère. Quelle est la signification exacte de l acte de se convertir ? C est de se mettre au clair sur ses faiblesses et sur ce qui doit changer en soi. L' homme modeste sera toujours un grand homme parce qu' il sait accepter humblement ses limites. C' est ce que Jésus nous demande : d'habiter nos fragilités. Le sacrement de pénitence n' est donc pas une fin en soi ; il vient utilement nous aider, comme un bon outil, à réaliser notre travail de conversion personnelle".

    Frère Yves, abbaye du Monts des Cats, cité dans  " Messagers du silence" de Michel Cool - Albin Michel 2008