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moine

  • règle de saint Benoît

    (...) 141 Comme je l'ai déjà noté, dès l'entrée en communauté, une ambiance nous saisissait, celle créée par une référence habituelle à la Sainte Règle, la Règle de saint Benoît. Et cette référence venait d'abord et naturellement du Père Abbé, Dom Chautard, dès le premier entretien avec lui, dès les premières auditions de ses allocutions au chapitre. Il ne présentait pas la Règle de saint Benoît comme un règlement de maison, mais comme le manuel fondamental de nos aspirations religieuses et des conditions de notre réussite, comme le livre où nous trouverions définitivement notre identité. En contrepartie, cette sainte Règle, inspiratrice de l'orientation de la communauté, conférait à tous, même aux plus novices, une dignité immédiate : celle de "chercheur de Dieu". Un jeune homme peut se faire moine "s'il cherche vraiment Dieu". Cette citation, tirée de la sainte Règle, je l'ai entendue de la bouche de Dom Chautard dès les premières heures de mon arrivée, et ensuite, un nombre incalculable de fois, mêlée à un nombre incalculable d'autres citations. Il citait d'ordinaire  le texte de la Règle en latin; et le latin de saint Benoît, en effet, abonde en formules qui décrivent, en trois ou quatre mots, une attitude spirituelle fondamentale et résolue. 

    Dom Chautard vivait, si j'ose dire, au coeur de la sainte Règle. Il se montrait, sincèrement, son serviteur et son admirateur, avant d'être, par fonction, son interprète. Aussi pour lui, comme pour nous ses fils, ce fut un digne couronnement de son enseignement et de ses exemples 142. lorsque, en 1931, je crois, un moine, jeune encore, prieur de l'abbaye de Chimay, vint nous prêcher la retraite annuelle. Ce moine s'appelait Dom Godefroid Belorgey.

    A cette époque, les prédications se donnaient dans notre actuel scriptorium. Au milieu de la salle, il y avait une chaire surélevée de deux marches, et les religieux prenaient place devant cette chaire , sur des bancs disposés en travers, entre la chaire et le fond. Les prédicateurs aiment, paraît-il, avoir un auditoire bien rassemblé.

    Lorsque je vis, assis dans cette chaire, ce moine de belle prestance, noblement drapé dans une belle coule blanche, ce qui nous changeait des jésuites  en soutane noire que nous avions entendus les années précédentes, lorsque je le vis promener sur nous un regard tranquille et faire face à notre auditoire, avec la perspective de trois instructions par jour pendant une semaine, je devinai que quelque chose d'essentiel allait se passer. Et, en effet, il y en eut beaucoup plus et beaucoup mieux que tout ce que j'attendais. J'avais appris déjà que la Règle de saint Benoît est une source de doctrine spirituelle  ; et voilà qu'elle devenait un océan. 

    Il y avait, à cette époque, dans l'abbaye de Chimay, un véritable renouveau de la spiritualité enseignée par saint Benoît, et sous l'égide de l'Abbé, Dom Anselme Le Bail, ce renouveau s'exprimait dans une doctrine   et devenait ainsi communicable. Ce furent les thèmes et les consignes de cette doctrine que nous ont transmis, avec une conviction et un talent émouvants, le Prieur  de Chimay. 

    Je suppose qu'il dut commencer par commenter le texte qui, selon l'école de Chimay, donne la clef de toute la spiritualité bénédictine, cette première parole de Dieu à celui qui fut son premier ami en la terre, le patriarche Abraham : " Marche en ma présence, et tu seras parfait" ; c'est-à-dire : " Marche en ma présence", et tout est dit ; car dès 143. lors, tout se mettra en sa juste place, tout ira vers ton Bien  suprême : tes espoirs, tes désirs, tes actions; ta capacité d'aimer. Que Dom Belorgey était passionnant à écouter, et persuasif ! Quelle harmonie profonde entre son enseignement et ses aspirations monastiques de toujours !

    A l'issue de la conférence dans laquelle il avait expliqué le quatrième degré d'humilité, c'est-à-dire l'aridité dans l'oraison, sa signification, sa valeur d'épreuve et de gräce, et la nécessité de la persévérance, Dom Chautard attendit que le prédicateur eût quitté la salle, puis, se levant, il nous dit à tous d'une voix grave et pénétrée d'émotion : " Voilà ce que j'attendais depuis lontemps. Mes enfants, voilà ce qu'il faut retenir et pratiquer. Tout le sens de notre vie est là." Pareille approbation est unique dans la carrière de Dom Chautard. (...)

    Je ne puis exposer ici cet enseignement immense et attirant, mais je puis dire l'effet que j'en ressentis, en écoutant Dom Belorgey : la conviction et la joie de bénéficier d'une merveilleuse aubaine. Si la Règle de saint Benoît possède pareille plénitude, si elle enseigne cette spiritualité-là, celle 144. que montrait Dom Belorgey, c'est pour moi une chance inestimable d'être instruit et guidé par elle. (...)

    Bien souvent, depuis, j'ai pu comparer, par des lectures, cette doctrine de saint Benoît avec d'autres doctrines spirituelles. Celles-ci présentent volontiers une prédominence psychologique : analyse du moi, de ma sensibilité, de mes égoïsmes et de mes conflits. Analyse culpabilisante. Pitié ! ne faisons pas de la vie intérieure un complexe de plus ! Cette psychologie ne fait pas avancer d'un pas vers notre grand Dieu. Nous avons bien plutôt besoin de regarder le chemin qui mène à Lui, et pour cela qu'on nous montre ce chemin. "En avant ! Allons, faites ce petit parcours, sous le regard de Dieu. Voilà, c'est bien ! Voyez comme c'est facile sous le regard de Dieu. Et voilà l'esprit de saint Benoît : faire du chemin vers Dieu et avec Dieu, du chemin, et encore du chemin. (...)

    145. (...) Une règle religieuse, qui prétend guider la vie spirituelle doit remplir plusieurs conditions : elle doit se fonder sur les Saintes Ecritures; elle doit être ferme; elle doit conduire jusqu'au but; elle doit enfin avoir la garantie de l'expérience des anciens, et donc avoir, sans faillite, traversé les siècles. Ces conditions ne sont-elles pas remplies par la règle de saint Benoît ? Vraiment, aucune règle de vie ne m'aurait aussi profondément engagé et soutenu, cette règle telle qu'elle fut si efficacement expliquée par des maîtres comme Dom Chautard et Dom Belorgey.

     

    Père Jérôme, Ecrits monastiques, Ed du Sarment, 2002 ISBN - 2-866-79343-9

  • mais il y a la prière

    26. (...) Le noeud du problème de l'homme, ce n'est pas l'homme lui-même ; c'est un Objet, infiniment beau, situé au-dessus de l'homme et qui rendra l'homme heureux dans un contact personnel, pour l'éternité. Et avant même cette éternité, aujourd'hui déjà ; et à la portée de quiconque cherche, il y a la douceur, l'innocence, l'apaisement, dans la vérité de Jésus-Christ. Pour tendre une main secourable aux perdus de l'amour, égarés sur de mini-objets, il faut se perdre soi-même dans l'amour pour Dieu, le véritable Objet. Cela, ces perdus eux-mêmes vous le diront. Car ils ont la logique exigeante et serrée de ceux qui vivent le drame. Il n'est pas nécessaire que nous connaissions la 27.  dernière expression qu'ils viennent de créer pour crier famine; Il est nécessaire que nous allions, pour leur compte, aux pieds de CELUI qui peut l'apaiser. 

    Pour moi aussi le sensible, bonté, beauté... est plus alléchant que le non-sensible, fût-il surnaturel ! Mais il y a la prière, la prière à haute dose, qui permet de voir juste. Vous êtes un passionné - et je m'en doutais -assoiffé d'un grand idéal. Dans le monde, vous auriez marché de déchirement en déchirement. Vivez ici, proche de Dieu, pour aider ceux qui, ailleurs sont déchirés.

    Père Jérôme, Ecrits monastiques, Ed du Sarment, 2002 ISBN - 2-866-79343-9

  • solitude et isolement

    25. (...) Le mot "solitude", confondu [26] avec celui d'isolement , est en général perçu dans la societe comme une anomalie, un échec, une marque d'associabilité. Contresens s' exclame frère Yves : une solitude librement choisie et vécue en harmonie avec le monde peut être un terreau fécond en ressourcement, en discernement et en construction personnelle. Pour clore provisoirement la longue liste des mots boiteux, notre moine tord le cou au concept de "conversion". Pourquoi ? Certains catholiques ont tendance à confondre la conversion, qui est un acte personnel de mutation intérieure, avec la confession, qui est la partie essentielle du sacrement de pénitence instauré par l Eglise : Jésus ne nous demande pas de nous confesser, mais de nous convertir ! précise frère Yves qui est tres sollicité, comme les autres prêtres de sa communauté, pour donner le sacrement du pardon aux hôtes de passage dans son monastère. Quelle est la signification exacte de l acte de se convertir ? C est de se mettre au clair sur ses faiblesses et sur ce qui doit changer en soi. L' homme modeste sera toujours un grand homme parce qu' il sait accepter humblement ses limites. C' est ce que Jésus nous demande : d'habiter nos fragilités. Le sacrement de pénitence n' est donc pas une fin en soi ; il vient utilement nous aider, comme un bon outil, à réaliser notre travail de conversion personnelle".

    Frère Yves, abbaye du Monts des Cats, cité dans  " Messagers du silence" de Michel Cool - Albin Michel 2008