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pécheur

  • On demande des pécheurs 10

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [73]

    Pourquoi se confesser à un homme (suite)?

    (...) Il serait séduisant, et de fait, paraîtrait plus beau en un sens, que le salut dépende de la sainteté ou de l'intelligence du prêtre. Cette solution serait en réalité terriblement  cruelle, soit pour le prêtre, soit pour le fidèle. Nous ne sortirons jamais du dilemme du tout ou du rien : ou bien des prêtres parfaits, ou bien personne qui puisse nous sauver. C'est bien ainsi que, trop souvent, chrétiens, nous imaginons l’Église, nous coupant du médecin parce que le pharmacien ne nous plaît pas.

    En fait, Dieu a remis le salut aux mains de notre liberté, liberté de donner, liberté de recevoir, et non pas aux mains de notre sainteté. Ce qui rend l’Église odieuse parfois aux yeux de certains est justement ce qui nous sauve : à savoir que l'absolution est toujours une absolution, quel que soit l'état d'âme de celui qui la donne. Car celui-ci, s'il n'est pas toujours, ou pas forcément en amitié avec Dieu, est toujours libre de vouloir, au moins, bien faire pour les autres, au moins vouloir transmettre le salut. Si Dieu lui demande beaucoup pour son propre salut, il lui demande très peu pour le salut des autres. " Pierre baptise ? C'est le Christ qui baptise. Paul baptise ? C'est le Christ qui baptise. Judas baptise ? C'est le Christ qui baptise" (St Augustin). On doit dire la même chose du pardon. La miséricorde [74]  de Dieu ne supporte pas que le salut de l'humanité soit mesuré par le poids de sainteté ou de médiocrité des hommes. S'il y a pour nous une invitation à adorer la miséricorde, c'est là qu'elle se trouve.

    En effet, si quelqu'un avait le droit d'être puriste et de ne pas tolérer que le salut soit administré indignement, c'est bien Dieu. Et il ne l'aurait pas toléré, s'il avait aimé ce qu'on appelle - hélas ! très mal - sa "Gloire" avant d'aimer les pécheurs. Ou, plus profondément, si la Gloire de Dieu avait été celle de sa pureté, au lieu d'être celle de la miséricorde. Or sa miséricorde veut précisément que le salut soit offert aux hommes même indignement plutôt que de ne pas l'être du tout.

    " Je vous sauverai n'importe comment, mais je vous sauverai. " Après maints passages des évangiles, n'est-ce pas le cri de l'épître aux Hébreux ? A moins de n’accepter pour prêtres que des êtres de cristal, et non pas des êtres de chair et de sang, il fallait choisir en effet entre la remise du salut au compte-gouttes par des êtres aussi rares que les héros de la charité, ou bien la distribution du salut littéralement par n'importe qui, pourvu que le prêtre accepte d'être choisi pour cela. Et ce consentement, s'il est donné loyalement, est d'ailleurs le gage le plus profond qui puisse être donné à l'homme, au prêtre lui-même : qu'il parviendra lui aussi à la sainteté à travers les vicissitudes de sa misère. 

    Accepter le dessein de Dieu, le salut de Dieu, le pardon de Dieu, dans ces dispositions infiniment douces pour notre faiblesse et infiniment révoltantes pour notre orgueil, c'est peut-être en fin de compte la seule condition de notre salut par la confession.

    A suivre...

                  P. Bernard Bro, o.p

  • On demande des pécheurs 07

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [58]

    Le sens du péché n'est pas naturel

    (...) Le sens du péché, contrairement, à ce que nous pensons, n'est pas naturel. De même que l'amitié n'est pas facile (les amitiés de collège qui nous paraissent simples et, pour ainsi dire, éternelles, qu'en reste-t-il parfois, parvenus à l'âge adulte ?)

    Il en est un peu de même pour le sens du péché : on penserait volontiers qu'après avoir éprouvé cette mauvaise conscience du "péché", elle s'est peu à peu usée, [59] affadie, et qu'un jour on s'en est débarrassé. Mais a-t-on vraiment eu cette conscience, ou, plus exactement, n'a-t-on pas développé simplement en nous une loi, un règlement ? Et le péché se réduit alors à n'être qu'une transgression, un manquement à la loi ; la loi n'ayant plus de sens, la conscience du péché disparaît du même coup.

    Or, ce qui définit le péché est beaucoup plus profond, nous l'avons vu plus haut, ce n'est pas seulement une loi, un règlement, mais une lumière. C'est en face de la lumière que je me reconnais pécheur, lumière qui me fait découvrir le meilleur, le vrai, l'accomplissement de ce que je peux et dois faire. Or cette lumière est désirable puisqu'elle est liée  à mon bonheur, à mon achèvement. Elle devient bien la " règle " de ma conduite, mais dans un tout autre sens : c'est en effet  elle qui me permet de pressentir quelle serait l'unité réelle de ma vie, c'est elle qui me donne  le pouvoir d'établir une hiérarchie entre tous mes désirs.

    Ainsi, pécher ne consiste pas d'abord à " sortir "  d'un règlement, mais plus profondément à ne pas vouloir entrer dans cette " loi ", à ne pas vouloir chercher cette lumière, du fait que je me laisse solliciter par d'autres lueurs. Je garde le terrible privilège de la liberté humaine, le pouvoir de dire non à la sollicitation du meilleur, et donc du vrai.

    Ajoutons, et nous y reviendrons, que cette lumière n'est pas naturellement à notre portée, si Quelqu'un ne nous la redonne chaque jour : le Christ. Si le péché se réduit à n'être qu'une transgression, bien sûr, nous en perdons le sens. Mais il est une trahison, et c'est tout autre chose. Or les ennemis ne trahissent pas, il n'y a que les amis qui puissent trahir. Imaginons la femme adultère de l’Évangile, en face [60] du Christ. Il lui pardonne tout, il la rétablit en pleine confiance, il la protège contre elle-même et contre les autres. Supposons que cette femme s'en retourne en riant du Christ, revenant à sa faute : voilà une trahison, voilà le péché. (...)

    [61]

    On recommence toujours

    Nous recommençons toujours, alors à quoi bon ? Pourquoi nous présenter régulièrement au confessionnal, telle cette vieille dame du film, qui s'entend répondre : " Alors, mon enfant, ce sera comme la dernière quinzaine ? " Un peu comme un épicier qui dirait : " Ce sera tout pour madame..." Pourquoi une confession de consommation ?

    C'est vrai, nous recommençons. Je recommence tous les hivers à avoir de la sinusite ou à ressentir des rhumatismes. Certes, ce ne sera jamais la même sinusite , ni les mêmes rhumatismes ; de même que je ne recommence pas les mêmes actes, mais c'est bien aux mêmes penchants que je suis soumis. Et voici que la confession va nous aider à admettre la première condition de vérité de notre vie, et à l'admettre comme une chance et non comme un esclavage, à savoir que nous sommes dans un régime de vie où les [62] choses se répètent. Le refuser, c'est refuser de vivre. C'est vrai qu'il est parfois pesant de recommencer le planning de son travail, de refaire mille gestes quotidiens, de subir la répétition des mêmes répétitions. Et nous n'avons pas envie de nous l'entendre dire.

    Loin de nous faire sortir de cet état, la confession nous y maintient. Si nous sommes vrais, elle ne nous gratifie pas d'une bonne conscience factice, au contraire, elle nous introduit dans le dénuement et nous apprend notre pauvreté. Mais elle nous livre  en même temps la chance de notre vie : une présence et une fidélité indéfectibles en face de cette répétition et de cette lassitude, celle du Christ.

    En nous confessant, nous acceptons de mener notre vie comme une action à deux, dont l'un des partenaires, le Christ, n'est pas soumis au changement, à la fragilité, à la fatigue, à la brisure du temps. Avec lui, notre existence a enfin de quoi échapper à l'univers cassé de la répétition.

    Nous imaginons spontanément que la confession est tournée vers le passé, et qu'il s'agit d'abord de nous débarrasser d'un malaise et de blanchir un passé. Mais la confession est là aussi pour nous faire prendre vigueur en face de l'avenir, elle est surtout le sacrement de l'avenir, de la responsabilité, de la possibilité de refaire l'unité de sa vie. Nous venons prendre un peu de force - celle du Christ - pour, éventuellement, un peu moins recommencer. " C'est par la constance que vous sauverez vos âmes"

    Toujours recommencer, cela signifie-t-il ne faire aucun progrès ? Car nous envisageons volontiers notre vie [63] et le progrès à la façon des architectes et des entrepreneurs : d'abord les fondations, puis le rez-de-chaussée, les étages et enfin le toit. Ainsi le baptême ou la conversion seraient les fondations établies de manière définitive, et une fois posées, il n'y aurait plus qu'à s'occuper d'autre chose. Or la confession nous propose une progression dont l'essentiel est de recommencer toujours la même chose : renouveler périodiquement l'aveu des mêmes péchés.

    Le progrès à la manière de l'architecte est-il concevable dans la vie que Dieu nous propose de partager avec lui ? S'il s'agit de recommencer toujours la même chose, comment pouvons-nous donc parler de progrès ? Eh bien, oui, c'est peut-être la confession qui va  nous obliger à changer radicalement d'idée sur le progrès de notre vie. En effet, un jour on commence à pressentir que tout est réclamé du chrétien, immédiatement, et que la vie chrétienne ne consiste pas en une succession de progrès quantitatifs, qu'il ne s'agit pas d'accomplir une série de devoirs, l'un après l'autre, et dont on pourrait ensuite se croire déchargés, mais bien de les accomplir tous de mieux en mieux. On comprend alors que Dieu nous propose et nous demande un seul mouvement, celui qui consiste à se  jeter en lui " en toute confiance" "par le chemin de la foi au christ ". Une fois qu'on a découvert ce qu'est ce mouvement de conversion, de mort et d'amour, on peut dire que l'on tient tout. C'est seulement une disposition très simple : " aimer ", une attitude d'âme qui entraîne " automatiquement ", si l'on peut dire, les dispositions connexes : mettre sa confiance en Dieu, s'occuper des autres, être patient, etc.

    Nous voudrions bien nous convertir en entier pour toujours, comme on quitte une pièce pour rentrer dans une autre, et qu'il n'y ait plus aucun moyen de revenir sur notre état antérieur. C'est un peu ainsi que nous [64] verrions le mariage, la vie religieuse, à la manière d'une consécration irréversible - et elle est bien ainsi dans l'invisible. Mais cet état de don, de disponibilité totale, irrévocable, est celui des bienheureux [les "bienheureux" désignent les défunts qui sont "au ciel"] et non celui des hommes qui doivent toujours recommencer, répéter, ainsi qu'un plongeur qui s'exerce indéfiniment et renouvelle le même geste pour qu'il devienne enfin naturel et non pour acquérir on ne sait quelle perfection artificielle. 

    Pour le paralysé qui réapprend à marcher, les premiers pas seront plus volontaires, compliqués et laborieux que la démarche simple et naturelle  à laquelle il parviendra à force de répétitions. Voyez les enfants handicapés : ils savent bien quelle confiance, quelle patience leur sont nécessaire pour parvenir , à force de séances de rééducation, à se servir de nouveau, du membre qui a été atteint. Eux savent bien que recommencer toujours peut avoir un sens, que leur effort, jour après jour, fait tout changer.

    Et l'on demandera alors : une fois que l'on s'est remis à Dieu, que reste t-il à faire ? Eh bien, il faut recommencer puisque nous ne sommes pas des anges, et qu'en nous [65] remettant à Dieu une fois, nous ne pouvons pas avoir la lucidité, la profondeur  et le dépouillement nécessaires pour qu'il ne soit plus besoin d'y revenir.  Il n'y a  jamais rien d'autre à faire  que ce qu'on a déjà fait : la lumière  a fait irruption dans les ténèbres, il faut que toujours aussi brusquement, mais de mieux en mieux,  et de façon de plus en plus définitive, la même lumière éclaire les mêmes ténèbres. La confession est ce moyen indispensable de répétition et de rééducation.

    Cependant, il faut bien reconnaître - et accepter - que les échecs, les difficultés sur lesquels nous butons de façon habituelle n'en serons pas, dans la pratique, résolus pour autant. Il nous sera toujours difficile, et même souvent presque impossible, de supporter telle personne, de résister à telle tentation, ou de ménager chaque jour dans notre temps un moment pour la prière.

    C'est pour un tout autre progrès que nous vivons : celui de ce moment, toujours le même, qui nous a fait passer de la mort à la vie, mais qui ne nous a pas fait encore suffisamment passer de la même mort à la même vie. La sainteté n'est rien d'autre que ce passage  qui s'accomplit de soi en un clin d’œil, qui est déjà accompli pour nous mais qui, à cause  de la nature humaine, ne l'est pas encore assez. Hélas ! nous ne sommes ni François d'Assise, ni Charles de Foucault, ni saint  Augustin.

    A suivre...

                                           Père Bernard Bro, o.p    

     

     

  • On demande des pécheurs 06

    Série de textes tiré du livre de Bernard Bro, O.P : "On demande des pécheurs" Cerf, Ed 2007. Première édition 1969

    (...)

    [47]

    Au retour du fils prodigue : colère, justice ou pardon ?

    Au retour du fils, nous imaginons le père réagissant tout autrement, par la colère, par exemple : 

    - Tu n'as eu que ce que tu as voulu.

    Tandis que, devant l'injure du départ, la double injure de la rupture et de l'exigence du partage, devant tant de ressources perdues - " Il a dévoré ton bien avec des femmes " - le fils aîné proteste et dans sa colère refuse de rentrer dans la maison. réaction normale : la colère devant le gaspillage.

    Une autre attitude aurait été la justice :

    - Tu paieras ce que tu dois, travaille, rembourse en travaillant.

    Et c'est d'ailleurs ce que le fils lui-même imagine. [48] Des amis m'ont raconté l'histoire suivante qui leur avait été arrivée dans le maquis du Vercors. Un des Français, dans le petit groupe de résistants où ils se trouvaient, les avait dénoncés aux Allemands - sans qu'on ait jamais su exactement pourquoi, sans doute pour de l'argent - et, par sa faute, plusieurs partisans tombèrent dans une embuscade et furent tués. Lorsqu'il revint dans le groupe, ses camarades décidèrent, puisque des hommes étaient morts à cause de lui, qu'il avait mérité la mort. Mais comme il était chrétien, ses compagnons passèrent la nuit en prière avec lui et, au petit matin, ils le fusillèrent. C'était justice, justice humaine, terrible.

    Il y a une troisième attitude que, d'instinct, nous attribuons au père de la parabole et, ce faisant, nous la vidons de son sens. Nous assimilons volontiers cette attitude à celle de Dieu dans la confession. Ce n'est ni la colère, ni la justice, mais le pardon. Nous croyons avoir ainsi tout dit de Dieu, mais c'est alors que nous trahissons peut-être le plus cette page qui est bien le cœur de l’Évangile.  En effet, celui qui pardonne n'est pas forcément touché par son geste, il oublie, il tourne la page : " Bon, n'en parlons plus." Il se débarrasse du souci et, en même temps il se débarrasse de l'autre.

    Le père n'agit pas ainsi.

    Que lisons-nous dans la parabole?

    "Comme le fils était loin, son père l'aperçut [49] et fut bouleversé de compassion ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement." Ce qui veut donc dire que, chaque matin, le père l'attendait, et lorsqu'il l'a vu, c'est lui, le père, qui court se jeter dans les bras de son fils. Pour le père, pour Dieu, le péché n'existe pas, il est à l'avance plus que pardonné, il n'existe plus. C'est pourquoi le père n'écoute pas les excuses de son fils, il l'interrompt et dit à ses serviteurs  :

    - Vite, apportez la plus belle robe, mettez-lui un anneau au doigt, l'anneau étant le signe de l'égalité, mettez-lui des chaussures aux pieds, le signe de ceux qui ne travaillaient pas ; amenez le veau gras, on ne pouvait faire mieux.

    On assiste ainsi à un retournement extraordinaire : comme si le dénouement de la parabole n'était pas en proportion des deux premières parties. Le père semble à tel point subjugué par deux sentiments : la joie et la miséricorde, qu'il paraît  ne plus se posséder.

    Dans l'ancienne alliance, Dieu tournait le dos aux pécheurs, qui devaient lui demander de se retourner. Avant cette prédication du Christ, on pouvait croire que le pardon libérait le pécheur, sans que celui qui pardonne soit nécessairement touché par son geste. Or, ici, le Christ vient nous dire qu'en face du pécheur, l'attitude de Dieu est celle de quelqu'un qui est plus malheureux que le pécheur. Dans l'ancienne conception du pardon, Dieu donnait au pécheur ; dans la parabole, le fils donne quelque chose à son père, il lui enlève un malheur, il le soulage, c'est le père qui est libéré. C'est toute la révélation chrétienne : la première victime du péché n'est pas le pécheur, c'est Dieu, c'est Lui qui est d'abord atteint par nos infidélités.

    Le fils espérait au maximum le pardon ; et en pensant à ce pardon, il croyait avoir tout dit de son Père. Or, au retour, c'est la joie du Père qui apparaît [50] infiniment plus grande. Dieu peut enfin de nouveau être Dieu pour nous. Le Père peut enfin être Père. Le Père va pouvoir aimer : c'est cela qui est d'abord mis en avant, et non pas d'abord, que le fils ne sera plus malheureux. Ainsi de chaque "absolution" : le Père a ce mouvement, il attend, tout est déjà oublié.

    C'est bien la joie personnelle du Père qui est mise en avant dans la parabole, pour nous amener à pressentir à quel point la " loi " de Dieu (si l'on peut dire) est  un incoercible besoin d'aimer et que Dieu n'est Dieu que si on lui permet d'aimer. Ainsi nous découvrons une (...) conception [plus profonde] du péché. La faute consiste à empêcher la présence totale de Dieu à l'homme, le partage absolu, elle consiste finalement à empêcher Dieu d'aimer, à empêcher Dieu d'être père, en refusant d'être fils.

    Toutes les religions essaient bien de rendre Dieu favorable à l'homme ; ici, le Christ enseigne qu'il s'agit non pas de rendre Dieu favorable, mais de rendre Dieu libre de nous aimer, comme il aime en lui-même, en acceptant réellement d'être objet de son amour. " Scandale pour les juifs, ineptie pour les païens ", dira saint Paul. Ainsi saint Pierre, au matin de sa trahison, découvrant tout à coup le visage du Christ, aura, comme David, à la fois la révélation de ce visage, et celle du mal que le péché avait fait.

    A suivre...

                                        Père Bernard Bro, o.p

     

     

  • incarnation

    Ce n'est pas parce que nous étions pécheurs que Dieu, dans une sorte de remords d'artiste, a choisi de faire de nous ses fils en Jésus-Christ. Mais, alors même que nous étions pécheurs, enfermés dans notre suffisance et bloqués dans notre peur d'aimer, Dieu a persisté dans son projet, plus originel que le péché, de faire de nous des interlocuteurs, des partenaires, rendus capables par son Esprit de partager l'intime communion qu'il  vit depuis toujours avec son Fils bien-aimé. Ce n'est pas à cause du péché que le Fils éternel du Père s'est fait homme. C'est malgré le péché, pour nous faire vivre quand même de la vie de Dieu. Mais c'est à cause du péché que Jésus, le Christ, prévu de tout temps pour nous diviniser , a pris sur son dos, avec sa croix, le poids de nos refus.

    Dès lors ce n'est pas de la considération de notre péché qu'il faut forcement partir pour nous décider  à le suivre. Ce n'est pas toujours la conscience du péché qui est le premier pas de la conversion. Les longues listes des examens de conscience n'y suffisent pas. Pire, elles peuvent être chemin de désespoir. (...)

    J-N Bezançon - Dieu n'est pas bizarre - Bayard éditions/1996 p.26