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saint athanase

  • Chemin vers Pâques (7)

    [25]

    Mais le paradoxe, c'est que l'homme, destiné par nature et par vocation à être déifié dans son être et dans sa vie  et à "jouir" de Dieu même, n'est qu'une faible créature, incapable de se maintenir elle-même dans l'existence, arrachée continuellement au néant par la puissance créatrice de Dieu. C'est là l'autre aspect du mystère de l'homme , tout aussi profondément constitutif de son être que sa vocation à la divinisation.

    Cet aspect d'ailleurs est signifié aussi par le thème de l'image. C'est en effet dans le récit même de la création que  l'homme est défini comme un être fait à l'image de Dieu ; et les Pères soulignent sans cesse, par opposition à la pensée religieuse  dominante dans le monde grec de leur époque, que l'homme, même par ce qu'il y a de plus spirituel en lui, n'est  absolument pas divin par nature : il n'est qu'à l'image de Dieu, ce qui indique seulement une potentialité, une pure capacité.

    Une distance infinie en effet sépare le mode d'être du [26] Créateur et celui de la créature. La créature, ne subsistant qu'en recevant continuellement du Créateur son existence , est par nature inconsistante, évanescente, corruptible, et ceci même selon son âme, au moins selon certains Pères  comme saint Irénée et saint Athanase. Car l'incorruptibilité est le propre de Dieu. Et si une créature participe à l'incorruptibilité divine, ce ne peut être que par un don inouï, mystérieux, et tout à fait gratuit de la part de Dieu.

    Ainsi apparaît la situation paradoxale, l'impasse de l'homme : être par nature "capable" de Dieu, fait pour devenir Dieu et jouir de Dieu, mais, par nature aussi, être tout à fait  incapable d'atteindre le Dieu pour lequel il est fait.

    Car il y a une disproportion radicale, on pourrait dire infinie, entre les forces de la créature et l'oeuvre de divinisation qu'implique le salut.

    L'homme a donc besoin d'être conduit  jusqu'à son achèvement par un Autre que lui ; il a besoin de recevoir d'un Autre ce qui lui manque ; en un mot, il ne peut être sauvé que par un  Autre. L'homme est, par nature, un être qui a besoin d'être sauvé, un "être à sauver". Mais quel Autre peut le sauver, sinon Dieu seul ? Dieu seul peut diviniser. Dieu seul peut donner Dieu à l'homme. Dieu  seul, qui a créé l'homme pour qu'il soit animé par son Esprit pour qu'il soit assimilé à l'image de son Fils, pour qu'il voie sa  Gloire infinie et Lui soit uni dans sa Vie et sa Béatitude mêmes, peut lui donner son Esprit, peut le recréer en son Fils, peut Se faire voir Lui-même à lui. L'Esprit dont jouit le sauvé, [27] sans doute, lui est vraiment donné et en un sens lui appartient vraiment en propre ; il est bien évident pourtant qu'il ne s'agit pas d'une possession semblable à celle d'une "chose" dont l'homme serait le maître ; il s'agit d'une possession d'ordre spirituel, par l'amour (et la connaissance), où l'homme est saisi par Dieu bien plus encore qu'il ne saisit Dieu, où le don que Dieu fait de Lui-même demeure toujours actuel, absolument  libre et gratuit. Et l'on peut en dire autant de tous les dons de la grâce qui concourent au salut et dont l'Esprit est la Source. C'est dire que le salut  est totalement gratuit, qu'il n'est pas l'oeuvre de l'homme mais celle de Dieu.

    Un texte d'Irénée exprime à merveille cette situation de  l'homme, simple créature, par rapport à Dieu  son Créateur, et la nécessité où est l'homme de reconnaître que, dès l'aube de son existence et jusqu'à l'achèvement de son salut, il ne peut être que l'oeuvre de Dieu : " Il te faut d'abord garder ton rang d'homme, écrit l'évêque de Lyon, et ensuite seulement recevoir en partage la gloire de Dieu : car ce n'est pas toi qui fais Dieu, mais Dieu qui te fait (...) Car faire  est le propre de la bonté de Dieu, et être fait est le propre de la nature de l'homme" (Adv. haer. IV,39,2)

                                                             A suivre...

     

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.

  • Chemin vers Pâques (3)

    [17]

    Il est certain d'abord que, dans la pensée des Pères - et ceci depuis saint Irénée jusqu'à saint Bernard et au-delà - l'image divine est toujours considérée comme constitutive de l'homme, quelles que soient par ailleurs leurs divergences dans l'interprétation des textes bibliques ou dans la manière d'expliquer les différents aspects du mystère. Etre "à l'image de Dieu", c'est là, pour eux, que se situe le mystère même de l'être humain ; c'est là ce qui distingue foncièrement l'homme de tout autre créature et définit sa "nature" ou sa "vocation". Si bien que, pour un certain nombre d'entre eux, l'expression "à l'image" est devenue comme un nouveau nom de l'homme.

    Et, pour tous les Pères, selon le sens même de l'expression "à l'image de Dieu", la nature de l'homme se définit à l'intérieur d'une relation à Dieu, relation de dépendance, mais beaucoup plus encore relation d'orientation, de polarisation vers Dieu : l'homme est, par nature, un être ouvert sur Dieu, aimanté vers Dieu. Et certains Pères, comme Origène et saint Athanase, qui n'interprètent jamais le texte de la Genèse (cf. Gn 1,26-27) que par celui de l'épître aux Colossiens (cf. Col 1,15)  vont plus loin et pensent que l'expression "à l'image" indique la polarisation, inscrite dans la nature même de l'homme, vers Celui qui est l'Image parfaite et unique du Père, le Christ Dieu, le Fils unique, le Verbe ; de telle sorte que l'expression de la Genèse doit être comprise comme signifiant que l'homme est un être "vers (le Christ qui seul est) l'Image".

    L'homme est donc, par le plus profond de sa nature, relatif, ou mieux, ordonné, à Dieu ; car cette relation n'est pas statique mais dynamique : elle s'inscrit elle-même dans le mouvement qui va de l'état originel de l'homme à son achèvement.

    Certains Pères expriment le dynamisme de l'ordination de l'homme à Dieu au moyen de la distinction scripturaire entre l'image et la ressemblance : l'homme est créé " à l'image", mais il y a là seulement une potentialité d'assimilation à Dieu , et cela montre qu'il est fait pour cette assimilation, pour la "ressemblance". Le fait même d'être à l'image est donc pour lui un appel à la perfection de la ressemblance et l'engage dans le dynamisme d'une marche, d'un progrès vers une assimilation toujours plus totale à Dieu. Saint Irénée voit ce dynamisme inscrit dans l'histoire : le premier homme était "modelé" à l'image, mais c'est tout au long de l'histoire du salut que Dieu allait l'habituer à porter l'Esprit pour que, au terme, devenu vraiment "spirituel", il atteigne à la parfaite ressemblance . Pour les Pères orientaux, Clément, Origène, saint Grégoire de Nysse [19] surtout, ce dynamisme est celui du progrès spirituel de chaque chrétien, progrès spirituel qui consiste à passer de l'image à la ressemblance. Mais même chez ceux qui n'exploitent pas la distinction entre l'image et la ressemblance, l' "être à l'image" est essentiellement dynamique et tend à l'assimilation à Dieu. 

    Telle est donc la signification essentielle de la révélation de la création à l'image, clé du mystère de l'homme aux yeux des Pères : l'homme a été créé pour être assimilé à Dieu ; il est originellement dans un état de potentialité et ne s'accomplira lui-même que par la divinisation : il est fait pour devenir Dieu. Selon le mot de saint Grégoire de Nazianze : " L'homme est une créature qui a reçu l'ordre de devenir Dieu." (cf. st Grégoire de Nazianze, "In Laudem Baslii", or. 34,48 cité par P. Evdokimov, L'Orthodoxie, p.82) 

                                                             A suivre...

    Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

    Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan.