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  • Le souci du Royaume

    Les paraboles du trésor et de la perle nous révèlent une des exigences les plus profondes du Royaume. Le Royaume n'est pas quelque chose qui puisse être simplement surajouté à notre vie personnelle, même en prenant encore une grande part de notre pensée et de notre activité.

    On a le vrai  souci du Royaume que lorsque ce souci domine tout. Le Royaume est absolu : il ne souffre pas le plus et le moins. Il n'est pas quelque chose que l'on possède à moitié, ou à quoi l'on fait une part. On ne le possède que lorsque tout a été abandonné pour lui.

     

    Yves de Montcheuil - Le Royaume et ses exigences - Ed. de l'Epi, 1959


  • Comme le paralytique

    L'Evangile est le livre de la vie du Seigneur. Il est fait pour devenir le livre de notre vie.

    Il n'est pas fait pour être compris, mais pour être abordé comme un seuil de mystère. Il n'est pas fait pour être lu, mais pour être reçu en nous.

    Chacune de ses paroles est esprit et vie. Agiles et libres, elles n'attendent que l'avidité de notre âme pour fuser en elle. Vivantes, elles sont elles-mêmes comme le levain initial qui attaquera notre pâte et la fera fermenter d'un mode de vie nouveau.

    Les paroles des livres humains se comprennent et se  soupèsent.

    Les paroles de l'Evangile sont subies et supportées. Nous assimilons les paroles des livres. Les paroles de l'Évangile nous pétrissent, nous modifient, nous assimilent pour ainsi dire à elles. Les paroles de l'Évangile sont miraculeuses. Elles  ne nous  transforment pas parce que nous ne leur demandons pas de nous transformer. Mais, dans chaque phrase  de Jésus, dans chacun de ses exemples demeure la vertu foudroyante qui guérissait, purifiait, ressuscitait. A la condition d'être, vis-à-vis de lui, comme le paralytique ou le centurion ; d'agir immédiatement en pleine obéissance.

    L'Évangile de Jésus a des passages presque totalement mystérieux. Nous ne savons pas comment les passer dans notre vie. Mais il en est d'autres qui sont impitoyablement limpides.

    C'est une fidélité candide à ce que nous comprenons qui nous conduira à comprendre ce qui reste mystérieux.

    Si nous sommes appelés à simplifier ce qui nous semble compliqué, nous ne sommes, en revanche, jamais appelés à compliquer ce qui est simple.


    Madeleine Delbrel - La joie de croire - Seuil 1968

     

  • Tenir à Jésus-Christ

    Qui peut dire jusqu'où il a connu Jésus-Christ ? Ce sont des confidences qu'on ne peut pas faire et qu'il vaut mieux ne pas faire, de peur d'être de ceux qui, lors de son avènement, auront la confusion d'être plus éloignés de  lui qu'ils ne le croyaient (cf. 1 Jn 2,28) !

    Mais la foi chrétienne  consiste au moins humblement en ceci : tenir à Jésus-Christ par un attachement qui, si je m'interroge à son sujet (et je dois m'interroger, tirer au clair, devenir honnête à l'égard des autres et de moi-même) ne peut se ramener à l'attachement d'une habitude, d'une curiosité, d'un malentendu  ou de quoi que ce   soit de ce genre. Je devrais  presque dire : « quelque chose en moi tient à Jésus-Christ », mais quelque chose de si profond que, sans l'élucider tout à fait, j'y tiens à mon tour comme à un morceau précieux de ma personnalité, comme à une chance de mon destin et à une  réponse pour mes attentes. (...)

    Il est possible que Dieu-avec nous, cela veuille dire des choses bien plus immenses que tout ce qui s'en est dit et répété jusqu'ici, et que cela contienne un avenir encore inconnu dont les siècles précédents n'ont pas soupçonné les dimensions ni les horizons. Mais cette immensité, je le sais, c'était déjà l'abîme qu'était la personne de Jésus de Nazareth et que l'on côtoyait, bousculait, interpellait sans le connaître ; et cet avenir n'est autre que la continuation de son histoire personnelle, l'explicitation d'une Parole qu'il a commencé d'exprimer par sa seule existence, une certaine nuit à Bethléem.

    N'est-ce pas lui qui avait prévenu ses disciples, par ces mots dont l'énigme me poursuit mais, dont je crois pressentir la portée : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant » (Jn 16,12) ?

    A-M. Besnard - Un certain Jésus - Ed. du Cerf, 1968

  • Pour vous qui suis-je ?

     

    Les uns l'évacuent à force de ne faire de Jésus que le « personnage officialissime » du christianisme : tant de crucifix banalisés qui, à des yeux trop habitués, ne disent guère plus à l'âme religieuse que le buste de Marianne, dans nos mairies, ne peut dire à la conscience civique de la plupart des citoyens !

    A force d'être un personnage, dont on n'a pas même l'idée de se représenter qu'il a dû dormir, manger, se laver, saluer les voisins dans le petit matin, porter le bois, allumer le feu, Jésus devient une espèce d'abstraction personnifiée, et combien de chrétiens ont même honte de ce nom qu' il  porte, et qui leur semble vaguement ridicule au point de ne jamais le prononcer et d'éprouver je ne sais quelle gêne quand on le prononce autour d'eux !

    Les autres évacuent l'humanité de Jésus à force de le considérer simplement comme Dieu qu'ils  vénèrent et qu'ils invoquent. Dieu sous une forme humaine, mais cette forme humaine n'est guère plus qu'un vêtement provisoire, et presque superflu. Pour ceux-là, l'Evangile se perd encore en trop de récits et de détails, auxquels d'ailleurs ils ne s'intéressent nullement. Ils imaginent vaguement que, puisqu' il était  Dieu, Jésus  a dû vivre sa vie terrestre dans des conditions assez spéciales de facilité, de merveilleux, de supériorité absolue. Un peu comme pour    l'enfant, ces héros aux pouvoirs insoupçonnés, et dont les histoires se terminent toujours bien. Et ne faut-il pas dire qu'il y a, dans cette manière si répandue de vivre la foi chrétienne, des restes d'infantilisme religieux ?

    La foi est autrement grave ! Elle n'a de sens que  si elle assume toute la réalité de Jésus de Nazareth. Elle ne peut se contenter de dire : Dieu s'est fait homme. Elle doit affirmer : Dieu s'est fait ce Jésus. D'une manière ou d'une autre, il lui faut franchir le « mur du scandale », en deçà duquel elle peut avoir belle apparence mais n'est encore que croyance trop humaine. Ce  mur du scandale, les contemporains de Jésus en ont très fortement perçu l'existence, et même les disciples s'y sont heurtés.

    Parmi ceux qui n'ont pu le surmonter, se trouvent  les compatriotes mêmes de Jésus, les gens de Nazareth. Il faut nous mettre à leur place, un instant - et même longuement. Ils l'ont trop connu, ce Jésus, comme l'un des leurs ! Ils ont trop vécu avec lui, trente années durant, dans les relations étroites d'un si petit village, pour ne pas être stupéfaits de ce qui surgit, un jour, d'extraordinaire en cet homme si familier. La Nazareth actuelle, véritable ville en pleine expansion israélo-arabe, ne peut plus nous donner l'idée de la minuscule bourgade du 1er siècle perdue sur sa colline.


    Albert-Marie Besnard - Un certain Jésus - Ed. du Cerf, 1968

     

  • Celui qui me suit (5)

    C‘est parce que notre cœur est dépourvu d’attente que les puits de solitude dont sont parsemées nos journées nous refusent l’eau vive dont ils débordent.

    Nous avons la superstition du temps.

    Si notre amour demande du temps, l’amour de Dieu se joue des heures et une âme disponible peut être bouleversée par lui en un instant.

    «  Je te conduirai dans la solitude et je parlerai à ton cœur. »

    Si nos solitudes sont pour nous mauvaises adductrices de la Parole, c’est que notre cœur est absent.  

    Il n’y a pas de solitude sans le silence. Le silence, c’est quelquefois se taire, mais le silence, c’est toujours écouter.

    Une absence de bruit qui serait vide de notre attention à la  Parole de Dieu ne serait pas du silence. Une  journée pleine de bruits et pleine de voix peut être une  journée de silence si le bruit devient pour nous écho de la présence de Dieu.

    Quand nous parlons de nous-mêmes et par nous-mêmes, nous sortons du silence. Quand nous répétons avec nos lèvres les suggestions intimes de la parole de Dieu au fond de nous, nous laissons le silence intact.  Le silence n’aime pas la profusion des mots.

    (…)

    Le silence est charité et vérité

    Il répond à celui qui lui demande quelque chose, mais il ne donne que des mots chargés de vie (…)

    On ne peut se donner quand on s’est gaspillé. Les paroles vaines dont nous habillons nos pensées sont un constant gaspillage de nous-mêmes.

     

     

    Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Seuil 1966

  • Celui qui me suit (4)

     

    La vraie solitude, ce n’est pas l’absence des hommes, c’est la présence de Dieu. (…)

    A celui qui consent cette rencontre solitaire avec Dieu, Dieu donne en surplus la solitude de l’homme. Il nous fait comprendre que, soustraction faite de ses dons, de ses impulsions, de ses vouloirs, il ne reste plus qu’une sorte de pâte commune faite d’un même néant et d’un même péché où l’homme ne voit dans les  autres  hommes qu’un triste et monotone prolongement de lui-même.

    (…)

     

    Nos minuscules solitudes sont aussi grandes, aussi exaltantes, aussi saintes que tous les déserts du monde, elles sont habitées par le même Dieu, le Dieu qui fait la solitude sainte.

    Solitude de la rue noire qui sépare la maison du métro, solitude d’une banquette où d’autres êtres portent leur part du monde, solitude des longs couloirs où coule le flot courant de toutes les   vies en route vers une nouvelle journée. Solitude de quelques minutes où, accroupi devant le poêle, on attend la flamme du petit bois avant de mettre le charbon ; solitude de la cuisine devant la bassine aux légumes. Solitude à genoux sur le plancher que l’on frotte, dans l’allée du jardin où l’on cherche un pied de salade. Petites solitudes de l’escalier monté et descendu cent fois par jour. Solitudes des longues heures de lessive, de raccommodage, de repassage. Solitudes que nous pourrions redouter et qui sont l’évidement de notre cœur : aimés qui s’en vont et qu’on voudrait garder ; amis que l’on attend et qui ne viennent pas ; choses qu’on voudrait dire que personne n’écoute, étrangeté de notre cœur parmi les hommes.

     

    Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Seuil 1966

  • celui qui me suit (3)

    Si notre vie est si bourrée par nos devoirs que les pauses y soient impossibles, si nos enfants, un mari, la maison, le travail envahissent presque tout, elle veut que nous croyions assez en elle, que nous la respections assez pour savoir que sa force divine lui fera toujours de la place. Alors nous la verrons luire pendant que nous marchons dans la rue, pendant que nous façonnons notre travail, pendant que nous épluchons nos légumes, que nous attendons la communication téléphonique, que nous balayons nos  parquets, nous la verrons luire entre deux phrases de notre prochain, entre deux lettres à écrire, quand nous nous réveillons et quand nous nous endormons.

    C’est qu’elle aura trouvé sa place, un cœur d’homme pauvre et chaud pour la recevoir.

     

    Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Seuil 1966

  • Celui qui me suit (2)

    La révélation de l’Évangile est esprit et vie. Elle demande à qui veut la recevoir l’audience de son esprit et de sa vie. Nous pensons souvent à lui donner la «  lettre » de notre existence, du temps, de la solitude matérielle, des évasions. Quand notre mode d’existence nous en empêche, nous croyons volontiers que l’Évangile n’est pas pour nous, ou que seul est pour nous un Évangile mutilé ou falsifié.

    Volontiers nous laisserions à ceux qui ont opté pour le désert la plénitude d’un message qui a été vécu et prêché dans l’épaisseur la plus intime du monde.

    Or ce sont toutes nos vies qui sont appelées à être « évangélisées », qui ont la vocation de recevoir la Parole entière de Jésus-Christ. Mais elles ne peuvent la recevoir que si elles se donnent en tant qu’elles-mêmes, en tant que vies, en tant que nos vies. Elles  ne peuvent la recevoir que si elles se donnent avec la totalité  leurs énergies intérieures, avec tout ce qu’il y a de moteur en elles, avec tout leur esprit.

    C’est dans notre vie que, du matin au soir, coule entre les rives  notre maison, de nos rues, de nos rencontres la parole où Dieu veut résider.

     

    C’est dans notre esprit qui nous fait nous-mêmes à travers les actes de notre travail, de nos peines, de nos joies, de nos amours, que la parole de Dieu veut demeurer.

    La phrase du Seigneur que nous avons arrachée à l’Evangile (…) dans une course de métro, ou entre deux travaux de ménage, ou le soir dans notre lit, elle ne doit plus nous quitter, pas plus que ne nous quitte notre vie ou notre esprit. Elle veut féconder, modifier, renouveler la poignée de main que nous aurons à donner, notre effort sur notre tâche, notre regard sur ceux que nous rencontrons, notre réaction sur la fatigue, notre sursaut devant la douleur, notre épanouissement dans la joie.

    Elle veut être chez elle partout où nous sommes chez nous.

    Elle veut être nous-mêmes partout où nous sommes nous.  

     

    Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Seuil 1966

  • Celui qui me suit (1)

    Le secret de l’Évangile n’est pas un secret de curiosité, une initiation intellectuelle ; le secret de l’Évangile est essentiellement une communication de vie. La lumière de l’Évangile n’est pas une illumination qui nous demeure extérieure : elle est un feu qui exige de pénétrer en nous pour y opérer une dévastation et une transformation. Celui qui laisse pénétrer en lui une seule parole du Seigneur et qui la laisse s’accomplir dans sa vie, connaît plus l’Évangile que celui dont tout l’effort restera méditation abstraite ou considération historique.

    L’Évangile n’est pas fait pour des esprits en quête d’idées. Il est fait pour des disciples qui veulent obéir. L’obéissance demandée au disciple de Jésus-Christ agenouillé devant la parole et l’exemple de son maître, n’est pas une obéissance discursive, raisonneuse, interprétative ; elle est une obéissance d’enfant revenu à son ignorance radicale de créature, à son aveuglément universel de pécheur.

     

    Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Seuil 1966

  • Souffrances

    Ainsi, de quelque côté que je me tourne, je ne vois personne qui  s'attache à écouter la plainte de Jésus pour sa souffrance et le sentiment  de sa faiblesse dans la tentation.

    Bien plus, il faut prendre conscience que si Jésus est vraiment Fils de Dieu, cette souffrance toute humaine, est une tentation qui est lancée à Dieu lui-même.

    Ce n'est donc nullement de la curiosité qui m'a fait relire les évangiles dans cette lumière, mais le désir d'approfondir la relation du Fils et du Père, et ce faisant apprendre à mieux connaître le Père.

    Ce n' est pas non plus pour émouvoir les âmes  sensibles que j'écris ces pages, et nous atteignons ici un autre aspect sérieux de ma petite recherche.

     

    Quand je parlerai de la souffrance de Jésus, il ne s'agira en aucun cas de faire une «théologie de la souffrance».

    Il ne s'agit pas d'une participation aux souffrances de Jésus. Mais, tout au contraire de la participation de Jésus le Christ, à nos propres souffrances.

    De même je ne vais pas réécrire l'Evangile des souffrances de Kierkegaard. Il y a certes là beaucoup de belles choses, mais c'est pourtant un des rares livres de Kierkegaard auquel je n'apporte pas une pleine adhésion.

    Je crois que Jésus souffrant n'est en rien une bonne nouvelle pour lui. Pour nous, voici Jésus infiniment plus proche, et nous communions par nos souffrances à sa souffrance ! Mais surtout n'allons pas plus loin. Le fait d'apprendre que Jésus a souffert ne doit pas nous entraîner à vouloir souffrir.

     Jacques  Ellul - « Si tu es le Fils de Dieu » EBV/Le Centurion 1991

  • le social et le spirituel

    Un paradis social peut être un enfer spirituel ; - auquel cas, d'ailleurs, il cesserait bien vite d'être même  un paradis social. Il peut être aussi tout simplement un désert spirituel, et s'il dure, alors ce ne peut être  qu'au bénéfice d'une humanité diminuée, atrophiée.

    Aussi tout comme il y aurait hypocrisie à négliger l'oeuvre sociale tant que n'est pas accomplie l'oeuvre, jamais achevée, d'éducation spirituelle, tout de même il serait inhumain de laisser ignorer à l'homme sa plus haute noblesse, de le détourner de lui-même et d'étouffer en lui la nostalgie de sa patrie divine tant que n'est pas achevée l'indispensable oeuvre sociale, - elle-même sans doute à jamais inachevable. Il faut appliquer ici, tout en la retournant, la consigne marxiste selon laquelle doivent s'épauler réciproquement l'action révolutionnaire et la lutte antireligieuse en vue de la libération totale.

    Les deux efforts, social et spirituel, doivent aller de pair. Chacun est garant du sérieux de l'autre et de son authenticité. Sans le souci de ses conséquences sociales et temporelles, la vie spirituelle est faussée ; sans approfondissement spirituel, tout progrès social demeure indigne de l'homme et peut finalement se retourner contre lui. Dieu, pour qui l'homme est fait, ne peut être atteint que par leur convergence.

     

    H. de Lubac - Paradoxes - Cerf, 1999

  • surmonter ce scandale

    (186)... Il n'y a pas de sentence de l'Evangile qui exprime mieux le conflit de Jésus avec les chefs de sa nation que cette Béatitude : " Bienheureux pour qui je ne suis pas un objet de scandale ! " De toutes les béatitudes évangéliques, elle est l'assise. Nul n'obtient la béatitude éternelle, pour laquelle il a été créé et mis au monde, s'il ne surmonte ce "scandale" qui est consubstantiel à la personne de Jésus.

    On croit que ce fut facile de suivre Jésus. Ce ne fut pas facile.

    Les autorités et la mode étaient contre lui. Toutes les autorités, aussi bien civiles que religieuses, qui d'ailleurs en Israël étaient les mêmes. Evidemment il y avait les miracles, mais les pharisiens les attribuaient à Belzébuth. Au reste les miracles n'ont jamais convaincu ceux qui se disent des " esprits forts ". Les miracles, même aujourd'hui, ajoutent le scandale au scandale.

    Je voudrais insister sur le scandale propre à Jésus, absolument propre et inaliénable, singulièrement révélateur. Ce n'est pas ce qu'il dit qui est le plus scandaleux, ce n'est pas ce qu'il fait - bien que tout cela le soit beaucoup -  c'est ce qu'il est, ce qu'il est toujours et éternellement.

    Ses ennemis pourraient transiger sur bien des choses, trouver des interprétations restrictives ou, comme on dit, "bienveillantes".  Mais sur l'essentiel il n'y a aucun compromis possible ; sur ce qu'il est, il n'y a aucune interprétation restrictive qui tienne.

    Dans l'Evangile de Jean (chapitre 11), et tout de suite après l'épisode de la Samaritaine, on le voit bien.  Cette fois-ci on est entre Juifs, à Jérusalem, au cours d'une fête religieuse et le jour du Shabbat. Jésus fait un miracle : il guérit un homme paralytique depuis trente ans, lui commande de se lever, de marcher, de rentrer chez lui en emportant son grabat(187) Or la loi du Shabbat est stricte, aggravée encore par la jurisprudence tatillonne des pharisiens : il ne faut rien porter le jour du Shabbat, c'est la loi du Seigneur, et il n'y aurait que Dieu qui pourrait relever de la Loi édictée par lui. Nous vivons dans une société tout entière modelée sur le sacré, qui se mobilise entièrement et instantanément contre celui qui ose outrager ce qu'elle a de suprême, la Loi de son Dieu.

    Jésus est un bon Juif. Pendant trente ans dans son village il a donné l'exemple de la piété et de l'observance de la Loi : qu'est-ce qui le prend aujourd'hui de la transgresser délibérément ? S'il est monté de sa Galilée lointaine, c'est bien pour célébrer une fête rituelle, et pour la célébrer dans le temple, là où réside la Gloire du vrai Dieu. Jésus n'a jamais renié sa qualité de Juif, il l'a revendiquée au contraire et la revendiquera jusque devant Pilate. Il est né et mourra Juif, au point que très véridiquement l'écriteau sur la croix portera l'inscription " roi des Juifs ".

    R.L Bruckberger - " La Révélation de Jésus-Christ " Gallimard 1983

  • Le Livre de la Vie

    Il faudrait avoir pris conscience de ces deux masses ténébreuses entre lesquelles notre vie s'insère : ténèbre insondable de Dieu et ténèbre de l'homme, pour se livrer éperdument à l'Evangile, pour le découvrir à travers le double néant de notre état de créature et de notre état de pécheur.

    Il faut avoir plongé dans la mort ambiante de ce qui fait notre amour d'homme : dévastations du temps, de l'universelle fragilité, des deuils, décomposition du temps, de toutes les valeurs, des groupes humains, de nous-mêmes.

    Il faut avoir, à l'autre pôle, tâté l'univers impénétrable de la sécurité de Dieu pour percevoir en soi une telle horreur du noir que la lumière évangélique nous devienne plus nécessaire que le pain.

    Alors seulement nous nous cramponnons à elle comme à une corde tendue au-dessus d'un double abîme.

    Il faut se savoir perdu pour vouloir être sauvé.

    Celui qui ne prend pas dans ses mains le mince livre de l'Evangile avec la résolution d'un homme qui n'a qu'une seule espérance, ne peut ni en déchiffrer ni en recevoir le message.

    Peu importe alors que ce bienheureux désespéré, pauvre de toute attente humaine, prenne ce livre sur le rayon d'une riche bibliothèque ou dans la poche de sa veste de besogneux, ou dans une sacoche d'étudiant; peu importe qu'il le saisisse dans une halte de sa vie ou dans une journée pareille aux autres; dans une église ou dans sa cuisine; en plein champ ou dans son bureau , il saisira le livre mais lui-même sera saisi par les paroles qui sont esprit. Elles pénétreront en lui comme le grain dans la terre, comme le levain dans la pâte, comme l'arbre dans l'air, et lui, s'il y consent, pourra devenir simplement comme une expression nouvelle de ces paroles.  

    Là est le grand mystère caché dans le livre de l'Evangile.

     

    M. Delbrel - "Nous autres gens des rues" Seuil, 1966 p. 72

  • C'était le commencement de l'été

    Au temps de mes saisons dans le Sahara, j'ai fait la connaissance d'un Juif très pieux, sûrement mort depuis, car s'il vivait il aurait aujourd'hui cent trente ans. Il me parlait de sa petite enfance. Il était né sous la tente au milieu d'une nombreuse famille qui avait encore la structure primitive du clan. Il faut avoir vu ces tentes fabriquées avec des peaux de bêtes cousues, qui évoquent nos cirques ambulants ou ce qu'on appelle un "chapiteau", capables d'abriter pour la nuit ou la sieste deux ou trois cents personnes, toute une maisonnée patriarcale, avec en plus les chamelets et les poulains, les ânons et les agneaux, trop tendres pour supporter le poids du soleil ou les froidures de la nuit.

    Mon vieil ami me racontait que, tout enfant, il dormait dans le giron de sa grand-mère qui le réchauffait, le rassurait et, le jour, lui enseignait les rudiments. Le rabbin ne passait que de temps en temps pour circoncire les bébés mâles, bénir les mariages, pour rappeler les Dix Informations [les Dix Commandements ou les Dix Paroles, NDLR] dictées jadis sur le mont Sinaï et gravées par Moïse sur la pierre, pour affirmer à ces nomades perdus dans l'immense désert qu'ils faisaient bien partie de la race élue dont surgirait un jour le Messie. Une paix infinie régnerait alors dans les coeurs et parmi les peuples, le lion dormirait avec la gazelle sans lui faire de mal.

    Une nuit, le garçon fut réveillé par un irrépressible besoin de faire pipi. Il se dégagea doucement des bras de la vieille, souleva le bord de la tente, se glissa et se retrouva dehors. C'était le commencement de l'été, l'air était doux, le ciel illuminé de milliards d'étoiles qui, au désert, semblent à portée d'échelle. Les chevaux et les chameaux respiraient tranquillement. Cette paisible nature était si accueillante, avec une saveur de miel et de lait, pleine d'une promesse et d'un fruit déjà si mûr que le petit garçon fut frappé d'enthousiasme.

    L'espérance lui monta à la tête comme une fièvre brutale. Il retourna sous la tente, réveilla d'autorité sa grand-mère et lui dit à l'oreille : " Viens dehors ! C'est si beau ! Ne serait-ce pas cette nuit que le Messie va venir ? " Et la vieille irritée de répondre : " Oublie le Messie ! Apprends à compter ! "

    A la fin du récit, mon vieil ami pleurait. Il était de ces Juifs pieux et fidèles qui dépensent leur vie à espérer le Messie et qui  n'apprendront jamais à compter. Quand on en a rencontré un, on ne l'oublie jamais.

     

    R.L Bruckberger - " La Révélation de Jésus-Christ "- 1983

  • Le Christ et l'institut de beauté

    Chacun de nous est très conscient de son organisme corporel ou physique : toute la biologie, toute la médecine, toute la diététique sont centrées sur le bon fonctionnement de cet organisme corporel. Dans notre civilisation moderne, le souci de l'organisme corporel humain a pris une telle prépondérance qu'il donne lieu à une véritable religion avec ses dogmes, ses grands prêtres, sa liturgie : les instituts de beauté sont des lieux de culte et une opération chirurgicale est une grand-messe; le bronzage des corps tient dans notre vie la place qu'occupait jadis la prière.

    Le Christ - et il importe de la souligner très fort - n'est pas venu condamner le corps, c'est tout le contraire, il est venu le transfigurer, puisque, lui qui vivait dans sa condition de Fils unique de Dieu qui est Esprit, s'est incarné, c'est-à-dire qu'il a pris corps en vue de transmettre aux hommes son message. Il ne pouvait les toucher (à tous les sens du mot) qu'en ayant lui-même un corps. Le mépris du corps n'est pas chrétien. L'hérésie albigeoise (...)  au XIII ème siècle (...) condammait le corps et le mariage.

    (...)

    Que chacun de nous soit aussi un organisme spirituel est moins évident : cela ne se voit pas, cela ne se touche pas. (...) Toute l'entreprise du Christ a été de nous convaincre que, doublant notre organisme corporel, nous avons un organisme spirituel (...) La mission propre du Christ est de lui conférer un épanouissement de vie éternelle, du moins la possibilité de cet épanouissement.

    (...)

    Nous pouvons être de parfaits athlètes quant à notre organisme physique ou même quant à l'exercice de nos facultés rationnelles et être des rachitiques et des débiles quant à notre organisme spirituel. C'est là un phénomène anormalement fréquent à notre époque de forme physique et de brillance intellectuelle.

    R.L Bruckberger - " La Révélation de Jésus-Christ " Grasset 1983

     

  • La lecture infinie

    Il m'apparaît maintenant que le fond du message chrétien consiste à dire : toi, qui que tu sois, qui a découvert (par application ou par hasard, à grand-peine ou à grande joie) une parcelle du sens des choses ou du destin, prête attention : il y a un Donneur de sens, le Verbe de Dieu " qui éclaire tout homme " (Jn 1,9).

    Tes vérités chèrement acquises et jalousement défendues, tes débats si charnels, tes lumières si terrestres, vois : elles signalent l'approche d'un visage, le Christ qui t'a rejoint sur ta route, et sa Parole peut devenir parlante pour toi sur la longueur d'onde du sens que tu as déjà entrevu.

    C'est à un vivant, c'est à un être mystérieusement proche que s'adressait ma question : qui es-tu ? Aucun goût en moi pour les pures investigations et reconstitutions archéologiques. Ouvrant et scrutant l'Evangile, cherchant maladroitement  à voir qui fut le Jésus de l'histoire, c'est ce visage actuel, Dieu-avec-nous, que j'essayais d'entrevoir. Inutile, par conséquent, de m'enfiévrer à vouloir retrouver la totalité du documentaire sur sa vie terrestre : cela m'eût peut-être distrait de l'essentiel et, comme dit l'apôtre Paul, il ne sert plus à rien de vouloir "connaître le Christ selon la chair" (2 Co 5,16) 

    Mais il reste que ce visage est bien tel que sa mère Marie l'a enfanté, tel que ses longues années de travail à Nazareth l'ont buriné, tel que l'ont modelé ses tendresses pour les pauvres et les pécheurs ou ses colères contre les pharisiens, tel que les saisons l'ont hâlé, tel enfin que la souffrance l'a ravagé et rendu grave à jamais. C'est pourquoi il me faut recueillir tout ce que ses disciples ont cru bon de nous en transmettre et que l' Esprit Saint  leur a inspiré de conserver pour nous. Tel est le rôle de la prophétie : nous attester qu'il n'y a de résurrection que de ce Jésus qui a travaillé, parlé, agi et qui a été crucifié ; mais nous rappeler que ces travaux, paroles, actions, souffrances, qui ont réalisé l'Evenement de salut, c'est-à-dire de Dieu-avec-nous et se réconciliant à nous, sont devenus le langage grâce auquel nous identifions le Ressuscité et grâce auquel aujourd'hui il nous parle. 

    Ce langage n'est pas celui d'une langue morte que l'on peut déchiffrer aisément  à coup de lexique et de grammaire. Plus je lis l'Evangile et plus je sens la profondeur insondable de l'Evénément dépasser de partout la prophétie, hors de laquelle pourtant il m'échapperait. A certains jours l'étrangeté m'envahit, et le sentiment qu'aucune des choses dites là n'a dû tout à fait se passer comme le texte le raconte. Je n'en ai jamais fini avec aucune d'entre elles, et, après m'en être souvent étonné, je conçois à l'expérience qu'un croyant puisse lire et relire indéfiniment l'Evangile sans avoir jamais l'impression de l'avoir épuisé ou d'en avoir fait le tour. Manifestement, la Parole qui parle là vient de bien plus loin, ou de bien plus haut que du document qui me donne la possibilité de l'entendre parler.

    A-M. Besnard - " Un certain Jésus " Cerf 1968. pp. 27-29

     

  • Conversation à contre-jour

    J'imagine très bien la Samaritaine, jeune, belle, désirable, coquette, sensuelle, le visage découvert, la chevelure libre, venant de la ville vers le puits, l'amphore sur la tête et droite sous le fardeau, la corde au bras pour descendre la cruche. Elle a la démarche souple d'un félin. Elle chantonne sur le chemin. Elle est bien dans sa peau, elle aime faire l'amour et change de partenaire avec aisance. C'est exactement le genre de créature qui n'a pas froid aux yeux, dont mon maître des novices nous recommandait avec insistance de ne jamais la regarder en face : " E pericoloso ! " comme il était écrit jadis sous les fenêtres des trains. Attention, danger imminent de vertige ! Elle le sait, elle sait que ses yeux sont des abîmes. Elle trouve la vie très à son goût et ne s'attend pas du tout à ce qui va lui arriver.

    Elle n'est pas sans être émue par la beauté de l'étranger assis sur la margelle  du puits. Mais quoi ! C'est un Juif, et elle n'aime pas les complications sociales ou politiques. C'est avec insolence, l'air de dire : "Bas les pattes !", qu'elle répond à la demande de Jésus de lui donner à boire.

    Jésus ne s'offusque pas, et la conversation continue, en contrepoint, à contre-jour. La femme accueille et déchiffre les mots sur son registre à elle, et comprend à contresens tout ce que Jésus lui dit. Jésus, lui, est sur un tout autre registre, une octave plus haute, celui de sa révélation personnelle : et c'est à cette hauteur qu'il veut la hisser.

    (...)

    A cette femme immergée dans les plaisirs de la chair, impératrice des désirs, Jésus révèle tout à tract qu'elle a été créée et qu'elle existe pour une métamorphose d'elle-même vers une autre Vie, qu'il appelle Vie éternelle, où elle aura, où elle a déjà d'autres désirs et d'autres satiétés. Désirs et satiétés qu'elle ne connaissait pas, qu'elle ne soupçonnait même pas, mais qui la combleront à la perfection, et auprès desquels désirs et satiétés charnelles ne lui paraîtront plus que comme de l'ombre. (...)

    En quelques instants, cette femme qui vient chercher de l'eau pour étancher la soif de toute la maisonnée, découvre qu'il y a en elle une soif plus profonde que celle dont elle fait chaque jour l'expérience, et qui se renouvelle d'ailleurs chaque jour... (...)

    Le premier émerveillement passé, vient la méfiance. Se peut-il que ce soit vrai ? Se peut-il qu'un tel bonheur soit pour moi ? C'est alors le moment de l'estocade, où l'épée trouvant la jointure de l'épaule perce le coeur. Jésus est le matador infaillible : son épée est la vérité. Déjà, quand il la voyait de loin dévaler le chemin, l'amphore sur la tête et une chanson aux lèvres, il savait qui elle était. Maintenant il le lui dit. Elle, comme une petite fille qui essaie de se rappeler son catéchisme, tente de faire diversion, en disant ce qu'elle a appris dans son enfance. Elle lui parle donc du Messie que Samaritains autant que Juifs attendent depuis deux mille ans : " Quand il sera venu, il nous fera tout savoir."

    Jésus - Je le suis, moi qui te parle.

    Voici la toute première fois que Jésus fait à un être humain cette immense révélation de lui-même. (...) C'est à elle qu'il dit : "Oui, c'est moi ! " Ce n'est pas aux prêtres qu'il dit cela en premier, ce n'est pas aux docteurs de la Loi, aux intellectuels, aux théologiens, qu'il a dit cela en premier, ce n'est même pas à l'empereur de Rome ou aux chefs de son peuple qu'il a dit cela en premier, ce n'est même pas aux apôtres, compagnons de sa vie et de son errance, qu'il a dit cela en premier, non ! C'est à cette étrangère, cette ennemie, jeune, belle et folle de son corps. (...) A cette marginale, marginale en tout, Jésus fait tout à tract et sans la moindre réticence, sans la moindre ambiguïté, la révélation de sa mission essentielle.

    R.L Bruckberger - La Révélation de Jésus-Christ - Grasset 1983 

  • Paradoxes 01

     

     

    La foi ne nous apporte pas une théorie plus belle que ne font les philosphes : elle nous élève au-dessus des théories. Elle nous en fait briser le cercle. Elle nous fait évader des limites de notre propre esprit. Par-delà toutes les vues sublimes sur Dieu, elle nous fait atteindre Dieu. Elle nous établit dans l'Etre. Or cela, qui seul importe, elle seule le fait.

    Henri de Lubac - "Paradoxes" - Cerf 2007 p.10

  • ces apôtres à la manque

    Une lettre de lui [Bernanos] me touche beaucoup. A un ami médecin, incroyant, atteint d'un mal incurable, et qui se savait au bord de la mort, il écrivait : "Mon vieux, je vous aime beaucoup, beaucoup plus que vous ne le pensez, parce que je peux vous estimer autant que je vous aime, et c'est une chose qui n'arrive pas souvent. Alors il me semble que si j'avais abordé sérieusement le sujet avec vous, j'aurais laissé de côté la philosophie et la théologie. Je vous aurais dit seulement que dans ce monde désespéré, - hors de l'espoir - la place d'un homme tel que vous, notre place à tous les deux si j'ose dire, est aux côtés de Jésus-Christ, comme nous l'aurions été certainement jadis, sur les routes de Galilée, dans la poussière, avec les pauvres diables, les pêcheurs du lac, le centurion, la femme adultère, le Samaritain, Marie-Madeleine, enfin tous les copains et les copines de l'Evangile. Voilà ! Je vous embrasse de tout mon coeur. Ne m'enguelez pas !"

    Dieu ! Comme j'aimerais retrouver ce langage qui sonne à l'oreille de mon coeur ! Dans un sens, c'est bien ce que les curés modernes ont essayé de faire en basculant dans le copinage avec les clodos et les prolos. Mais ils se sont trompés du tout au tout. Au lieu de parler aux clochards de " l'Eau jaillissante jusqu'à la Vie éternelle", ils ont partagé avec eux le litron de rouge, ils ont essayé de devenir eux aussi des clochards ou des guérilleros, ou des révolutionnaires en peau de lapin, ou des théoriciens de la subversion. (...) Les curés modernes, ces apôtres à la manque, ont tout encanaillé, l'Evangile et eux-mêmes. Ils seront vomis avec dégoût par ceux-là mêmes à la portée desquels ils prétendent se mettre, parce qu'ils ont méconnu en eux leur soif la plus profonde, leur soif sacrée. Les marginaux eux aussi, eux surtout, attendent le Messie, sans le savoir eux-mêmes, ils n'attendent même que lui. Mais celui qu'ils attendent, c'est le vrai Messie, celui qui leur donnera la Vie éternelle. C'est même parce que leur attente est trop douloureuse qu'il leur arrive de s'en divertir en se soûlant la gueule.

    R.L Bruckberger - La Révélation de Jésus-Christ - Grasset 1983

  • Le prophète et la putain

    Le Baptiste remplit la sienne [sa mission] avec une précision et une insolence incroyables. Les peintres l'ont représenté le bras tendu et l'index pointé vers le Christ, que tous les Prophètes avant lui n'avaient fait que pressentir sans le voir. Heureux est-il, lui, d'avoir vu et reconnu le Désiré des collines éternelles. Tout le reste, il s'en fiche. Il ne fait sa cour à personne, ni au roi, ni aux notables, ni au populo. Pas courtisan, pas démagogue pour un sou. Il ne craint personne, il ne craint rien ! Les pharisiens, ce parti intellectuel qui maintient la nation sous la chape de plomb de son légalisme et de son conformisme féroces, il les traite de "race de vipères" et il leur promet "la colère à venir". La femme du roi, la toute-puissante Hérodiade, il ne se gêne pas pour la traiter de putain. Il accuse le roi lui-même d'inceste. Cela dit, il sait que la sainte insolence se paie au prix fort, et il ne fait aucune difficulté à se laisser trancher la tête sur le caprice d'une jolie danseuse.

    R.L Bruckberger - " La Révélation de Jésus-Christ" Grasset 1983