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corps

  • La résurrection du Christ et la nôtre

    [157] (...)

    Y a-t-il néanmoins alors résurrection corporelle, résurrection de l'homme avec son corps ? - Non et oui. Non, si on entend "corps" au sens physiologique, le corps tel quel, le "cadavre", les "restes". - Oui, si par "corps" on entend ce que le Nouveau Testament appelle sôma, réalité moins physiologique que personnelle elle-même, le Moi lui-même avec toute [158] sa propre histoire - ce que néglige à tort la doctrine bouddhiste de la réincarnation, bien qu'elle insiste sur une corporéité nouvelle (mais terrestre évidemment). Parler de la résurrection du corps c'est donc dire, selon la formule du théologien catholique Franz Josef Nocke, que  "ce n'est pas uniquement le Moi tout nu de l'homme qui est sauvé à travers la mort, ce qui laisserait définitivement de côté toute son histoire terrestre, et rendrait insignifiantes toutes ses relations aux autres humains ; résurrection corporelle veut dire que l'histoire d'une vie et toutes les relations faites au cours de cette histoire parviennent à leur achèvement et appartiennent définitivement à l'homme ressuscité" (cf. F.J. Nocke, Eschatologie, Düsseldorf, 1982, p. 123)

    En d'autres termes, ce n'est pas la continuité de mon corps en sa dimension physique qui est en jeu. Les questions scientifiques comme celle de la persistance des molécules, ne se posent même pas alors. Ce qui est en jeu, c'est l'identité de la personne : ce qui pose donc la question de la signification permanente de toute ma vie et de ma destinée ! "L'amour de Dieu va au-delà des molécules qui se trouvent dans mon corps au moment de ma mort ", dit à juste titre Wilhem Brenning, professeur de théologie catholique. "Il aime un corps marqué par toutes les fatigues, mais aussi par l'insatiable désir de son pèlerinage, un corps qui, au cours de ce pèlerinage, a laissé beaucoup de traces dans un monde devenu humain justement par ces traces... Résurrection du corps veut dire que, de tout cela, rien n'est perdu pour Dieu, parce qu'il aime l'homme. Tous ses rêves il les a recueillis, nul sourire n'est perdu pour lui. Résurrection du corps veut dire que l'homme retrouve près de Dieu non seulement son dernier instant, mais toute son histoire.

    Cette histoire retrouvée en Dieu peut naturellement être considérée comme une histoire accomplie. Car je n'entre pas en Dieu comme un être diminué, amputé spirituellement ou physiquement, mais comme un être complet. Contrairement à ce qu'insinue la pensée indienne, je ne disparais pas en Dieu comme une goutte d'eau dans la mer, justement parce que l'homme n'est pas qu'une goutte d'eau et que Dieu est plus que la mer. En se perdant dans la réalité de Dieu, l'homme se trouve. En entrant dans l'Infini, la personne finie perd ses limites, de sorte que l'opposition actuelle personnel/apersonnel passera dans le transpersonnel. Si la réalité ultime n'est pas le néant, mais ce Tout que nous appelons Dieu, [159] alors la mort est moins destruction que métamorphose, vita mutatur non tollitur, "la vie est transformée, non pas ôtée", est-il dit dans la préface de la messe pour les défunts. Donc non pas une fin (Enden), ni même une mort (Verenden), mais un parachèvement (Vollenden), non pas un amoindrissement, mais un accomplissement, l'accomplissement définitif.

    Que veut dire "vivre éternellement" ?  (...)

                                                          A suivre...

     

    Hans Küng - Vie éternelle ? Seuil 1985

     

  • Le Christ et l'institut de beauté

    Chacun de nous est très conscient de son organisme corporel ou physique : toute la biologie, toute la médecine, toute la diététique sont centrées sur le bon fonctionnement de cet organisme corporel. Dans notre civilisation moderne, le souci de l'organisme corporel humain a pris une telle prépondérance qu'il donne lieu à une véritable religion avec ses dogmes, ses grands prêtres, sa liturgie : les instituts de beauté sont des lieux de culte et une opération chirurgicale est une grand-messe; le bronzage des corps tient dans notre vie la place qu'occupait jadis la prière.

    Le Christ - et il importe de la souligner très fort - n'est pas venu condamner le corps, c'est tout le contraire, il est venu le transfigurer, puisque, lui qui vivait dans sa condition de Fils unique de Dieu qui est Esprit, s'est incarné, c'est-à-dire qu'il a pris corps en vue de transmettre aux hommes son message. Il ne pouvait les toucher (à tous les sens du mot) qu'en ayant lui-même un corps. Le mépris du corps n'est pas chrétien. L'hérésie albigeoise (...)  au XIII ème siècle (...) condammait le corps et le mariage.

    (...)

    Que chacun de nous soit aussi un organisme spirituel est moins évident : cela ne se voit pas, cela ne se touche pas. (...) Toute l'entreprise du Christ a été de nous convaincre que, doublant notre organisme corporel, nous avons un organisme spirituel (...) La mission propre du Christ est de lui conférer un épanouissement de vie éternelle, du moins la possibilité de cet épanouissement.

    (...)

    Nous pouvons être de parfaits athlètes quant à notre organisme physique ou même quant à l'exercice de nos facultés rationnelles et être des rachitiques et des débiles quant à notre organisme spirituel. C'est là un phénomène anormalement fréquent à notre époque de forme physique et de brillance intellectuelle.

    R.L Bruckberger - " La Révélation de Jésus-Christ " Grasset 1983