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trinité

  • Vladimir Ghika et la présence trinitaire en nous

    (...) Mais bien plus grand encore était l'émerveillement de sa foi devant la présence surnaturelle des Trois Personnes divines comme hôtes intimes et familiers des âmes en état de grâce : il vivait dans la compagnie constante du Père, du Fils, et du Saint-Esprit présents au plus profond de son âme par la grâce et il les retrouvait dans chaque "prochain" que la Providence lui faisait rencontrer. Il ne se lassait pas d'attirer l'attention sur cette vie de la Divine Trinité en nous à laquelle, hélas ! la plupart des hommes sont si peu attentifs.

    Il ne se lassait pas de s'adresser à cette vie de la Trinité au fond de l'âme de ses auditeurs ou de ses lecteurs, comme il nous l'explique dans "La Sainte Vierge et le Saint Sacrement" (p.33) : " Ce à quoi je fais appel ici, ce n'est pas à l'attention bien disposée d'une assistance, mais à la vie de la Sainte Trinité, à la vie prodigieuse du Dieu vivant à demeure en nous, grâce à la présence réelle et vivifiante du Verbe incarné qui a traversé ce matin votre être et le mien, à cette vie de la Trinité Sainte qui réside en vous tant que le péché ne l'a pas chassée, à toutes ces réalités premières et souveraines qui ne peuvent passer et vis-à-vis desquelles nous avons le seul tort de ne jamais assez reconnaître leur prééminence absolue et leur toujours actuelle vertu (...)

     

    Jean Daujat - L'apôtre du XXe siècle Monseigneur Ghika - Nouvelles Editions latines 1962 p. 70

  • Chemin vers Pâques (20)

    [19]

    Le deuxième passage est la pâque du Christ, celle que nous méditons en ce moment. Lui qui est l'homme, l'homme en plénitude, lui passe à son tour. Là, ne faisons pas d'éloquence, prenons les mots mêmes de saint Paul (Phil 2,6-7) : Il passe de la vie en forme d'esclave (forma servi) à la vie en forme de Dieu (forma Dei). La vie en forme d'esclave, c'est sa vie de peines. Il a pleuré, il a eu chaud, il a eu froid, il a souffert de la mort de Lazare... Entre la vie en forme d'esclave et la vie en forme de Dieu, il y a un désert. Ce désert, [20] c'est le Calvaire. Jésus ne peut monter à la vie en forme de Dieu, à son introduction au coeur de la Trinité, qu'en montant au Calvaire. Tout est là, vous le sentez bien. Au plan de ce qu'on éprouve, c'est la montée au Calvaire, les souffrances ; au plan de la réalité profonde des choses, c'est la montée à la vraie vie, la vie divine.

    Dans l'Eucharistie, le pain "meurt" à son état de pain. il est très vrai que ce n'est plus du pain. Cela ne signifie pas que le pain est remplacé par le corps du Christ  ; ce serait un mépris de l'homme, comme nous l'avons médité. [Quand elle grandit] la petite fille n'est pas remplacée par une femme, la chenille n'est pas remplacée par un papillon, le grain de blé n'est pas remplacé par un épi. C'est le pain qui devient le corps du Christ, c'est l'homme christifié. C'est cela, le mystère de mort.

    François Varillon - La Pâque de Jésus - Bayard Ed. 1999

  • la prière trinitaire

    Je vais essayer (...) de vous dire en quelques mots quels sont les critères d'une prière vécue au nom de Jésus, c'est-à-dire à l'imitation et à la suite de la sienne. Les points de discernement précédents s'appliqueraient à toute prière, même non chrétienne, qui chercherait à être vraie. Que pourrions-nous ajouter pour une prière qui se met dans la coulée du mystère trinitaire ?

    Prenons simplement les trois pôles de ce mystère: le Père, le Fils et l'Esprit.

    1. Notre prière chrétienne est une prière qui gravite autour du pôle qu'est le Père, source absolue, auquel tout vivant doit « la vie, le mouvement et l'être», comme le dit S. Paul. La prière s'avère ici, pour nous, être vraiment le lieu du Réel. Dieu est «Je suis» et le Père en tant que Père nous conduit toujours vers le maximum de réalité, cette réalité qu'il fait exister lui-même. Par conséquent, ta prière sera le lieu de l'accueil intégral de ce «réel». Autrement dit, l'espace de la prière doit ne rien exclure. Tout peut exister dans cet espace, être évoqué, que ce soit la vue de nos erreurs ou de nos péchés, l'impasse du moment ou la souffrance ou l'impuissance ou le mal, à l'œuvre dans le monde: dès l'instant que c'est réel, cela peut être là, dans la prière.

    Un critère s'ensuit: c'est la capacité de faire face. Voilà, me semble-t-il, comment on peut juger de la prière de quelqu'un: cette prière lui permet-elle de faire face à la réalité qui s'impose à lui ? y compris à la croix qui intervient dans son existence?

    La prière comme lieu du réel est aussi le lieu de la vérification de ce réel. Comment suis-je intégré dans cette réalité qu'il m'est donné de vivre? Comment est-ce que j'y joue ma partition? Voici donc un autre critère de la prière: la capacité d'affiner notre ajustement dans le quotidien. Autrement dit, lorsque quelqu'un  sort de la prière est-il plus capable d'avoir des réponses adéquates dans sa vie? Non pas que cela soit exigible en un instant, nous savons bien que c'est très lent, mais avance-t-on ou non dans ce sens?

    En outre, en relation avec le Père comme Source, un des lieux du réel pour nous est celui où nous reconnaissions que tout vient de Lui, où nous pouvons rattacher notre vie, notre action, à son action à Lui, à sa volonté sur nous, même dans l'obscurité de la manière dont elles s'accomplissent. D'où un nouveau critère de la prière qui est la capacité de bénir, de vivre ce que la  Bible appelle l'acte de bénédiction, à propos de ce que l'on vit, de la réalité au sein de laquelle il nous est donné d'exister. C'est un des apports très positifs du Renouveau charismatique: apprendre à bénir Dieu  pour toutes choses. Une force de paix se dégage de cette bénédiction.

    2. Voyons maintenant la prière en tant que reproduisant celle du Fils, Serviteur de Yahveh. La prière ici est vue comme le lieu où l'on passe par le retournement pascal. Je vous renvoie aux versets du chapitre 12 de S. Jean (27 ss.), où Jésus s'interroge devant sa Passion:

    Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je? Père, sauve-moi de cette heure? Mais c'est précisément pour cette heure que Je suis venu. Père, glorifie ton Nom.

    Jésus opère une sorte de retournement, «Père, sauve-moi de cette heure», c'est pratiquement la prière des psaumes, c'est le cri du psalmiste aux abois. Jésus va transformer la prière par un abandon encore plus total au Père:

    Père, glorifie ton Nom! Non pas ma volonté, mais la tienne,

    cela étant vécu dans la perception que cette volonté divine, si elle est épousée, aimée, désirée, est aussi libératrice pour les autres.

    Cela donne comme critère d'une telle prière les traits de l'humilité, de l'abnégation, d'une offrande de soi pour que le salut advienne à nos frères. Ce qui exclut du domaine de la prière tout ce qui serait de l'ordre des querelles pour des prééminences, des convoitises, pour des pouvoirs ou des charismes (comme Paul essaie  de le faire comprendre aux Corinthiens) ou des traits de suffisance ou d'arrogance. Chaque fois que des gens, dans leur prière, manifestent ces traits-là, on peut dire qu'ils prient d'une prière qui n'est pas encore passée par le creuset de la prière du Fils à Gethsémani et dans le mystère pascal. Ils célèbrent peut-être Dieu, ils sont peut-être pleins de bons sentiments, ils ont découvert l'univers spirituel mais, en fait, ils sont encore d'avant le mystère pascal.

    3. La prière enfin est accomplie dans l'Esprit, c'est-à-dire qu'elle est disponible a ce Souffle de vie qui circule dans le monde et dans l'Église, et qu'elle est ouverte à la communion. Cela donne comme critères d'une prière vraiment chrétienne: une capacité de louange; une capacité d'intercession active, de prendre vraiment en charge autrui dans la prière, en particulier «le souci de toutes les Églises»; l'acquiescement au service «me voici, envoie-moi». Une prière dans l'Esprit doit aboutir à cela; constamment, l'envoi, la mission est là au cœur de la prière, parce que c'est le même Esprit qui anime et habite et insuffle notre prière et qui, en même temps, ne cesse d'envoyer les disciples pour l'accomplissement de l'Évangile et du salut. A quoi j'ajouterai ce qui convient au Souffle, c'est-à-dire une espèce de magnanimité dans la prière, rien d'étriqué mais une large respiration!

    A-M. Besnard - Vers Toi, j'ai crié - Cerf 1979, pp. 125-129

  • L'homme donné

    Notre difficulté à concevoir l' Incarnation viendrait alors de ce que nous pensons savoir clairement ce qu'est Dieu et ce qu'est l'homme, et que nous tentons de juxtaposer nos idées sur Dieu et sur l'homme, comme si Jésus  en était l'addition ou la synthèse. Le résultat est nécessairement impensable, irrationnel, bizarre, "mystère", au sens commun et non chrétien de ce terme.

    Mais sommes-nous tellement sûrs de savoir qui est Dieu et qui est l'homme ? Pascal nous invite à plus de modestie : " Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus Christ. Nous ne connaissons la vie, la mort, que par Jésus Christ. Hors de Jésus Christ nous ne savons ce que c'est ni  que  notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes " (Pensées, 548) (...)

    En fait, nous l'avons vu, Dieu, celui que les philosophes et les savants recherchent en tâtonnant, ressemble à Jésus, puisque Jésus " c'est tout son Père ". Il est donc accueil, proximité, partage, inépuisable mouvement vers l'autre pour le faire vivre et le faire grandir. En ne vivant pas pour lui-même, mais toujours pour le Père et pour ses frères, Jésus, l'homme tout donné, l'homme pour les autres, nous a révélé que Dieu lui-même n'est que relation, communion, don de soi, pour faire exister l'autre.

    S'il en est ainsi, ce que nous appelons la divinité de Jésus n'est pas d'abord un pouvoir extraordinaire, qui écraserait son humanité, c'est sa relation au Père, qui n'est lui-même que partage et don de vie. (...)

    Alors, en Jésus, Dieu et l'homme cessent de paraître contradictoires. Un homme vraiment homme, pleinement homme parce qu'enfin pleinement Fils, devient l'expression parfaitement adéquate de qui est Dieu. Et Dieu, pleinement Dieu, sans rien abdiquer de son être, bien au contraire, se dit totalement, se révèle, se donne à voir en cette icône humaine, où il a mis toute sa lumière et tout son amour : Jésus.

     

    J-N Bezançon - Dieu n'est pas bizarre - Ed. Bayard/Le Centurion 1996 pp. 79-81

  • César n'est pas Dieu

    C'est cela croire en Jésus et en sa divinité : non pas croire en quelqu'un qui viendrait supplanter Dieu en se prenant pour lui, ni croire en un second Dieu, puis en un troisième, avec le Saint-Esprit, mais découvrir en Jésus la révélation la plus parfaite de l'identité de Dieu : il est don, partage, communion, au point de désirer nous y associer.

    Ceux qui, avec nous et comme nous, croient en un seul Dieu, en particulier les juifs et les musulmans, qui se réfèrent partiellement à la même tradition, nous reprochent souvent, en raison de notre affirmation de la divinité de Jésus, de trahir cette foi au Dieu unique, ce "monothéisme", comme si Jésus venait en quelque sorte dédoubler Dieu. Alors que, pour nous, Jésus lui-même, sa foi, sa relation à Dieu, ne peuvent se comprendre précisément que dans le cadre de cette foi au Dieu unique.

    Croire en un seul Dieu, en effet, "être monothéiste", n'est pas seulement une opinion ou une croyance, c'est un art de vivre et un combat : c'est le parti pris de proclamer, mais surtout de manifester dans les choix concrets de l'existence, que Dieu seul est Dieu, et que rien ni personne d'autre ne doit être divinisé. C'est le refus absolu des idoles, qui va beaucoup plus loin  que le rejet de statuettes ou de fétiches : c'est le refus effectif de la divinisation de tout ce qui n'est pas Dieu.

    Si Dieu seul est Dieu, alors l'argent n'est pas Dieu, ni le profit, ni les sacro-saintes lois de l'économie. César n'est pas Dieu, ni aucun pouvoir, même fort respectable. Le sexe n'est pas Dieu, ni la famille, ni aucune affection, ni aucun lien social ou national. La religion elle-même n'est pas Dieu, ni ses représentants les plus vénérables. Tout cela certes peut être bon et honorable, mais ne doit jamais être absolutisé, sacralisé : Dieu seul est Dieu. (...)

    C'est bien pourquoi le Sanhédrin, Hérode et Pilate, percevant clairement la menace qu'il [Jésus]  faisait peser sur la sacralisation de leurs pouvoirs, tant politiques que religieux, se sont reconciliés sur son dos afin de le supprimer.(...)

    Avec Jésus et comme lui, les chrétiens croient donc bien en un seul Dieu, le Père. Mais ils reconnaissent dans la personne de Jésus une telle relation au Père, une telle façon de vivre jusqu'au bout, de Dieu et pour Dieu, qu'ils croient en lui, Jésus, le reconnaissant comme le Fils unique du Père et sa parfaite révélation. " Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi", leur avait dit Jésus (Jn 14,1) Cet "aussi" n'additionne pas la divinité de Jésus à celle du Père. Oui, il est bien quelqu'un d'autre, une autre "personne", sans quoi il n'y aurait pas entre eux dialogue et communion.

    J-N Bezançon - Dieu n'est pas bizarre - Ed. Bayard/Le Centurion 1996 pp. 69-71

  • relations

    Dire Jésus Dieu sans, dans le même temps, le dire Fils, sans le situer par rapport à celui qu'il appelle "Père", c'est fausser la lecture de l'Evangile. Si Jésus est Dieu sans être le Fils, auprès du Père et vers le Père, que devient sa prière, ce vis-à-vis filial, ce face-à-face ? A qui Jésus s'adresse-t-il ? A lui-même ? Beaucoup d'enfants, à partir de l'affirmation que Jésus est Dieu, ne comprennent pas pourquoi il prie.

    Et si on perd la conscience de cette distinction des personnes, que devient  cette sorte de grande trajectoire qui définit toute la vie de Jésus : " Je suis sorti du Père et venu dans le monde, maintenant je quitte le monde et je vais au Père " (Jn 16,28) ? Si Jésus va vers le Père, c'est qu'il ne se prend pas pour Dieu le Père. Toute la vie de Jésus est dans ce dynamisme, qui suppose, à côté de lui et en face de lui, l'altérité de Dieu : à chaque instant il reçoit de lui son existence, c'est pourquoi il ose l'appeler "Père", et même "Papa" (Mc 14,36). Et à chaque instant dans l'action de grâce , il tend vers lui et il s'en remet à lui. Ce qui le fait être, ce qui le fait exister depuis toujours, c'est ce partage, cette intimité, cette communion. (...)

    L'Evangile de Jean a su admirablement suggérer la richesse de cette relation de Jésus au Père en jouant sur tout le registre des prépositions de la langue grecque : Jésus est "du" Père (qui n'exprime pas seulement l'appartenance mais l'origine), il est "d'auprès" du Père. Mais il est aussi dans le même temps "vers" le Père. Et il est "avec" lui, "auprès" de lui. Il est "dans" le Père et le Père est "en" lui. Multiples facettes d'une relation insaisissable mais vivante. Communion, unité ("Moi et le Père nous sommes un" Jn 10,30), mais non identification, fusion, confusion.

    Pour aimer vraiment l'autre, enfant, conjoint, ami, il faut d'abord être soi-même, et ouvrir à l'autre un espace où il soit vraiment lui-même. Le "nous" ne se construit pas dans la confusion du "je" et du "tu", ou dans l'annihilation de l'un devant l'autre, mais dans le respect de leur altérité. Et là encore, pour nous, Dieu est éclairant : nous entrevoyons en quoi cette unité du Père et du Fils , que nous retrouverons avec l'Esprit, autre "quelqu'un", est susceptible d'éclairer, de convertir et de transfigurer toutes nos tentatives d'unité et de communion qui, elles aussi, doivent exclure la fusion et l'identification.

    J-N Bezançon - Dieu n'est pas bizarre - Ed. Bayard/Le Centurion 1996 pp. 56-57