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  • La politique et le prince du mensonge (3)

    suite du post précédent

     

     

    Je pourrais prendre d’autres exemples: quand il y a un sentiment de distinction entre des gens de race ou de couleur différentes, et des moeurs jugées étranges, et des coutumes ou des costumes curieux, cela n’empêche pas les gens de s’entendre. Ils sont aptes à se reconnaître. Jusqu’au moment où ces différences sont saisies par la politique, alors les dissemblances deviennent affaire tragique, les différences sont des motifs d’exclusion, alors naît le racisme. La provocation du racisme est toujours une création politique, à partir de sentiments naturels d’opposition qui n’empêchaient pas de coexister, parfois avec des heurts mais qui n’étaient jamais irrémédiables. Ainsi la politique rend les différences meurtrières, les conflits irréversibles, les oppositions d’idées irréparables. C’est-à-dire la vraie division diabolique.

    Mais il faut sans doute ici préciser deux choses : je n’ai jamais voulu d’un unitarisme, d’une identification, de la reproduction indéfinie par un moule d’un seul type humain ou social. J’ai toujours lutté contre la production en série et pour les pluralismes. J’ai toujours dit que le dialogue se fonde inévitablement sur la différence. Donc quand j’accuse la politique d’être diabolique, ce n’est en rien au nom de l’unité ! Mais la division diabolique est celle qui n’est fondée sur rien de vrai, qui conduit à refuser le pluralisme, la coexistence, la reconnaissance de l’autre, le respect des opinions multiples, l’arrangement de relations humaines bricolées, l’attention à tous les intérêts multiples et divergents. Et si vous me dites que c’est justement cela qui définit la politique libérale, je vous renvoie à la pratique de ce libéralisme politique, et vous verrez qu’il est aussi diviseur que les autres politiques.

    La seconde remarque porte sur le fait que mon accusation ne concerne ni la philosophie ni la théologie. C’est-à-dire que je ne prétends pas ainsi caractériser la politique en soi, éternelle, perdurable, considérée en métaphysique. Je parle, comme toujours, hic et nunc, le temps présent. La politique depuis trois cents ans, occidentale, mais qui maintenant a envahi et convaincu le monde, si bien que la politique africaine ou asiatique est exactement entrée dans cette même catégorie. Le diabolique a pris des formes diverses au cours de l’histoire, actuellement le diable, le diviseur, c’est la politique. Elle seule. Et dans son diabolisme, on la voit corrompre le droit, mentir sur la justice, provoquer les fausses espérances (les lendemains qui chantent...), engager l’homme dans des ruptures sans issues. Car tel est bien le diabolique: dramatiser, rompre irrémédiablement, faire entrer dans des impasses. Et tout cela par la voie de la séduction, de la promesse, de l’illusion. N’oublions pas que l’arme par excellence de toute politique, c’est la propagande. Et que celle-ci est le mensonge en soi. Le Prince du mensonge s’exprime aujourd’hui dans la propagande, créatrice de passion et de fausses évidences, d’engagement passionnel et d’aliénation intérieure. Et le mensonge majeur aujourd’hui, c’est la célèbre formule: « Tout est politique », ou encore: « Les peuples ne peuvent s’exprimer que par la voie politique », ou encore: « Si on n’agit pas politiquement, on ne fait rien.» Ces trois formules absurdes sont l’expression même du mensonge du Prince du mensonge exactement et totalement incarné aujourd’hui dans la politique. La politique aujourd’hui, c’est le Diable.

    Mais elle est aussi et en même temps, le Satan. Bibliquement Satan et le Diable ne sont pas identiques (pas plus que Lucifer, qui d’ailleurs n’existe pas dans les textes bibliques et est une invention très postérieure). Le Diable, donc, le diviseur par moyen de séduction. Le Satan, c’est l’accusateur. Devant Dieu se tient celui qui en permanence accuse, accuse les hommes par exemple, mais Dieu aussi ! Et partout où il y a accusation (même légitime, même fondée, même judicieuse), il y a oeuvre de Satan. Il y a le Satan lui-même. Leur point de rencontre, c’est évidemment que tous deux par des voies différentes sont la négation de l’amour et de la communion, la négation et la destruction et la corruption de l’amour. Or, aujourd’hui où se situent les grandes accusations, qui désigne tel autre, tel groupe comme le Mal absolu ? Qui joue le rôle de procureur mondial, qui met en accusation une classe, un peuple, une race? Exactement et uniquement la politique. Nous avons vu que dans le diabolique, il y a une certaine corrélation du politique et de l’économique. Mais pas ici. Le satanique est du politique à l’état pur. II n’y a plus aucune raison, il n’y a plus aucune mesure, il n’y a plus aucune considération humaine qui puisse jouer. L’autre est accusé de tout le mal qui se produit, il est porté au niveau du Mal absolu, avec la certitude que si on arrive à l’éliminer, aura lieu enfin la purification, la libération. Accusation du communiste, ou du bourgeois, ou du nègre, ou du colonialiste, ou du capitaliste, ou du nazi, ou du juif...

                                                                                                A suivre....

     

                                     Jacques Ellul



  • La politique et le prince du mensonge (2)

    (suite du poste précédent)

     

    Si on veut maintenir l’unité de la classe ouvrière, il ne faut pas faire de politique disaient Merrheim, Griffuelhes, Pelloutier. Et ils avaient senti exactement la nature de la politique, on ne les a pas entendus, et on a vu ce qui est arrivé. Les hommes politiques qui se présentent comme des rassembleurs font rire! Ils sont rassembleurs d’un groupe à condition d’approfondir le fossé qui le sépare de tout le reste de la nation, de même que la politique ne rassemble la nation (Union nationale) que dans la mesure où elle engage cette nation dans une guerre mortelle avec un autre pays. C’est même un moyen connu, admis, sans problème que la guerre pour unir le pays! La politique ne crée rien, et surtout pas la rencontre vraie, l’union des êtres, la marche en avant d’une société, fondamentalement unie et humainement décisionnelle et responsable. Elle ne produit que la division, le conflit en soi, rigoureusement inutiles, fondés sur rien, absurdes. Car lorsqu’un demi-siècle plus tard on regarde les divisions qui opposaient dans une haine farouche les adversaires politiques, on reste toujours stupéfait de la vanité, de la stupidité des motifs de division et de haine, comme en général des motifs de guerre. C’était donc pour cela que ces gens s’égorgeaient, se massacraient ? Nous ne serions pas si bêtes ! Mais ce que nous ne voyons pas, c’est que, avec d’autres objectifs, d’autres motifs nous faisons exactement la même chose ! Et nos motifs politiques de combat paraîtront aussi imbéciles à nos petits-fils. C’est le fait de la politique. Qui induit, séduit, provoque, engage les gens dans des conflits délirants. C’est elle qui nous fait prendre avec un sérieux absolu la «cause» qu’il faut défendre, ou la doctrine, les opinions, contre celles des autres. C’est elle qui fait que nous nous dressons pour des motifs superficiellement idéologiques contre nos frères. Et c’est au nom de ces stupidités, qu’elle provoque les grands massacres. Au nom de la mise en culture de la Sibérie, le goulag. Au nom d’une inutile production intensive de riz, Pol Pot massacre un tiers de son peuple, au nom du prestige politique la France envahit un quart du monde... Solennelles, grandiloquentes proclamations politiques ne produisant en fait, en profondeur que massacres et divisions, Mais dans l’instant, on y croit. On y croit les yeux fermés. La politique rend aveugle, totalement. Elle invente toutes les idéologies en même temps meurtrières et mobilisatrices. Elle provoque des conflits irréversibles. Un exemple simplifié: il y avait depuis le Moyen Age des communautés coexistantes, les Druzes et les Maronites, opposées sur tous les points, mais étant arrivées par le contact quotidien, par la pratique, par la connaissance humaine à un modus vivendi satisfaisant. Et puis voilà que la politique s’en mêle. La politique anglaise qui concurrence et veut mettre en échec la politique française. Et les Russes, et les Autrichiens. Chacun intervenant, soi-disant pour protéger telle ou telle communauté qui n’en avait nul besoin. Et voici qu’à partir du moment où la politique se saisit des relations des communautés. celles-ci sont rompues, les Druzes massacrent les Maronites, pour la première fois, et ceux-ci répondent. Et depuis 1840 cela n’a plus cessé. L’éclatement atroce du Liban est le fruit immédiat de l’entrée de la politique dans les relations humaines.

                                                                            Jacques  Ellul

  • La politique et le prince du mensonge 1

    Dans cette période entre les deux tours des élections présidentielles j'ai trouvé intéressant de relire avec vous quelques textes de Jacques Ellul sur la politique. Avec Ellul c'est toujours "décapant". Il y aura chaque jour, jusqu'au dimanche du second tour (dans huit jours) une série de textes.

     

    La politique est diabolique. Le diable, le diabolos, c’est étymologiquement celui qui divise, qui sépare, qui désunit, qui rompt la communion, qui provoque le divorce, qui brise le dialogue. Le diable biblique, c’est celui qui a provoqué la rupture entre l’homme et Dieu, qui a utilisé des moyens multiples pour amener l’homme (dans la Genèse) à briser la communion qui caractérisait le rapport du Créateur et de la Création. Il a agi sur des tendances parfaitement naturelles et saines de l’homme: Dieu a créé celui-ci libre et il l’a chargé de diriger, de soumettre la création. Le diable induit de là l’homme à se déclarer indépendant à l’égard de Dieu, et à se vouloir autonome envers sa volonté. Et de même, il transforme le pouvoir donné par Dieu en volonté de puissance et de domination. Cette utilisation et cette déviation est typique de l’action diabolique qui transforme l’oeuvre de Dieu en son inverse, en prétendant l’accomplir. Et c’est aussi bien le passage de la politique, idéale, idéaliste, morale et communautaire en cette politique réelle que j’évoquais plus haut. Pour procéder à ce retournement, le diable agit, bibliquement par la séduction (Eve regarde «l’arbre », et voit de toute évidence qu’il est beau, bon, agréable, intelligent...) et par ce que l’on appelle souvent le mensonge (le diable, prince du mensonge) mais qui est plutôt l’utilisation de la vérité pour produire des effets inverses de ceux de la vérité. Ainsi dans le dialogue entre Eve et le Diable, celui-ci ne ment pas: il annonce bien qu’ils seront comme des dieux, décidant le bien et le mal, et qu’ils ne mourront pas. Mais il séduit en opérant un glissement de sens et de valeurs. La réalité devient vérité. Et la réalité place l’homme dans une situation différente de celle qu’il avait imaginée ou espérée au travers des miroitements et des réfractions multiples de la séduction diabolique.
    Or, aujourd’hui, concrètement dans nos sociétés, qu’est-ce qui est le prince du mensonge ? La politique, et j’irai jusqu’à dire seule la politique. La France est divisée en deux blocs, absurdement, car nous savons bien en effet que l’un et l’autre sont à très peu de choses interchangeables, et que c’est réellement bonnet blanc et blanc bonnet. Mais ce nonobstant la France est divisée. Il y a des vaincus et des vainqueurs, par étiquette politique. Rien d’autre qu’étiquettes! Il y a impérialisme blanc et rouge, prêts à se faire la guerre. Et qu’est-ce qui pousse les peuples, qui en général n’en ont pas l’idée spontanée, droit à la guerre: la politique. Qu’est-ce qui amène des gars du Texas à aller tuer des Vietnamiens ? Et des gars d’Estonie à aller tuer des Afghans ? La politique seule, qui prétend représenter l’intérêt général, les intérêts collectifs, la patrie et tout le tintouin. Il y a bien sûr, de toute évidence des groupes et des clans qui ne s’entendent pas, et des tribus et des familles, et des corporations qui sont hostiles les unes aux autres, cela ne tire pas à grande conséquence, au pire, des vendettas. Mais quand ces intérêts locaux sont pris en main par la politique, alors ils deviennent représentatifs de l’intérêt général ! Alors on passe aux drames collectifs où les innocents paient pour les coupables. Et en vain on parlerait des intérêts économiques qui sont plus fondamentaux: sans la structure, la stratégie, les appareils, les idéologies, tous politiques, les intérêts économiques ne sont rien et ne changeraient pas grand-chose. C’est la politique qui conquiert (je veux bien au profit de l’économique) les colonies et les marchés, c’est la politique qui mobilise les hommes pour des guerres rendues inévitables par les intérêts économiques. Et ce n’est pas toujours exact que la politique soit mue par l’économique, mais même ainsi, c’est elle qui est le diviseur par excellence: c’est la politique (et non l’économique, comme on le croit trop souvent!) qui est productrice de la division en classes, et qui organise la lutte de classes. Voyez l’incroyable difficulté des partisans à sortir de la politique. Les syndicats y sont inévitablement ramenés. Et lorsqu’une pensée ouvrière se veut à la fois révolutionnaire et hostile à la politique, comme fut l’anarcho-syndicalisme, elle ne réussit pas et ne peut durer longtemps. « Les progrès » du socialisme se font par la voie politique et non par la lutte des classes économiques. Et les anarcho-syndicalistes condamnant la politique avaient parfaitement vu ce caractère de diviseur quand ils affirmaient que le syndicalisme ne doit pas entrer dans la voie politique, parce que celle-ci ne produit que des divisions, et qu’elle entraînerait inévitablement l’éclatement de la classe ouvrière en «tendances» diverses.

                                                                                                       A suivre...(demain)

                                                       Jacques ELLUL

  • La peur de Pierre et la nôtre

    "Eloigne toi de moi Seigneur, parce que je suis un pécheur." Il dit ainsi parce qu'une sorte d'épouvante s'est emparée de lui [l'apôtre Pierre] au spectacle de la pêche miraculeuse. Dieu ne s'est pas présenté à lui dans un appareil bien terrifiant. Il y a mis toute la discrétion possible et toute la bonté possible. Pendant toute la nuit, Pierre a travaillé en vain et, comme sur un conseil d'ami, au petit jour il se décide à éloigner sa barque davantage encore, dans l'espoir, une dernière fois, de prendre quelque chose et, ce qui se passe est tellement saisissant que Pierre prend peur. Devant cette puissance de Dieu mise à son service, il comprend que Dieu est là. Et il a peur. Rapprochons cette parole de Pierre : " Eloigne toi de moi parce que je suis un pécheur" de cette parole du Christ  évoquée d'une manière magnifique : "Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs" et je suis prêt à négliger en apparence, à laisser dans le désert les 99 brebis qui n'ont pas besoin de se convertir pour aller chercher dans les broussailles, dans les épines du monde celle qui a péché et qui, par son péché, s'est mise dans l'impossibilité de revenir au bercail si je ne vais pas la chercher moi-même. Le Christ pourrait donc répondre à Pierre : mais c'est justement parce que tu es un pécheur que je suis là. Loin de justifier une fuite de ma part, ou la tienne, cette qualité de pécheur est justement le titre au nom duquel nous devons nous rencontrer, au nom duquel nous devons parler ensemble. Et justement à cause de cela que je te demande de supporter ma présence qui te fait peur. Et c'est normal. Je voudrais que beaucoup de personnes qui disent avoir confiance en la miséricorde de Dieu fassent un petit peu cette expérience de Pierre. Il y a des gens qui déclarent qu'ils ne craignent pas Dieu, qui font confiance en sa miséricorde, moyennant quoi ils ne sont pas pressés de faire quelque chose pour le trouver, pour le rencontrer, pour lui plaire. moyennant quoi ils se rassurent et, ils vont quelques fois déclarant qu'ils ne croient pas à l'enfer, que ce n'est pas possible, parce que Dieu est trop bon. Je ne discute pas ce point. Je dis seulement que cette conviction dans laquelle ils sont peut-être de pouvoir se rassurer, de ne pas s'inquiéter :  cette conviction ne repose pas dans une vraie confiance en la miséricorde. Car, je pense que ces personnes  si elles se trouvaient brusquement en présence du Christ, comprendraient brusquement, comme Pierre, qu'elles ont peur.

    Et justement, elles se servent de cette soi-disant confiance en la miséricorde pour fuir cette mise en présence du Christ avec ce qu'elle comporte en effet de redoutable pour quelqu'un qui saisit brusquement que le Christ et lui, que Dieu et lui ne sont pas du même monde, que ça ne peut pas marcher ensemble . Ce n'est pas un raisonnement qui peut faire comprendre cela. C'est une mise en présence. Et une mise en présence de la bonté de Dieu. Que Dieu fasse pour nous un miracle un peu plus saisissant, quoique discret, et qu'il nous fasse sentir qu'il n'est pas loin et nous avons peur. Et cette peur est fondée sur une découverte d'une grande vérité et sur une immense ignorance.

    La découverte d'une grande vérité en face de laquelle nous nous aveuglons volontiers et volontairement à savoir, qu'entre Dieu et nous, il n'y a rien de commun et que nous ne pouvons pas supporter le contact de Dieu.  Que nous voulions profiter de sa miséricore : oui mais pas pour être mis en contact avec Lui ! Profiter de sa miséricorde pour être tranquille, pour qu'Il ne nous juge pas, c'est un père trop bon pour nous faire du mal, voilà ce que nous pensons !

    Mais nous n'allons pas jusqu'à imaginer et nous restons inconscients à l'égard des paroles que l'Eglise et l'Evangile nous enseignent. Nous n'allons pas jusqu'à imaginer que Dieu puisse désirer faire commerce avec nous, entrer en intimité avec nous.  Et si nous imaginions cela alors nous aurions peur. (...) et quand nous comprenons cela alors, avec notre soi-diant confiance dans la miséricode, nous avons peur, parce que nous comprenons que ce ne peut pas se faire. "Eloigne-toi de moi, pécheur..." non, ce n'est pas possible, tu ne peux pas t'approcher de moi tel que je suis, parce que je suis un pécheur.

    Pierre découvre une grande vérité, à savoir qu'il n'est pas prêt à soutenir le regard de Dieu. Mais il commet une grande erreur que nous connaissons tous et qui consiste à s'imaginer qu'il faut d'abord s'éloigner de Dieu, de ne pas se rapprocher trop et d'essayer de se faire une toilette de façon à ce que, autant que possible le choc entre la lumière de Dieu et notre misère n'aie pas lieu. Si on pouvait "arranger les choses" et c'est ça que nous appelons "nous préparer" à la mort. Et là nous commettons une grande erreur avec Pierre : nous imaginons Dieu à notre image. Cette vérité là que Dieu n'est pas comme nous, c'est cette vérité là qui devrait faire la base de notre espérance ! Parce que justement nous nous sommes durs, mais Dieu n'est pas dur. Nous nous sommes mauvais mais Dieu est bon. Et c'est justement parce que Dieu est bon que Lui peut soutenir le choc de cette rencontre avec notre péché. Et si nous voulons nous préparer à mourir, si nous voulons modifier notre conduite et notre être profond : il ne faut pas attendre pour cela, il ne faut pas attendre de rencontrer Dieu plus tard, il faut tout de suite se précipiter vers la miséricorde de Dieu. Pour que la miséricorde de Dieu nous apprenne à supporter le contact avec Dieu. Ce qu'il nous demande c'est d'avoir le courage de  venir tout de suite, tels que nous sommes, sans faire aucune toilette, c'est-à-dire dans la vérité. Sans chercher à nous dissimuler et à dissimuler ce qu'il y a de plus laid en nous. Il y a bien des personnes qui se présentent au confessionnal mais qui ne trouvent pas de péché ! Ou si peu ! Et qui supportent si mal qu'on porte le regard sur tel ou tel domaine de leur vie qui n'est peut être pas tout à fait au point. Parce que des fois, ça les obligerait à prendre conscience qu'elles sont des pécheurs. De ces personnes qui se présentent comme des bons chrétiens, pas des chrétiens d'élite, nous sommes de pauvres gens, nous ne sommes pas très vertueux, nous ne sommes pas très fervents,  mais enfin il n'y a pas grand chose à nous reprocher. Eh bien ces personnes-là si elles étaient mises en présence de la bonté du Christ à travers un miracle comme celui de la pêche miraculeuse, brusquement un cri tressaillirait du fond de leur être : je suis pécheur !! Et c'est ce cri qu'elles n'ont pas envie de pousser sur la terre. C'est ce cri qu'elles veulent éviter d'avoir à sortir de leur coeur. alors elles passent à côté de la miséricorde de Dieu.

    C'est cette expérience-là qu'il faut accepter de faire. Nous discutons, nous analysons beaucoup notre conduite mais qu'est-ce qui se passerait si brusquement on Le voyait, si on Le sentait : ah nous ne discuterions plus. Et à ce moment-là le Christ pourrait nous apprendre à avoir confiance. La vraie confiance. Une fois que nous serions dans la vérité enfin, nous ne chercherions plus à nous rassurer par des arguments,  nous pourrions peut être trouver la miséricorde en comprenant du fond de notre être que c'est justement ce qui nous fait peur en Dieu et en nous qui doit nous rapprocher Dieu et nous ; notre extrême misère et son infinie tendresse, son infinie bonté, son infinie pureté. (...) Cette chose dont nous avons peur, ce qu'il y a de plus laid en nous (nous ne pourrons pas entrer au ciel avec notre colère, avec notre mépris, avec nos mesquineries) cela, la miséricorde de Dieu nous demande de le lui donner et de ne pas, sous prétexte que nous sommes des pécheurs, de refuser d'entrer en contact avec Lui. Le vrai contact avec la miséricorde qui pardonne tout, qui guérit tout, qui ne demande qu'une seule chose : la confiance et la vérité ; la loyauté par laquelle nous reconnaissons que ca va mal pour nous et la confiance qui jette tout dans le coeur de Dieu parce qu'elle sait  que Dieu a un coeur de père, a un coeur de mère et qu'il est tout-puissant, qu'il a donné son sang pour nous sauver et que nous n'avons pas le droit de craindre.

                                                           M.D. Molinié o.p (homélie)

     

     

  • Ne pas s'attarder sur soi-même

    [Une conférence du père Molinié. Retranscription d'un enseignement oral.]

     

     
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    Qu'est ce que veut dire, pour la vie spirituelle, "se regarder" au sens ou c'est regrettable ?

    Se regarder, non pas au sens où l'on a conscience de soi, avoir conscience de ce qui nous arrive, de ce qu'on éprouve, de ce qu'on est. Ce n'est pas cela. C'est quelque chose de beaucoup plus simple et plus  profond. C'est tout simplement prendre son centre de gravité sur nous, en un mot : s'attarder, s'attarder sur soi-même. Il y a lieu de s'occuper de soi comme il y a lieu de s'occuper du reste, tout ce que Dieu nous demande, et le temps nécessaire et  pas plus. Il y a les choses auxquelles on s'occupe et il y a des choses auxquelles on s'attarde. Il n'y a qu'une seule chose pour laquelle nous devons nous attarder : c'est la contemplation de Dieu. Mais comme cette contemplation de Dieu n'est pas la contemplation du Ciel, et que  ce n'est pas non plus une contemplation philosophique, et que ça ne doit pas être non plus une contemplation orgueilleuse. Ca doit être avant tout la contemplation de sa miséricorde et ce mouvement dont je vous ai parlé, de regrets suivis d'un oubli [je vous renvoie aux posts précédents], c'est justement ce mouvement grâce auquel constatant que nous nous sommes encore attardés sur nous-mêmes, car il n'y a finalement pas d'autres fautes, que nous nous sommes regardés plus que ce n'était nécessaire, que nous avons pensé à ce que nous avions fait ou à ce que nous devions faire ou à ce que nous pourrions faire ou à ce qui peut nous arriver, ou à ce qui nous est arrivé, plus que ce n'était nécessaire. Constatant cela nous le regrettons et en le regrettant nous l'oublions ! Et en l'oubliant nous cessons de nous attarder. Alors je tiens d'abord à souligner que ce mouvement ne serait absolument impossible s'il n'y avait pas la réalité du Souffle qui nous appelle et qui nous entraîne à ne plus nous regarder. S'il n'y avait pas cette pression du Saint Esprit qui toujours nous dit : en avant, en avant, ne t'arrête pas ! ne traîne pas sur toutes ces choses ! Regarde-moi ! Si tu as peur parce qu'il y a tes péchés ou parce que  tu es désolé de ta misère, regarde ma miséricorde, mais regarde-là avec foi et avec cette puissance qui te permette d'oublier tout ce au nom de quoi tu prétends ne pas me regarder. Il faut qu'il y ait le Saint Esprit !  Ce n'est pas une spiritualité que nous pouvons fabriquer. Ce n'est pas une méthode, ce n'est pas une technique de contemplation. C'est tout simplement la réponse de la créature à cette pression inimaginable du Saint Esprit la pourchassant et l'invitant à ne pas regarder en arrière et à ne pas se retourner sur elle-même.

    Et alors ici, il y a une chose que je tiens à souligner. Souvent on se demande : qu'est-ce qui va m'arriver ? Où est-ce que Dieu va m'entraîner ?  Eh bien, cela : se demander  où Dieu va nous entraîner, avoir peur parce que Dieu veut nous formuler telle ou telle demande c'est déjà s'attarder sur soi-même. Evidemment. C'est par conséquent déjà  se couper de la lumière et de la force qui nous permettra de trouver suave le joug du Seigneur et doux le fardeau qu'il doit nous faire porter. A partir du moment où on se pose cette question, tout ce que Dieu peut nous demander devient littéralement et irrésistiblement insupportable au sens propre et au sens fort du mot  !

    Et alors là, je tiens à insister là-dessus. Ce qui est difficile ce n'est pas de faire ceci ou cela que Dieu peut nous demander. Ce qui est difficile c'est de faire le mouvement dont je vous parle. Il est aussi difficile de regarder un arbre, de plaisanter, de travailler à une chose qui nous plaît ou qui nous ennuie peu importe ; il est aussi difficile de faire tout cela sans se retourner sur soi que de subir le martyr sans se retourner sur sa souffrance. C'est le même problème, exactement dans les deux cas. C'est la même difficulté, peu importe ce que Dieu nous demandera. A partir du moment où nous le regardons Lui avec confiance, nous n'aurons pas plus de difficulté à faire une chose que l'autre. Et à partir du moment où nous ne le regardons plus avec confiance, nous aurons autant d'impossibilités à faire les choses dites faciles qu'à faire les choses dites difficiles ;  j'entends à  les faire dans l'amour. Par conséquent ce problème de ce que Dieu peut nous demander et des régions vers lesquelles il va nous entraîner ne signifie rien. Il va nous entraîner en Dieu, de toute façon. Et c'est justement cela, même si le chemin devait être bordé de roses, sans aucune épine, sans aucune épreuve, c'est ce simple fait d'aller en Dieu qui nous répugne ou qui nous plaît. Mais de toute façon c'est bien là le seul problème de la vie spirituelle.

    Souvent, on met sur le compte de cette espèce de tristesse, de mauvaise humeur, d'engourdissement lourd, pénible à porter, pour elle-même et pour les autres, qui se dégage de la présence de toutes ces âmes. On met cela souvent sur le compte d'un tempérament, ce que Thérèse d'Avila appelait "tempérament mélancolique". Bien sûr qu'il y a des différences de tempérament. Bien sûr que Dieu seul sonde les reins et les coeurs ; et que souvent pour faire peu de choses, une âme a besoin de beaucoup plus d'amour que d'autres pour faire beaucoup de choses matériellement. Pour être équilibrée, patiente, calme telle âme a besoin de beaucoup plus d'amour et de Saint Esprit que telle autre. Donc il ne faut pas juger sur les résultats, ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Ce que je veux dire c'est qu'il est aussi facile de devenir une âme attardée avec un tempérament heureux qu'avec un tempérament malheureux. Ce sera peut être moins désagréable pour les autres encore que...! Toutes les âmes attardées font souffrir les autres et elle-même. Et elles les font souffrir d'une manière différente qui revient toujours au même, à savoir que chez ces âmes il y a toujours une porte fermée que jamais on ne parvient à ouvrir. Alors les unes sont correctes, impeccables dans une certaine mesure quelques fois. Il n'y a rien à leur dire, pas de reproche à leur faire, mais elles pèsent lourd quand même, parce qu'elles s'attardent sur elles-mêmes au lieu de tout jeter en Dieu selon ce  mouvement progressif qui ne se fait pas du jour au lendemain. Ce mouvement de pauvre, mais de plus en plus fréquent par lequel on s'oublie ; ça veut dire on oublie ses problèmes, on oublie cette agitation pour se laisser prendre de plus en plus par le mouvement irréversible  de cette lumière qui nous attire.

    Alors que ces âmes aient un tempérament heureux ou malheureux, ça n'y change rien. Si elles ont un tempérament heureux   et qu'elles s'attardent, je vous le répète, elles sont lourdes. Si elles ont un tempérament malheureux et déagréable et qu'elles ne s'attardent pas (elles ne s'attardent pas à discuter, à se justifier leurs propres fautes et leurs propres erreurs. Elles ne s'attardent pas non plus à s'en pleindre et à se lamenter, elles ne s'attardent à rien !)   : eh bien finallement elles sont légères. Seules  les âmes attardées trouvent à redire à leurs misères et à leurs défaut.

    Et il y aurait lieu de parler de ce mouvement aussi quant à la solution des problèmes que nous avons à résoudre constamment dans notre vie. Problèmes pratiques autour desquels nous méditons, nous réfléchissons (qu'est-ce que je dois faire ?) Et nous délibérons longtemps quelques fois.  Et nous agitons toutes les solutions possibles avec notre imagination. Eh bien pensez à ce que faisait quelqu'un dont c'était le métier de méditer les choses, de les peser, de discutter les choses avec toute son intelligence et son imagination, je veux dire saint Thomas. Quand il ne trouvait pas, il ne s'échauffait pas à trouver toutes les solutions possibles, à se mettre à essayer toutes les portes possibles, toutes les issues possibles. Il sentait qu'il y avait quelque chose qui lui résistait, que la solution ne viendrait pas aisément avec un travail normal et simple de la raison. Alors il allait prier auprès du saint Sacrement en pleurant. Il n'avait pas peur de se détourner de son devoir d'état, il n'avait pas peur de cette solution (la prière) soit disant facile qui consistait, au lieu de s'échauffer les méninges, à ne pas s'attarder dans les broussailles des arguties de toute sorte et des sophismes. Il allait demander la lumière.

    Si dans nos rapports fraternels par exemple, au lieu de nous agiter pour voir quelle est la meilleure solution,  si on voit que ça ne va pas, arrêtons nous , si possible. Ne nous attardons pas à toutes ces broussailles et à  toutes ces épines, demandons ce qu'il faut faire. Regardons la sainte Vierge, regardons vers le Saint Esprit, demandons lui de nettoyer tout cela  et d'oublier tout ce qui nous empêche de voir ce qui est simple, car la solution en toutes choses est toujours simple !! Et c'est justement pour cela que nous ne la voyons pas. C'est parce que nous sommes empêtrés dans les broussailles. Eh bien, demandons la grâce d'oublier d'une manière irréversible toutes ces broussailles. Et ne cédez jamais à la tentation de croire que vous vous êtes engagés sur une voie d'engourdissement irréversible. A tout moment, n'importe qui, les plus grands pécheurs et les plus faibles pécheurs aussi, les âmes normalement et banalement et médiocrement attardées : en un seul moment si elles y croient, le jour de la Pentecôte qui vient , Dieu est toujours prêt à tout recréer et à faire une âme sainte de toute âme qui accepte enfin d'oublier le passé et elle-même pour ne regarder mais vraiment de tout son être que la miséricorde infinie de Dieu.

                                                   P. Marie-Dominique Molinié o.p

     

     

  • conversions, réconciliation et purification de la mémoire (3)

    Suite des deux posts précédents.

    Je retranscris ici un enseignement oral (enregistré) donné par le Père Marie-Dominique Molinié (dominicain).

    Il a écrit plusieurs ouvrages dont : " Le courage d'avoir peur" et " Je choisis tout".

    [mes commentaires figurent entre crochets et en italique

     

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     Voyez l'usage des sacrements. Pour commencer je peux vous proposer de demander cette grâce d'essayer de promettre l'attitude qui en résulte [voir poste précédent] pour chaque confession.

    Chaque fois que vous recevez "ce nouveau baptême" [c'est une comparaison car le baptême est un sacrement qu'on reçoit qu'une seule fois, mais la confession renouvelle en quelque sorte la grâce du baptême] Est-ce que vous recevez le sacrement de pénitence comme un baptême ? Dans la foi, le sacrement de pénitence devrait être comme un nouveau baptême. Il faut qu'il y ait une espèce de regret à la base. Et on sort de ce réalisme chrétien si on essaye de se dispenser de ce regret. Et de ce regret qui va loin, qui est très douloureux, faites attention ! Je ne vous dispense pas du regret, surtout le regret de freiner, de ralentir, de vous attarder, de vous apesantir sur vous-mêmes alors que le Souffle (l'Esprit Saint) est là qui pourrait vous emporter si loin et si vite ! Alors regrettons ! regrettons ! mais de plus en plus [M.D Molinié parle du regret que nous éprouvons face à notre résistance à la grâce, à tous nos refus d'une réelle conversion. Voir les posts précédents] !  car plus nous regrettons, plus immédiatement nous renaissons, en nous plongeant  dans le sang du Christ  et alors cela ce n'est pas seulement le sacrement de pénitence qui peut le faire c'est l'Eucharistie. Il faut que je vous rappelle cet enseignement traditionnel de l'Eglise : l'Eucharistie a tout ce qu'il faut pour accomplir les effets de tous les sacrements y compris le sacrement de pénitence, par conséquent y compris le pouvoir d'effacer les péchés mortels. De telle sorte que, si quelqu'un, de bonne foi, et  n'étant pas en état de grâce (mais ne le sachant pas, car il n' a pas moyen de le savoir) mais de bonne foi (ou n'ayant pas appris qu'il fallait se confesser parce qu'on n'a pas su le lui dire ) communie avec une intention droite, l'eucharistie, parce que c'est le sang du Christ qui pénètre en lui, efface ses péchés mortels et lui redonne la vie de la grâce, tout comme le sacrement de pénitence. Alors bien entendu, à éviter [ce qui est à éviter - semble dire M.D Molinié c'est la communion eucharistique sans le préalable du sacrement de pénitence-réconciliation] . Et l'eucharistie a la puissance d'effacer les péchés véniels.  Parmi les moyens d'effacer les péchés véniels autre que le sacrement de pénitence, l'Eucharistie est le premier, avant le Notre-Père, avant le Confiteor, avant l'acte de charité, toutes choses qui suffisent pour effacer les péchés véniels donc à nous per-mettre-de-les-ou-blier ! Non pas les oublier pour mieux recommencer ! Je suppose que vous comprenez ce que je veux dire. Les oublier pour mieux penser à Dieu !  Puis à la joie d'être sauvé car c'est toujours de là qu'il faut partir. [sauvé en espérance, car notre salut n'est pas une certitude de foi mais objet d'espérance] De la joie d'être sauvé, sinon vous ne ferez rien de bon en vie spirituelle. Le regret doit être immédiatement donné dans le sang du Christ, c'est la matière du sacrement. Alors, entre temps, il peut y avoir des rechutes. Je vous repète que ce sont les états d'âme dont il ne faut pas se souvenir. Surtout. Ce ne sont pas les souvenirs du passé qu'il faut oublier, comprenez-moi bien. Et alors ? Et alors pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? La communion a lieu une fois par jour parce qu'il faut bien qu'on vive, qu'on fasse autre chose ! [on ne peut pas passer toute la journée à communier veut dire le Père Molinié] Mais l'Eglise voudrait bien ne pas cesser de communier et elle ne cesse pas de communier. L'adoration eucharistique c'est la manifestation extérieure et publique de la part de l'Eglise, de son désir que la messe dure toujours et que, par conséquent que la conversion n'arrête pas ! Mais ce qui peut ne jamais cesser non plus c'est le regret fécond et positif suivi d'une conversion et d'un point de départ à zéro qui peut arriver à devenir aussi permanent que la faute : c'est ça ce qui s'appelle la sainteté : "mon Dieu ayez pitié de moi, mon Dieu j'ai confiance en vous, mon Dieu merci... mon Dieu ayez pitié de moi, mon Dieu j'ai confiance en vous, mon Dieu merci. Mon Dieu ayez......." Une âme religieuse plante sa tente dans cette attitude. Voilà le fond de l'affaire c'est que ce désordre (mon Dieu ayez pitié..) eh bien Dieu peut tirer le bien d'un mal ! [cette formule peut choquer, elle aurait besoin d'une explication, d'un développement] Il faut que ce désordre soit le moteur de notre conversion perpétuelle, par le regret. Ce qu'il y a de plus opposé à cette attitude c'est la tentation de construire sa vie spirituelle, pierre après pierre, étage après étage ! Non ! La sainteté ça ressemble à la ré-éducation de ceux qui doivent apprendre à respirer de nouveau parce qu'ils se sont noyés et à qui ont fait la respiration artificielle et lentement, lentement, lentement ça revient. Ceux-là ils ne construisent rien. Ils font un premier mouvement et, après ce premier mouvement ils refont le même mouvement. Il n'y a plus qu'à recommencer. Et ce sera toujours à refaire. Et précisément une des résistances les plus lourdes que nous opposons à l'amour de Dieu c'est cette obstination avec laquelle nous voudrions pouvoir nous dire : cette fois et depuis 5 ans je commence tout de même à faire quelque chose pour l'amour de Dieu [regard en arrière et auto satisfaction !!!]  : nous interrompons le mouvement ! Le saint est celui qui découvre qu'il n'a encore rien demandé ! Alors il se dit : je vais m'y mettre et il prend encore conscience qu'il n'a toujours rien demandé etc... un mouvement permanent où Dieu agit et va de plus en plus vite. Mais on ne s'installe pas dans la supplication perpétuelle. C'est un mouvement, un mouvement de conversion permanent, en suppliant de plus en plus souvent [jusqu'à 80 000 tours minute...: c'est à peu près le régime de la sainteté !] et à l'aide des sacrements [réconciliation-eucharistie] qui sont des temps forts qui rythment le mouvement, et les sacramentaux aussi.

                                           fin de cette conférence.

     

                                            père M.D Molinié, o.p

     

     

     

     

     

     

     

     

  • conversions, réconciliation et purification de la mémoire (2)

     

    (suite du post précédent).

    remarque pour éviter un grave contre-sens :

    le père M.D Molinié s'adresse ici à un auditoire de religieuses. Quand il parle du mal c'est le mal que nous pouvons faire chaque jour : manquement à la charité fraternelle, tiédeur.....Mais  qu'en est-il d'un chrétien qui aurait commis des actes graves comme le meurtre par exemple ? Dans pareil cas il aurait le devoir de se dénoncer, de se présenter à la justice et d'assumer les conséquences de ses actes en purgeant la  peine que la justice des hommes lui infligera, et en réparant ... : sans ces démarches préalables, sa démarche  de pardon à Dieu n'aurait aucun sens. Mais devant Dieu la médiocrité spirituelle d'une personne consacrée à Dieu peut être plus grave que la médiocrité d'un petit délinquant ou les actes répréhensibles d'un assassin. C'est le secret des coeurs, seul Dieu connaît les motivations profondes des actes humains. C'est pourquoi nous ne devons pas juger autrui car ce serait nous mettre à la place de Dieu. Ni autrui, ni nous-mêmes ! Tout homme, fût-il un assassin, peut (en usant de sa liberté et avec l'aide de Dieu)  se convertir et  tirer d'un mal un bien ; quitter son enfer pour marcher vers la lumière.  Finalement et  quelle que soit notre situation "spirituelle" du moment, nous tirerons toujours avantage à écouter l'enseignement du P. M.D Molinié et à l'adapter à  notre cheminement ici et maintenant.

    Dans cet exposé le style oral ne respecte pas forcément des structures de phrases plus classiques.

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    (...) oublions tranquillement, et le plus tranquillement possible ou plutôt le plus allègrement possible, le plus passionnément possible tout le passé, et toutes les conséquences futures du passé telles que nous pouvons les prévoir humainement. Car il y a des conséquences divines du passé que Dieu seul connaît à savoir le bien qu' Il peut tirer du mal à chaque instant dès que nous lui donnons le mal, car il faut lui donner le mal pour qu'Il en tire quelque chose d'extraordinaire que Lui seul peut en tirer. Il ne faut pas perdre son temps à regarder le mal. Il faut le Lui donner, et Il a besoin que nous le Lui donnions. Alors voyez quelle audace que ça représente ! Et si quelque chose devait être regrettée - ah oui regrettée -  pour que le sacrement de pénitence puisse s'exercer et après, qu'ensuite,  on oublie immédiatement ce qu'on regrette c'est-ce-que précisément, ce que  le chrétien et le contemplatif fassent cela : Lui donnent leurs péchés, Lui  donnent leurs misères, mais pas seulement leurs misères mais surtout le non-être, puisque Lui seul peut en tirer l'être... Et ce non-être qui est le mal et le mal des autres et le nôtre, et les conséquences, eh bien je vous le donne parce que je sais que vous pourrez en tirer du bien à chaque instant. A chaque instant !   Alors que d'inquiétudes nous nous épargnerions si nous agissions ainsi.

    Prenons un exemple très simple, et classique, combien classique : ne pas savoir exactement ce qu'il faut faire en face de telle circonstance, en face de quelqu'un. On ne sait jamais exactement ce qu'il faut faire. Il y a des cas ou c'est particulièrement difficile, désagréable, inquiétant. Et on sent que la partie entre les ténèbres et la lumière est tellement serrée, tellement violente qu'on est tenté (et le démon est bien là pour nous y inviter) à considérer la moindre fausse note, le moindre faux pas, la moindre maladresse, la moindre faute, comme entraînant une série de conséquences ténébreuses et irrémédiables. Tout simplement une seule chose à faire (mais ça nous ne le faisons pas parce que nous ne le croyons pas) : tout donner.  Et oublier (vif) ! Tout donner et oublier. Ah c'est du sport ! je ne vais pas vous le cacher. Et ce mouvement qui s'appelle en fin de compte une "conversion". A chaque fois que nous faisons quelque chose comme ça (tout donner et oublier) c'est une véritable  petite conversion qui s'opère en nous. Car c'est ça la conversion finalement : abandonner le passé et partir à zéro. Et j'entends votre objection :  mais à quoi bon cette conversion si c'est toujours à refaire ? Ah aïe aîe (rires dans l'auditoire)  ! Donc vous révez bien d'une conversion à partir de laquelle il n'y aurait plus à se convertir. Vous, vous révez bien de ce qui est aux antipodes de la sainteté ; puisque la sainteté est une accélération de la fréquence des conversions. A tout instant nous échappons à la lumière de Dieu, c'est évident, nous sommes pécheurs. Le problème ne consiste pas d'arriver à vouloir  trouver un truc pour un jour ne plus échapper à la lumière de Dieu. Ou plutôt il y en a un... (c'est regretter, tout donner à Dieu et oublier) La conversion c'est un mouvement fondé sur le regret et le regret comme oubliant. C'est-à-dire c'est un mouvement par lequel à chaque instant on donne (à Dieu) cette souillure (notre péché) qui nous échappe, qui vient de nous. Et à force de la donner  tout le temps il y a  un moment on ne s'arrête pas de donner le passé et de se convertir. Etre dans la lumière de Dieu c'est justement ça la tentation. Oui au ciel. Voilà bien la différence entre le régime de la terre et le régime du Ciel. Au Ciel on n'aura plus à donner successivement. On donnera éternellement dans un seul acte. Il n'y aura plus d'événements. Il n'y aura plus de conversions. Ah d'accord !  Mais en attendant, à tout instant  : l'infidélité, la rechute, l'apesantissement... la pesanteur nous menace ! Par conséquent on a qu'une solution pour être constamment fidèle : c'est en sorte de se reprendre toujours. Autrement dit que la conversion soit en effet toujours à refaire, mais alors de plus en plus toujours ! De telle sorte que plus on va, plus on se plonge dans cette mentalité de ne pas avoir encore commencé, comme ce bon chartreux qui dormait toujours. Il dormait toujours et pour se réveiller il avait construit un système d'horlogerie sensationnel (rires de l'assemblée) où une planche lui tombait sur les pieds (rires) mais il n'y arrivait pas. Au moment de mourir il a dit : je vais enfin me réveiller ! (rires). C'est magnifique ! c'est exactement ça ! 

     Alors j'en reviens à ce coup de vent qui nous projette à cent mètres et on se  dit :  ça y est, c'est pas mal. C'est pas mal et d'une part on n'a pas envie de monter plus haut, on trouve que c'est déjà pas mal comme ça. Et d'autre part, on veut essayer de trouver le truc pour ne plus redescendre. Et à la première dégringolade on se dit : c'est encore à refaire. En fait c'est à refaire pour aller plus haut. Ce qui nous perd c'est que nous considérons le coup de vent de la conversion comme un événement transitoire destiné à nous mettre dans un état qu'on appellerait la sainteté. Il n'y a pas d'état de sainteté ! Il y a simplement une précipitation de plus en plus fréquente des coups de vent, accélérés par le nombre peut-être aussi fréquent des chutes conscientes. Conscientes c'est-à-dire qu'au fur et à mesure qu'on devient plus délicat, pratiquement on s'aperçoit qu'on rechute tout le temps. Tout le temps. Du fait qu'on oublie Dieu, pas le passé. Je rêve d'extirper  de vos âmes le rêve, le désir de ce coup de vent définitif après lequel il n'y en aurait plus besoin : vous êtes aux antipodes de la sainteté. Il s'agit de se plonger de plus en plus dans la mentalité permanente des "ouvriers de la dernière heure" (c'est une parabole des Evangiles) qui brusquement découvrent qu'ils vont tout recevoir, que tout va commencer : enfin je vais me réveiller ! Alors  une autre comparaison encore si vous voulez : celle d'une locomotive qui se met en marche : tche...tche... tche...au début, c'est une petite mise en marche. C'est laborieux comme nous avec le poids du jour, le poids de la chair, le poids de la sottise et tout ça nous ralentit, puis dix ans plus tard un coup de vent, puis espérons un autre coup de vent ..cinq ans plus tard, et puis deux ans, et puis un an, et puis un mois et puis....etc et que ça finisse par se rapprocher  : c'est le mouvement de conversion... jusqu'à non pas tous les jours mais  qu'à tout moment le vent ne cesse (le Saint Esprit) de souffler. Et il ne tient qu'à nous car Lui il souffle d'une manière éternelle, sans arrêt. C'est nous qui nous freinons son action avec ce petit discours intérieur que nous faisons à Dieu : attendez un peu que je m'y reconnaisse , que j'exploite les lumières que vous m'avez données et puis que je fasse une vie de bon chrétien, de bonne religieuse..avec ce que j'ai on doit pouvoir faire mieux.  Et puis patatra ! la chute ! Alors on se décourage ! Et on appelle (Dieu), et immédiatement on reçoit comme toujours, ça ne traîne pas  mais à condition qu'on appelle pour de vrai,  sérieusement, du fond de l'être.... et immédiatement "nouvelle promotion" et à nouveau nous reprenons notre discours : ah , je vais pouvoir commencer à faire quelque chose !   Alors qu'il aurait fallu qu' après un premier coup de vent, et qu'au lieu de s'installer, qu'au lieu d'attendre paresseusement,   Il faut qu'à tout moment nous renaissions, dans un mouvement irréversible, de plus en plus souvent jusqu'à devenir "à tout moment"  et sous la pression d'un vent qui nous empêche de retourner en arrière : allez, allez, en avant ! On essaye de se retourner mais il n'y a pas moyen  .. c'est ça le souffle du Saint Esprit quand il devient un peu  harcelant. Il ne le fait pas tout de suite parce que nous ne le supporterions pas. C'est vraiment pas dans nos habitudes, ça nous donnerait comme de voyager sur la mer, avec un immense mal de mer, au fond c'est ça les purifications passives. c'est une espèce d'immence nausée du fait qu'on  ne sent plus sous nos pieds le terrain  solide. Dieu nous saisit. Il n'y a plus moyen de respirer tranquille comme avant : allez en avant, ne regarde pas ton passé, ce que tu as pu faire de bien, de mal... oublies ! ..Tu le donnes à la miséricorde !  Ah mais alors ! c'est quand même un  peu... harassant ! C'est ça.

    Alors voyez l'usage des sacrements...

     

                                                                         Père Marie-Dominique Molinié

     

                                                                      suite au prochain post...

      

     

     

     

  • conversions, réconciliation et purification de la mémoire (1)

     

    [Conférence du Père Molinier, dominicain. Je retranscris un enseignement oral enregistré. A part quelques morceaux, dans l'ensemble j'ai pu faire cette retranscription car l'enregistrement est d'une bonne qualité. Mais ce n'est pas aussi fluide que la retranscription d'un texte écrit. ]

     

    Je voudrais revenir par un autre biais à ce que je vous disais, à la suite de la conférence sur la douceur de Dieu, sur les visites de Dieu. Je voudrais relier cela et vous parler d'un tas de choses : les sacrements, les visites de Dieu, la conversion, la Pentecôte : tout ça va se trouver agréablement mêlé là-dedans, agréablement j'espère.

    Je partirai d'une confidence qui m'a été faite très récemment par... une "âme" comme on dit, une âme, une âme  religieuse, fort religieuse d'ailleurs, et cette confidence m'a profondément frappé en ce qui concerne les sacrements  et au fond.. la purification de   la  mémoire   dans notre sujet ce soir Cette personne m'a dit : "il y a deux ans... il y a un an peu importe j'ai reçu l'extrême onction et j'ai reçu les sacrements, pour la première fois de ma vie, avec le plus de foi possible et j'ai éprouvé comme un nouveau baptême, quelque chose d'absolument neuf qui commençait en moi et comme une facilité nouvelle pour aimer Dieu et tout ce que peut impliquer le..... " mais alors avec cette particularité qui concerne en effet  la purification de la mémoire et qui est vraiment  très très remarquable, qui va vraiment  bien nous servir de point de départ pour ce soir. Cette particularité que je ne pouvais plus revenir en arrière. Non seulement je ne pouvais plus revenir en arrière en ce sens que je ne pouvais plus retrouver la mentalité un peu traînante, poussiérieuse, ralentie, freinée  par le poids du jour que je pouvais avoir avant, mais que je ne pouvais même plus me  souvenir.

    Non pas une incapacité totale de repenser en cas de besoin à la date de ma naissance ou à tel ou tel événement s'il avait fallu en répondre du point de vue de l'état civil que sais-je, n'est-ce pas,  ou la date de ma profession : ce n'est pas ça qu'on appelle ne pas pouvoir revenir en arrière ; la purification de la mémoire c'est ne plus pouvoir me souvenir sur mes états d'âme antérieurs, sur ce que j'étais spirituellement avant, sur les objets qui m'avaient préoccupé, tout ça étant balayé, liquidé  comme si ça n'avait jamais existé.  J'ai profité de cette grâce avec joie, et petit à petit, je me suis aperçu, il y a deux ans de cela, je me suis aperçu, à la longue que, de nouveau, je sentais comme un freinage, comme une poussière, comme un entassement de choses qui me gênaient pour aller à Dieu vite, vite, vite. C'est des souvenirs, non pas de ce qui s'était passé avant ce sacrement,  l'extrême-onction, mais de ce qui s'est passé depuis...que de nouveau, le poids du jour, les événements, les retours sur moi éventuels, les retours sur les événements  : enfin que sais-je, tout ça, ça me ralentissait de nouveau, que ça freinait  ... je n'avais plus ce que j'avais senti : cette espèce de bain de jouvence - c'est exactement ça le baptême : cette naissance à partir de zéro, ce départ à zéro que j'avais éprouvé, comme si la vie commençait au moment même où je recevais ce sacrement,  comme si je n' avais pas vécu avant,  comme si je commençais à aimer Dieu, comme si je commencais à connaître Dieu, comme si je commençais... tout, comme si je n'avais pas de passé. Eh bien, je n'éprouvais plus cela. J'avais déjà un passé, qui commençait à me gêner un peu ce passé.   Parce que le passé gêne.  Le passé alourdit. Même quand on l'aborde avec ferveur. A la longue, les choses finissent par nous gêner.  

    Alors là, il me dit : je me suis étonné. Je me suis dit : mais  comment se fait il que le sacrement de pénitence, que je reçois toutes les semaines, ne me fasse pas le même effet, alors que le sacrement de pénitence se rapproche du sacrement de baptême, peut -être plus encore que l'extrême onction. Par  le sacrement de pénitence on est vraiment baigné dans le sang du Christ pour les mêmes effets que le baptême, sauf le caractère baptismal bien entendu ; et puis, sauf que ça implique une pénitence, que ça implique des mouvements de la part du pénitent alors que le baptême n'implique rien. On a dit que le le baptême était une pénitence non douloureuse et puis irréversible.  Alors il me dit pourquoi le sacrement de pénitence que je recevais tous les huit jours ne semble pas provoquer du tout la même chose.  Pourquoi je n'étais pas délivré de ce retour en arrière, de cette pesanteur,  à chaque fois que je recevais le sacrement de pénitence. Alors je me suis tourné vers Dieu, vers le Christ, et  j'ai cru comprendre qu'il me répondait : "je suis toujours le même. Je suis toujours l' Amour infini. Je ne bouge pas, je suis toujours prêt à tout donner. Ca ne dépend que d' toi".

    Alors j'ai demandé, et j'ai promis  de tout oublier au fur et à mesure que je recevrai le sacrement de pénitence. Et  j'ai demandé cette grâce. On ne joue pas avec Dieu, on ne s' amuse pas avec Dieu ,  j'ai compris que, depuis ce moment là, c'est irréversible et à chaque fois que je reçois le sacrement de pénitence, c'est fini, je ne peux plus me souvenir de ce qui était arrivé avant. Encore une fois vous comprenez bien ce que je veux dire  par "ne plus se souvenir" :  en sortant du confessionnal  il ne s'agit pas d'être frappé d'amnésie en se demandant : qui suis-je ? où suis-je ? (rires dans l'assemblée) Non, non, non...!  Nous nous attardons sur nos regrets, nos inquiétudes, nos discussions :  tout ça :  liquidé, balayé. Impossibilité d'y revenir, impossibilité d'en parler  si l' on m'interrogeait là-dessus.

    Vous voyez... précisément à cause de cette impossibilité de revenir en arrière vous comprenez qu'avec une âme de ce genre, vous devez soupçonner qu' il n'y a pas grand chose à dire que, au fond, son regret profond lancinant douloureux pour lequel elle demande miséricorde et que le sacrement de pénitence lui donne précisement, c'est que   ça ne va pas assez vite,   que par sa faute ça freine, ça ralentit.

    Dieu est toujours le même, toujours infiniment intense, toujours infiniment actif, infiniment prêt à nous consummer et à nous emporter dans  la joie, mais ne puisse pas le faire parce que, au fond, si ça freine, si ça ralentit c'est  par notre faute. Alors le confesseur demandera : est-ce que [cette faute]  c'est délibéré ? Vous comprenez bien qu'une pareille faute n'est pas délibérée, mais c'est quand même bien un désordre, et ça suffit largement comme matière au sacrement de la confession mais certains confesseurs scrupuleux peuvent... que sais-je...    A ce moment-là deux confesseurs ont donné leur avis sur la question et l'un a dit : mais il n'y a pas de problème, il n'y a pas besoin de se confesser dans ces conditions-là,  il suffit de s'établir dans la joie éternelle de la miséricorde qui donne tout,  comme on fera au ciel, en somme. Et l'autre qui était un - passez-moi l'expression - un bon vieux prêtre, n'est-ce pas,  disait :  qu'est ce que c'est que cette histoire ? Vous avez un regret, eh bien, cela suffit. Cela suffit pour qu'il y ait matière à confession et à absolution. Il suffit de regretter. D'avoir à regretter quelque chose. Quoi ? Eh bien ce ralentissement dont on sent que nous sommes plus ou moins le responsable. Et bien entendu, c'est bien  ce bon vieux prêtre qui avait raison. 

    Et alors, ceci m' entraîne à une série de considérations qui vont aller assez loin dans le temps peut-être, et il faut que je m'arrête à temps pour vous parler de l'eucharistie avant la fin. 

    Je ne me placerai  qu'au plan du sacrement de pénitence pendant un bon bout de temps. Du sacrement de pénitence et de tout ce qui est dans la même ligne  : extrême onction, baptême ; le  baptême ne se renouvelant pas et l'extrême-onction pouvant se renouveler. Mais alors  surtout le sacrement de pénitence.  

    Ce cas m'a aidé à comprendre admirablement  ce que c'est que la conversion : un commencement absolu. La conversion, loin d'être un phénomène unique ou rare, devait devenir très normalement, un phénomène de plus en plus fréquent jusqu'à devenir chez les saints un phénomène ininterrompu, c'est extrêment simple. Je ne dirai pas qu' un saint est quelqu'un qui se convertit tous les jours, mais quelqu'un qui s'est établi dans l'état de conversion perpétuel.

    Qu'est ce que ça veut dire ?

    Eh bien dans cet état de métamorphose perpétuel sous l'action irrésistible du corrosif divin qui ne laisse plus de trêve. Comparaison qui est tout à fait dans la ligne de la Pentecôte que nous attendons ; un coup de vent un peu violent qui nous transporte à trois cents mètres de haut. Imaginez l'effet d'un coup de vent de ce genre  où vous vous trouvez transporté, juché par exemple sur l'église saint Michel du Puy ! C'est une conversion. Un coup de vent qui nous arrache surtout à nos souvenirs avec ce caractère irréversible : c'est fait.  Et qui nous apprend à regarder en avant dans l'éternité et dans le présent à la fois : toutes ces choses ne faisant qu'un. A regarder ce qui vient, tout simplement.   Et regardez cette audace, cette légèreté extraordinaire de celui qui s'appuie sur la miséricorde.  C'est tout de même une chose assez extraordinaire que cette Miséricorde qui nous  demande d'oublier nos fautes ! Qui nous le demande vraiment ! Et qui nous reproche comme une deuxième faute, plus attristante encore que la première,   de s'en souvenir encore. Quelle exigence ! essoufflante mais merveilleuse. Cette Miséricorde qui nous demande d'oublier nos fautes. Pensez à toutes sortes de fautes. Toute faute a des conséquences, des répercussions infinies et perpétuelles, ininterrompues, comme tout acte humain.  Voici tel professeur qui s'est retrouvé toute une année en proie au doute qui a semé le doute chez tel ou tel de ses élèves ; ses élèves, à leur tour, commettront certaines fautes et entraîneront d'autres à douter et ainsi de suite...jusqu'à l'infini !   A chaque fois que nous faisons le mal, ou que nous ne faisons pas le bien c'est irréparable ! Ca ne peut plus s'arrêter, vous avez devant vous une "machine" qui ne peut plus s'arrêter et Satan se frotte les mains, et Satan conduit le bal comme on dit : tu vois, tu vois, tu vois ce que tu as fait....!   Eh bien,  Dieu demande, demande vraiment,  d'oublier tout ça ! Comment est-ce possible ? Bien entendu par un acte de foi absolu dans cette promesse constante que Dieu nous fait  : que parmi les éléments dont il se sert pour faire le bien au premier chef  se trouve le mal et il tire le bien du mal comme il tire l'être du non-être, c'est de la création pure. Par conséquent croire cela, et particulièrement cela,  c'est vraiment rendre gloire au Créateur qui seul peut faire cela. Mais ne pas croire cela c'est refuser de rendre à Dieu la gloire qui lui est propre.  Ne pas croire cela c'est comme si on lui disait : c'est bien gentil vous me pardonnez mais qu'est-ce que ça change ? Ca change peut-être pour moi, je suis réconcilié avec vous, mais qu'est-ce que ça change dans les faits, dans les faits ? Eh bien  Dieu lui répondra : tu ne reconnais pas qui Je suis ; tu n'as pas compris que cela même  qui a été utilisé contre l'Amour, je vais l'utiliser pour l'Amour ! Je suis seul à pouvoir le faire. Imaginez ce que le Fils de Dieu aurait pu faire dans une perspective temporelle et spirituelle qui n'était pas celle de la Croix mais qui est celle de saint Pierre, celle des Apôtres ; ce qu'Il aurait pu faire si on l'avait laissé en vie, tout le bien qu'il aurait pu faire, toute la lumière qu'il aurait pu répandre, toutes les guérisons qu'il aurait pu opérer, et les conversions. Eh bien, réponse de Dieu : il n'aurait pas pu en faire autant que l'Eglise en fera par la Pentecôte.

     

                                                                              A suivre....prochain post...