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  • il y a humanisme et humanisme

    " (...) 42. C'est un humanisme plénier qu'il faut promouvoir. Qu'est-ce à dire sinon le développement intégral de tout l'homme et de tous les hommes ? Un humanisme clos, fermé aux valeurs de l'esprit et à Dieu, qui en est la source, pourrait apparemment triompher. Certes l'homme peut organiser la terre sans Dieu, mais sans Dieu il ne peut en fin de compte que l'organiser contre l'homme. L'humanisme exclusif est un humanisme inhumain. Il n'est donc d'humanisme vrai qu'ouvert à L'Absolu, dans la reconnaissance d'une vocation, qui donne l'idée vraie de la vie humaine. Loin d'être la norme dernière des valeurs, l'homme ne se réalise lui-même qu'en se dépassant. Selon le mot si juste de Pascal : "l'homme passe infiniment l'homme"

    Extrait de la  Lettre Encyclique "Populorum Progressio" Paul VI -  26 mars 1967

  • le chemin la vérité et la vie

    "L'écoute des évangiles, la connaissance la plus approfondie et la plus rigoureuse des paroles évangéliques est insuffisante et trompeuse sans le regard fixé sur le personnage vivant, sans la contemplation directe du Seigneur. La valeur irremplaçable des évangiles, le signe de leur authenticité, c'est précisément qu'ils interdisent toujours de séparer les mots prononcés de celui qui les dit, les paroles de la Parole. "

                                                                                           Jacques Guillet s.j

  • Confession ou psychanalyse (2)

    Extraits tirés d'une conférence du Père Varillon.

    C'est toujours l'image d'un Dieu législateur qui légifère en vertu d'une autorité dont il est jaloux : c'est Dieu, il a bien le droit de légiférer. Et quand il légifère eh bien il faut obéir aux lois qu'il a édictés. Et ce Dieu législateur tient une comptabilité rigoureuse de nos actes pour récompenser comme pour punir, bref nous ne sommes pas tellement loin du Dieu de l'Inquisition ! Alors est-ce que cette conception de Dieu qui était très fréquente hier, chez nos parents, chez nos grands-parents [NDLR : cette conférence a été donnée autour des années 1972-1975] et plus encore chez nos arrières grands-parents, est-ce que cette conception d'un Dieu législateur n'a pas laissé chez les fidèles d'aujourd'hui comme chez certains confesseurs d'ailleurs de vieux réflexes dont on a beaucoup de mal à se débarasser alors que la conscience, la conscience moderne, la conscience des hommes d'aujourd'hui qui vivent avec leur temps. Je parle des hommes sérieux bien sûr, je ne parle pas de ceux qui veulent à tout prix être "dans le vent" comme on dit. Je parle des hommes véritablement sérieux mais qui sont tributaires de la culture de leur temps, de notre temps.

    Ils découvrent de plus en plus que la véritable morale c'est une morale des valeurs. La justice est une valeur, la liberté est une valeur, la fraternité est une valeur. Alors si une certaine éducation infantile - et c'est celle que j'ai reçue quand j'étais jeune - nous a habitué à apprécier notre conduite en nous référant à une liste de péchés, à une liste d'obligations : ceci est permis, ceci est défendu. Tu as fait ce qui est défendu donc tu es coupable et tu dois t'en confesser. Et cela, nous le savons bien, avec une insistance particulière et parfois maladive il faut bien le dire, sur les questions sexuelles. Bref, un code détaillé de péchés mortels ou véniels ; un catalogue des actions bonnes et des actions mauvaises ; des actions permises et des actions défendues. Eh bien, tout cela apparaît aujourd'hui à la fois comme trop minutieux et pas assez exigeant. Les deux. Si l'on disait simplement : c'est trop minutieux alors il faudrait tenir pour suspects ceux qui voudraient........ cette minutie. Mais ils disent en même temps que ce n'est pas assez exigeant et que de tels catalogues de ce qui est permis et de ce qui est défendu risquent d'engendrer à la fois un scrupule névrotique et un moralisme confortable. Et il est bien évident que scrupule névrotique et moralisme confortable sont incompatibles avec un christianisme vrai, un christianisme profond, car enfin ce que nous appelons les exigences de Dieu ce n'est pas autre chose que nos propres exigences, ce que nous exigeons si nous voulons être véritablement des hommes. Le Christ en nous révélant Dieu nous révèle à nous mêmes, et il nous dit ce que sont, en profondeur, nos propres exigences que souvent nous connaissons très mal parce que nous vivons à la surface de nous-mêmes. Et que vivant à la surface de nous-mêmes, nous ne sommes pas tellement soucieux d'être authentiquement des hommes.

                                                                   A suivre....

        François Varillon

    Vous pouvez écouter ses conférences audio grâce à l'atelier des Carmélites de Saint-Sever (Calvados) www.atelierducarmel.com :

    http://www.atelierducarmel.com/nv/index/fr_catalogue1_0_8_0_5.html?panier[237]=0

     

  • Confession ou psychanalyse (1)

    Extraits tirés d'une conférence du Père Varillon.

    (...) Il est vrai à la lettre que les cabinets de psychothérapie et de psychanalyse sont assiégés. Pour ce qui est de la confession, les catholiques qui ne l'ont pas abandonnée complètement s'interrogent sur son utilité ou sur sa nécessité. On sent bien que, de toute manière, elle leur ait à charge.  Et plus d'un, pour des raisons qui ne sont pas des raisons de facilité, des raisons de laissez-aller moral, verraient d'un bon oeil la suppression du sacrement de pénitence. Nous entendons fréquemment des propos dans le genre de celui-ci : " pourquoi faut-il aller raconter ses péchés à un homme plutôt que de les confesser directement à Dieu, puisque ce qui compte, après tout, c'est la conversion intérieure." Il y en a qui redoutent que la confession ne soit une façon de se déculpabiliser à bon compte, une sorte de pratique magique et routinière de "vider son sac". C'est ainsi qu'un jeune homme de 25 ans disait récemment : " C'est tout de même trop facile, on commet des péchés, on va voir le curé dans sa boite, on lui raconte quelques histoires et le tour est joué, on repart à zéro. Dans ce cas, autant aller trouver une machine automatique, une machine à absolutions."

    Les uns redoutent les confesseurs rigoristes, voire scrupuleux,  qui traitent le cas qu'on leur présente un peu comme ils le faisaient au temps de leur jeunesse cléricale, dans les exercices de séminaire, comme s'ils avaient devant eux  un péché en quelque sorte abstrait et non pas un homme pécheur dans sa complexité vivante. Les autres redoutent tout autant les confesseurs débonnaires  qui débitent une exhortation toute faite qui n'a pas de lien avec l'accusation qu'ils ont entendue et des problèmes réels du pénitent. Il semble bien que la confession telle qu'elle se pratique encore actuellement dans l'Eglise, soit devenue une pierre d'achoppement pour des catholiques de plus en plus nombreux. Disons donc qu'il y a un malaise. 

    Alors la première chose à faire c'est de chercher les causes du malaise.

    Je pense qu'il faut laisser de côté tout ce qui serait orgueil, relachement, absence d'esprit de sacrifice, refus d'humiliations. Il y a un peut-être un peu de tout cela. Mais je pense tout de même qu'il y a quelque chose de plus profond. Et c'est là que nous commençons à saisir qu'il peut y avoir une sorte de concurrence entre le sacrement de pénitence et la psychanalyse ou, plus généralement, la psychothérapie. En effet, la conscience humaine a évolué dans le sens d'une découverte progressive d'un Dieu qui n'est pas d'abord Juge mais qui est d'abord Père. On comprend très mal que la pénitence soit traditionnellement présentée comme un "tribunal" ; c'est  une expression qui était classique autrefois : "le tribunal de la pénitence". Ce mot de "tribunal" évoque à la conscience un contexte juridique et même policier qui relève d'un âge révolu Le mot "tribunal" fait penser à un Dieu autoritaire qui dicte des lois. Et des lois plus ou moins arbitraires : c'est comme ça parce que c'est comme ça. Des lois auxquelles il faut obéir minutieusement si l'on veut gagner le ciel et éviter l' enfer.

                                                                                A suivre...

     

                                            Père François Varrillon  

     

     

     

     

     

     

  • Le quart d'heure de prière (4)

    [21] Bergson a montré que les personnes les plus précieuses et les plus parfaites de l'humanité étaient les mystiques, à cause justement de leur vie de prière. Mais nous, comme chrétiens, nous savons de plus qu'il y a le Corps mystique de Jésus, et que cette unité entre les hommes dépasse de beaucoup ce que la raison peut nous dire (...)

    [24] Le bon Dieu ne nous demande qu'une toute petite tâche au point de vue de notre travail. Mais ce tout petit travail, si humbe soit-il, prend une valeur universelle par la prière et l'amour que nous y attachons.  

    [25] Nous devons veiller à être fidèles à ce petit quart d'heure, au moins, de prière, comme un acte de foi dans l'amour de Jésus. Nous devons veiller à ce rôle que nous avons par rapport à l'ensemble de l'univers...

     

    P. Thomas Philippe - Le quart d'heure de prière - St Paul éditions religieuses, 2008

  • Le quart d'heure de prière (3)

    La spiritualité chrétienne est tellement différente de la spiritualité stoïcienne, par exemple ! Certaines personnes (mais elles sont rares) pourront réserver chaque jour un petit quart d'heure pour un exament de conscience, uniquement d'un point de vue moral. Le petit quart d'heure dont je vous parle se place à un point de vue très différent : c'est très bien de venir chaque jour en face de soi, mais si c'est pour constater  chaque jour qu'on est rempli de défauts et d'infidélités, si c'est pour sentir chaque jour qu'on est incapable de suivre le règlement qu'on s'est soi-même donné, c'est très décourageant !

    Au contraire, la parabole des ouvriers de la onzième heure est tellement réconfortante : nous sentons bien que nous avons raté toute notre journée, nous sentons que nous n'avons rien fait de ce que Dieu voulait, mais nous croyons que dans cet humble quart d'heure de prière, Dieu peut tout rattraper par sa miséricorde.

    Ou encore mieux, nous pensons au bon larron, et à la fin de notre misérable journée, à la mort de cette journée, nous pouvons toujours dire : " Mon Dieu, aie pitié de moi !" Cette journée alors peut être la meilleure, parce que Dieu peut nous donner une grâce qui répare tout ce que nous avons pu faire de mal, et nous rendre plus humbles que si tout avait été bien à nos yeux.

    Cet acte de foi nous empêche par là-même de tomber dans un des dangers les plus forts actuellement : le dégoût de soi-même, et le découragement. Ce petit quart d'heure de prière concilie tout à fait le sentiment d'être un pauvre pécheur et la certitude que notre personne, dans ce qu'elle a de plus profond, de plus secret, est connue et aimée de Dieu.

                                                                                    A suivre au prochain post...

    Père Thomas Philippe - Le Quart d'heure de prière - St Paul Editions religieuses

  • Le quart d'heure de prière (2)

    Suite du post du 13 mars 2011

     

    Le "moi" et notre vraie personne

    Un des pauvres lots de notre nature humaine, c'est de sentir toujours notre moi. Nous ne savons pas comment il s'est constitué, mais dès que nous réfléchissons un tout petit peu, nous n'avons aucune difficulté à découvrir qu'il y a en nous un énorme moi égoïste, un moi égocentrique, jouisseur, vaniteux, dominateur, un moi qui veut toujours tout ramener à lui...

    Et dès que nous cherchons un peu à aimer Jésus, nous souffrons terriblement de ce moi. C'est lui le grand obstacle à la vie intérieure, bien plus que toutes les conditions extérieures dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Socrate déjà le disait : " convertis-toi toi-même !"

    Avant que le bon Dieu nous ait touchés, nous étions peut-être beaucoup moins tiraillés par ce moi... Notre moi nous faisait souffrir uniquement par les désagréments sociaux qu'il pouvait  nous attirer. Mais dès que l'Esprit Saint se donne un peu à nous, nous souffrons de notre moi, et cela prouve que nous n'y sommes déjà plus attachés. 

    L'amour de Jésus nous découvre ce moi, et nous donne le désir qu'il meure, pour que naisse notre vraie personne d'enfant de Dieu. Or c'est la prière, et la prière uniquement, qui peut former notre vraie personne, profondément. 

    La prière, en effet, repose sur cette foi que la grâce de Dieu est enfouie au plus profond de nous-mêmes dans la conscience d'amour du tout petit enfant. Cette grâce s'enracine en nous avec les trois vertus théologales : la foi, l'espérance, et la charité qui nous mettent directement en rapport avec Dieu et permettent au Saint Esprit d'intervenir en nous par ses dons.  (...)

                                                                            Suite au prochain post... 

     Le quart d'heure de prière - P. Thomas Philippe - Ed St Paul, 1994

    (Le P. Thomas Philippe (+) est à l'origine de l'Arche avec Jean Vanier)

  • Quelques paroles d' Ozanam (4)

    L'ordre de la société repose sur deux vertus : justice et charité. Mais la justice suppose déjà beaucoup d'amour ; car il faut beaucoup aimer l'homme pour respecter son droit qui borne notre droit et sa liberté qui gêne notre liberté. Cependant la justice a des limites ; la charité n'en connaît pas. Notre devoir à nous, chrétiens, est de faire... que l'égalité s'opère , autant qu'elle est possible, parmi les hommes...que la charité fasse ce que la justice  seule ne saurait faire !

     

                                  Frédéric Ozanam (1813-1853)

    pour aller plus loin :

    http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.html

     

     

  • Paroles d'Ozanam (3)

    Nous sommes tous comme les ouvriers des Gobelins qui, suivant les plans d'un artiste inconnu, s'appliquent à assortir les fils de diverses couleurs sur le revers de la trame. Ils ne voient pas le résultat de leur travail. C'est seulement quand tout est terminé qu'ils peuvent admirer à l'aise ces fleurs, ces figures, ces scènes splendides et dignes des palais des rois. Ainsi de nous : nous travaillons, nous souffrons ici-bas sans en voir le terme ni le fruit. Mais Dieu le voit, et quand il nous relève de notre tâche, il montre à nos regards émerveillés ce que Lui, le grand artiste invisible et présent partout, a fait de toutes ces fatigues qui nous semblent si stériles, et Il daigne placer dans son grand palais ces faibles oeuvres de nos mains.

                                                 Frédéric Ozanam (1813-1853)

    pour aller plus loin :

    http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.html

     

  • Quelques paroles d'Ozanam (2)

     

    Il faut mettre la main à la racine du mal, et par de sages réformes diminuer les causes de la misère publique.

     

                                                                Frédéric Ozanam (1813-1853)

     

    pour aller plus loin :

    http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.html

     

  • Quelques paroles d'Ozanam (1)

    La question qui divise les hommes de nos jours n'est plus une question de formes politiques, c'est une question sociale, c'est de savoir qui l'emportera de l'esprit d'égoïsme ou de l'esprit de sacrifice ; si la société ne sera qu'une grande exploitation au profit des plus forts ou une consécration de chacun pour le bien de tous et surtout pour la protection des faibles. 

     

                                                                               Frédéric Ozanam (1813-1853) 

     

    pour aller plus loin :

    http://www.nouvellecite.fr/Prier-15-jours-avec-Frederic.html

     

  • La politique et le prince du mensonge (6)

    (suite et fin du post précédent)

     

    Ce n’est donc pas de façon artificielle et gratuite que nous avions choisi ce terme de démoniaque, il ne s’agissait nullement de «dramatiser » la question. Ce que nous avons montré ce n’est pas la différence entre l’idéal, ou la théorie, et puis une pratique, ce n’est pas davantage la reconnaissance des nécessités de la pratique politique: il y a bien plus. Il y a une certaine «structure» du démoniaque, qui rend compte de phénomènes réels dont rien ne peut expliquer de façon naturaliste et positiviste, l’existence et l’importance.

    Il y a une dimension en profondeur de cette superficie. Comment pouvons- nous nous prêter à cela? Telle est la question. Or, j’ai reconnu que la structure du politique actuellement correspond trait pour trait à cette structure du démoniaque. Mais réciproquement ne pourrait-on pas aussi généraliser, et banaliser : après tout n’est-il pas possible de dire aussi bien: l’économie est démoniaque, l’argent est démoniaque, la science, la technique, etc. J’ai fait pas mal d’études critiques au sujet de la technique, je me suis toujours gardé de dire qu’elle était démoniaque ou diabolique. Ceci parce que, autant que faire se peut, je tiens à garder un sens relativement précis aux mots. Si le démoniaque correspond à ce que la Bible nous en dit (et c’est mon choix) explicité par Castelli entre autres, si l’on ne prend pas ce mot à la légère pour signifier un peu globalement ce qui est désagréable, ou injuste, ou mauvais, alors on ne peut pas l’appliquer actuellement à d’autres domaines que le politique, car aucun ne comporte l’ensemble des caractères et leur réciprocité. La science n’est pas (en tant que telle) productrice de mensonge et falsificatrice. L’économie n’est pas «l’horrible indéfini, le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». Je dirais par contre que certainement l’argent a été la puissance démoniaque par excellence au XIXe siècle, par exemple, ce que Marx a parfaitement dénoté, mais aujourd’hui, il a été si bien, souvent dénoncé, mis à jour, connoté comme démoniaque, que celui-ci s’est déplacé. Lorsque le Prince du mensonge est mis à jour, il disparaît. II cesse d’exercer sa puissance dans le lieu qu’il avait choisi pour élire d’autres domaines, pour employer de nouveaux miroirs. Nous sommes passés du démoniaque que de l’argent au démoniaque de la politique. C’est notre progrès et notre questionnement.

                                                                                   Jacques ELLUL

  • La politique et le prince du mensonge (5)

    (suite du post précédent)

     

    Mais il y aurait un pas de plus à faire pour comprendre la politique: elle est actuellement le lieu du démoniaque. Je ne développerai pas ce point l’ayant entièrement explicité ailleurs. Je me borne à rappeler mes conclusions. La politique est le lieu de l’illusion totale de notre société. Mais au-delà de mes analyses d’autrefois, il faut souligner que: la politique est l’art de généraliser les faux problèmes, de donner de faux objectifs et d’engager de faux débats. Faux par rapport à la vie concrète des hommes concrets, faux par rapport aux tendances socio-économiques effectives que la politique n’atteint jamais. Dans cette fausse orientation, la politique mobilise toutes les énergies, elle engage le tout en généralisant le faux. Tout se joue constamment sur de faux problèmes élaborés et proposés par la politique comme seuls vrais et finissant par les imposer comme tels. Cet illusoire doit être combiné avec le mécanisme de la médiatisation politique. La politique devient médiatrice universelle, la médiatrice obligée entre l’individu et le corps social. On ne peut agir sur le corps social que par la voie politique. Elle est investie d’une légitimité à priori pour la direction de notre société. Elle institue un corps de médiateurs normalement validés. Elle institue une médiation politique. Tout ce qui se produit est traduit en langage politique, et devient par là explicable et compréhensible. La médiation politique s’exprime enfin dans la transposition de la volonté particulière à la volonté générale, intérêt général, etc. Et cette médiation qui joue sur tous les registres finit par se faire accepter par tous et pour le tout. Car là est encore le démoniaque politique, le moyen est substitué à la vérité, la médiation se substitue au tout et remplace tout. Et le dernier pas à faire, c’est le constat bien banal que l’Etat moderne se veut sauveur: nous sommes passés au stade de l’Etat-Providence. Mais ceci est dépassé par l’Etat porteur de Salut. Ce qui est «mensonge» se déclare « porteur de salut ». Telle est la puissance de la dissolution.

    Si nous combinons l’illusoire total avec la médiation obligée, nous arrivons d’une part à une organisation de la non-réalité, d’autre part à l’anti-médiation du corps social, ce qui sont les deux caractères dominants de la politique actuelle. Ce n’est donc pas à proprement parler la prétention à une médiatisation qui est attestation du démoniaque, mais d’une part la confiscation de la médiatisation (exclusive de toute autre) associée, d’autre part à l’illusoire, c’est-à-dire produisant une médiatisation de Rien à Rien, d’un mensonge à une illusion, cependant que cela même engage le tout de l’homme et tous les hommes de cette société. Nous avons là un caractère spécifiquement démoniaque. Comme les autres caractères de la politique. Le Démon est celui qui en outre prend possession intérieure de l’homme, qui effectue les promesses d’accomplissement d’une volonté de Dieu supposée, et qui, à cause de ses promesses et de réalisations « d’évidence », se substitue à Dieu. Il est en tout l’imitation inverse du divin. D’autre part, il est indispensable de se référer au Démoniaque dans l’Art de E. Castelli. « Communier sans en appeler au Christ veut dire croire à une suffisance que seul le démoniaque peut insuffler », «l’horrible indéfini : le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». « La façade d’une face — anticipation allégorique de la foule, prélude au concept de Tous, c’est-à-dire de Personne. » «La Puissance de dissolution... » Voilà cinq formules de Castelli, explicitant le démoniaque et que nous retrouvons clairement dans la politique où nous avons rencontré tous les aspects qui caractérisent le démoniaque: le mensonge et l’illusion, la création d’un univers intégralement falsifié, l’évidence d’une promesse d’accomplissement de la volonté humaine, la communion suffisante, le sens dénaturé, la façade d’une face... Nous pourrions continuer.

    Enfin la politique possède un pouvoir d’absorption, d’assimilation, irrésistible. Les anarcho-syndicalistes français de 1900 avaient totalement raison quand ils démontraient que la politique pervertit, en elle- même, par elle-même, toutes les intentions, tous les projets. Quand ils affirmaient que les socialistes, dès l’instant où ils commençaient à faire de la politique, continuaient à tenir un discours socialiste, mais avaient une pratique anti-socialiste et que les révolutionnaires entrant dans le champ politique cessaient immanquablement d’être révolutionnaires, Ces affirmations de 1880 se sont toutes exactement confirmées: Millerand, A. Briand, Paul-Boncour, Clémenceau, tous socialistes et révolutionnaires sérieux et convaincus, sont, au pouvoir, devenus en tout l’inverse de ce qu’ils avaient promis. Et de même le chrétien est pris dans le dilemme tragique, ou il cherche à rester chrétien et fera une politique stupide (Carter), ou il sera un politique efficace mais cessera fondamentalement, radicalement d’être chrétien. Rocard a raison d’affirmer l’incompatibilité essentielle des deux.

                                                                                     A suivre....

                                                                                                          Jaques ELLUL

  • La politique et le prince du mensonge (4)

    (Suite du post précédent)

     

    Combien de milliers de fois ai-je lu ces phrases écrites en transe, par exemple «Le capitalisme est le Mal absolu ». Et c’était écrit par un chrétien. Mais tout autant: «Le communisme est le Mal absolu.» L’accusation sans aucune possibilité de pardon, de mitigation, de conversion. Une fois que vous avez été communiste, vous ne pouvez pas changer, vous restez toujours sous le poids de l’accusation satanique. Il n’y a rien de bon et d’estimable dans l’adversaire. Seule son élimination radicale peut être un remède. La solution. Et cela c’est la politique qui l’a inventé. J’entends aussitôt une protestation: «N’est-ce pas plutôt la religion? » N’avons-nous pas connu l’Inquisition, les excommunications, les conversions par violence et contrainte... Je réponds radicalement là-dessus: oui, parfaitement la religion est devenue satanique chaque fois qu’elle a été prise en main par la politique. L’inquisition atroce n’a pas été celle de l’Eglise mais celle pratiquée au compte de l’Etat, pour lui et souvent par lui. L’extermination des Cathares est bien plus le fait du roi, qui s’est servi de l'Eglise, que de celle-ci. L’Inquisition ne devient extrême qu’entre les mains du roi du Portugal, du roi d’Espagne, de la république de Venise. Jusqu’à ce qu’elle devienne instrument d’une politique, l’excommunication n’est rien d’autre qu’un « remedium animi ». Et les conversions forcées, qui les a provoquées?

    Qui a converti les Saxons par la violence ? Charlemagne. Qui a converti les Indiens par la violence ? Les conquistadores (alors que les chrétiens qui ne se mettaient pas au service de la politique pratiquaient au contraire la défense de la personne et des coutumes de ces Indiens). L’esprit d’accusation, de division d’un bien et d’un mal qui doit être extirpé est toujours le produit de la politique.

    L’accusation majeure de notre temps est toujours issue d’un politique, fondée sur des motifs politiques, aboutissant à la mort dans le politique. La vue admirable de Koestler dans Le Zéro et l’infini fait éclater cela à l’évidence. Et de même que c’est la politique qui se fait prendre pour l’universel, et détrône Dieu, en réciproque, elle est productrice de l’accusation absolue. Ce qui est la contre-façon rigoureusement inverse de la justice divine. Ce n’est donc pas image littéraire facile, mais vue en profondeur de la politique, de la déclarer satanique, construite par le Satan, et implantée au coeur des hommes par le Satan. Ici encore, d’ailleurs, cela se greffe sur des sentiments spontanés humains, celui de l'auto justification et celui de l’expulsion de l’ennemi pour se purifier. La catharsis. L’homme a toujours besoin de se sentir juste, et jusqu’ici, c’était le rôle de la religion de lui offrir les moyens de la purification, entre autres par le sacrifice. Les grandes religions classiques ont disparu, et n’ont plus de pouvoir par manque de foi. Mais le besoin de l’homme reste aussi intense, le besoin d’être à ses yeux et aux yeux des autres, pur et légitime dans son existence. Et la voie, la seule qui lui soit maintenant offerte est celle de l’accusation, de la découverte politique du bouc émissaire désigné par la politique. Tout le mal est concentré dans cet autre, dissemblable, tout le mal va être expulsé lorsque cet autre sera expulsé ou, mieux, détruit. L’adversaire devient ennemi. L’ennemi devient l’incarnation absolue du mal. Et seul son anéantissement nous garantit non pas une simple victoire politique, mais le paradis, la justice, la liberté. Intégré moi-même dans le groupe des justes, je ne puis que partager leur justice. Or, tout repose sur l’accusation. C’est-à-dire l’oeuvre de Satan. Il n’y a pas simplement une structure, une organisation politique, il n’y a pas un simple effet psychologique, nous devons aller plus loin: précisons cependant que bien entendu le Diable ou Satan n’est pas un personnage, une figure située en un certain lieu donné, une volonté personnifiée ayant un objectif. Je dis que bibliquement partout où il y a rupture ou accusation il y a plus qu’un simple phénomène sociologique ou psychologique, il est impossible d’en expliquer et ramener tous les effets, par ou à du socio-psycho, etc. Il y a plus. Il y a une dimension spirituelle du domaine divin, il y a une dimension extra-humaine. Il y a une puissance inanalysable, qui rend la chose si effroyable. Et c’est ce qui est alors désigné par le Diable ou Satan. Maintenant, dans le monde où nous sommes, la politique est l’incarnation du Satan biblique.

                                                                                                                à suivre

                                                                              Jacques ELLUL