compteur de visite site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

péché originel

  • péché originel, péché universel

    [131] Le péché originel, quelles que soient les discussions qu'on peut faire sur son origine et les définitions qu'on peut en donner, c'est un péché universel, mais qui entraîne à un mauvais universel, au règne de l'individualisme et du particularisme, par opposition à celui dont nous parlions  voici quelques instants en citant saint Paul, à la croissance de la personne qui s'agrandit aux dimensions totales de l'humanité. Ce qui apparaît comme le péché originel, c'est tout ce qui renferme l'homme sur lui-même, le replonge dans son passé, le rabat vers une jouissance immédiate, lui  donne de se contenter de son petit bonheur quotidien. C'est une force d'inertie qui l'empêche de grandir et d'évoluer, de s'ouvrir à l'appel des autres ; c'est aussi l'envie, la jalousie du bonheur de l'autre, le mauvais désir de lui enlever son bien. Ce désir peut lui donner la force mauvaise de combattre l'autre, de le voler, de le réduire en servitude. Et cette force peut s'emparer de tout un clan, de tout un pays, de toute une société, lui donner le vertige de dominer d'autres peuples, voire le monde entier, l'ivresse de verser le sans de ses semblables. On parle d'un péché "originel", parce qu'on le trouve partout à l'oeuvre, partout rampant et renaissant, dans le plus lointain passé des peuples comme au début de toute vie individuelle. 

    Des philosophes l'ont défini comme le mal fondamental ou radical, comme la "sécession" ou "division des consciences". C'est le fait que les hommes ne parviennent pas à dire un vrai "nous" dans lequel  tous les "je" d'alentour pourraient s'épanouir et s'exprimer harmonieusement. Ou bien le moi s'agrandit à un nous exclusif : nous, les Français par opposition aux Allemands ; nous, les gens de notre classe, pour se distinguer des petites gens. Ou bien le nous abolit le je : la famille qui empêche l'émancipation des enfants, la société tyrannique qui ne tolère pas de différences. Dans le dogme catholique, le péché originel est ce qui empêche l'humanité créée à l'image du Dieu unique, de parvenir à l'unité, et l'individu, destiné à devenir fils de Dieu, de revêtir sa pleine dignité de personne humaine. Le "monde présent" auquel il ne faut pas "se conformer", selon Paul, c'est ce mal qui nous ronge [133] du dedans depuis notre naissance - pas un mal inguérissable, une malédiction, une fatalité qui nous poursuit - et nous pénètre aussi bien du dehors, de partout, en vertu des liens de solidarité qui nous lient aux hommes de tous les temps et de tous les lieux. (...)

    Il nous faut lire le péché du "premier homme" comme le fait saint Paul qui lui oppose tout de suite la figure du Christ (Lettre aux Romains, chap.5). La croyance au péché originel n'est pas propre au christianisme, on trouve quelque mythe analogue dans la plupart des récits de création ; ce mythe exprime la conscience des hommes d'être victimes d'un mal dont ils sont aussi coupables et qui est la rançon de leur grandeur. Mais le christianisme leur donne l'espérance  et l'assurance d'échapper finalement à ce mal, car, tous solidaires en "Adam", ils le sont également dans le Christ, et ils partageront sa victoire sur la mort s'ils communient à sa lutte contre tout ce qui opprime et enlaidit l'humanité.

    De quel soutien nous est Jésus aujourd'hui dans un monde qui idolâtre la consommation, l'appât du gain quel est l'avantage d'envisager la vie à sa suite comme un [134] combat où il y aura fatalement des gagnants et des perdants ? Il est un soutien, parce qu'il montre que la résurrection est sortie de sa mort et qu'il en sera pour nous comme pour lui. (...)     

    Joseph Moingt - Croire quand même - Ed. TempsPrésent 2007

    site de l'éditeur : www.temps-present.fr

     

  • témoin de l'excès du mal

     [26] Deuxièmement, et je crois qu'en cette fin de siècle nous avons malheureusement l'urgence de l'évoquer : la trahison de Dieu par les religions qui se réclament de lui. Dieu, c'est sûr, nous le trahissons tous, mais il y a ce sentiment que le Dieu auquel nous avons cru est défiguré par ceux qui en parlent, ceux qui agissent en son nom, ceux mêmes qui devraient en être les témoins autorisés. Il y a la trop longue histoire de ces religions qui partent en croisade contre les ennemis de Dieu, au nom même de Dieu. C'est l'histoire des trois religions monothéistes. C'est l'histoire de leur luttes fraticides au nom même de la parole de Dieu. Le fanatisme religieux qui va jusqu'à justifier la guerre sainte est la pire perversion de la religion, et la pire défiguration du visage de Dieu. 

    Et qu'à la fin du XX ème siècle on puisse encore torturer, violer, piller, massacrer au nom de Dieu a quelque chose  d'insupportable pour la conscience humaine universelle. Nous qui avons cru en un Dieu d'amour et de paix, nous avons le sentiment d'avoir été floués et trahis. Et la seule idée qui puisse nous apaiser, c'est qu'un tel Dieu n'existe pas. On ne dira jamais assez combien [27] d'incroyants le fanatisme religieux a engendrés, tant chez les chrétiens, que chez les juifs et les musulmans.

    Enfin, la troisième trahison, c'est le cri de la foi déconcertée par le silence de Dieu. Et là nous rencontrons l'antique question du mal. Le grand scandale pour les croyants, c'est le silence de Dieu, alors que l'Histoire  semble abandonnée à elle-même avec son cortège monotone de violences, d'injustices, de fatalités absurdes. Dieu ne nous a-t-il pas trahis ? Ce silence de Dieu fait violence aux questions des hommes et des femmes. Alors que - et je ne prétends pas répondre à ce qui demeure l'injustifiable par excellence -, si Dieu existe, il ne peut être qu'un Dieu bon. Vous connaissez les mots d'un personnage de Dostoïevski : " je refuserai jusqu'à la mort d'aimer cette création où les enfants sont torturés." Un théologien de notre temps, Moltmann, écrivait : " la question de l'existence est une babiole face à la question de sa justice dans le monde."

    Je voudrais dissiper une illusion bien fréquente : il ne faut pas lire la Bible, la révélation comme le catalogue des réponses de  Dieu aux questions des hommes. Pour reprendre le titre d'un livre du poète juif Edmond Jabès, la Bible est plutôt le "Livre des Questions ", et non le livre des réponses. C'est le sens de ce long cri dont parlent les Psaumes : "Pourquoi dors-tu Seigneur ?" Et, allant plus loin, la Bible ne témoigne pas seulement des questions que l'homme pose à Dieu, mais elle témoigne du procès que l'homme intenté à [28] Dieu. Ce procès est en quelque sorte assumé par Dieu, par la Révélation.

    C'est l'enjeu même  du livre de Job, comme témoin de l'excès du mal auquel ne répond que le silence de Dieu. "Je crie vers toi  et tu ne réponds pas." Alors que ses amis, dont je ne suis pas sûr qu'ils aient été théologiens, bavardent et trouvent une réponse trop facile sur sa prétendue culpabilité, toujours l'immédiate excuse de la rétribution face au mal qu'on n'explique pas, Job a le courage de défier le silence de Dieu, de défier   la trahison de Dieu. Il affronte la question du mal à l'état pur, et cette question du mal devient la question même de Dieu et de sa justice : il devient devant Dieu le porte-parole, à l'avance, de tous les hommes et de toutes les femmes, connus ou inconnus, qui tout au long de l'histoire protestent contre le caractère injustifiable du mal surtout quand il s'agit de la souffrance des innocents. (...)

                                                                                    A suivre... 

     

    Claude Greffé dans "La religion, les maux, les vices" - Conférences de l'Etoile présentées par Alain Houziaux - Presses de la Renaissance, Paris 1998 - ISBN 2-85616-708-X

  • La symbolique du mal (3) : la connivence existentielle

    156. C'est un fait que la théologie s'est surtout attachée à recenser les dégâts causés par le péché originel dans les individus pris à part, quitte à les relier les uns aux autres par le seul moyen de la génération, c'est-à-dire par le canal d'une transmission biologique. Aujourd'hui, à la suite de certains Pères grecs, nous sommes plus portés à souligner la solidarité humaine : non pas en recourant à l'unité généaolgique (fort improbable, on le sait), mais en indiquant la "connivence existentielle" qui soude les hommes entre eux et conditionne l'exercice de leur liberté. Qu'est-ce à dire au juste ? Nous avons un moyen christologique de le savoir, ou au moins 157. d'en approcher. Nous savons en effet, par la Révélation qui tombe de la croix, que le règne de la disgrâce est l'antithèse du Royaume de grâce. Or, ce Royaume de grâce est une communion dans laquelle le frère est pour son frère un intermédiaire de salut ; car tel est le dessein de Dieu, qui nous offre son amitié par le témoignage de l'autre. Dès lors, la solidarité pécheresse de l'humanité, qui a nom adam, peut être comprise comme un monde mortel, où la communion avec Dieu ne parvient plus par le moyen prévu : la communion fraternelle. Car tout homme, en choisissant délibérément le péché, refuse du même coup d'être pour son prochain un intermédiaire de grâce. C'est le contraire exact de la communauté apostolique, où chaque frère est pour l'autre un vivant évangile. Une telle analogie n'est pas sans mérite; elle réintroduit en effet la réciprocité des consciences, langage si parlant pour nos contemporains.

    André Manaranche - Je crois en Jésus-Christ aujourd'hui - Seuil 1968

     

  • La symbolique du mal (2) : péché originel et pastorale

    2°) Du cas abusivement privilégié de l'enfant à l'expérience de l'adulte :

    155. Il est clair que la théologie du péché originel se trouve fortement handicapée par son blocage sur un cas-limite : celui de l'enfant non baptisé, en qui l'on croit rencontrer le type même de la tare "naturelle", puisqu'il est encore incapable d'un péché personnel. On en déduit donc, consciemment ou non, que l'absence coupable de la grâce sanctifiante est une circonstance purement objective, à laquelle l'engagement postérieur de la liberté n'apporte rien de décisif. De là découle, en pastorale, l'injonction de faire baptiser les nouveaux-nés le plus tôt possible : coutume dont le poids se fait, de nos jours, lourdement sentir, parce qu'elle compromet souvent l'évangélisation plus qu'elle ne la favorise...

    Aujourd'hui, nous n'acceptons plus de voir dans l'enfant non baptisé le cas privilégié du péché originel. Nous pensons que la réalisation plénière de ce que signifie Adam ne se trouve que chez les adultes, c'est-à-dire chez celui qui ratifie et accomplit, par l'engagement de sa liberté pécheresse, la situation de disgrâce qui règne historiquement sur le monde.

    Pour la même raison, nous n'acceptons plus de voir dans l'enfant baptisé le cas privilégié de la vie de grâce. Nous pensons que la réalité plénière de ce que signifie le baptême ne se trouve que chez l'adulte, c'est-à-dire chez celui qui accueille, par une adhésion complète et libre, l'offre de salut proclamée par Jésus-Christ... Bref, nous estimons que le lieu de la doctrine du péché originel doit être la liberté d'un homme véritable, qui doit prendre position par rapport à ses pré-dispositions, en choisissant de mourir pour ressusciter. Le personnalisme exige ce déplacement d'accent.

                                                     à suivre...

    André Manaranche - Je crois en Jésus-Christ aujourd'hui - Seuil 1968

  • La symbolique du mal (1) : est-ce que les serpents marchaient ?

    154. C'est malheureusement, sous sa déformation augustinienne que la théologie de Paul a fini par se généraliser dans l'Eglise occidentale. La scolastique, bien connue pour sa manie de questionner jusqu'au bout, en a tiré les conséquences les plus baroques ( ce qui nous rend service, d'ailleurs, indirectement), cependant qu'elle aggravait la situation par son chosisme et son statisme. Le concile de Trente n'a pas pu raisonner autrement que dans ce cadre ; et, même s'il ne l'a pas expressément canonisé, il a contribué à l'affermir : la polémique luthérienne n'était pas pour arranger les choses, d'ailleurs...

    Aujourd'hui, sous la poussée de la critique - nous en avons parlé au commencement - la problématique s'avère toute différente. Nous pouvons la caractériser par un quadruple déplacement d'accent :

    1) De l'individualité supposée d'Adam à la personne de Jésus-Christ :

    Nous avons appris désormais, grâce à une meilleure exégèse, et surtout grâce à une interprétation de la symbolique du mal, à dé-mytho-logiser le récit de la Genèse, c'est-à-dire à ne pas bâtir un raisonnement (logos) sur une représentation (mythos). Nous laissons derrière nous, avec beaucoup d'humour, ces questions invraissemblables qui nous accaparaient jusqu'à présent, et qui interrogeaient sur la situation antérieure au péché d'Adam : " Est-ce que Adam était mortel avant sa faute ? Est-ce que les serpents marchaient ou volaient, avant que le péché d'Adam ne les ait condamnés à ramper ? Les panthères mangeaient-elles de la paille avant la chute ? Les ronces n'ont-elles apparu sur terre que depuis la 155. transgression ?, etc." Dorénavant, nous apprécions le péché, l'adam, en contemplant Jésus-Christ, et non pas en inventoriant un hypothétique "avant la faute". Nous christologisons le péché originel, comme toute réalité; seul le Sauveur le révèle, le juge et le détruit : il nous le livre pardonné, nous délivrant ainsi de toute culpabilité morbide. Hors de lui, nous ne pouvons pas comprendre ; nous risquons même de sombrer dans la désespérance.

                                                                     à suivre...

    André Manaranche - Je crois en Jésus-Christ aujourd'hui - Seuil 1968

     

     

  • le signe premier du baptême

    (...) le signe premier du baptême tient dans le passage, à travers l'eau et la profession de foi, des ténèbres à l'illumination. Le fait était d'autant plus explicite que les petits groupes chrétiens vivaient au milieu de populations païennes.

    Dans un nouveau contexte où les chrétiens apparaissent majoritaires, les propos de saint Augustin prennent sens. En effet, Augustin et ses disciples "rééquilibrent" le baptême en insistant beaucoup plus sur le fait que le baptisé est purifié du péché originel. Le passage ne sera plus visible puisque socialement tout le monde est chrétien ; il devient intérieur, théologique, spirituel ou moral. Il se produit ainsi un déplacement d'accent. On a vécu pendant des siècles sur cette idée que, vivant en majorité chrétienne, en chrétienté, surtout chez nous, le baptême était le sacrement absolument indispensable pour être purifié du péché originel et pour échapper - on citait à tort, à mon avis, Augustin - à la massa damnata. Pour Augustin, il s'agissait d'échapper à l'indistinction, à ce qui n'a aucune signification, pour être identifié comme enfant du Père. Mais c'est devenu : " Il faut échapper aux tourments éternels en étant baptisé." L'Eglise, dès lors, n'était plus le sacrement du salut, elle était l'appartenance exclusive au salut. Apparaissent alors des phénomènes assez étranges, par exemple des enfants qui mouraient, qui ressuscitaient pour être baptisés et qui remouraient ! Avec, dans certaines églises, des autels consacrés au dépôt de ces petits corps, de ces petits cadavres, uniquement pour le baptême. On les appelait des "autels à répit", à rémission en fait. C'est une conception du baptême qui s'explique historiquement mais qui, en quelque sorte, rééquilibre autrement ce que l'Antiquité chrétienne avait posé en premier. Or aujourd'hui, nous sommes dans la même situation que celle des premiers temps, quand des adolescents, des jeunes, des adultes demandent le baptême. C'est vraiment ce passage-là qu'ils entendent faire. Il y a eu conjointement une autre évolution. Adhérer à la perspective de mourir sans baptême était impensable. Il y a d'ailleurs encore des parents qui disent : "Il faut le baptiser pour le cas où il lui arriverait quelque chose." On voit donc le baptême comme une protection, avouons-le, contre un certain nombre de maladies infantiles. C'est comme cela qu'il est encore perçu parfois.

    Mais il y a plus grave encore. On a eu une individualisation croissante des baptêmes qui sont devenus la fête familiale de la naissance de l'enfant, avec évidemment les contrefaçons : baptême républicain, baptême social, etc. (...) Nous sommes dans cette situation aujourd'hui où ce n'est pas le passage dans la vie du Christ qu'une sorte de protection, comme une médaille tutélaire, qui permettra à la famille de dire : "Nous avons tout fait." On évacue l'appartenance à l'Eglise. (...) Les familles font une fête privée, et la communauté qui devrait accueillir, se sent au contraire comme non autorisée à rentrer dans cette fête qui la concerne au premier chef. (...)

    Albert Rouet - j'aimerais vous dire - Bayard 2009, pp. 249-251