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  • Messe de la nuit de Noël - année B

    Isaïe 9, 1-6 ; Tite 2, 11-14 - Lc 2, 1-14

    Le texte est tiré du livre : "Seigneur, rien n'est plus vrai que ta Parole" du Père M.J Le Guillou

    il est actuellement indisponible dans les librairies. Possibilité de le commander ici ou

     

     

    Le texte de l'évangile de Luc nous met devant le mystère de l'histoire de Dieu et de l'homme, c'est-à-dire devant le Seigneur qui vient sauver son peuple. "Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur." Cette annonce a quelque chose d'étonnant et de merveilleux : un Sauveur nous est né et les signes qui sont donnés sont déroutants : le nouveau-né est emmailloté et couché dans une mangeoire. Le Seigneur que nous adorons cette nuit, c'est le Seigneur, le Dieu qui a fait le ciel et la terre, le créateur du monde. Il est là, le plus petit d'entre les petits ; il se fait accessible à nous pour que nous entrions dans son mystère. Dieu est là merveilleusement présent, et il nous appelle à le découvrir pour ce qu'il est lui-même : Dieu est Amour. 

    Dans l'annonce de la naissance du Sauveur faite aux bergers, il y a le mystère du Messie triomphant qui vient pour nous sauver sous l'aspect le plus humble qui soit. Il est tout petit, lui le Créateur du monde. Il est le plus petit d'entre les hommes, il n'est même pas reçu dignement au moment de sa naissance puisqu'il n'y avait plus de place pour lui dans la salle commune. Le bébé est emmailloté et couché dans une mangeoire, c'est Dieu au-delà de tout, le Dieu vivant qui devient l'un d'entre nous : voilà ce que l'évangile nous demande de croire.

    Dieu devient, en Jésus-Christ, humble et pauvre et toute la vie du Christ qui était de condition divine, sera celle d'une homme comme nous, d'une infinie pauvreté, qui nous appelle à entrer dans sa gloire à condition de le suivre. Le Seigneur nous révèle qu'il est le Tout-puissant mais qu'il est, en même temps, celui sur lequel personne n'a de prise parce qu'il est infiniment petit et pourtant le plus grand de tous. "Aujourd'hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur." Nous avons un Sauveur qui vient nous faire rentrer dans sa vie divine.

    Au cours de cette nuit, je voudrais que nous découvrions le mystère d'amour du Seigneur. Le paradoxe que nous avons découvert au moment de la naissance de Jésus se réfléchit dans toute sa vie. Il a beau naître dans une petite ville de Judée, il a beau naître dans un monde en proie à la misère, à la souffrance, à l'occupation, il a beau être infiniment caché, c'est lui qui porte le monde entier, qui en fait sa demeure et qui veut notre salut.

    Nous avons à connaître le Seigneur de l'intérieur, comme quelqu'un qui nous est très cher et qui est là près de nous. Il est le Messie envoyé du Seigneur pour sauver le monde. Et pourtant quels signes de petitesse avons-nous sous les yeux au moment de sa naissance ! On dirait que le Seigneur prend plaisir à prendre les plus petites choses pour se présenter à nous. Je voudrais que nous découvrions combien l'amour de Dieu passe à travers toutes les déficiences humaines, à travers toutes les limites.

    Le Seigneur est le Seigneur, le Seigneur est le Messie vivant, le Seigneur est notre maître à tous, il nous appelle à le connaître. Je voudrais vous crier combien le Seigneur est là, combien le Seigneur peut tout, combien il nous montre l'amour de son Père. Oui, il m'appelle à la sainteté, à l'amour, à la joie. " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime." 

    Dieu, un enfant. Dieu, un pauvre. Dieu, un homme comme les autres. Dieu, un être qui passera par la mort pour nous communiquer la résurrection : n'ayons pas peur. Une grande joie doit habiter notre cœur en cette fête de Noël. Le tout est d'aimer comme le Seigneur a aimé, sans limites. La mesure d'aimer Dieu est de l'aimer sans mesure [ici le Père Le Guillou reprend St Bernard : "La raison pour laquelle on aime Dieu, c'est Dieu lui-même, et la mesure de cet amour, c'est de l'aimer sans mesure, Traité de l'Amour de Dieu chapitre I]Laissons-nous prendre par cette réalité fondamentale.

    Noël n'est pas une fête folklorique. Noël n'est pas une fête de joie purement humaine. Ce que le Seigneur veut, c'est que nous découvrions que chacun d'entre nous est choisi par le Seigneur, est enveloppé de la gloire du Seigneur. Nous avons besoin de découvrir cette gloire infinie, cette gloire qui est la nature même de Dieu. Au cœur de l’Évangile, nous sommes appelés à aimer comme jamais on n'a aimé. Chacun de nous doit essayer de vivre cet appel. Je voudrais que nous chantions du plus profond de notre cœur cet amour qui est joie et gloire, cet amour qui est joie et paix. Le Seigneur ne nous montre qu'un seul visage : Dieu est Amour. Tout nous est donné  dans ces mots parce que tout nous est donné dans la vie du Christ.

    Ce petit enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, cet enfant-là est le Sauveur du monde, c'est lui qui récapitulera toutes choses en lui et qui fera de nous des êtres tout nouveaux par sa puissance et sa joie.

    Cela dérange nos vues et nous bouleverse ; nous avons bien des difficultés pour reconnaître là la présence du Seigneur qui est la présence même de l'amour. Un amour qui se cache, un amour qui se donne à l'infini, sans mesure. J'aimerais, au cours de cette fête de Noël que nous découvrions cette joie qui réside dans cette présence  du Seigneur au plus intime de nous-mêmes. Nous avons grâce à elle, un regard nouveau sur le monde et tout naturellement nous nous mettons au service de nos frères. 

    Il faut passer par la pauvreté de Jésus-Christ décrite à sa naissance pour participer à la joie de Dieu. " L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière." Quel mystère ! Nous sommes devant le mystère le plus étonnant qui soit, le plus bouleversant qui soit. Dieu, le vrai Dieu, le Dieu qui a tout créé est là devant nous comme un enfant, et il nous demande de croire par la foi qu'il est le Sauveur du monde, qu'il est en même temps le tout-petit et le Seigneur.

    Demandons au Seigneur de rentrer dans sa joie, de le louer en disant : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'Il aime." Laissons-nous prendre par l'amour de Dieu, qu'il soit notre lumière et notre guide. Demandons au Seigneur de nous apprendre à prier et à aimer, à laisser notre cœur se transfigurer par la toute-puissance de Dieu. Le Seigneur n'a qu'un but, que nous soyons heureux de son bonheur, heureux de sa joie que nous découvrirons en plénitude lorsque le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ se manifestera à la fin des temps. Le Christ reviendra : nous devons attendre ce grand bonheur. Il nous rachètera de toutes nos fautes et il fera de nous des hommes libres et emplis d'amour.

    Dieu nous met aujourd'hui devant l'abaissement suprême, puisque Dieu devient un petit enfant. Méditons que le mouvement de l'amour est de descendre pour prendre la dernière place. Demandons au Seigneur  d'entrer au plus profond de son amour autant que nous le pouvons. Nous sommes appelés à être de vrais fidèles, à être de vrais saints. Que le Seigneur nous donne sa paix et sa joie dans la charité, dans la gloire et dans la paix. Amen !

     

     

     

     

     

  • Au ciel - L'angelus

    c'est ici

  • Pater chanté en araméen

    c'est ici

    Je dédie ce chant aux chrétiens orientaux persécutés par Daech. Que le Seigneur les assiste dans cette épreuve. Que ces frères persécutés prient pour nous, chrétiens tièdes d' Occident.

  • Thérèse de Lisieux et la Grande Guerre - 09 suite et fin

    Textes tirés du livre :" Thérèse de Lisieux ou La Grande Saga d'une Petite Sœur "Auteurs : Bernard GOULEY - Rémi MAUGER - Emmanuelle CHEVALIER - Éditions Fayard 1997

     

    94-96

    L'exhumation est l'un des derniers actes de procédure et le procès apostolique peut être clos par Mgr Lemonnier le mardi 30 octobre 1917 dans la cathédrale de Bayeux.

    "Au bas du chœur, précise La Dépêche de Lisieux du 3 novembre, une grande table de chêne sculpté. Tout autour, 17 sièges au dossier de velours vert sont réservés aux membres du tribunal. A la croisée du transept, le grand séminaire et un certain nombre d'invités ; dans la grande nef, une centaine de fidèles viennent s'asseoir. C'est le public. La scène est curieuse et grandiose. Sous les hautes voûtes gothiques d'où la lumière blafarde descend à profusion, jamais pareil tribunal n'avait siégé...

    Il s'agit de juger la vie et les vertus de sœur Thérèse dont la gloire est devenue mondiale et qui, en cette guerre, a joué un rôle insoupçonné du grand public et pourtant affirmé par tant de témoins... C'est une morte qu'on juge. Devant les tribunaux laïques, le décès interrompt l'action judiciaire. Ici, c'est le contraire..."

    Dans cette cérémonie, il s'agit de vérifier et de sceller le dossier du procès - deux mille cinq cents pages ! - qui va être porté solennellement à Rome. La chose faite, Mgr Lemonnier précise, dans son allocution finale, qu'il a désiré que la séance de clôture ait lieu dans sa cathédrale, témoin depuis neuf cents ans des grands événements de la vie religieuse diocésaine. Et de conclure : "Il ne m'appartient pas d'appeler sœur Thérèse une "sainte" ; mais c'est tout au moins une âme fort agréable à Dieu. Qu'elle veuille employer son crédit auprès du Seigneur pour obtenir le progrès de la religion dans ce diocèse ! D'une manière toute spéciale je lui recommande  le recrutement et la formation de mon clergé, ainsi que la conservation, pour le corps et pour l'âme, de ceux de mes prêtres et de mes séminaristes que le malheur de cette terrible guerre retient si longtemps sous les armes..."

    Une semaine plus tard, le mardi 7 novembre 1917, Mgr Lemonnier quitte Paris pour Rome via Modane. Le 11 il est reçu en audience privée par Benoît XV. " Le Pape, annonce La Semaine religieuse de Bayeux, s'est montré très bienveillant, très affectueux pour l'évêque de Bayeux. Celui-ci n'a pas manqué, au cours de l'audience, de parler avantageusement de la France et d'appeler sur notre pays la sympathie, acquise d'avance d'ailleurs, du Souverain Pontife".

    A vrai dire, les appels répétés du Pape en faveur de la paix étaient l'objet de vives critiques en France. 1917, " l'année terrible", est l'année de la saignée du chemin des Dames, des mutineries de l'armée française, des procès pour trahison. Le pays est à bout de forces et parler de paix n'est pas bon pour le moral... D'où l'insistance de La Semaine religieuse à mentionner que le climat est au beau fixe entre Benoît XV et la France.

    Cinq jours après l'audience pontificale, Clemenceau est appelé à la présidence du Conseil. Il redressera la nation et la mènera à la victoire.

    Mgr Lemonnier visitera les cardinaux, s’entretiendra avec Camille Barrère, ambassadeur de France auprès du roi d'Italie (les relations diplomatiques entre la République et le Saint-Siège ne seront établies qu'après la guerre), remettra le dossier du procès à la Congrégation des rites, sera de nouveau reçu par le Pape, puis regagnera Bayeux, où il arrivera le mardi 20 novembre.

    Ainsi se termine la partie française du procès. Elle aura duré 10 ans et aura été remarquablement courte...tant la ferveur populaire aura pressé les procédures !

     

     

    Liens :

    Thérèse de Lisieux ou La Grande Saga d'une Petite Sœur : ici

    Nous les Poilus. Plus forte que l'acier (Éditions du Cerf, mai 2014)  : ici

     

     

     

     

  • 17-23 décembre : Grandes "O" de l'Avent

    Venant du grec αντιφωνη, le mot « antienne » signifie chant alternatif. Les grandes antiennes « Ô », en latin antiphonae majores, en anglais Great O antiphons et parfois « anthems1 », appelées aussi Antiennes de Magnificat (antiphonae super magnificat) parce qu'elles sont chantées avant et après le Magnificat, après le Rorate aux Vêpres dans la semaine précédant la nativité ou fête de Noël2. Lire la suite de cet article ici (wikipedia)

     

     

    17 décembre : O Sapientia

       pour écouter : ici

    18 décembre : O Adonai

       pour écouter : ici

    19 décembre : O Radix lesse

       pour écouter : ici

    20 décembre : O Clavis David

       pour écouter : ici

    21 décembre : O Oriens

       pour écouter : ici

    22 décembre : O Rex gentium

       pour écouter : ici

    23 décembre : O Emmanuel

       pour écouter : ici

  • Faire oraison 03. Le conseil du vieux curé

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. pp 15-16

    Le livre sur le site de l'éditeur : ici

     

     

    J'ai rencontré voici peu un paysan savoyard qui, outre son travail professionnel, assume d'importantes responsabilités dans les organismes agricoles. On m'avait parlé de son rayonnement chrétien assez exceptionnel. Nous faisons connaissance, nous nous présentons mutuellement  nos activités. Quand je lui parle des Cahiers sur l'oraison, son intérêt visiblement redouble. Devinant que sa réaction m'intrigue, il vient au-devant de ma curiosité.

    "Quand j'étais jeune, je servais souvent la messe du vieux curé de notre village. Un curieux homme, rude, bourru, silencieux, qu'on redoutait un peu, qu'on aimait ou plutôt qu'on vénérait beaucoup. Qu'on hésitait à aborder dans la vie courante, mais qu'on allait aussitôt consulter en cas d'épreuve, dans son presbytère plus dépouillé qu'une cellule de moine. Il passait des heures entières à l'église, en prière. Un jour - j'avais environ quatorze ans - je lui dis :

    - Moi, aussi je voudrais savoir prier, monsieur le Curé.

    Il a dû alors se passer quelque chose d'extraordinaire en lui car il a souri d'une façon que les mots ne peuvent traduire, lui qu'on ne se rappelait pas avoir vu sourire. J'ai pensé depuis qu'il avait prié toute sa vie pour qu'un jour quelqu'un lui posât cette question. Tellement il paraissait heureux, j'ai cru qu'il allait me parler un long moment, là, dans la sacristie, où flottait une vague odeur d'encens. Je ne peux malheureusement pas vous rendre son regard clair, d'une intense pureté ; du moins vous citerai-je textuellement sa réponse ; elle tient en quelques mots :

    - Quand tu vas vers Dieu, petit, pense très fort qu'il est là et dis-lui : Seigneur, je me mets à votre disposition.

    Et sur un ton bourru habituel il enchaîna :

    - Allons, dépêche-toi de ranger ta soutane.

    J'ai compris par la suite que sa brusquerie, c'était de la pudeur.

    Ce jour-là j'avais appris à prier. Et il va y avoir quarante ans que chaque jour je fais oraison en me mettant "à la disposition de Dieu."

     

    Avouez que ce récit vaut bien toute une conférence sur l'oraison. Alors, dispensez-moi de vous écrire plus longuement aujourd'hui. Mais essayez de comprendre ce que signifie : être à la disposition de Dieu. Ça va loin. Il faut commencer par renoncer à disposer de soi. Puis se déposséder de soi-même. S'abandonner tout entier  à Dieu, remettre à sa discrétion, à son pouvoir, à son pouvoir discrétionnaire, son corps, son intelligence, son cœur, sa volonté, sa vie, afin qu'il en dispose à son gré. 

    Mais à quoi bon tenter d'expliquer ? Ce ne sont pas les mots qui peuvent faire comprendre. Priez le vieux curé, qui ne doit plus être bourru maintenant qu'il a trouvé Celui qu'il cherchait, de vous obtenir la grâce d'être à la disposition de Dieu.

  • 3e dimanche de l'Avent - année B

    Homélie du Père M-J Le Guillou, O.P (Ordre des frères Prêcheurs)

    Réf  des textes : Is 61, -2a. 10- 11  1 Thess 5, 16-24     Jn 1, 6-8.19-28

    Ce texte est extrait du livre "Seigneur, rien n'est plus vrai que ta parole" (Éditions Parole et Silence) Homélies pour l'année B. Ce livre est malheureusement épuisé.

    Un livre pour connaître le père Le Guillou ici

     

    Les trois lectures que l’Église, en ce dimanche, nous demande de méditer sont comme trois appels à la joie. Saint Paul nous dit : " Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus". C'est le cri de Paul, c'est le cri d'un homme qui a passé sa vie sur les routes du monde et qui a subi tant de difficultés et de souffrances.

    Et pourtant c'est le même qui nous dit : " Soyez toujours dans la joie " La joie est le signe que la nature a atteint son but et alors tout s'éclaire à sa lumière divine : " Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers et qu'il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ."

    Nous sommes en marche vers Noël et nous devons comprendre qu'au plus profond de ce mystère, il nous faut recevoir la connaissance de Dieu que Jésus Christ veut pour nous. " N'éteignez pas l'Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal... Il est fidèle le Dieu qui vous appelle : tout cela il l'accomplira."

    Le Seigneur nous demande la joie de la fidélité qui jaillit de notre adhésion à la volonté de Dieu, à la volonté toute puissante qui repose dans le cœur du Christ et qu'il nous a transmise.

    Le Seigneur nous demande de nous appuyer sur la vérité de Dieu. Et l’Église veut nous dire ce que Jean-Baptiste dit clairement : il n'est pas le Seigneur : " Voici quel fut le témoignage de Jean-Baptiste quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : " Qui es-tu ? " Il le reconnut ouvertement, il déclara : " Je ne suis pas le Messie." Ils lui demandèrent : "Qui es-tu donc ? es-tu le prophète Élie ? il répondit : Non. Alors, es-tu le grand prophète ? Il répondit : Ce n'est pas moi." On constate facilement la force de son non : il dit la vérité.

    Jean-Baptiste est une figure extraordinaire du début du christianisme. Il est chargé d'annoncer la venue du Seigneur et de l'Esprit-Saint : " Moi, je baptise dans l'eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient après moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale." C'est là qu'éclate la grandeur de Jean-Baptiste. Il disparaît derrière son Maître, celui qu'il annonce afin que la vraie présence du Christ se manifeste.  

    Jean-Baptiste ne baptise pas comme le Christ baptisera dans l'Esprit- Saint et le feu. L'Esprit-Saint est toute lumière et toute fidélité. Nous avons à découvrir avec Jean-Baptiste la vérité de Dieu. Jean-Baptiste est le témoin de la lumière mais il n'est pas la lumière. Jésus baptisera d'une tout autre manière avec l'Esprit-Saint que le Père lui donne, avec l'amour même de Dieu. 

    C'est ce qui fait que le texte d' Isaïe, que nous avons en première lecture, est si important : " L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres... Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu." Ce que le Seigneur nous demande, c'est d'avoir au cœur cette paix, cette joie immense qui est la joie de Dieu. Tout s'oriente vers la joie.  L’Évangile est un évangile de joie car c'est la bonne nouvelle, oui c'est la joie de la bonne nouvelle. Dans l’évangile, "ne crains pas" revient souvent. C'est la présence de Celui qui est le Tout-Puissant et qui veut nous manifester son amour. " Il m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir  les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux." Il ne peut y avoir pour chacun d'entre nous plus beau souhait que celui-là.

    Nous avons à demander au Seigneur la transformation de notre être  mais à condition d'accepter  l'amour de Dieu tel qu'il se manifeste. C'est un abaissement de l'être de Jésus-Christ en notre faveur. De cette reconnaissance jaillit la joie, la joie qui ne se donne pas comme si on pouvait l'acheter mais la joie qui se donne gratuitement et librement, la joie qui  absorbe toutes nos inquiétudes et qui fait, comme le dit saint Paul, que nous rendons grâce en toutes circonstances. Cela peut paraître insensé, c'est pourtant la vérité.

    Nous attendons de vivre cette action de grâce en plénitude mais toute Eucharistie est la préfiguration de cette action de grâce. En ce temps préparatoire à Noël, je ne puis vous dire qu'une chose  : soyez dans la joie de Dieu malgré la souffrance du monde, malgré les difficultés quotidiennes, malgré tout ce qui peut se passer. Le Seigneur est là, dans sa transparence, dans sa paix qui est au-delà de tout et qui garde notre cœur et notre intelligence dans le Christ Jésus.

    "Le Seigneur vient !" Ce n'est pas une formule littéraire. Il s'est engagé, il est venu dans le Christ, il reviendra dans la gloire. Et nous serons avec lui. Pensez-vous souvent à cette rencontre que nous aurons chacun d'entre nous avec le Seigneur ? Elle doit commencer dès maintenant. Demandons au Seigneur d'entrer dans sa paix qu'on ne peut imaginer, qui dépasse toute espérance. Le Seigneur est plein de bonté et de miséricorde. Il nous aime et nous donne d'être fidèles. Que notre sérénité soit connue de tous les hommes. Le chrétien est un signe par sa simplicité et sa vérité dans le mystère de Dieu. Nous connaissons Dieu, nous avons fait l'expérience de Dieu. A nous de nous laisser emporter par ce don du Seigneur, alors nous rendrons grâce à Dieu en toutes circonstances et nous ne serons inquiets de rien. Amen.

  • Faire oraison 02. Vous êtes attendu

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

    Livre chez l'éditeur ici

    [9-10]

    Une sensation de détresse nous saisit lorsque, à notre arrivée dans une ville inconnue (au port, à la gare, à l'aéroport), personne n'est là pour nous attendre. En revanche, si un visage joyeux vous accueille, si des mains se tendent vers nous, nous voilà aussitôt merveilleusement réconfortés, délivrés de la cruelle impression d'être égarés, perdus. Qu'importe, alors, ces coutumes, cette langue, toute cette grande ville déconcertante : nous supportons très bien d'être pour tous un étranger du moment que, pour quelqu'un nous sommes un ami.

    Réconfortant aussi de découvrir chez nos hôtes qu'ils nous attendaient. Parents et enfants n'ont pas à dire grand chose pour que nous devinions : leur accueil, une certaine qualité d'empressement suffisent. Et dans notre chambre ces quelques fleurs, ce livre d'art (parce qu'on connaît nos goûts) achèvent de nous en persuader.

    Je voudrais, cher ami, qu'en allant à l'oraison vous ayez toujours la forte conviction d'être attendu par le Père, par le Fils et par l'Esprit Saint, attendu dans la famille trinitaire. Où votre place est prête : rappelez-vous en effet, ce que le Christ a dit : "Je vais vous préparer une place." Vous m'objecterez peut-être qu'il parlait du ciel. c'est vrai. Mais l'oraison, justement, c'est le ciel, du moins ce qui en est la réalité essentielle : la présence de Dieu, l'amour de Dieu, l'accueil de Dieu à son enfant. Le Seigneur toujours nous attend.

    Mieux : à peine avons-nous fait  quelques pas que, déjà, il vient à notre rencontre. Souvenez-vous de la parabole : "Comme il était encore loin, son père l'aperçut, fut touché de compassion, courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement." Et pourtant ce fils avait gravement offensé son père. Il n'empêche qu'il était attendu, impatiemment.

     

  • Deuxième dimanche de l'Avent - année liturgique B

    Homélie du Père M-J Le Guillou, O.P (Ordre des frères Prêcheurs)

    Réf  des textes : Is 40, 1 - 11    2 Pierre 3, 8-14       Mc 1, 1-8

    Ce texte est extrait du livre "Seigneur, rien n'est plus vrai que ta parole" (Éditions Parole et Silence) Homélies pour l'année B. Ce livre est malheureusement épuisé.

    (Un livre pour connaître le Père Le Guillou : lien ici)

     

     

    L’Église nous donne aujourd'hui des textes de l’Écriture qui nous mettent dans un climat de fête et de joie. Ceux-ci nous rappellent tout de suite la joie que le Seigneur nous donnera et nous demandera d'avoir dans nos cœurs quand il nous quittera pour aller vers son Père.

    Dans le livre d'Isaïe, il y a un appel à dépasser tout ce qu'il y a de négatif pour retrouver la splendeur du mystère de Dieu : " Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est pardonné " ou encore : " Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur". Il n'y a pas de plus belles formules qui puissent nous donner la joie.

    Le temps de l'Avent n'est pas un temps de tristesse mais un temps de joie qui s'ouvre sur la fête de Noël et le retour du Christ qui mettra en pleine lumière la gloire de Dieu au cœur du monde, comme nous l'annonce Isaïe : " La gloire du Seigneur se révèlera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé." Il faut donc que notre joie soit vivante et qu'elle  se développe constamment. Cette joie est personnifiée par Jean Baptiste qui proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés.

    Un baptême de conversion. Conversion et joie vont ensemble. La conversion consiste à retourner son cœur comme un gant pour pouvoir, comme nous dit saint Marc : " Préparez le chemin du Seigneur et rendez droits ses sentiers". Cette invitation  est un appel à répondre au salut que le Seigneur vient nous apporter. Car si tout nous est donné merveilleusement par le Seigneur, il nous est demandé de nous engager dans son mystère. Il faut engager le tout de nos êtres, le tout de nos possibilités.

    Nous avons à dire au Seigneur que nous le suivons et que nous sommes à lui : " Moi, je vous ai baptisé dans l'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint". Quelle formule étonnante ! Mais quelle merveilleuse aventure que celle du chrétien qui découvre le salut de Dieu et l'action du Seigneur dans sa vie ! Nous sommes des êtres habités par Dieu qui ne demande qu'à venir habiter en nous encore encore plus profondément. Nos difficultés doivent disparaître pour qu'apparaisse le mystère du Seigneur.

    C'est à cette  condition que la joie du Seigneur transparaîtra dans nos  vies, qu'elle s'épanouira  comme elle l'a fait en Pierre qui montre dans sa lettre une tendresse infinie pour les membres de sa communauté.

    Pierre emploie une formule étonnante pour que tous entrent dans la vraie connaissance du Seigneur et la parfaite clairvoyance de ce qu'ils doivent faire : " Frères  bien aimés, il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. Le Seigneur n'est pas en retard  pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c'est pour vous qu'il patiente : car il n'accepte pas d'en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir... Dans l'attente de ce jour, frères bien-aimés, faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix."

    Nous sommes des êtres habités par Dieu et nous avons besoin de la connaissance de tout son amour qui nous emporte dans son cœur : c'est à ce niveau qu'il nous faut vivre. 

    Nous marchons vers le jour du Christ c'est-à-dire vers le jour où Dieu nous délivrera totalement de ce corps de mort pour nous livrer à sa plénitude et à sa joie. Dès maintenant, il nous faut devenir des êtres nouveaux comme le dit saint Irénée : " En s'apportant lui-même, il a apporté toute plénitude". C'est cette plénitude de justice, cette plénitude d'amour, cette plénitude de connaissance que nous demanderons au Seigneur. 

    J'aime souligner l'amour de Dieu qui habite  ces témoins vivants que sont les apôtres Pierre, Paul, Jacques ou Jean : ils doivent être pour nous plus proches que tout au monde dans le Christ. Il faut les découvrir dans la lumière du Seigneur car nous faisons partie du même mystère. 

     

    Oui, nous sommes engagés dans le même mystère et la gloire du Seigneur se révèlera. Nous avons à chanter Dieu, à le louer, à le bénir. Béni soit le Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux (cf Eph 1).   Bénissons en ce temps d'Avent. Bénissons le Seigneur pour tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il va faire en en sa venue ici-bas et pour sa seconde venue lorsqu'il viendra nous prendre pour transformer nos corps. 

    Demandons au Seigneur le pardon de nos péchés et ouvrons-nous à la miséricorde infinie de Dieu qui dépasse  tout ce qu'on peut imaginer en nous révélant son vrai visage. Tout ravin sera comblé. Tout homme verra le salut de Dieu. On ne peut mieux dire.

    Que le Seigneur nous aide à prier pour le salut du monde, pour le triomphe de son amour qui nous appelle à une intelligence plus vraie du mystère du Christ. Nous dépendons de son mystère ; notre vocation est d'aimer le Christ du plus profond de notre cœur.

    Que la joie et la paix du Christ soient dans votre cœur et vous verrez que le Seigneur est là dans une présence infinie, celle même de l'amour. Amen !

     

  • Thérèse de Lisieux et la Grande Guerre (8)

    Textes tirés du livre : " Thérèse de Lisieux ou La Grande Saga d'une Petite Sœur " Auteurs : Bernard GOULEY - Rémi MAUGER - Emmanuelle CHEVALIER - Éditions Fayard 1997

     

     suite du post 7

     

    93-94

    La procédure exigeait, comme le premier procès, la "reconnaissance anatomique" des restes de Thérèse. La seconde exhumation eut lieu de vendredi 10 et samedi 11 août 1917. Bien qu'elle n'eut pas été annoncée publiquement, la foule envahit le cimetière : la rumeur s'était répandue dans la ville, des fossoyeurs et des menuisiers préparant la châsse ayant parlé. Mgr Lemonnier et les membres du tribunal, tous en habits de chœur, arrivèrent le vendredi en fin d'après-midi, sous une pluie d'orage, rythmée par le tonnerre et les éclairs. La tombe avait été ouverte jusqu'au mur de briques fermant le caveau. L'évêque fit constater que la sépulture n'avait pas été violée, enfin les fossoyeurs prêtèrent le serment d’exécuter fidèlement  leur travail et ouvrirent complètement le caveau. Avant de sortir le cercueil, le prélat fulmina au nom du Pape une sentence d'excommunication contre quiconque oserait "enlever ou ajouter quelque chose au corps, aux vêtements ou au cercueil de la servante de Dieu".

    Le cercueil hissé sur le terre-plein (la pluie s'arrêta à ce moment précis, disent les témoins) portait des traces de sept années de séjour dans la terre : il était bruni mais pas endommagé. Le couvercle enlevé, on aperçut le cercueil de plomb scellé en 1910 par Mgr Lemonnier et Mgr de Teil (photo ici). "A ce moment, rapporte La Semaine religieuse de Bayeux, un jeune Canadien mobilisé put, en qualité d'Allié lui dit Mgr Lemonnier, photographier la scène. Aussitôt après le cercueil fut transporté jusqu'à la sortie de l'enceinte réservée où l'attendait le riche corbillard des premières classes. Alors ce fut un spectacle touchant, digne des plus beaux âges de la foi. On vit la foule, très calme jusqu'alors... se porter avec ardeur vers  le cercueil pour lui faire toucher à l'envi : chapelets, médailles, objets de piété de toutes sortes, et même casques de soldats, tout en ne cessant de garder (fait remarquable !) une attitude  religieuse irréprochable."

    Le cercueil est placé sous une tente disposée dans la petite chapelle-dépositoire du cimetière dont la porte est scellée. A l'entrée, une toile abrite des gardiens chargés de veiller toute la nuit à la sécurité. Le samedi, la foule étant écartée, et en la seule présence de l'évêque et des juges, commence l'examen des restes par deux médecins assermentés, les Drs de Cornière et Loisnel. Le travail médical dure toute la journée : il faut reconstituer le squelette et apprécier l'état de chacun des ossements. Il manque une vertèbre, une côte et quelques petits os. 

    Céline est présente. Elle est chargée, accompagnée d'une autre carmélite, de recueillir les ossements de sa sœur, de les envelopper dans des étoffes de lin ouvragées, liées par des rubans de soie, puis de les déposer dans le nouveau cercueil. 

    Deux autres cercueils furent employés, précise La Semaine religieuse de Bayeux, "le second en plomb garni de draps blancs et le troisième, en bois de palissandre, de plusieurs centimètres d'épaisseur. Les carmélites avaient chargé la maison de Borniol de faire ce dernier cercueil en chêne mais, pour honorer sœur Thérèse, les fournisseurs voulurent lui faire hommage d'un cercueil en palissandre, moins orné que le coffre intérieur mais d'un travail fort apprécié et d'un goût très pur. " Rien n'est trop beau pour la sœur Thérèse" dit en le voyant, un ouvrier de Lisieux. Le mot traduit l'impression générale..." [note des auteurs : "Les informations de La Semaine religieuse ne sont pas rigoureusement exacte. En réalité, les ossements ont été déposés dans un coffret sculpté en chêne, capitonné de satin blanc ; le coffret a été placé dans un cercueil de plomb tapissé de drap blanc et le tout mis dans un sarcophage de palissandre."]

    Le nouveau cercueil de Thérèse porté à bras d'hommes et suivi des autorités ecclésiastiques, de Mme La Néele (cousine de Thérèse) et d'une foule très nombreuse, fut ensuite inhumé dans le même caveau...

     

  • Faire oraison 01. En la maison du Seigneur

    Texte tiré de "Présence à Dieu"  Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

     

    [11-13]

    Le Christ est venu. Il manifeste son amour pour Jérusalem, son respect pour la Maison du Père, mais en même temps il déclare que le temple de Salomon a perdu sa signification, qu'il doit disparaître. A l'heure de sa mort en croix, le voile du Saint des Saints se déchire, comme pour bien signifier que ce temple est maintenant désaffecté. Un temple nouveau, impérissable, "rebâti en trois jours", va le remplacer, le Temple de son Corps, de son Corps mystique. Là, et là seulement, les hommes désormais peuvent trouver Dieu.

    Mais, qui est entré dans ce temple, à son tour devient la demeure de Dieu, Jésus nous l'a assuré : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure". (Jn 14,23)

    Étonnante révélation : Dieu aurait déserté le temple de Salomon pour venir habiter l'âme des fidèles ? Oui. Saint Paul le dit explicitement : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu ?" (1 Co 3,16) ; " C'est nous qui sommes le temple du Dieu vivant" (2 Co 6,16) Et ce terme de temple qui, pour nous, n'est guère évocateur, prenait sous la plume de l'Apôtre, élevé dans la vénération et l'amour du temple de Jérusalem, la plénitude de son sens. - A noter d'ailleurs que dans ces textes le mot traduit par temple le serait encore mieux par "Saint des Saints", ce centre du Temple, lieu de la présence divine.

    Ainsi donc, Dieu est en nous, au cœur de notre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là il nous appelle. C'est là qu'il nous attend pour nous unir à lui.

    Dieu est là, mais c'est nous qui n'y sommes pas. Notre existence se passe à l'extérieur de nous-mêmes, ou du moins à la périphérie de notre être, dans la zone des sensations, des émotions, des imaginations, des discussions...dans cette banlieue de l'âme, bruyante et inquiète. Et s'il nous arrive de penser à Dieu, de désirer le rencontrer, nous sortons de nous-mêmes, nous le cherchons au-dehors, tandis qu'il est au-dedans. Nous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduiraient en la crypte souterraine et lumineuse où Dieu réside. Ou, si nous les connaissons, nous manquons de ce courage qui lançait les Juifs fervents sur les chemins de la Ville Sainte. Se rendre au centre de soi-même serait-il une entreprise plus ardue que d'aller à Jérusalem ?

    L'oraison, c'est quitter cette banlieue tumultueuse de notre être, dont je parlais, c'est recueillir, rassembler toutes nos facultés et nous enfoncer dans la nuit aride vers la profondeur de notre âme. Là, au seuil du sanctuaire, il n'est plus que de se taire et de se faire attentif. Il ne s'agit pas de sensation spirituelle, d'expérience intérieure, il s'agit de foi : croire en la Présence. Adorer en silence la Trinité vivante. S'offrir et s'ouvrir à la vie jaillissante. Adhérer, communier à son Acte éternel.

    Peu à peu, d'année en année, la pointe de notre être spirituel affinée par la grâce deviendra plus sensible à la "respiration de Dieu" en nous, à l'Esprit d'amour. Peu à peu nous serons divinisés, et notre vie extérieure alors sera la manifestation, l'épiphanie de notre vie intérieure. Elle sera sainte parce qu'au fond de notre être nous serons étroitement unis au Dieu Saint, elle sera féconde et des fleuves d'eau vive s'échapperont de nous parce que nous serons branchés sur la source même de la Vie.

    Chers amis, voilà le "conseil essentiel" que vous réclamiez. Puisse t-il dans votre lointaine brousse vous guider à l'heure de l'oraison. Je le résumerai en quelques mots : faire oraison c'est se rendre en pèlerinage au sanctuaire intérieur pour y adorer le vrai Dieu.

    Et si vous voulez que votre vie tout entière devienne une longue oraison, une vie en présence de Dieu, une vie avec Dieu, si vous voulez devenir des âmes d'oraison, sachez, au long du jour, rentrer souvent en vous-mêmes pour adorer le Dieu qui vous attend. Pas n'est besoin d'un long moment : une plongée d'un instant et vous revenez à vos tâches, à vos interlocuteurs, mais rajeunis, rafraîchis, renouvelés. 

    Un humble frère convers carme du XVIIe siècle, Laurent de la Résurrection, qui avait atteint une haute vie spirituelle, aimait dire à ceux qui venait le consulter qu'il n'y a pas de moyen plus efficace pour arriver sûrement à une vie d'oraison continuelle et, ensuite, à une haute sainteté, que d'être fidèle à cette pratique. Écoutez-le : " Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures, quoique spirituelles, je dis plus : pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoique en passant et comme à la dérobée."