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pauvres

  • La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (4)

    [26]

    Elle dénonce l'idolâtrie en manifestant qu'une société, qui parfois se proclame chrétienne, a placé l'avenir véritable des hommes dans l'argent, dans la puissance, dans le développement et dans le progrès, en tout, sauf dans le règne de Dieu et sa justice.

    Elle accuse l'hypocrisie et le mensonge d'une société qui fait croire que la pauvreté n'est pas la décision existentielle, l'option d'un homme libre, mais une condition, un conditionnement, une fatalité, masquant ainsi et caricaturant la Bonne Nouvelle.

    Elle condamne l'imposture d'une société qui a tout misé sur l'avoir, parfois sous le couvert de l'Evangile, ce qui empêche ainsi beaucoup d'hommes de reconnaître le sens de leur existence d'hommes, en tant qu'humaine, dans la révélation du Christ, leur faisant croire que tout se joue sur le seul plan de la croissance et de l'avoir.

                                                                                  A suivre...

     

    Pierre Ganne - Le pauvre et le prophète - Ed. Anne Sigier 2003

  • La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (1)

    [20] Au XIX e siècle, la révolution industrielle a engendré le prolétariat, la misère des taudis et des conditions de travail inhumaines. Les prolétaires ont été livrés sans défense à la machine capitaliste qui ne pouvait pas fonctionner sans écraser et avilir les hommes qu'elle employait. L'idéologie libérale avait hérité de l'individualisme de la législation de 1789 qui, entre autres choses, avait en 1791 aboli les corporations. Les prolétaires ne pouvaient donc pas s'organiser légalement pour se défendre : ni droit au travail ni droit syndical, aucune législation sociale. La conquête de ces droits élémentaires ne pourra s' obtenir que par une lutte longue et sanglante. En attendant, partisans et adversaires de cette société libérale ne pouvaient pas ne pas se poser la question des pauvres et de la pauvreté. Et les uns et les autres ne pouvaient guère éviter de la poser en référence à l'Evangile.

    D'un côté, les chrétiens, confondus en masse avec la société bourgeoise libérale, n'allaient tout de même pas oublier que "la Bonne Nouvelle est annoncé aux pauvres". Mais que faire, théologiquement parlant, de ces prolétaires, de ces pauvres, victimes d'une société dont les chrétiens bourgeois étaient partie prenante ? Le Christ n'a-t-il pas béatifié les pauvres, ces mêmes [21] pauvres dont la condition est intolérable ? Comment dès lors supprimer, sans précautions et sans nuances, une condition que l'Evangile semble auréoler de sa lumière ? D'autre part, tenter de transformer radicalement, "révolutionnairement", cette situation revient à scier la branche sur laquelle on est assis. Faut-il détruire une société dont on ne peut tout de même pas dire que tout est pourri ? La présence même de l'Eglise, de la religion, au sein de ce monde interdit ces dispositions extrêmes.

    De l'autre côté, les adversaires, les révolutionnaires, les "socialistes" voyaient l'Eglise et les chrétiens enkystés dans l'idéologie  et les structures libérales. Les uns, qui se réclamaient d'une inspiration chrétienne, tels certains socialistes utopiques, ont tenté de ressaisir l'Evangile en dehors de l'Eglise, ou contre elle. D'autres ont opté pour la voie radicale de l'athéisme, rejetant à la fois l'Eglise et l'Evangile. 

                                                                                      A suivre....prochain post

     " Le pauvre et le prophète"  de Pierre Ganne - éd. Anne Sigier, 2003 ISBN 2-89129-438-6 

  • Le sens de la Résurrection pour nous

    [161] (...)

    Que signifie cette Résurrection de Jésus pour moi ici et aujourd'hui ? Pour conclure très brièvement, je vais exposer cela en trois points.

    1. La Résurrection est une radicalisation de la foi en Dieu. Nous l'avons vu, croire en la Résurrection n'est pas croire à n'importe quelles bizarreries invérifiables ; cela n'oblige pas à croire à quelque chose " de plus " que de croire en Dieu. Non, croire en la Résurrection, ce n'est pas un supplément à la foi en Dieu ; c'est très précisément la radicalisation de la foi en Dieu, l'épreuve radicale que la foi en Dieu doit subir. Pourquoi ? Parce que je ne reste pas à mi-chemin avec ma confiance inconditionnelle, mais, logiquement, je vais jusqu'au bout. Parce que je crois ce Dieu capable de tout, et justement de cet extrême : la victoire sur la mort. Parce que, raisonnablement, j'ai confiance que le créateur tout-puissant qui appelle du néant à l'être est aussi capable d'appeler de la mort à la vie. Parce que j'ai confiance que le créateur du monde et de l'homme - et qui les maintient dans l'être - a encore un mot à dire au moment de la mort, par-delà les limites de tout ce que j'ai expérimenté jusqu'ici ; que le dernier mot lui appartient comme le premier, qu'il est le Dieu de la fin comme celui du commencement, l'Alpha et l'Oméga. Celui qui croit avec un tel sérieux, croit aussi à sa propre vie éternelle.

    2. La Résurrection est une confirmation de la foi en Jésus-Christ. Le chrétien ne croit pas d'abord "à" la Résurrection, au fait passé, mais "au" Ressuscité lui-même, à sa personne présente. Or celui qui a été ressuscité alors n'est autre que le Crucifié. Il ne peut pas y avoir Résurrection sans la Croix. Celui qui pense pouvoir sauter par-dessus la Croix pour la pure béatitude de la Résurrection tombe dans l'aveuglement de tous les illuminés et néo-illuminés de l'histoire du monde. Croire en la Résurrection, ce n'est pas pour des chrétiens, en avoir fini avec la souffrance, avec leur condition, avec les résistances, avec les contradictions, mais seulement être passé par tout cela. La Croix et la Résurrection renvoient donc toujours l'une à l'autre. La Croix ne peut être "surmontée" que dans la lumière de la Résurrection. La Résurrection ne peut être vécue qu'à l'ombre de la Croix. La foi en la Résurrection renvoie donc toujours à celui à qui le long cheminement n'a épargné, ni Croix, ni mort, ni tombeau.

    Annoncer que le Crucifié était vivant n'était rien moins qu'une évidence. Selon Paul, c'était une "folie", un "non-sens", quelque chose d'insensé, purement et simplement. Car c'était, en face [163] du fiasco, espérer contre toute espérance, maintenir que cet homme rejeté, condamné par les autorités légitimes, soi-disant maudit de Dieu, avait malgré tout raison ; et même que Dieu, au nom de qui ce pseudo-messie aurait été écarté, avait accepté et confirmé précisément cet homme. C'était donc dire que Dieu s'était prononcé en sa faveur, pour lui et non pour la hiérarchie des zélateurs qui croyaient à la Loi à la lettre et qui estimaient avoir accompli la volonté de Dieu. Croire en ce Ressuscité à la vie nouvelle, c'est donc redonner sens à la vie qu'il a suivie ; c'est, en un mot, s'engager sur les traces de cet être unique qui m'ordonne d'aller mon chemin, mon propre chemin selon ses indications. Ainsi, rétrospectivement et à la lumière de sa vie nouvelle, passe encore une fois devant moi tout ce pour quoi  ce Jésus de Nazareth a vécu et pour moi, vivant, il reste aujourd'hui encore et tout à la fois celui qui invite, exige et promet.

    Oui, il a raison, quand il s'identifie aux faibles, aux malades, aux pauvres, aux défavorisés et même à ceux qui sont des ratés au regard de la morale ;

    il a raison quand il demande qu'on pardonne sans fin, qu'on se rende service les uns les autres sans tenir compte des hierarchies, qu'on donne sans contrepartie ;

    il  a raison quand il cherche à faire tomber les barrières entre frères et non-frères, entre les plus lointains et les plus proches, entre les bons et les méchants, et cela par un amour qui n'exclut de sa bienveillance ni l'adversaire ni l'ennemi ;

    il a raison quand il veut que les normes et les commandements, les lois et les interdits soient au service des hommes, quand il relativise les institutions, les traditions et les hierarchies par amour pour les hommes ;

    il a raison quand il assigne pour but à la volonté de Dieu, norme suprême, rien que le bien de l'homme ;

    et il a raison avec ce Dieu, son Dieu, qui fait siens les besoins et les espoirs des hommes, qui ne demande pas seulement mais donne ; qui n'opprime pas mais redresse ; qui ne punit pas, mais libère ; qui fait prévaloir sans réserve la grâce sur le droit.

    L'accueil de Jésus dans la vie de Dieu ne nous apporte donc pas la révélation de vérités complémentaires, mais révèle Jésus lui-même. Il a obtenu la confirmation définitive. Par là on comprend aussi pourquoi désormais l'engagement en faveur du règne de Dieu [164]  sur terre, tel qu'il l'a demandé durant sa vie, devient un engagement en sa faveur ; plus précisément, pourquoi l'engagement pour ou contre le règne de Dieu - et en raison de Pâques, d'une manière plus nette - dépendra de l'engagement pour ou contre lui, en qui le royaume de Dieu est déjà commencé et en qui l'attente prochaine est déjà comblée ! Pâques signifie donc aussi que celui qui appelle à la foi est devenu le contenu même de la foi, l'annonciateur est devenu l'annoncé, comme le dit la célèbre formule christologique. Cela signifie que le Jésus anéanti est, en tant qu'élevé maintenant à Dieu, la personnification du message du royaume de Dieu, son résumé symbolique si l'on peut dire. Au lieu de dire comme auparavant "annoncer le royaume de Dieu", on dira après Pâques, de manière de plus en plus nette : "annoncer le Christ". Et ceux qui espèrent dans le royaume de dieu et qui croient en Jésus-Christ se sont tout simplement appelés les "chrétiens". Celui qui a été éveillé à la vie et son Esprit, qui est l'esprit de Dieu, font qu'il est possible d'être chrétien.

    3. La Résurrection est le combat quotidien contre la mort. (...) de même qu'il n'y  a pas seulement une vie après la mort, mais aussi une vie avant la mort, de même il n'y a pas seulement mort à la fin de la vie, mais mort d'hommes pendant la vie. Il y a la mort par isolement entre les hommes, la mort par impuissance et par mutisme, la mort par anonymat et par apathie, la mort par dépérissement et par consommation. (...)

    Croire en la Résurrection 

    - n'est donc pas pousser à un optimisme béat dans l'espoir d'un happy-end ;

    - c'est plutôt attester très pratiquement que, dans ce monde de mort, la vie nouvelle de Jésus a ruiné l'empire universel de la mort, que [165] sa liberté s'est imposée, que sa voie conduit à la vie, que son Esprit, qui est l'Esprit de Dieu, est à l'oeuvre ;

    - c'est prendre le parti de la vie là où la vie est blessée, mutilée, détruite ;

    - c'est s'opposer pratiquement au dépérissement des rapports interhumains et sociaux et retirer à la mort quotidienne son aiguillon par l'entraide spontanée et l'amélioration structurtelle des conditions de vie ;

    - c'est, en anticipant avec confiance le royaume de liberté qui nous est promis, donner aux hommes espoir, force et envie d'agir, de sorte que la mort parmi nous n'ait pas le dernier mot. (...)

    [166] Un poème du pasteur et écrivain suisse Kurt Marti exprime bien ce que signifie l'espérance de la résurrection comme protestation contre la mort :

    Il conviendrait bien à maints seigneurs/Que la mort réglât tout, / Que la seigneurerie des seigneurs, / Que la servitude des serfs / Soient à jamais confirmées. 

    Il conviendrait bien à maints seigneurs / De rester seigneurs pour l'éternité dans leur cher tombeau privé, / Et que leurs serfs restent serfs / Dans leur pauvre fosse commune.

    Mais vient une résurrection / Autre, tout autre que nous ne pensions, / vient une résurrection / Qui dresse Dieu contre les seigneurs / Contre le seigneur des seigneurs : la mort.

    C'est dire que la protestation qui naît de l'espérance de la résurrection est en même temps une protestation contre une société dans laquelle, sans cette espérance, la mort devient un moyen dévoyé de maintenir des structures injustes. Ce n'est pas de subordination  ni de supériorité qu'il est ici question, mais bien de domination et de servitude qui ont un effet mortel aussi bien pour les seigneurs que pour les serfs.

     L'espérance de la résurrection des morts devient ici critique d'une société marquée par la mort, une société où les "seigneurs" - les grands et les petits, les séculiers et les religieux - peuvent impunément exploiter leurs "serfs", impunément parce qu'ils s'érigent eux-mêmes sur cette terre en autorité, en norme, en vérité, de manière à supprimer  toute instance supérieure de justice, toute superio auctoritas. L'espérance de la résurrection réclame cette justice ; elle devient ainsi, pour les   [167] hommes, un ferment critique et libérateur : elle déstabilise les rapports de forces qui, ici et maintenant, se croient définitifs et elle fait apparaître de manière significative des rapports de service diamétralement opposés, où est "élevé" seulemnt celui qui s'est "abaissé", où non seulement l'intérieur doit servir le supérieur mais où le supérieur lui aussi doit servir l'inférieur. (...)

     

    Hans Küng - Vie éternelle ? Ed. du Seuil, 1985

     

  • Pépites

    50. (...) Les "intégrismes" de toutes natures élargissent le désert spirituel d'Occident. (...)

    52. (...) L'obéissance seule n'a jamais converti personne. On ne peut que proposer dans la liberté : sinon on révèle qu'on est victime soi-même du mal qu'on veut guérir. (...)

    53. (...) Le pardon peut devenir subtile vengeance. L'amour tyrannie. Comment entendrait-il la parole qui invite à sortir puisqu'il a déjà tout accompli. Ses clefs sont au fond du puits. (...)

    54. (...) Qu'on peut aimer chrétiennement pour échapper à la déchirure de l'amour. Qu'on peut servir les pauvres pour s'assurer de sa supériorité. (...)

    68. A l'origine de la foi il y a l'intuition du retournement de toutes choses (...)

    79. Dès la Bible l'athéisme se manifeste :

    " L'insensé a dit dans son coeur : il n'y a pas de Dieu. " [psaume n° ?]

    81-82. Votre attachement au Christ n'impressionne que vous-mêmes et ceux de votre cercle. Car s'attacher c'est être avec lui en ce lieu de détachement, crucifiant qui le rend présent à autrui, à l'ennemi qui vous refuse, à l'incroyant. Consentir à l'exode, laisser bouger sa vie, avoir confiance, c'est à dire foi.

    83-84. Au coeur du christianisme, contre toutes les idées du monde moderne, contre toutes les preuves que sont l'exploitation, l'écrasement, l'insignifiance des individus de la fourmilière, il y a la révélation de la valeur infinie, unique de chaque créature : donc une source de liberté et de grâce pour tout être humain, croyant ou non, de toutes cultures; l'invitation "révolutionnaire" pour chacun à ne ressembler qu'à lui-même et à nul autre.

    86. (...) le monde et l'Evangile sont inconciliables. Je ne prie pas pour le monde.

     

    98-99.Le "deviens ce que tu es" est devenu : Deviens l'homme que tu dois être pour être considéré. On te surveille. Réalise le modèle. C'est ta seule chance pour passer les tests, l'entretien qui va décider de l'embauche. Et capital ! oublie, mon enfant, le refoulement qu'il t'a fallu opérer, et que tu es malheureux malgré tous les plaisirs que te propose la société en échange de ta joie intime.

    99. Le tragique n'est pas qu'un homme meurt et que retombent à la nuit un regard unique, une parole nourrie de l'expérience d'une vie ; le tragique n'est surtout pas qu'il n'ait rien su de l'atome ou des quasars : le tragique est qu'un homme puisse mourir sans avoir eu la moindre idée ni la moindre expérience de la richesse inouie de l'infini du dedans. Les Eglises pourraient aider beaucoup d'hommes à se tenir debout.

    101. N'aggravez pas l'imposture des dictatures et des démocraties douces, en les justifiant pour ainsi dire, qui font régner un ordre prétentieux et puéril qui n'est supportable qu'à cause du confort, de l'argent, de mille gadgets, tout ce qui fait vivre hors de soi.

    102. La foi n'est ni publique ni collective. Elle ne peut que germer dans l'individuel. C'est après qu'elle se manifeste publiquement. Et si l'expression collective peut éveiller la foi : c'est un individu qui la reçoit.

    105. Tout ce qui prétend agir sur des masses pour déclencher des réflexes augmente les ténèbres du monde en assimilant la foi au fonctionnement des opinions.

    167. Jusqu'à ce que l'écriture-parole se soit mise à voir pour moi j'aurai vécu dans la cage des mots non sans un certain bonheur : celui du prisonnier qui sait que les portes vont s'ouvrir. Notamment Marc et Jean me parlaient à l'esprit et au coeur, comme m'atteignaient Nietzsche, Chestov, Rilke qui déblayaient, St Jean de la Croix, Eckhart. Quelle dilatation. Certes l'esthétique avait beaucoup part, mais j'adhérais à la substance des mystères chrétiens en Eglise.

    171. Les hommes du siècle souffrent de prière refoulée.

    185. Les hommes qui ont perdu contact avec leur murmure ou qui le confondent avec les mots du mental-social de fabrication sont des malheureux. Malheur à vous, scribes et pharisiens... "Gnomes aveugles, quelle sève allez-vous recueillir dans ces os secs ?" ainsi que s'exprimait Lin-Tsi devant ses disciples, il y a un millénaire.

    187. Un jour vous vous trouverez devant vos télés muettes et aveugles, disant  : qui nous rendra notre âme ? Vos téléphones à écran, reliés aux banques de données ne sonneront plus. Les ordinateurs de poche ne serviront plus à rien. Rien ne masquera plus l'ennui qui vous aspire.

    204. Tout langage est prière, pont sur l'abscence. Le Livre est toujours à lire, à écouter, à arracher à l'interprétation. Abrupt à chaque fois. Sinon il n'y a qu'arrêt.

    204. " L'homme qui n'est mu que par des affaires extérieures, dit Eckhart, montre qu'il est mort. On vit que dans la mesure où l'on agit par un mouvement intérieur." Mais il ne faut pas trop savoir ce qu'est Dieu.  

    214. Les hommes de ce temps, comme de tous les temps, espèrent une parole personnelle qui les invite "durement" à se situer par rapport à l'inhumanité du monde, aux prétendues fatalités, à l'argent, au bruit des opinions, aux prétentions des pouvoirs qui fabriquent leur information, leur culture, leur jeunesse, leurs retraités, leurs vieillards, leurs électeurs.

     

    Jean Sulivan - L'exode - Cerf, 1988 - ISBN 2-204-02895-9 (première édition Desclée de Brouwer 1980) 

    http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/sulivan-j/exode,943271.aspx

     

     

  • Il s'est approché de nous

    A mon sens, l'incarnation de Dieu est une révolution de la vision humaine sur Dieu. Il n'est pas seulement un personnage lointain ; il s'est manifesté en Jésus. Il est devenu visible ; on peut le connaître ; il s'est lié à l'homme ; il me rencontre "les yeux dans les yeux". Il m'est possible de le connaître dans le visage d'un homme. Dieu est descendu sur cette terre pour sauver la totalité de la terre. (...)

    En Jésus, Dieu est entré dans l'histoire humaine - ainsi que bien sûr dans l'histoire du mal. Il a connu la souffrance humaine dans son corps. Il a appris ce qu'était la souffrance.

    Telle est la vision révolutionnaire sur Dieu qui nous distingue des images divines des autres religions. Dieu n'est pas le personnage lointain inaccessible qui - selon la description qu'en font les Grecs - est insensible à la souffrance. Au contraire, il s'est fait homme et il a assumé lui-même toute souffrance humaine.

    Précisément, ce fut pour Dietrich Bonhoeffer l'essence du christianisme : " Les chrétiens sont avec Dieu dans sa passion." Voilà ce qui distingue les chrétiens des païens : "Ne pouvez-vous pas veiller une heure avec moi ?" demande Jésus à Gethsémani. C'est l'inversion de tout ce que l'homme religieux attend de Dieu. L'être humain est appelé à souffrir la souffrance de Dieu pour le monde sans Dieu."

    Depuis son incarnation, Dieu nous rencontre dans chaque visage humain. Il nous rencontre précisément dans les démunis et les pauvres. Cela est aussi une révolution de l'image de Dieu ; il ne s'est pas retranché quelque part dans le ciel : il s'est approché de nous. Et Dieu n'est pas insensible, mais c'est quelqu'un qui est entré dans notre humanité et qui a éprouvé dans son propre corps tous les sentiments humains.

    (...)

    L'expérience chrétienne de Dieu a toujours un aspect sensible et corporel. Cela nous différencie, nous les chrétiens, des autres religions (...)

     

    Anselm Grün - La foi des chrétiens - Desclée de Brouwer 2008