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Prier avec le P. Guardini : 20e jour

La nature de Dieu est inépuisable. A l'esprit contemplatif et à l'expérience religieuse vivante se révèlent toujours de nouveaux aspects auxquels le cœur de l'homme peut répondre ; ainsi parler de Dieu, c'est presque déjà parler de la prière. Cependant il nous est impossible d'épuiser le sujet dans cette "initiation" ; nous ne considérerons qu'une série d'attributs de Dieu : à savoir que Dieu est puissant et riche, prompt à donner son aide, généreux ; qu'il se soucie de l'homme, qu'il l'estime et qu'il l'aime. Vers cet aspect de la nature divine est orienté un des mouvements fondamentaux de la prière : la demande et l'action de grâce. 

 

Il existe des images du divin devant lesquelles ni la demande ni l'action de grâce ne sont possibles : celle, par exemple, qui représente Dieu comme l'ordre sacré de l'univers, ou comme l'idée du bien ou le secret de l'existence. A ce Dieu-là, le cœur de l'homme ne peut pas confier sa détresse. Devant lui, la demande serait aussi insensée que l'action de grâce. Il n'y aurait plus de place que pour la crainte ou l'admiration. Or la révélation dit que Dieu est puissance vivante, force de la volonté et de l'action ; qu'il est une personne qui sait écouter et répondre. 

Dieu est esprit ; et pas seulement au sens froid d'une pure logique et d'une force ordonnatrice, que ce mot a pris trop souvent ; mais au sens de l'Ecriture lorsqu'elle parle du " Dieu vivant". Il est le Créateur et l'inépuisable, celui qui est proche et qui est bon ; il est le Dieu riche, comme disent les maîtres de la vie spirituelle ; et il ne se contente pas de jouir de sa propre richesse, mais il est disposé à la partager.

Il est l'infiniment généreux qui ne s'appauvrit jamais, car aucun don ne diminue sa richesse ; qui ne se lasse jamais et n'est jamais déçu, parce qu'il ne dépend pas de ce qu'on pourrait lui donner en retour, mais qu'il donne en créant... Le cœur de l'homme peut s'adresser à un tel Dieu. 

Dieu ne vit pas sur des hauteurs olympiennes, enfermé dans sa béatitude et indifférent à la détresse des hommes. Dans ce cas il n'y aurait pas de vraie demande possible ; celle-ci serait, a priori, sans espoir et sans dignité. Mais la révélation nous dit qu'il s'intéresse à l'homme et qu'il l'aime. La révélation de l'amour de Dieu remplit toute l'Ecriture ; toute la vie de Jésus le proclame. Et il s'agit d'une véritable révélation ; elle nous apprend ce que la science de l'univers et de l'homme n'aurait jamais pu nous apprendre.

L'amour de Dieu qui se manifeste ici, ne consiste pas seulement en ce qu'il veut du bien à sa créature, mais qu'il aime pour de bon, avec un sérieux dont l'Incarnation est le gage ; et aussi qu'il s'est mis tout entier dans cet amour et, si l'on peut parler ainsi, qu'il en fait son destin. Cet amour prépare sa révélation dans la création ; il se précise dans la conduite de l'Histoire Sainte qui mène au Christ, et il éclate en lui [dans le Christ], dans son esprit et dans sa vie. A partir de là il se communique, à travers le temps et l'espace, dans la Providence et dans ce qui s'y passe : la naissance de l'homme nouveau et la venue du royaume de Dieu

Un mystère profond environne l'origine de cet amour et fait qu'il est impossible de trouver dans l'homme la réponse à la question : pourquoi Dieu est-il ainsi disposé à l'égard de l'homme ? C'est une attitude de risque gratuit, un pur don, qui est à lui-même sa raison créatrice. Ajoutons autre chose, qu'il ne faut pas oublier, sous peine d'en donner une image fausse et dangereuse : cet amour doit être digne de Dieu ; et pour qu'il puisse l'être, il faut qu'il soit aussi digne de l'homme qui est personne.

C'est pour cela que Dieu respecte l'homme; l'ayant voulu personne, libre et responsable, il se comporte comme il convient de la faire vis-à-vis d'une personne. Cela ne signifie pas que l'homme serait par lui-même quelque chose, qui puisse forcer le respect de Dieu. Tout ce qu'il est, le fait même qu'il l'est, qu'il l'est avec une dignité de personne, c'est à Dieu qu'il le doit. Mais Dieu le lui a donné en toute vérité, honnêtement ; aussi le prend-il au sérieux.

C'est pour l'honneur de lui-même que Dieu respecte l'homme. Il faut y insister car il existe une manière de concevoir la souveraineté de Dieu et la dignité de l'homme qui est indigne de Dieu et de sa créature. Ce n'est pas honorer Dieu que de déshonorer l'homme. Celui-ci n'est que créature, et de plus créature déchue et profondément blessée, mais il n'est ni un néant, ni une simple non-valeur; il prend son sens devant Dieu quand il l'aime.

 

A suivre...

 

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

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