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  • Commentaire du Notre Père (3)

    Extrait du livre : "Toi, notre Père" P. Thomas DEHAU (1870-1956) - Ed Saint Paul 1992

     

    21

    Que ton règne vienne

     

    Nous avons vu que la première chose à désirer et à demander est la sanctification du Nom de Dieu ; le ciel, disions-nous, n'est pas autre chose qu'un immense  instrument vivant de la louange divine. Nous avons essayé d'écouter cette musique qui berce pour ainsi dire au sein de l'éternité la vie de la Trinité bienheureuse, puis nous avons écouté le cri qui domine sur notre pauvre terre : le blasphème. Toute la question est de chercher l'une de ces quelques âmes, de ces quelques paillettes d'or, qui quêtent des louanges pour Dieu, car Dieu a besoin de louanges.  Dieu est esprit, il a besoin d'être adoré en esprit et en vérité.

    Dieu est esprit, sans doute, mais il s'est fait homme. Il lui a plu d'ouvrir les trésors de sa miséricorde. Après le mystère du Nom trois fois saint, voilà 22 le mystère de l'Incarnation, voilà Dieu se faisant chair pour venir habiter parmi nous. Or, Dieu ne vient pas pour être inactif: il vient pour régner. Le Royaume de Dieu vient à nous. Le désir qui doit brûler le cœur des chrétiens  est celui-ci : " Père, que votre règne arrive." Voilà deux mille ans depuis l'Incarnation, et tout est toujours à refaire; c'est notre prière suivie de notre action qui doit ressaisir ce Royaume de Dieu qui, à chaque instant, menace ruine. Nous sommes ici dans la bataille.

    Il faut que Jésus règne ; c'est une vérité de bons sens. Si Dieu est venu en ce monde, s'il reste dans ce monde, il faut qu'il y soit Roi ; il faut qu'il règne même dans cette chair, qu'il a prise par amour pour nous en cette merveilleuse Humanité ornée par l'Esprit de Dieu de toutes les splendeurs humaines possibles : les splendeurs de l'intelligence, de la volonté, de la beauté, toutes les perfections humaines se trouvent en leur plénitude  dans le Christ Jésus. Il est du plus élémentaire bon sens, et de toute justice, de mettre à notre tête celui qui est infiniment au-dessus de nous par les dons de la nature  et de la grâce. Celui qui est incomparablement au-dessus des autres doit de toute évidence les dominer. Jésus, étant Dieu, et étant cet homme que nous venons de dire, doit régner.

    23 En face de cette volonté profonde des choses, se dresse une autre volonté, une autre clameur, celle que Jésus dénonçait dans la parabole rapportée par saint Luc : " Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous".  (Lc 19,14) Et quand les Juifs, devant Pilate leur présentant Jésus et proclamant sa royauté , protesteront : "Nous n'avons d'autre roi que César" (Jn 19,15), ils ne feront que répéter la même affirmation. Voilà la réponse, non seulement des Juifs, mais par eux, de l'humanité tout entière. C'est la volonté libre  de l'homme se dressant contre la volonté des choses, et écartant la royauté de Jésus. Notre volonté, même à nous autres chrétiens, n'est pas complètement conquise. Il y a, dans les recoins de notre volonté, dans nos passions, dans notre amour-propre, une infinité de voix plus ou moins distinctes qui répètent : nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous. 

    Nous ne voulons pas de "celui-ci ", tel qu'il est. Ah ! s'il consentait à écarter un peu sa Croix, à ne pas étaler comme il le fait le mystère de sa douleur, enfin, à être un peu autrement, nous l'admettrions. Les Juifs auraient acclamé le Messie annoncé par les Prophètes  s'il s'était présenté à eux dans sa gloire et sa puissance. Mais tout en Jésus allait contre cette idée qu'ils se faisaient du Sauveur d'Israël.

    24 Ne nous faisons pas d'illusions, il en est de même pour nous. Nous voudrions bien écarter tel ou tel détail de Jésus par rapport à nous. Tel qu'il est, nous n'en voulons pas ; nous en avons peur, parce que nous savons que son règne c'est la sainteté, c'est la pureté absolue, c'est l'humilité. A nous de l'accepter tel qu'il est, il n'y a pas à la changer ; c'est tout ou rien.

    Voilà donc le conflit profond qui explique tous les autres : cette sorte de heurt  entre la volonté de choses qui impose la royauté de Jésus, et la volonté des hommes qui la refuse. Qu'est-ce qui va sortir de ce conflit ? C'est l' Ecce homo, " voici votre Roi ", couronné, et couronné d'épines par nos propres  mains. Tel est le mystère qu'il faut chercher à bien pénétrer. Toute volonté humaine coopère à la royauté de ce Roi couronné d'épines. C'est la seule couronne qui lui convienne. Vous savez que, lorsque les Juifs le poursuivaient pour lui en proposer une autre, il se cachait et allait passer ses nuits dans la solitude de l'oraison. La couronne d'épines était la seule  qui lui permit de se présenter à nous tel que Dieu le voulait. 

    Le rôle des volontés mauvaises est de continuer à tresser des épines sur le front de Notre-Seigneur ; c'est de renouveler sans cesse ce côté douloureux de la royauté divine afin que, pour ce nouvel Adam, 25 s'accomplisse la parole de malédiction : cette misérable terre lui germera sans cesse des épines (cf. Gn 3,18). Voilà ce que fait  toute volonté qui ne veut pas que Jésus  règne sur elle. Elle écarte la couronne d'or et met à sa place la couronne d'épines ; et puisque cette royauté du Fils de Dieu doit être douloureuse, les volontés mauvaises ne font que promouvoir à leur façon la royauté du Christ.

    Pour nous, dans la mesure où nous voulons bien nous soumettre à la royauté du Christ, nous disons : " Que votre règne arrive en moi et par moi ; que je sois le sujet de ce règne, et l'instrument de ce règne."

    D'abord : " Que votre règne arrive en moi". Je sais ce que me coûtera l'établissement de ce royaume. Si je veux que le sceptre de mon amour-propre passe entre vos mains divines, je sais qu'il me faudra capituler ; je sais qu'entre la royauté de mon amour-propre et la vôtre, ô Jésus, il n'y a aucun pacte possible; il faut que la Croix vous suive jusqu'au bout. J'abdique entre vos mains, Seigneur, et je recueille  les paroles jaillissant de votre Cœur meurtri, ces paroles qui transformeront ma vie. Ne nous y trompons pas, voilà le sens que doit avoir cette demande.

    26 Il est une ambition pour nous, chrétiens, plus sublime encore que de voir arriver le règne de Dieu en nous, c'est de le voir arriver par nous, de hâter en quelque sorte l'avènement de ce règne. Être l'instrument du règne de Dieu, c'est régner soi-même , c'est la seule vraie façon de régner sur cette pauvre terre. Dans la mesure où vous vous ferez esclaves  de cette royauté divine, dans cette mesure-là vous serez des rois vous-mêmes. Je suis le fils de Celle qui a dit : " Je suis la servante du Seigneur " et n'a plus été qu'un fiat vivant. Il faut laisser l'action de Dieu s'emparer de nous. Voyez l'instrument de l'artiste; il n'est plus rien entre ses mains ; c'est l'âme même de l'artiste qui peut alors chanter par lui. Il s'agit de renoncer à nous, mais pour  qu'une vie infiniment plus vivante, pour qu'une activité  infiniment plus active passe par nous. Dans la vie des saints, à chaque page un nouveau fait nous montre qu'ils ne s'appartiennent plus ; ils ont laissé venir à eux la toute-puissance-divine qui les manie, s'empare d'eux et agit par eux. La seule ambition à notre taille, à nous chrétiens, c'est que le royaume de Dieu arrive en nous et arrive par nous. 

    "Dans cette humanité divisé en deux camps - le camp du bien et le camp du mal - je veux porter votre étendard, Seigneur ! " Mais il faut savoir où nous nous engageons  : si nous voulons être les premiers, il s'agit d'être les derniers; si nous voulons la gloire, il s'agit d'être couverts de blessures ; si nous voulons 27 vivre plus que personne, il s'agit de mourir plus que personne. C'est la loi de toute bataille. Nous nous avançons devant Dieu, et nous nous livrons au Père qui est dans les cieux, pour que cette effroyable volonté, qui se dressait contre la sienne, capitule.

    "Seigneur, nous nous remettons entre vos mains pour être l'arme de vos grandes victoires, non seulement  en nous, mais aussi par nous, à force d'humilité  et de renoncement". C'est notre seule raison de vivre, de souffrir et de mourir. 

     

  • Année A - 17e dimanche du temps ordinaire

    Références scripturaires de la liturgie de ce dimanche 

    1 Rois 3, 5. 7-12    Rm 8,28-30

    Evangile selon st Matthieu chapitre 13 versets 44 à 52 (Mt 13, 44-52)

    Texte tiré de (ci-dessous) : P. Marie-Joseph Le Guillou, o.p.  -  L'Amour du Père révélé dans sa Parole, homélies année A - Éditeur : Parole et Silence, 1998

     

     

    Nous sommes dépassés par la phrase de St Paul soulignant un paradoxe inouï : " tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu ".

    "Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu". C'est une folie d'affirmer cela dans le monde d'aujourd'hui, monde d'atrocités, de guerres et de souffrances, de malheurs et d'agonie. Pourtant St Paul exprime ici la réalité la plus profonde qui soit. Nous le savons, "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu". Tout, absolument tout.

    Il faut le réaliser dans nos vies par-delà toutes les apparences, par-delà tout ce qui peut sembler contraire à cette affirmation. Qu'est-ce que veut dire cette réalité fondamentale ? Le Seigneur nous aime et nous guide sur son chemin. Il nous enveloppe dans le dessein de son amour pour que nous soyons à l'image de son Fils des enfants du Père céleste qui est dans les cieux.

    " Tout concourt..." Je voudrais insister sur ce petit mot " tout " car il se retrouve dans la parabole que nous rapporte St Matthieu, en particulier celle de la perle fine : " Le royaume des cieux est  comparable à un négociant  qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède et il achète la perle ". Le royaume des cieux est comparable  à une perle. Il faut trouver la perle et il faut tout vendre pour  l'obtenir. Il y a dans cette parabole quelque chose  d'extrêmement  étonnant : la perle est si chère qu'il faut tout vendre pour elle. Pour égaler la valeur de cette perle, il faut tout donner, il faut tout livrer. De plus, pour découvrir cette perle, il faut être un fin connaisseur. Il est très difficile de distinguer les perles les unes des autres : on peut payer très cher pour n'avoir que du "toc" et penser qu'on a obtenu une chose extraordinaire. En réalité il faut avoir confiance dans le marchand : celui-ci nous demande de tout lâcher.

    Le Seigneur nous demande d'avoir le cœur assez ouvert pour nous laisser prendre  par le Seigneur et l'entendre nous dire : " tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu". Cette affirmation transforme nos cœurs et les place dans la vérité , dans la plénitude qu'est la perle, c'est-à-dire Jésus Christ.

    Pourquoi, finalement cette perle vaut elle tout ? C'est parce qu'elle est donnée dans la croix et la résurrection de Jésus Christ. C'est là qu'est le "tout". " "Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu " : cette parole est manifestée dans sa vérité dans la croix du Christ, dans le don total que Jésus Christ fait de lui-même aux hommes, don qui va jusqu'au bout. Celui qui trouve la perle doit accepter du fond du cœur la croix et la résurrection de Jésus  et accepter de tout vendre  pour vivre avec le Christ. St Paul, dans l'épître aux Philippiens (ch.3), dit qu'il a tout quitté pour gagner le Christ et un peu plus tard, St Ignace  d'Antioche n'aura qu'une parole à la bouche : "Saisir le Christ". Voilà ce qu'est notre vie chrétienne.

    En effet, notre vie n'a de sens que dans le don total que nous faisons de nous-mêmes au Seigneur, ce don qui fait que nous nous perdons nous-mêmes pour gagner le Christ. La seule chose qui compte dans notre vie, c'est la perle, c'est-à-dire la croix et la résurrection de Jésus Christ, ou, si vous préférez, le mystère du royaume ou bien encore le mystère de Dieu.

    Nous croyons que "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu". Je voudrais  que cette affirmation solennelle soit comme un chant  dans votre cœur. Toutes les apparences  sont contraires. La mort est toujours là, les souffrances de toutes sortes sont toujours là, cependant  il y a quelque chose de radicalement changé dans le monde : ce sont les cieux nouveaux et les cœurs nouveaux que le Seigneur est en train de créer. Il nous faut découvrir cette présence de Dieu à nulle autre pareille. "Ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné la gloire".

    Demandons au Seigneur de nous laisser prendre par ce don car trouver le royaume de Dieu, c'est se donner  jusqu'au tréfonds de soi-même et s'ouvrir à la vérité de Dieu. Le trésor est la chose la plus cachée, au fond de notre  cœur, qu'il nous faut découvrir. Et la perle est cette  parole d'une valeur infinie, à nulle autre comparable, qui nous donne d'avoir tout, le tout de Dieu  dans le tout de l'homme. C'est cela le mystère de Dieu. Il nous veut tout entiers parce qu'il se donne tout entier, parce qu'il n'est que don.

    Le mystère de Dieu est un mystère  de don, de vérité, d'amour. Toutes les paraboles n'ont pas d'autre but que de manifester  que tout est organisé dans le monde  pour que nous découvrions  cette plénitude de l'amour. Je voudrais que cette messe soit un cri pour demander au Seigneur cette plénitude de don qui nous transforme, qui fait  de nous des êtres à la recherche de la vérité pour eux-mêmes et pour les hommes leurs frères. Le Seigneur  nous demande d'être libres, dans la sagesse qui nous fait tout regarder dans la lumière de Dieu.

    Demandons au Seigneur de tout perdre pour qu'il se donne à nous et que nous nous donnions à Lui. Alors notre vie aura son sens, son véritable sens, celui qui est le seul vrai, le seul véritable. Amen ! 

  • L'Eglise et l'Islam (01)

    Je vous propose les réflexions d'Alain Besançon, extraites de son livre : "Trois tentations dans l’Église" paru en 2002 aux éditions Perrin (ISBN : 2-262-01952-5). Voici des extraits tirés des pages 145 à 222 (livre format poche). A titre de rappel ce site n'est pas là pour que je vous livre ma réflexion personnelle, mais pour éclairer votre réflexion et la mienne à la lumière du travail de personnes qualifiées en théologie, en exégèse, en histoire etc...c'est peut-être la marque propre de "Traversées christiques", à savoir mettre en valeur le travail (de l'ombre) de personnes compétentes qui ont quelque chose à nous dire. Merci à eux.

     

    145

    Bien que cela aille de soi, il est peut-être utile de déclarer une fois pour toutes qu'il n'est pas dans mes intentions de porter sur l'Islam le moindre jugement de valeur. Une religion qui s'est étendue sur une vaste portion de la terre, dont les adeptes sont en train de devenir plus nombreux que les chrétiens (toutes confessions réunies) ; une civilisation cohérente ; un art imposant : tout cela échappe évidemment au jugement global. 

    En s'étendant, l'islam au cours des âges a recouvert de vastes territoires peuplés de chrétiens. Ceux-ci se sont convertis ou bien ont bénéficié d'un statut juridiquement défini, celui de dhimmi. Il en est résulté que sous domination musulmane, le nombre de chrétiens a constamment diminué, soit que les conversions fussent faciles et rapides, soit que le statut de dhimmi enkystât les noyaux chrétiens de plus en plus réduits par l'émigration, la pression sociale et le prosélytisme. Du côté chrétien, la situation a été longtemps symétrique et le rapport des forces  a quelquefois conduit à l'élimination de l'islam, ainsi en Espagne ou à Malte.  La reconquête  des Balkans, l'expansion des empires russes, français, anglais, hollandais ont mis de vastes populations musulmanes sous le joug d’États plus ou moins sécularisés, mais de tradition chrétienne, encore que fort diverse, et considérés comme chrétiens par les musulmans. Sous cette domination, qui a duré souvent plus d'un siècle, les populations 146 musulmanes ne sont pas devenues chrétiennes et les femmes ne se sont mariées qu'avec des musulmans. Il n'y a eu ni conversion ni mixité.

    Depuis un demi-siècle, trois faits ont modifié la situation. L'islam ne subit plus nulle part la domination européenne. L'élimination progressive des minorités européennes (tenues par les musulmans pour chrétiennes) est en cours d'achèvement. Au Moyen-Orient, les observateurs prévoient l'extinction des vieilles chrétientés locales (maronites, coptes, arméniennes, syriaques...) et des villes , immémorialement bariolées, Istanbul, Alexandrie, n'abritent plus de chrétiens européens en nombre significatif. Enfin des millions de musulmans se sont installés en Europe occidentale. En France, on évalue leur nombre entre trois et cinq millions. Le chiffre n'est pas facile à établir, parce que notre République  étant fondée sur des principes laïques, l'administration n'est pas autorisée à procéder (comme cela est pourtant possible aux États-Unis et en  Allemagne, également laïques) à un recensement religieux. En France, d'autres motifs s'y opposent. Bornons-nous  à constater le fait : on ne peut discriminer sous peine d'être accusé de "racisme" entre les différents immigrants, tous désignés comme "étrangers" bien que dans son ensemble la population française de souche sache très bien que parmi ces derniers il y en a de plus étrangers que d'autres et qu'entre un Maghrébin et un Portugais, le premier est senti comme moins proche du seul fait qu'il soit musulman. Le tabou du "racisme" est d'autant plus périlleux qu'il ne s'agit pas de race mais de religion que notre laïcisme de principe nous empêche de prendre  en compte. Ainsi, ledit tabou risque de faire naître ce racisme qu'il est supposé conjurer. Laissons ici ces généralités historiques  qu'il n'est pas dans mon intention de détailler. Mon but est simplement de rechercher quelles ont été les attitudes des chrétiens en tant que tels vers l'Islam.

    Depuis quatorze siècles  qu'ils vivent à son contact, dominés ou dominants, les chrétiens l'ont en général senti comme aussi étrangers à eux que s'ils étaient séparés par des mers. La curiosité réciproque a été faible. On déplore cette ignorance  mutuelle, qui pourtant s'est établie presque dès le début  avec la force d'une séparation constitutionnelle, plus forte que celle qui séparait les chrétiens du paganisme 147 gréco-romain, alors que les deux communautés, chrétiennes et musulmane, faisaient profession d'adorer le même Dieu. Aujourd'hui, il semble en aller tout différemment. Il y a quelques années, l'archevêque de Marseille , rapporte t-on,  envisageait sérieusement   de donner aux musulmans de sa ville, pour en faire une mosquée, l'église basse de Notre-Dame-de-la-Garde. Entrons dans une librairie catholique : nous y voyons des livres aux titres éloquents : J'ai rencontré l'Islam ; Deux fidélités, une espérance ; L'islam, découverte et rencontre ;   etc. Nous examinerons plus loin cette littérature. Elle fournit sur l'Islam des informations précieuses  ; elle affiche aussi une attitude de bienveillance, de révérence, d'irénisme et de bénignité qui va quelquefois jusqu'à donner le soupçon d'un œcuménisme " sans  frontière", comme on dit, facile, et, à l'occasion , fallacieux.

    Il vaut donc la peine de regarder en arrière, jusque dans les débuts de la "disputation" chrétienne avec l'islam. Ensuite nous jetterons un coup d’œil sur la disputation contemporaine.

     

     A suivre...

  • "Des malheurs vont fondre sur la France"

    Extrait de " Apparitions de la Vierge reconnues par l’Église"  Ed St Jude 2011

     

    Paris - rue du Bac. Couvent des Filles de la Charité. 18 juillet 1830, 23h30.

    Sœur Catherine Labouré, Fille de la Charité, 24 ans,  est réveillée par un enfant qui lui dit :

     - Ma sœur, tout le monde dort bien ; venez à la chapelle ; la Sainte Vierge vous attend.

    Croyant rêver, Catherine se lève, s'habille et suit l'enfant. Arrivée à la chapelle, elle entend bientôt le froufrou d'une robe de soie. La Sainte Vierge est là, resplendissante. N'écoutant que son cœur, la sœur se précipite aux pieds de Marie et pose familièrement les mains sur ses genoux.

    " En ce moment, écrit-elle, je sentis l'émotion la plus douce de ma vie, et il me serait impossible de l'exprimer. La Sainte Vierge m'expliqua comment je devais me conduire dans les peines, et, me montrant de la main gauche le pied de l'autel, elle me dit de venir me jeter là et d'y répandre mon cœur, ajoutant  que je recevrais là toutes les consolations dont j’aurais besoin. "

    - Mon enfant, dit Marie, je veux vous charger d'une mission. Vous y souffrirez bien des peines, mais vous surmonterez à la pensée que c'est pour la gloire du Bon Dieu. Vous serez contredite, mais vous aurez la grâce, ne craignez point. Dites tout ce qui se passe en vous, avec simplicité et confiance. Vous verrez certaines choses ; vous serez inspirée dans vos oraisons, rendez-en compte à celui qui est chargé de votre âme. Mon enfant, les temps sont très mauvais ; des malheurs vont fondre sur la France ; le trône sera renversé, le monde entier sera bouleversé par des malheurs de toutes sortes. Mais venez au pied de cet autel : là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont, sur les grands et les petits. Un moment viendra où le danger sera grand ; on croira tout perdu. Je serai avec vous, ayez confiance ; vous reconnaîtrez ma visite, la protection de Dieu et celle de saint Vincent de Paul sur les deux communautés. Ayez confiance, ne vous découragez pas, je serai avec vous. (...)

     

    "Je ne saurais dire,  ajoute Catherine, combien de temps je suis restée auprès de la Sainte Vierge ; tout ce que je sais, c'est qu'après m'avoir parlé longtemps, elle s'en est allée, disparaissant comme une ombre qui s'évanouit."

    Catherine Labouré est ensuite reconduite à son lit par l'enfant, en fait son "ange gardien".

     

  • Commentaire du Notre Père (2)

    Extrait du livre : "Toi, notre Père" P. Thomas DEHAU (1870-1956) - Ed Saint Paul 1992

     

    15

    Que ton Nom soit sanctifié

     

    Nous l'avons vu, le Pater  nous enseigne non seulement ce que nous devons demander, mais ce que nous devons désirer. Quels sont les objets que nous devons mettre dans nos désirs avant les autres ? Ceci est très pratique, car, n'étant pas assez spirituels, il nous arrive de ne pas mettre Dieu avant tout. Or, c'est Dieu même que nous devons demander premièrement.

    Il semble que demander son pain soit bien permis à un mendiant. Et pourtant, Jésus nous apprend ici à demander bien d'autres choses avant notre pain. Nous avons toujours tendance à désirer qu'il s'agisse d'abord de nous, alors que, comme le disait sainte Jeanne d'Arc, il faut qu'il s'agisse d'abord de Dieu : " Messire Dieu premier servi."

    Avant de demander notre pain, c'est le pain de Dieu qu'il faut demander ; le pain de Dieu, c'est son 16 règne, c'est sa volonté. Il faut demander ce pain éternel. Une âme ardente désire surtout le règne de Dieu.

    Cette première demande regarde Dieu en lui-même. Il y est question de la gloire essentielle de Dieu. Souvenons-nous que toute activité, même au service de Dieu, doit passer après cette chose, la plus importante de toutes, qui est la sanctification du Nom de Dieu.

    Vous me direz : le Nom de Dieu est infiniment sanctifié ; il y a le ciel, le ciel que le prêtre entrouvre au commencement du Canon [c'est la Prière eucharistique] qui se termine par le Pater ; le prêtre passe la revue des hiérarchies angéliques, des chœurs des bienheureux, des saints, c'est une lyre merveilleuse, une harpe sans fin. Tous sanctifient le Nom du Seigneur ; de tous ces saints monte une louange immaculée ; toutes ces voix sont autant de flammes d'amour, elles célèbrent la grandeur de Dieu dans une "allégresse sociale", socia exultatione. Le prophète Isaïe a entendu les Séraphins crier les uns aux autres la sainteté de ce nom, Sanctus, sanctus, sanctus (Is 6,3); et ils se voilaient la face et les pieds de leurs ailes ; ils s'abîmaient dans une humilité sans bornes devant la gloire de leur Dieu.

    17 Mais ce ne sont pas seulement les anges qui rendent gloire ainsi ; l'homme qui, par sa nature, est inférieur à l'ange, peut s'élever par la sainteté au-dessus des hiérarchies angéliques. Voyez la Très Sainte Vierge ! tous les concerts angéliques n'égalent pas le Magnificat de la Mère de Dieu.

    Voilà donc la musique qu'a Dieu à sa disposition : c'est une louange qui correspond adéquatement à la gloire de son Nom.

    Après avoir essayé d’entrouvrir le voile qui nous cache ces merveilles, si nous redescendons vers notre petite planète, écoutez ce cri de l'humanité, ce cri qui monte des abîmes ; c'est le contrepied absolu de ce que nous venons d'entendre. Qu'est-ce que les hommes se crient entre eux ? Certes, il y a divers cris ; mais je fais la moyenne, et je dis : ce que les abîmes de l'humanité crient, c'est le blasphème. Un petit nombre de voix chantent la gloire de Dieu ; elles la chantent mal en comparaison du chœur des anges et des saints. Mais tant d'hommes crient le blasphème ; ce qui résout toutes les cacophonies, c'est le blasphème, quelle que soit la manière dont il se décore ou se barbouille : blasphème élégant, littéraire, artistique, blasphème grossier, fangeux ; c'est toujours lui, et tout le blasphème volontaire, si Dieu n'écoutait que sa colère et sa justice, mériterait l'anéantissement du monde.

    18 Ce qui importe pour nous c'est de ramasser ce Nom divin pour lui rendre un peu de cet honneur infini que lui dérobe follement l'humanité. Il faut que, sur notre pauvre terre, il y ait un hosanna qui monte aussi haut que possible des abîmes non plus du mal, mais de l'humilité. L'abîme du mal est un abîme qui se voile d'orgueil, tandis que l'abîme d'humilité s'épanouit. Humilité des saints, humilité de la Très Sainte Vierge, de Notre-Seigneur lui-même, c'est de cet abîme-là que monte la réponse au cri de blasphème universel. Sans la sonorité de cet abîme, la louange n'aurait ni élan ni écho.

    Que faut-il donc demander avant tout à ce Dieu qui est notre Père ? " Seigneur ! qu'il y ait dans notre pauvre humanité quelques voix très pures qui vous fassent oublier la voix du blasphème. Seigneur ! qu'il y ait des âmes contemplatives qui soient votre louange du jour et de la nuit ; qu'il y ait des prédicateurs qui annoncent la sainteté de votre Nom ; qu'eux aussi soient saints." Le prédicateur est l'homme des foules, mais il faut qu'en même temps il reste l'homme de la solitude, pour apporter aux foules le parfum du désert. Il faut prier, afin que le Seigneur trouve des adorateurs en esprit et en vérité, des prédicateurs de l'esprit et de la vérité.

    Le Père cherche des adorateurs qui l'adorent en 19 esprit et en vérité. Ce Dieu, qui a à sa disposition les instruments d'harmonie ineffable que nous venons de dire, cherche cependant ; il y a des êtres que Dieu recherche. 

    Dieu cherche t-il des intelligences, des volontés ? Certes, nous en aurions besoin à l'heure actuelle ; mais non, ce que Dieu cherche, ce sont des âmes qui l'adorent en esprit et en vérité. C'est ce que dit notre Seigneur à la Samaritaine après lui avoir révélé le don de Dieu. Toutes les fois que Dieu guérit et convertit une âme, c'est pour l'amener devant les mêmes horizons, c'est pour lui faire comprendre que l'essentiel est de procurer à Dieu la gloire de son Nom, de faciliter la victoire de son Nom.

    Il faut ajouter ici que, dans cette première demande du Pater, nous prions pour que le Nom de Dieu soit sanctifié, sans excepter tout ce qui porte le reflet de ce Nom.

    D'abord l’Église : notre Mère la sainte Église, et nos églises, les temples. Nous devons avoir un respect infini pour nos églises, selon la parole de Jacob : " Ce lieu est terrible, car c'est ici la maison de Dieu 20 et la porte du ciel". Il est un autre temple : nous-mêmes, car, nous dit saint Paul, l' esprit de Dieu habite en nous (1 Co 3,16) Nous devons avoir un très grand respect pour nous-mêmes ; respect pour notre corps : notre corps est le ciboire définitif. Vous savez que l'Eucharistie a été instituée pour nous, et que toute hostie consacrée est destinée à nourrir un corps humain. Respect pour notre âme qui est l'image du Seigneur et qui peut, qui doit être le réceptacle de la sainteté. Aucune âme, même celle du plus grand pécheur, du plus grand criminel, n'a le droit de désespérer de la sainteté.

    Voilà donc, mes frères, tout ce que nous devons demander quand nous demandons la sanctification du Nom de Dieu. Plus que jamais nous avons besoin de prier. Les contemplatifs ne prient pas assez dans leur cloître, et nous surtout, ne prions pas assez.