compteur de visite site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L'Eglise et l'Islam (01)

Je vous propose les réflexions d'Alain Besançon, extraites de son livre : "Trois tentations dans l’Église" paru en 2002 aux éditions Perrin (ISBN : 2-262-01952-5). Voici des extraits tirés des pages 145 à 222 (livre format poche). A titre de rappel ce site n'est pas là pour que je vous livre ma réflexion personnelle, mais pour éclairer votre réflexion et la mienne à la lumière du travail de personnes qualifiées en théologie, en exégèse, en histoire etc...c'est peut-être la marque propre de "Traversées christiques", à savoir mettre en valeur le travail (de l'ombre) de personnes compétentes qui ont quelque chose à nous dire. Merci à eux.

 

145

Bien que cela aille de soi, il est peut-être utile de déclarer une fois pour toutes qu'il n'est pas dans mes intentions de porter sur l'Islam le moindre jugement de valeur. Une religion qui s'est étendue sur une vaste portion de la terre, dont les adeptes sont en train de devenir plus nombreux que les chrétiens (toutes confessions réunies) ; une civilisation cohérente ; un art imposant : tout cela échappe évidemment au jugement global. 

En s'étendant, l'islam au cours des âges a recouvert de vastes territoires peuplés de chrétiens. Ceux-ci se sont convertis ou bien ont bénéficié d'un statut juridiquement défini, celui de dhimmi. Il en est résulté que sous domination musulmane, le nombre de chrétiens a constamment diminué, soit que les conversions fussent faciles et rapides, soit que le statut de dhimmi enkystât les noyaux chrétiens de plus en plus réduits par l'émigration, la pression sociale et le prosélytisme. Du côté chrétien, la situation a été longtemps symétrique et le rapport des forces  a quelquefois conduit à l'élimination de l'islam, ainsi en Espagne ou à Malte.  La reconquête  des Balkans, l'expansion des empires russes, français, anglais, hollandais ont mis de vastes populations musulmanes sous le joug d’États plus ou moins sécularisés, mais de tradition chrétienne, encore que fort diverse, et considérés comme chrétiens par les musulmans. Sous cette domination, qui a duré souvent plus d'un siècle, les populations 146 musulmanes ne sont pas devenues chrétiennes et les femmes ne se sont mariées qu'avec des musulmans. Il n'y a eu ni conversion ni mixité.

Depuis un demi-siècle, trois faits ont modifié la situation. L'islam ne subit plus nulle part la domination européenne. L'élimination progressive des minorités européennes (tenues par les musulmans pour chrétiennes) est en cours d'achèvement. Au Moyen-Orient, les observateurs prévoient l'extinction des vieilles chrétientés locales (maronites, coptes, arméniennes, syriaques...) et des villes , immémorialement bariolées, Istanbul, Alexandrie, n'abritent plus de chrétiens européens en nombre significatif. Enfin des millions de musulmans se sont installés en Europe occidentale. En France, on évalue leur nombre entre trois et cinq millions. Le chiffre n'est pas facile à établir, parce que notre République  étant fondée sur des principes laïques, l'administration n'est pas autorisée à procéder (comme cela est pourtant possible aux États-Unis et en  Allemagne, également laïques) à un recensement religieux. En France, d'autres motifs s'y opposent. Bornons-nous  à constater le fait : on ne peut discriminer sous peine d'être accusé de "racisme" entre les différents immigrants, tous désignés comme "étrangers" bien que dans son ensemble la population française de souche sache très bien que parmi ces derniers il y en a de plus étrangers que d'autres et qu'entre un Maghrébin et un Portugais, le premier est senti comme moins proche du seul fait qu'il soit musulman. Le tabou du "racisme" est d'autant plus périlleux qu'il ne s'agit pas de race mais de religion que notre laïcisme de principe nous empêche de prendre  en compte. Ainsi, ledit tabou risque de faire naître ce racisme qu'il est supposé conjurer. Laissons ici ces généralités historiques  qu'il n'est pas dans mon intention de détailler. Mon but est simplement de rechercher quelles ont été les attitudes des chrétiens en tant que tels vers l'Islam.

Depuis quatorze siècles  qu'ils vivent à son contact, dominés ou dominants, les chrétiens l'ont en général senti comme aussi étrangers à eux que s'ils étaient séparés par des mers. La curiosité réciproque a été faible. On déplore cette ignorance  mutuelle, qui pourtant s'est établie presque dès le début  avec la force d'une séparation constitutionnelle, plus forte que celle qui séparait les chrétiens du paganisme 147 gréco-romain, alors que les deux communautés, chrétiennes et musulmane, faisaient profession d'adorer le même Dieu. Aujourd'hui, il semble en aller tout différemment. Il y a quelques années, l'archevêque de Marseille , rapporte t-on,  envisageait sérieusement   de donner aux musulmans de sa ville, pour en faire une mosquée, l'église basse de Notre-Dame-de-la-Garde. Entrons dans une librairie catholique : nous y voyons des livres aux titres éloquents : J'ai rencontré l'Islam ; Deux fidélités, une espérance ; L'islam, découverte et rencontre ;   etc. Nous examinerons plus loin cette littérature. Elle fournit sur l'Islam des informations précieuses  ; elle affiche aussi une attitude de bienveillance, de révérence, d'irénisme et de bénignité qui va quelquefois jusqu'à donner le soupçon d'un œcuménisme " sans  frontière", comme on dit, facile, et, à l'occasion , fallacieux.

Il vaut donc la peine de regarder en arrière, jusque dans les débuts de la "disputation" chrétienne avec l'islam. Ensuite nous jetterons un coup d’œil sur la disputation contemporaine.

 

 A suivre...

Les commentaires sont fermés.