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  • Commentaire du Notre Père (1)

    Extrait du livre : "Toi, notre Père" Thomas DEHAU - Ed Saint Paul 1992

     

     

    Notre Père, qui es aux cieux

     

    9 Dieu est le Père de toute créature, et c'est pourquoi il y a en tout être un mouvement et un appel vers l'Etre infini. Toute créature qui possède une voix en fait hommage à Dieu. Cependant, si Dieu est Père de toute créature, il est, de façon plus excellente encore, le Père des esprits, le Père des créatures faites à son image et  ressemblance. Nous sommes, nous autres hommes, des esprits, mais engagés dans la matière. Au fond de nos intelligences et de nos volontés, nous avons aussi un mouvement spécial qui nous porte vers Dieu. Mais ce mouvement est libre, car Dieu, en nous créant, nous a fait don de sa liberté. Ceci explique pourquoi, dans l'humanité, l'hommage des intelligences et des libertés à Dieu n'est pas universel. 

    Dieu est notre Père d'une façon plus excellente encore. Nos vies, tant qu'elles restent purement naturelles 10, ne sont pas des copies de la vie intime, de la vie interne de Dieu ; cette vie d'amour et de lumière qu'est celle de la Très Sainte Trinité, n'est pas reproduite en nous par cela seul que nous sommes des esprits, car nous sommes des esprits créés et nous n'avons aucun droit à la vie surnaturelle. 

    Il faut que naisse et se développe en nous une vie nouvelle : la vie de la grâce ; alors, nous devenons les fils de Dieu. Cette vie de la grâce est une participation à la vie même de Dieu et nous ne pouvons la posséder que par une aumône. La grâce est ce qui peut être donnée de plus grand à une créature, mais nous ne pouvons la posséder qu'à titre de pur don. Elle provoque donc en nous, d'un côté une fierté, une noblesse - et jamais l'expression "noblesse oblige" n'a trouvé mieux sa place -, un élan plein d'allégresse et d'enthousiasme ; et, de l'autre côté, elle nous situe dans une attitude d'humilité profonde. Il nous faut sans cesse tendre la main et tendre nos cœurs. 

    La grâce est une aumône ; il y a un art de mendier. Mendier à une créature est un acte humiliant, mais quand il s'agit de tendre la main, ou plutôt le cœur à Dieu, cette mendicité devient sublime. Saint Jacques nous avertit que si nous ne recevons pas, c'est que nous ne savons pas demander (cf Jc 4,3). Dieu ne nous 11 donnera que si nous savons prendre devant lui l'attitude de la créature. 

    Ces vérités sont tellement au-dessus de nous que, si Notre-Seigneur ne nous prend pas la main, nous ne pourrons pas nous débrouiller dans le chaos de difficultés qui nous entourent. Les Apôtres sentaient bien que la lumière était là, mais ils voyaient surtout une nuée ; c'est pourquoi ils s'adressent au divin Maître : " Seigneur, apprends-nous à prier" (Lc 11,1), "nous savons bien, Seigneur, qu'une prière qui ne serait pas fabriquée par Vous, la Personne du Verbe, ne vaudrait pas grand'chose". Il faut répéter sans cesse cette parole des Apôtres. Plus une âme avance, plus elle sent s'allumer en elle le besoin de la prière, le désir de l'oraison la plus ardente, la plus continue possible. Plus une âme s'accoutume aux choses de la prière, plus elle éprouve la nécessité de s'aboucher directement avec le Docteur et le Maître : "apprends-nous à prier". 

    Quelle a été la réponse à cette humble demande ? Le cadeau que Notre-Seigneur nous a fait du Pater. Cette prière divine règle non seulement l'ordre de la demande (ordo petendi), mais aussi l'ordre du désir 12 (ordo appetendi) ; non seulement elle rectifie notre pétition, mais notre "appétition". J'emploie à dessein ces termes scolastiques, si savoureux et si expressifs. Il nous suffirait de bien comprendre ce que Jésus nous enseigne dans le Pater pour que l'ordre de nos désirs soit mis en place. "Vous prierez ainsi" (Mt 6,9) ; en répétant les paroles de cette prière, nous harmonisons tout l'ordre de nos désirs et de nos volontés. 

    Faisons quelques remarques sur le nom du Père ; il est celui que nous donnons le plus volontiers à Dieu. Le prêtre, pendant la sainte Messe, l'emploie lorsque le Corps de Notre-Seigneur est à quelques centimètres de son cœur. Nous ne craignons pas de le faire, et de le faire souvent, malgré l'énormité de cette audace : nous osons dire (audemus dicere). Il est vrai que, dans l'Ancien Testament, nous trouvons des textes qui témoignent déjà d'une familiarité très grande avec le Père des cieux. Et tel peuple païen pourrait aussi nous en fournir quelques exemples ; ne citons que le peuple japonais. Mais cette familiarité, cette liberté de langage avec Dieu, cette attitude déjà filiale, quelle est-elle, en comparaison de celle que nous demande Jésus lorsqu'il veut faire de chacun de nous un tout petit enfant dans le Royaume du Père ?

    13 "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur" (Dt 6,5), ordonne la Loi de Moïse ; ceci place déjà la Loi ancienne à une singulière hauteur. Moïse dit encore : " Honore ton père et ta mère". Rapprochés l'un de l'autre, ces deux commandements nous paraissent presque étranges. Il nous eût semblé plus normal de dire : " Honore Dieu", et " Aime ton père et ta mère." Dieu, d'ailleurs, par son prophète Malachie, réclame pour lui-même " l'honneur qui lui appartient" ainsi que "la crainte qui lui est due". C'est que Dieu veut de nous l'une et l'autre attitude. Malgré la distance immense que nous croyons voir entre le premier et le quatrième commandement   dans la Loi mosaïque, déjà ceux-ci s'attirent l'un l'autre. Dans le Nouveau Testament, ils se fondent davantage encore en un seul. Afin d'aimer Dieu comme un père, prenons pour point de départ l'affection que la nature a déjà mise au fond de nos cœurs envers nos parents ; et de même honorons nos pères et nos mères comme Dieu lui-même ; mais il faut que toutes les influences terrestres deviennent diaphanes pour laisser passer la grâce divine.

    Pour saint François d'Assise, le monde entier devenait une famille ; c'était la charité et l'amour 14 infini que le saint retrouvait partout ; c'est pourquoi il enveloppait chaque créature d'une telle tendresse. Ce que signifie le mot "notre", dans le "Notre Père", c'est le monde entier quand nous le mettons sous la paternité de Dieu. Le ciel lui-même n'est pas trop grand pour le couvrir. Quand il s'agit de la paternité humaine, deux êtres sont nécessaires pour en remplir le rôle. Quant à la paternité spirituelle, ce programme de tendresse qui dépasse les possibilités humaines ne dépasse pas les possibilités divines : Dieu est en même temps père et mère. La maternité de Marie ne peut être qu'une participation de la maternité de Dieu. Ceci est tellement vrai que, pour désigner les attentions maternelles de Dieu envers nous, nous employons un vocable féminin : la Providence. Il nous est dit dans l’Évangile : "Chacun de vos cheveux est compté". Les attentions d'une mère vont dans cette direction, mais, certes, elles ne vont pas jusque-là. Nous retrouvons encore le quatrième commandement : ce Père et cette Mère qui est Dieu, honore-les, afin de vivre longuement.