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nicodème

  • Voilà la cecité du monde

    Les hommes aiment leurs oeuvres ; peu importe qu'elles soient bonnes ou mauvaises, ce qui les intéresse, c'est qu'elles viennent d'eux. Nous voyons cela aujourd'hui : beaucoup de théologiens ne cherchent plus la vérité ; ils cherchent à construire un système original qui vient d'eux.

    Sans le dire explicitement, ils pensent ceci : " la vérité, personne ne peut l'atteindre, il vaut donc mieux ne pas la chercher ; tandis que ce qui vient de nous, nous pouvons en être sûrs". Beaucoup d'hommes, aujourd'hui, cherchent ce qui vient d'eux et disent : c'est mon oeuvre, regardez, elle est magnifique." Ils ne se posent pas la question de savoir si c'est bon ou mauvais, si c'est conforme ou non à la volonté du Père et au message du Christ.

    Voilà la cécité du monde qui ne regarde plus que l'efficacité et la réalisation d'une oeuvre.

    Cette efficacité-là va directement contre le mystère de la fécondité - et c'est là sans doute, une des plus grandes luttes du monde d'aujourd'hui. Si nous regardons l'Evangile et l'Apocalypse avec attention, nous voyons qu'elle est annoncée. Le mystère de la fécondité est lié à l'amour, et donc à la finalité ; alors que la réalisation des oeuvres, si nous ne regardons que ce qui vient de nous, est liée à l'efficacité : parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Ils ont aimé leurs oeuvres avant tout, sans se demander si elles étaient bonnes ou mauvaises ; et en aimant leurs oeuvres, ils ont aimé les ténèbres et refusé la lumière. Si nous aimons trop nos oeuvres (que nous pensons être admirables), nous ne sommes plus capables de recevoir la lumière.

    (...) il faut oeuvrer dans la vérité, c'est-à-dire qu'il faut toujours oeuvrer avec le souci de coopérer avec le Christ ; que ce ne soit pas notre oeuvre, mais l'oeuvre du Christ.

    M.D Philippe - Suivre l'Agneau t.II - Ed. St Paul 1999 / pp. 93-94 - ISBN : 2 85049 7819

  • Rendez-vous de nuit (1)

    Qui était Nicodème ? C'était une des plus importantes personnalités du pays, très en vue, docteur de la Loi, l'un des principaux de la secte des pharisiens. La Loi d'Israël avait une autorité absolue, ayant été donnée à Moïse par Dieu lui-même. Au nom de la Loi, dont ils s'étaient institués les gardiens, les pharisiens assuraient dans tout le pays le rôle de censeurs de ce qui se pensait, de ce qui se disait, de ce qui se faisait. Accablante et redoutable tâche, redoutée de tous en effet.

    Donc après mille précautions, ce Nicodème se ménage auprès de Jésus un rendez-vous de nuit. Cela commence bien. Dès le début de sa vie publique, Jésus est un personnage suspect. Un notable important ne peut pas le rencontrer seul à seul au grand jour sans encourir les plus grands risques pour sa réputation, pour son prestige, pour sa liberté, peut-être pour ses biens. Jésus est un homme qu'il n'est pas du tout convenable de rencontrer seul. Diable ! c'est déjà grave, une telle situation. Dans une nation essentiellement religieuse, Jésus rencontrera toujours contre lui la secte des pharisiens, gardien de la Loi, pour tenter de lui barrer la route : à la fin, ce sont eux qui auront sa peau (...)

    Donc Nicodème, pharisien éminent, avec une surface sociale importante, rencontre Jésus de nuit, après s'être assuré qu'il n'était pas suivi. Ceux qui l'accuseraient de lâcheté n'ont pas connu les terreurs de la clandestinité et les précautions de la résistance intérieure.

    A l'époque, Israël était un pays occupé par deux occupants, et des deux l'occupation étrangère était la moins pesante. Rome était puissance occupante. Mais la secte des pharisiens s'était attribué dans la nation le rôle d'une Inquisition féroce. Ces deux puissances tyranniques, Rome et les pharisiens, ne s'accorderont qu'un seul jour sur un seul point, le meurtre juridique de Jésus, et dans la circonstance, c'est plutôt Rome qui traînera les pieds. 

    Donc Nicodème vient voir Jésus de nuit. Sans révéler encore toute l'étendue de son enseignement, Jésus va tout de suite à l'essentiel. Cet essentiel est, il restera toujours, fondé sur la véracité inébranlable de son témoignage personnel : s'il parle, c'est parce qu'il a autorité pour parler. Et cette autorité découle du fait que lui, il sait. La foi, que tout au long de l'Evangile réclame de tous ceux qui l'approchent, est tout le contraire d'une crédulité, c'est le contraire de la "foi du charbonnier". Déjà, dans son Prologue, Jean avait dit : 

    Dieu, nul ne l'a jamais vu. Le Fils, l'Unique, qui est dans le sein du Père, nous en a fait la narration

    Pauvre Nicodème ! Qu'est-il venu faire dans cette maison ? Jésus le secoue, comme on secoue un prunier pour en faire tomber les fruits.

    Vous refusez notre témoignage ! Si je vous raconte les choses terrestres et que vous restiez incrédules, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ?

    Jésus dit à peu près ceci : Moi, qui sais, je vous affirme que l'homme est plus que ce qu'il est dans son être terrestre, il est appelé à de futures et imminentes transfigurations. Croyez-m'en et prenez-en le risque. Mais quoi ! je ne peux rien contre votre volonté libre. Si déjà vous refusez de me croire quand je vous parle de votre vocation immédiate, comment ne resteriez-vous pas incrédule quand je vous parlerai de votre demain et de votre transfiguration céleste ? Le Christ nous sollicite de devenir qui nous sommes véritablement.

    R.L Bruckberger - "La Révélation de Jésus-Christ" - Grasset 1983