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grâce

  • Coopérer au Salut

    (..) notre grâce est liée à la Croix du Christ ; elle a comme un poids qui la porte vers le mystère de la Croix, puisque nous sommes nés à la Croix. Ce lien n'est pas seulement une option libre (même si nous devons avoir cette option libre dans la foi et l'espérance) ; il y a dans la grâce quelque chose de plus, qui est ce lien - qu'on pourrait dire "ontologique"  avec la Croix du Christ. C'est pour cela qu'il y a vraiment en nous une orientation profonde de la grâce vers le mystère de la Croix du Christ. 

    C'est bien ce qui nous est montré ici, si nous regardons attentivement : Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que tout homme qui croit en lui ait par lui la vie éternelle. Notre foi porte premièrement sur le mystère du Christ crucifié ; son orientation profonde consiste à regarder Jésus crucifié comme Sauveur, c'est-à-dire comme source de vie, en comprenant que cette source de vie nous est donnée, que nous lui sommes liés. C'est important parce que, quand nous ne voulons plus regarder le mystère de la Croix, quand nous le mettons entre parenthèses, nous supprimons du même coup cette orientation profonde de notre grâce chrétienne qui nous lie au mystère du Christ ; nous faisons alors un "refoulement " surnaturel terrible, de sorte que la foi ne peut plus s'épanouir pleinement en nous. A travers la Croix du Christ, notre foi rejoint la paternité de Dieu : Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. (...)

    Mais à ce mystère nous sommes nous-mêmes associés, en ce sens que Dieu ne peut pas, ne veut pas, nous sauver sans nous. Dieu réclame notre fiat comme il l'a réclamé de Marie. Nous sommes donc associés non seulement à la croissance de la grâce, mais aussi à notre naissance à la vie divine. Il est très important pour nous de comprendre cela, et de ne pas en rester à l'attitude de celui qui reçoit. Plus la gratuité du don est grande, plus Dieu réclame notre coopération. C'est là un grand principe de l'économie divine, et on le retrouve constamment : plus la gratuité est grande, exigeant donc de nous un état de pauvreté, un état de réceptivité, plus Dieu, en même temps, réclame une coopération aimante. La récéptivité implique donc une grande activité, puisque coopérer au don d'amour, c'est se donner. On ne peut dire son fiat à la grâce qu'en étant soi-même totalement donné. (...)

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 113 - 114.116

    ISBN : 2 85049 781 9

    Les ouvrages ainsi que les conférences  de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)

  • la grâce comme naissance

    Comment Jésus présente-t-il cette naissance ? C'est une question que nous ne devons pas négliger, car tout l'enseignement du Christ tourne autour de cette naissance, de même que toute la théologie de la grâce. La philosophie est là pour nous faire comprendre les dimensions de l'homme, et la théologie celles de la grâce. Insistons sur ce point : la théologie est là pour nous faire comprendre ce qu'est la vie de la grâce, et nous devons constamment revenir à cela, puisque nous ne pouvons parler de la Très Sainte Trinité que parce qu'il y a en nous cette connaturalité profonde avec le mystère de Dieu, cette naissance à la vie trinitaire.

    Jésus parle donc d'une naissance. C'est très important pour nous. La grâce n'est pas quelque chose qui vient simplement s'ajouter, contrairement à une certaine conception que l'on rencontre  parfois : on dit que la grâce vient perfectionner la nature et qu'il faut donc que la nature soit bien structurée, que les hommes soient bien évolués pour que la grâce puisse s'implanter. Celle-ci est alors conçue comme quelque chose qui vient "au sommet". C'est vrai d'une certaine façon, mais la grâce n'est pas seulement au sommet, elle est en même temps ce qu'il y a de plus radical et de plus profond en nous. Dire que la grâce vient uniquement perfectionner l'homme, permettre à l'homme d'être plus homme (on dirait assez facilement cela aujourd'hui), c'est très apologétique : " C'est merveilleux ! Voyez ce que, par la grâce, cet homme est devenu ! sans la grâce, il ne serait jamais devenu cela".  Le but de la grâce est-il de permettre à l'homme d'être plus homme ? Ou bien le premier but (la finalité) de la grâce, est-il que nous soyons  en premier lieu enfants de Dieu ? Enfants de Dieu en étant hommes, c'est cela qui est si grand. Dieu ne "boude" pas l'humain, parce qu'il a voulu l'homme comme son chef-d'oeuvre, son image. Mais en créant l'homme il ne crée pas un fils bien-aimé (cela, c'est l'oeuvre de la grâce) ; il crée une image, qui est et qui doit devenir toujours plus "à la ressemblance de Dieu".

    Il faut que la grâce arrive à transformer du dedans, et non de l'extérieur, tout ce qu'il y a en nous de grand, de noble. Du dedans, la grâce doit épanouir tout notre être. Quelqu'un qui a la foi, normalement, doit avoir une intelligence plus ouverte, plus épanouie  (disons "normalement", parce que ce n'est pas toujours le cas). Normalement, celui qui a la grâce doit avoir, par la charité, une volonté magnanime ; cela devrait être une conséquence immédiate, parce que la charité nous permet d'aimer à la manière de Dieu. Celui qui a la grâce doit normalement, par l'espérance, avoir une force plus grande, un courage plus grand. Il est normal que la grâce nous rende plus homme, parce que nous sommes créés à l'image de Dieu et qu'être enfants de Dieu, fils de Dieu, permet d'être plus homme. Mais ne confondons pas la finalité et les effets. La grâce a comme finalité de nous orienter vers Dieu immédiatement ; elle nous fait enfants de Dieu, et c'est pour cela que c'est une naissance. (...)

    Si la grâce est une naissance, elle est donc source d'une nouvelle vie. (...)

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 103 - 104

    ISBN : 2 85049 781 9

    Les ouvrages ainsi que les conférences  de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)

  • Avec Nicodème (1)

    La grâce est une naissance à la vie divine. Pour nous, il y a eu une première naissance à la vie humaine, puis une naissance à la vie divine, avec un intervalle (si bref qu'il ait pu être) entre les deux. Seule parmi toutes les créatures, Marie n'a eu qu'une seule naissance : c'est le privilège de l'Immaculée Conception. Elle est née pour Dieu, elle a été tout de suite conçue pour Dieu. Tandis que nous-mêmes, nous sommes tous des convertis - de la première, de la seconde ou de la onzième heure. Nous pouvons avoir été convertis dès notre berceau (nous n'en avons pas eu grande conscience !), mais nous sommes tout de même des convertis, puisque nous avons reçu le baptême après notre naissance. Et certains reçoivent le baptême beaucoup plus tard - mais peu importe : nous sommes tous des convertis, et c'est le lien entre ces deux naissances qui est à l'origine des difficultés de tous les théologiens.

    Si, en effet, on fait une erreur à ce niveau de la naissance, cela aura sur la suite d'immenses conséquences.  (...) si, sur le plan théologique, on fait une erreur de compréhension à l'égard de la naissance de l'homme - pourquoi l'homme naît-il ? et pourquoi Dieu a t-il voulu que l'homme naisse de cette manière, en dépendance d'un père et d'une mère ? - cela a de grandes conséquences.

    Dieu a voulu cet ordre de sagesse très étonnant, et il a voulu s'insérer dans la vie humaine de cette manière si extraordinaire qu'est le baptême. On discute aujourd'hui, au niveau pastoral, la question du baptême des enfants. Il est évident que cela touche la question de la grâce, et que les positions diverses présupposent des conceptions différentes de la grâce. Le mystère de la double naissance, voilà ce que Jésus expose tout de suite à Nicodème. Nous sommes nés à la vie humaine, et nous ne pouvons pas le nier puisque nous sommes là. Nous avons quitté notre berceau - du moins normalement, même si, de temps en temps, nous avons envie d'y retourner. (...)

    C'est le propre des êtres vivants : dans le monde purement physique, on abandonne ce qui est au point de départ ; dans le monde des vivants, on ne peut jamais complètement l'abandonner. On le dépasse, on l'assume, mais cela veut dire qu'il est toujours présent. Nous sommes nés selon la chair et le sang, avec un certain atavisme, puis nous avons reçu telle ou telle éducation, et nous gardons toujours cela. Il ne faut pas croire qu'on va pouvoir, à un moment donné, faire une grande rupture et supprimer tout le passé pour être "soi-même". Celui quit dit cela n'est jamais lui-même ; il ne peut pas l'être, précisément parce que le propre de l'être humain est d'assumer tout ce qu'il a vécu auparavant, en reconnaissant qu'il a reçu telle ou telle éducation, qu'il a tel ou tel atavisme, qui le conditionne (mais il peut, redisons-le, dépasser son conditionnement et ses limites).

                                                                                            A suivre...

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 99-100 -

    ISBN : 2 85049 781 9

    Les ouvrages de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)

     

  • Nature et grâce

    (...) Je rappelle cela parce qu'aujourd'hui on est prisonnier d'un humanisme. On croit que l'homme doit être d'abord parfait avant de se mettre à croire. Cela, c'est le meilleur moyen pour qu'il ne croie jamais - parce qu'on n'est jamais parfait. Nous avons tous nos fêlures psychologiques. La seule différence c'est que les uns arrivent à les cacher d'une façon suffisamment habile, alors que les autres n'arrivent pas à les cacher. Mais nous en avons tous, des fêlures psychologiques. Il y a les fêlures du sous-sol au niveau biologique, les fêlures au niveau passionnel, les fêlures au niveau intellectuel... Personne d'entre nous  n'est exempt de fêlures, puisqu'il y a les conséquences du péché original qui mettent en nous ces fêlures, ces crevasses qui sont  fameuses. Nous  avons en nous les trois concupiscences (cf. 1 Jn 2,16) et elles montrent bien que c'est fêlé de partout. La grâce supprime le péché originel, mais en laisse les conséquences - c'est cela qui est extraordinaire ! Cela montre bien que la grâce vient d'en-haut et non de notre nature. Nous naissons à la vie divine à partir de Dieu et non à partir de nos propres parents. La foi est un don de Dieu, et non pas un don de nos parents. Bien sûr, s'ils ont fait baptiser leur enfant, les parents sont responsables de l'éclosion de la foi, de la croissance de ce germe divin qui a été donné à leur enfant. Ils sont responsables de créer  un milieu qui favorise cette éclosion, cette croissance ; mais ce ne sont pas eux qui ont donné la grâce. Celle-ci nous fait appartenir directement à Dieu.

    Il faut bien saisir les rapports de la grâce et de la nature, car cela a été de tout temps le grand problème théologique. et toutes les bêtises (il faut appeler les choses par leur nom) qui peuvent se dire aujourd'hui au niveau catéchétique, au niveau de l'éducation à la foi, proviennent tout simplement d'une théologie qui est fausse et qui affirme le primat de l'homme sur la grâce. Une telle conception oublie que la grâce a son rythme propre, qu'elle a des exigences qui ne sont pas celles de la nature et qui les dépassent infiniment. Il y a des exigences de la foi, de l'espérance et de l'amour, qui sont tout autres que celles de notre intelligence et de notre volonté. Et n'oublions pas que s'il y a des refoulements au niveau psychologique (on est bien obligé de les reconnaître, et aujourd'hui on est très sensible à cela), les refoulements les plus terribles sont au niveau surnaturel... et cela, on n'y pense même pas ! Refouler les exigences de notre vie divine, c'est plus grave que tout, car la vie divine est plus forte que tout, elle a une puissance extraordinaire ! Quand je pense que nous avons un germe divin en nous...! Or la grâce est un germe divin (cf. 1 P 1,23) qui demande à croître, qui demande à devenir le plus grand arbre (cf. Mt 13,31-32 ; Mc 4, 30-32 ; Lc 13, 18-19) et de tout prendre, de tout assumer. En effet, ce germe divin, précisément parce qu'il est divin, est capable de tout assumer (tout notre psychisme) pour tout transformer et tout orienter vers Dieu. Et quand on fait des refoulements dans l'ordre surnaturel, c'est plus terrible que tout. Notre Europe n'est-elle pas malade de cela ? En effet, elle a été chrétienne, ne l'oublions pas ! C'est la grande vision de Nietzsche, lui qui est né dans le christianisme et qui, dans sa jeunesse était pieux. Il y a des prières du jeune Nietzsche qui sont extraordinaires, dignes des psaumes. Il avait une aspiration mystique, cet homme ! Il était fait pour cela, mais il n'a pas trouvé la nourriture, il n'a pas trouvé les âpôtres qu'il fallait. Alors il y a eu chez lui un refoulement, un refoulement terrible qui l'a conduit à la folie. Et on comprend qu'un tel refoulement détraque tout. On peut du reste, se demander si Dieu n'a permis la folie de cet homme pour le sauver, parce qu'il y avait en lui quand même une grâce première, très cachée. (...)"

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (1) - Ed. St Paul 2005, pp.140-141