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Avec Nicodème (1)

La grâce est une naissance à la vie divine. Pour nous, il y a eu une première naissance à la vie humaine, puis une naissance à la vie divine, avec un intervalle (si bref qu'il ait pu être) entre les deux. Seule parmi toutes les créatures, Marie n'a eu qu'une seule naissance : c'est le privilège de l'Immaculée Conception. Elle est née pour Dieu, elle a été tout de suite conçue pour Dieu. Tandis que nous-mêmes, nous sommes tous des convertis - de la première, de la seconde ou de la onzième heure. Nous pouvons avoir été convertis dès notre berceau (nous n'en avons pas eu grande conscience !), mais nous sommes tout de même des convertis, puisque nous avons reçu le baptême après notre naissance. Et certains reçoivent le baptême beaucoup plus tard - mais peu importe : nous sommes tous des convertis, et c'est le lien entre ces deux naissances qui est à l'origine des difficultés de tous les théologiens.

Si, en effet, on fait une erreur à ce niveau de la naissance, cela aura sur la suite d'immenses conséquences.  (...) si, sur le plan théologique, on fait une erreur de compréhension à l'égard de la naissance de l'homme - pourquoi l'homme naît-il ? et pourquoi Dieu a t-il voulu que l'homme naisse de cette manière, en dépendance d'un père et d'une mère ? - cela a de grandes conséquences.

Dieu a voulu cet ordre de sagesse très étonnant, et il a voulu s'insérer dans la vie humaine de cette manière si extraordinaire qu'est le baptême. On discute aujourd'hui, au niveau pastoral, la question du baptême des enfants. Il est évident que cela touche la question de la grâce, et que les positions diverses présupposent des conceptions différentes de la grâce. Le mystère de la double naissance, voilà ce que Jésus expose tout de suite à Nicodème. Nous sommes nés à la vie humaine, et nous ne pouvons pas le nier puisque nous sommes là. Nous avons quitté notre berceau - du moins normalement, même si, de temps en temps, nous avons envie d'y retourner. (...)

C'est le propre des êtres vivants : dans le monde purement physique, on abandonne ce qui est au point de départ ; dans le monde des vivants, on ne peut jamais complètement l'abandonner. On le dépasse, on l'assume, mais cela veut dire qu'il est toujours présent. Nous sommes nés selon la chair et le sang, avec un certain atavisme, puis nous avons reçu telle ou telle éducation, et nous gardons toujours cela. Il ne faut pas croire qu'on va pouvoir, à un moment donné, faire une grande rupture et supprimer tout le passé pour être "soi-même". Celui quit dit cela n'est jamais lui-même ; il ne peut pas l'être, précisément parce que le propre de l'être humain est d'assumer tout ce qu'il a vécu auparavant, en reconnaissant qu'il a reçu telle ou telle éducation, qu'il a tel ou tel atavisme, qui le conditionne (mais il peut, redisons-le, dépasser son conditionnement et ses limites).

                                                                                        A suivre...

Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau t.2 -Ed. St Paul 1999. pp 99-100 -

ISBN : 2 85049 781 9

Les ouvrages de Marie-Dominique Philippe sont disponibles à Notre-Dame de Rimont (71390 Fley. Site internet : www.stjean.com)

 

Commentaires

  • Ces textes me font réfléchir et me font avancer dans ma foi chrétienne. merci

    Yvan D

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