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fraternité

  • Avant d'être compassionnel l'amour est juste

    [217] Quand je dis "l' Esprit de l'Evangile", je ne mets pas de côté l'Ancien Testament, où les notions d'amour et de justice tiennent une si grande place. L'amour tend à l'égalité. Je crois que déjà Aristote le disait. Il est évident que l'amour implique la justice, car il la fait intervenir là où il y a des inégalités flagrantes  auxquelles on ne porte pas remède. Si l'on dit par exemple que des jeunes n'ont pas les moyens d'accéder au travail, à l'instruction, l'amour incite à le dénoncer. Il faut empêcher ou réparer l'injustice avant de donner aux pauvres, aux oeuvres, aux ONG, etc. L'amour débusque les injustices. Avant d'être compassionnel, l'amour est juste. Et la justice appelle l'égalité.

    L'Esprit de l'Evangile me paraît très bien défini par les trois mots bien connus : liberté, égalité, fraternité. Liberté de l'homme vis-à-vis de la société, vis-à-vis du pouvoir, ce qui condamne tous les régimes fascisants. Egalité, égalité des chances mais aussi égalité d'accès aux biens de la nature nécessaires à la vie, et aux biens de la culture nécessaires à la promotion de l'individu ; égalité des sexes dans les droits juridiques et politiques, dans l'accès aux postes dirigeants, dans la rétribution du travail. Tout cela dans un esprit de fraternité qui lui-même doit influencer la manière de commander, de servir et de vivre en société (...) [218]

    Caritas, amor ou dilectio, eros ou agapè comme vous le préférerez, car je n'entre guère dans cette querelle de terminologie. Mais oui, oui, la charité, comme amour fraternel. Et c'est pourquoi la fraternité qui vient en troisième position  dans la devise républicaine montre comment cette trilogie doit rester ouverte : la liberté n'a pas d'autre  limite que de toujours traiter autrui comme une fin, jamais comme un moyen, et de respecter le bien commun ; l'égalité est toujours à l'affût des discriminations à combattre et des injustices à réparer ; la fraternité ne connaît pas d'exclusivisme dans la définition du prochain ni de mesure dans les services à rendre à ceux qui en ont le plus besoin. On n'a jamais atteint la limite où l'autre sera devenu mon frère.

     

    Joseph Moingt - Croire quand même - Ed. TempsPrésent 2007

  • La soif de Jésus et la nôtre

    Nous crions que nous avons soif; nous nous pressons autour de toutes sortes de puits avec nos cruches pour recueillir un peu d'eau pour nous désaltérer. Or Jésus est là, il nous rencontre, et à notre cri il répond: moi aussi, j'ai soif. Il est venu parmi nous comme quelqu'un qui, lui aussi, connaît la soif. Nous sommes assoiffés de justice, disons-nous, mais ce Jésus l'a été plus que tous : «Je suis venu jeter un feu sur terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé » (Lc 12, 49). Nous sommes affamés de communion et de fraternité, mais ce Jésus n'a vecu que pour rassembler dans l'unité d'un même amour tous les hommes qui sont enfants de Dieu dispersés. Nous avons soif de divin, soif de la vraie vie, mais ce Jésus a laissé échapper la soif qui le dévorait: «Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi avant que fût le monde» (Jn 17, 5).

    Seulement, entre la soif de Jésus et la nôtre, quel abîme! Comme les Samaritains se contentaient d'un culte mélangé, nous nous contenterions si facilement de boire une eau boueuse. Nous nous contentons si vite des «à peu près» et les semblants de la justice, de l'amour, de l'adoration. Nous avons soif de justice, mais nous pensons que d'améliorer quelque peu le sort des plus malheureux, cela suffira. Nous  avons soif de communion fraternelle, mais pour les uns quelques relations polies au sein d'une Église très individualiste suffisent amplement, et pour les autres, un peu de chaleur collective dans une  bonne ambiance trompe trop aisément la soif. Nous avons soif de dépasser la banalité de notre vie superficielle, soif d'absolu, disons-nous, mais les succédanés modernes du sacré, les horoscopes et les fantasmagories de l'irrationnel suffisent amplement à beaucoup, tandis que les autres se consolent dans de vagues sentiments d'infini par la drogue, le naturisme ou la religiosité exotique.

    Jésus a soif avec nous, parmi nous, mais autrement que nous. La seule justice accomplie sera pour lui celle qui pourra s'appeler véritablement Royaume de Dieu: et tant que ce Règne ne sera pas advenu, il y aura pour lui travail et labeur: « Mon Père travaille toujours, et moi aussi je travaille» (Jn 5, 17). La seule fraternité solide sera celle qui sera scellée dans l'amour de l'unique Père des hommes, et pour cela il livre sa propre vie et, comme signe de ce don, il nous laisse le sacrement du pain et du vin que nous célébrons en mémoire de lui. La seule adoration digne de l'homme et digne de Dieu est celle qui se réalise  «en esprit et en vérité», dit-il à la Samaritaine, et seul son Esprit peut l'inspirer dans le cœur et l'exprimer dans le culte.  

    Albert-Marie Besnard - Il vient toujours - Cerf 1979 pp. 44-46