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40 jours sur le chemin de la prière : 6e jour

[25] On peut aussi rappeler le sens étymologique du mot et dire qu'être "recueilli" signifie être ramassé sur soi-même. Un regard sur notre existence montre combien nous le sommes peu. Nous devrions avoir en nous un axe ferme qui serve de support à la diversité de notre vie, un centre d'où parte et où revienne toute activité ; une règle qui discrimine l'essentiel et le futile, le but et le moyen, et qui assigne sa place à chaque activité et à chaque expérience.

Un point d'appui solide qui résiste au changement, qui, dans notre évolution, nous manifeste à nous-mêmes ce que nous sommes et fait que chacun sache ce qu'il peut attendre de nous. Et nous autres, hommes modernes, nous manquons encore plus de cette unité que ceux des époques précédentes qui avaient tellement plus de profondeur et d'ordre !

[26] La prière elle aussi s'en ressent. Les maîtres spirituels parlent toujours de la distraction, de cet état où l'homme n'a ni centre de gravité, ni unité, où les pensées vagabondent d'un objet à un autre, où les sentiments sont vagues et où la volonté n'est plus maîtresse de ses possibilités véritables. Il n'y a pas là vraiment "quelqu'un" qui parle et à qui l'on puisse parler, mais une confusion de pensées, un flot d'émotions, une succession d'impressions. Le recueillement consiste donc pour celui qui veut prier, à se "ressaisir", comme ce mot l'exprime très justement, à concentrer son attention sur ce qu'il veut faire, à rassembler des pensées qui s'échappent en tous sens. Travail pénible que de rendre ainsi disponible pour la prière une âme unifiée ! Le recueillement est l'état où l'homme peut dire avec Abraham : "Je suis là." 

Voici une quatrième et dernière définition : se recueillir signifie "s'éveiller". L'homme distrait fait souvent une impression étrange. Il est toujours tendu vers quelque chose, toujours en route vers un but, occupé de quelque entreprise ; mais dès que cette tension se relâche, il devient vide et morne. Dès qu'il n'y a plus d'objet qui le passionne, d'impulsion qui le pousse en avant, [27] d'excitation qui le mette en mouvement, toute son activité s'effondre et il n'y a plus qu'un vide étrange. Cette agitation tournée vers l'extérieur et cette atonie intérieure vont manifestement de pair ; de façon analogue, les hommes aux passions violentes ont souvent le cœur froid. Disons même que cette atonie est sous-jacente à l'agitation, et qu'elle en détermine le caractère. L'homme calme, par contre, qui est capable de se recueillir en lui-même, de faire silence et de s'approfondir, est aussi intérieurement en état de veille. Le calme et l'état de veille intérieure vont, eux aussi, de pair. Ils se portent et se déterminent l'un l'autre.

Ainsi celui qui se recueille, qui parvient à être calme et présent réussit à vaincre sa pesanteur et ses sombres pensées. Il s'élève, il se rend léger, libre, lumineux. Il éveille son attention afin qu'elle puisse saisir son objet de façon vivante. Il lave son œil intérieur pour qu'il ait le regard clair et la vue juste. Il se tient disponible et capable d'une vraie rencontre.

 

A suivre...

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

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