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40 jours sur le chemin de la prière : 5e jour

Recueillement signifie d'abord apaisement. D'ordinaire l'homme est tiraillé en tous sens par une multiplicité d'objets et excité par des contacts hostiles ou bienveillants ; il est tourmenté par le désir et la crainte, les soucis et les passions. Il s'efforce constamment à conquérir ou à se défendre, à acquérir ou à se défaire de quelque chose, à édifier ou à détruire. L'homme veut toujours quelque chose, et vouloir signifie être en mouvement  vers un but ou en défense contre un danger.

Il en est ainsi depuis que l'homme existe, mais cela est encore plus vrai de l'homme moderne. Il aime à se dire un homme d'action, un lutteur, un créateur ; mais sa prétention n'est qu'à demi justifiée. Il aurait tout aussi raison, et plus, s'il reconnaissait qu'il est un être agité, incapable de rester en place et de s'approfondir. Il consomme en nombre incalculable les hommes, les choses, les idées, les mots, et il n'en est pas moins toujours insatisfait ; il a perdu le sens de l'essentiel ; avec tout son savoir et toute sa puissance il est le jouet du hasard. Et c'est cet homme-là qui devrait prier. Le peut-il ? Oui, mais à condition qu'il parvienne à sortir de son agitation et à trouver son calme.

Il faut qu'il se débarrasse de ses désirs vagabonds et qu'il se consacre à la seule chose qui importe en cet instant ; il faut qu'il détache des choses sa volonté et se dise : "maintenant je n'ai rien d'autre à faire qu'à prier. Pendant ces dix minutes - ou l'espace de temps qu'il se sera fixé - je ne ferai pas autre chose. Tout le reste n'existe pas ; je suis tout à fait libre et je ne suis là que pour cela." Et sur ce point il lui faudra être honnête avec lui-même ; car l'homme est un être rusé, et la ruse de son cœur se manifeste plus particulièrement  dans sa vie religieuse. 

Quand il commence à prier, son agitation intérieure lui présente aussitôt l'idée d'une autre chose à faire. N'importe quoi, un travail, une conversation, une course urgente, quelque chose à contrôler, un journal, un livre tout cela lui paraît plus important, tandis que la prière ne semble être que du temps perdu. Mais dès que sous ce prétexte il interrompt la prière, ce temps qui paraissait si mesuré, brusquement ne l'est plus, et il le gaspille aux occupations  les plus superflues...

Se recueillir, c'est vaincre  cette illusion causée par l'agitation et s'établir dans le calme, se libérer de tout ce qui ne concerne pas la prière et se tenir à la disposition  de celui qui seul importe en cet instant : Dieu.

Nous pourrions aussi exprimer ce dont  il s'agit ici en disant que l'homme doit apprendre à devenir "présent".  cela est difficile, parce qu'il a rarement l'impression de se trouver en face de quelque chose de précis, en face d'une puissance immédiate qui le retienne, de telle sorte que de son côté, il soit capable d'être vraiment présent et de tenir en place. Tout dépend de là : il faut qu'il y réussisse et sois présent de tout son être intime et vivant. 

A suivre...

 

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

 

 

 

 

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