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40 jours sur le chemin de la prière : 4e jour

Il y a dans l'attitude de l'homme vis-à-vis des réalités religieuses une inquiétante contradiction. L'homme a besoin de Dieu ; il le sait, et il cherche celui qui l'a créé et dont la puissance le fait vivre ; et cependant il veut ignorer cette relation essentielle; il cherche à fuir Dieu ; il s'oppose à lui. Cette contradiction se manifeste aussi dans son attitude envers la prière. Aussitôt que l'homme reconnaît et accomplit le service sacré de la prière, il se sent dans le vrai, il est heureux, et malgré cela il esquive la prière chaque fois qu'il le peut. Il y a bien des raisons à cela ; avant tout celle qu'on ne perçoit pas Dieu, ou plus exactement qu'on ne le perçoit pas de la même manière que les choses et les hommes.

Ceux-ci sont là ; ils sont tout près, ils travaillent et ils agissent. On est en contact immédiat avec eux ; les sens peuvent les saisir ; la volonté et l'instinct ont prise sur eux ; de sorte que les échanges s'établissent spontanément  avec eux. Dieu est bien présent, plus réellement qu'aucun objet, mais il est à la fois visible et caché. C'est l’œil de la foi qui le voit ; c'est le cœur qui en a l'expérience par l'amour. Mais cet œil est souvent voilé ; le cœur appesanti, de sorte qu'il n'y a ni expérience, ni intuition de Dieu. Dans ce cas, c'est uniquement sur notre fidélité que repose le commerce [dialogue]  avec lui, lorsque nous ne trouvons en apparence que vide et que ténèbres, et cela est très pénible. C'est là un grand mystère. Comment l'homme, vivant de Dieu, a-t-il cependant tant de mal à entrer en rapport avec lui ? Bien plus, il éprouve même de la répugnance à le faire et saisit n'importe quel prétexte pour y échapper !

Or, si l'homme se contente de suivre  son penchant, il n'éprouvera bientôt plus aucun besoin de prier ; et il est alors bien dangereux de dire qu'il est dans la sincérité, et qu'il vaut mieux se conformer à cette spontanéité que de se forcer. On ne serait en droit de parler de la sorte que si l'homme pouvait se fier à ses sentiments religieux. Mais le peut-il ? Un malade est-il dans le vrai lorsqu'il obéit à son "impression" ? Tout homme de bon sens dira que cette impression est elle-même suspecte. Il faut donc que le malade, se fondant sur un jugement plus sûr, celui d'un médecin expérimenté, se fixe une discipline et s'y conforme ; c'est ainsi qu'il guérira, et ses impressions avec lui ; c'est alors qu'il pourra se fier à elles.

Il en va exactement de même pour nous, car notre attitude vis-à-vis de Dieu et du monde n'est pas saine. Nous ne pouvons pas prendre notre sentiment spontané comme guide de notre attitude religieuse ; il est nécessaire que nous nous conformions à un jugement éclairé, et que, ce faisant, nous guérissions, nous et notre sentiment. La prétendue sincérité qui obéit aux mouvements "intérieurs", n'est bien souvent qu'un refus de la vérité. Dans la prière comme ailleurs, nous devons donc chercher à reconnaître le bien et nous y conformer dans la fidélité, par une victoire sur nous-mêmes. 

La première chose à faire est de nous préparer à la prière. Cela est vrai aussi pour les choses profanes. Celui qui doit accomplir un travail sérieux ne se précipite pas sans réflexion à sa besogne ; il commence par  concentrer son attention sur ce que cette tâche  exige de lui. Celui qui sait apprécier la belle musique n'arrive pas au concert à la dernière minute ; il ne peut pas passer sans transition du bruit de la rue à l'audition ; mais il arrive de bonne heure, et il se prépare à la beauté de l’œuvre qu'il va entendre. Celui qui a le sentiment de ce qui est important et grand, se libère, avant de s'y consacrer, de son état de dispersion, et met de l'ordre dans son être intérieur. Ceci est également vrai de la prière, et même plus vrai, puisque Dieu, comme nous l'avons dit, est caché, et qu'il faut l'atteindre dans la foi... De plus la prière est un acte religieux ; et ce qui doit s'y éveiller et se tourner vers son objet - si l'on peut ainsi parler - ce n'est pas seulement la faculté de penser et d'agir, mais le fond intime de l'âme, et, plus précisément, ce qui dans l'homme correspond à la sainteté mystérieuse de Dieu. Dans la vie courante cette partie de l'âme reste silencieuse ; tout au plus se manifeste-t-elle par un discret frémissement ; et l'homme vit dans les sphères terrestres de l'existence, en se servant de ses facultés terrestres. Si l'on veut parvenir à une véritable prière, il faut que ce qui, dans l'homme, est du domaine sacré, puisse trouver de l'espace et se manifester. 

La préparation à la prière est donc nécessaire  et d'une façon générale, on peut dire  que la prière vaut ce que vaut sa préparation... Le but de cette préparation, et la manière de la réaliser, peut être envisagé à différents points de vue, et, avant tout, celui du recueillement.

 

 

A suivre...

 

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

 

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