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40 jours sur le chemin de la prière : 2e jour

En général, l'homme n'aime pas prier. Il éprouve facilement à l'égard de la prière de l'ennui, de l'embarras, de la répugnance, et à proprement parler de l'hostilité. Tout le reste lui semble alors plus attirant et plus important. Il dit qu'il n'a pas le temps, que ceci ou cela est urgent, et pourtant, dès qu'il a abandonné la prière sous ce prétexte, il est capable de faire des choses les plus superflues.

Il faut que l'homme cesse de tromper Dieu et de se tromper lui-même. Il vaudrait bien mieux dire franchement : " Je ne veux pas prier", plutôt que de recourir à ces ruses. Il vaudrait bien mieux ne pas se retrancher derrière des excuses du genre de celle-ci " je suis trop fatigué", et déclarer froidement qu'on n'a pas envie de prier. La phrase ne fait pas très bel effet, et la faiblesse est évidente ; du moins elle exprimerait la vérité, et le chemin qui part de la vérité conduit beaucoup plus facilement en avant  que celui des déguisements intérieurs.

Pour le reste, l'homme doit savoir qu'il s'agit ici de quelque chose de sérieux. Il ne doit pas être faible ; il doit faire ce qu’exigent le devoir et la nécessité, et même s'il lui en coûtent beaucoup, ne pas craindre d'être exigeant envers lui-même.

Sans la prière, la foi devient languissante, la vie religieuse s'étiole. A la longue on ne peut pas être chrétien sans prier - pas plus qu'on ne peut vivre  sans respirer.

Mais en est-il bien ainsi ? La prière est-elle réellement nécessaire ? Ou bien n'est-elle pas  l'affaire de natures tranquilles, peu pratiques, plus ou moins faibles, qui ne sont pas vraiment adaptés à la vie ?  - si même on n'est pas obligé de dire, d'après certaines expériences, que l'univers  de ceux qui prient présente quelque chose d'artificiel, d'étouffant, qui répugne à un être bien armé pour la vie ?

Nous aurons à parler plus tard ce qu'il y a d’exact dans cette  objection. Il s'agit ici d'une question de principe : la prière est-elle absolument nécessaire à la vie chrétienne normale ? Mais on pourrait remonter plus loin et demander si, du seul point de vue de la bonne santé, la prière ne serait pas déjà tout simplement indispensable. Et là on se trouve devant des opinions dignes de considération, suivant lesquelles l'être humain court un grand danger s'il n'y a rien dans sa vie qui soit analogue à la prière.

Ce sont les médecins qui font remarquer que l'homme dont l'existence est tournée uniquement vers le dehors, qui est entraîné d'une d'une impression à l'autre, travaille, lutte, est finalement condamnée à s'user et à s'ankyloser.

Pour échapper à ce danger, il faut que sa vie soit orientée également vers le dedans, qu'elle se renouvelle à partir des racines, qu'elle ramasse ses énergies et se redresse. L'homme contemporain, ajoutent-ils, perd de plus en plus le centre intérieur qui assure à l'édifice de la personnalité son point d'appui et à la marche de la vie sa direction. En dépit de la prétention de ses discours et de l'éclat des rôles qu'il veut jouer, il perd sa stabilité intérieure et, sous son comportement plein d'assurance, une angoisse de plus en plus menaçante le guette. 

Il lui faut donc chercher le centre intérieur, le pivot qui supporte et assure tout l'édifice, le point d'où il puisse partir pour pénétrer dans l'univers et où il puisse toujours revenir. 

Pour trouver tout cela, il ne suffit pas d'aller dans la nature pour un week-end ou pendant les vacances. Sans même tenir compte du fait que l'organisation des voyages et des vacances fait perdre  de plus en plus à cette "nature" son caractère authentique ; ce que peut apporter un séjour à la mer ou à la montagne ne constitue pas une compensation suffisante. Il procure une restauration des forces du corps et de l'âme qui bientôt s'épuisent de nouveau.

Ce qu'il faut, c'est un contrepoids véritable, et qui agisse constamment. Encore faut-il qu'il ne soit pas d'ordre purement "intellectuel" : la poésie, la musique, les arts plastiques n'y suffisent pas plus que la philosophie ou tout autre chose de ce genre. tout cela, les médecins le savent bien. Mais quand on leur demande ce qu'il faudrait faire, ils n'ont en général rien à répondre. Quand ils ont un réponse, elle revient à conseiller l'exercice d'un recueillement à base plus ou moins religieuse, de la méditation, de l'approfondissement..., c'est-à-dire d'une manière de prière. Conseil difficile à suivre, lorsque manque la conviction de la foi.

Car la prière qui aide, ce n'est pas tant celle à laquelle on se livre en vue de son efficacité, mais celle qui repose sur un rapport intérieur avec Dieu. Combien il importe donc que ceux qui sont établis dans cette relation intérieure à Dieu sachent la sauvegarder !

Quant à cette apparente faiblesse ou à cette inadaptation au monde - comme je l'ai dit, il y aura à montrer plus tard ce qu'il y a de fondé dans ce reproche - remarquons seulement  qu'il n'y a pas de vraie prière sans l'humilité, qui n'est pas faiblesse, mais vérité. La force qui ne s'accompagne pas du sens de la majesté du sacré, et  de l'humilité devant lui, est foncièrement stérile.

A suivre...

 

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

 

 

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