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ezéchiel

  • l'au-delà : la résurrection dans l'ancien testament

    [120] Or les différents passages de l'Ancien Testament qui parlent d'une soi-disant résurrection, ont un sens imagé, métaphorique, et, dans leur contexte biblique, ne peuvent être pris au sens propre.

    Quand donc le prophète Osée dit : " Après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa [121] présence", il n'entend pas par là la résurrection des morts, mais, de façon imagée, la guérison et la santé imminente du peuple d'Israël malade.

    De même, lorsque, dans une vision grandiose, le prophète Ezéchiel (Ez 37, 1-6) voit la reviviscence des ossements desséchés : " La main de Yahvé fut sur moi, il m'emmena par l'esprit de Yahvé, et il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d'ossements. Il me la fit parcourir, parmi eux, en tous sens. Or les ossements étaient très nombreux  sur le sol de la vallée, et ils étaient complètement desséchés. Il me dit : " Fils d'homme, ces ossements vivront-ils ?" Je dis :" Seigneur Yahvé, c'est toi qui le sais." Il me dit : "Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : ossements desséchés, écoutez la parole de Yahvé. Ainsi parle le Seigneur Yahvé à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau, je vous donnerai un esprit  et vous vivrez, et vous saurez que je suis Yahvé" Or, d'après le contexte de cette vision, il est incontestable qu'il n'est pas parlé ici de la résurrection des israélites défunts, mais du retour des déportés de Babylone, sortis du tombeau de leur prison, pour une vie nouvelle au pays d'Israël.

    Ou bien quand finalement la tardive "apocalyse d'Isaïe" parle des morts de Yahvé qui vivront, et les cadavres qui ressusciteront : " Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière." Ici aussi il s'agirait de la figure d'un salut, de durée illimitée, à venir à la fin des temps, et pas nécessairement d'une vraie résurrection des morts. Cela ressort clairement d'Isaïe 26,14 : " Les morts ne revivront pas, les ombres ne se relèveront pas, car tu les as visités, exterminés, tu as détruit jusqu'à leur souvenir." Tous ces textes emploient donc l'idée de résurrection uniquement comme image, en particulier de la restauration nationale d'Israël. Des phrases isolées dans les Psaumes, dans les Chants du Serviteur de Yahvé et chez Job parlent, elles aussi, quand on les examine de près et, au plus, de façon imagée, d'une résurrection à la vie.

    Mais à l'époque perse, après l'exil à Babylone, parmi les Juifs, on se satisfait de moins en moins de la vieille réponse qui suivait  le principe de l'équivalence et de la rétribution, selon lequel argumentaient [122] aussi les amis de Job, disant que tous les comptes s'appurent pendant la vie entre la naissance et la mort. Cela devenait chaque jour plus évident ; chacun pouvait vérifier quotidiennement que, ni dans la vie du peuple, ni dans celle de l'individu, le bien ni le mal, ne sont suffisamment payés. Au méchant, il arrive souvent du bien, et au bon souvent du mal... Il n'est donc pas étonnant que, dans les deux siècles avant Jésus-Christ - certains textes bibliques parlent aussi de l'éventuelle implication de Dieu dans la détresse et les périls d'un chacun -, ait pu s'imposer de plus en plus nettement l'espoir que - contrairement à ce que pensait le sceptique Qohélet, quelques générations auparavant - on puisse encore attendre une justice totale, une satisfaction jamais obtenue jusqu'alors.

                                                            A suivre...

    Hans Küng - Vie éternelle ? - Ed du Seuil 1985

  • lectio 10 : lecture midrashique

    (...) cette page [de saint Grégoire le Grand]  [est] l'une des pages les plus pertinentes et pratiques qui aient jamais été écrites peut-être sur la lectio divina et le rapport à l'Ecriture qu'elle implique ; en même temps qu'elle conserve un étonnant accent de modernité, cette page rejoint aussi un thème important de la mystique juive : l'interprétation de la Merk(h)aba(h), du "char de Yahvé" au premier chapitre d'Ezéchiel :

    Et quand s'avançaient les Vivants, les roues également s'avançaient, à côté d'eux ; et quand les Vivants s'élevaient de terre, les roues en même temps s'élevaient (Ez 1,19).

    Les Vivants s'avancent quand les saints savent lire dans l'Ecriture Sainte ce que doit être leur conduite morale. Les Vivants s'élèvent de terre quand les saints se laissent ravir par la contemplation. Or, plus un saint progresse dans l'Ecriture sacrée, plus l'Ecriture même progresse avec lui. C'est pourquoi il est exact de dire : "Quand s'avançaient les Vivants, les roues également s'avançaient : et quand les Vivants s'élevaient de terre, les roues en même temps s'élevaient." C'est que les révélations divines croissent avec celui qui les lit : plus on dirige haut son regard, plus profond est le sens. Les roues ne s'élèvent pas si ne s'élèvent pas les Vivants. Si l'âme du lecteur ne monte pas, les paroles divines, incomprisent, restent pour ainsi dire au ras de terre. Quand le texte divin paraît sans chaleur à qui le lit, quand le langage de l'Ecriture sacrée ne met pas son âme en mouvement et ne jette aucun trait de lumière dans son intelligence, la roue est inactive et au sol, parce que le Vivant ne s'élève pas de terre. Mais que le Vivant s'avance, c'est-à-dire y cherche des jalons pour son progrès moral, et faisant un pas dans son coeur, découvre comment faire le pas de l'oeuvre bonne, alors les roues s'avancent également : vous trouvez à progresser dans le texte sacré à mesure que vous êtes devenus vous-mêmes meilleurs à son contact. Si le Vivant ailé prend son essor dans la contemplation, les roues aussitôt se soulèvent de terre, car vous comprenez qu'elles ne sont pas de la terre, ces réalités qui vous semblaient exprimées dans le texte sacré sur le registre terrestre. Vous en venez à sentir que les mots de l'Ecriture sont des mots du ciel, si vous vous laissez enflammer par la grâce de la contemplation et ravir vous-mêmes jusqu'aux réalités de là-bas. L'admirable et indicible vertu du texte sacré se fait connaître quand le coeur de qui le lit se pénètre de l'amour venu d'en-haut.

    (Grégoire le Grand, Homélie VII "sur Ezechiel", 8, SC 327, p. 245 trad Ch. Morel, s.j. Cf H. de Lubac, Exégèse médiévale, t.I, p. 653-656)

    François Cassingena-Trévedy - "Quand la Parole prend feu"

    abbaye de Bellefontaine 1999/2007.    pp. 56-57           

     ISBN 978-2-85589-086-9 

    François Cassingena-Tréverdi est moine de Ligugé : www.abbaye-liguge.com

  • Lectio 8

    (...) la lectio divina est une expérience matinale de résurrection et de vie. Et il n'est pas indifférent que Yahvé demande au prophète d'appeler lui-même l'Esprit sur les ossements, ni que ces derniers ne s'assemblent que sur le commandement d'un "fils d'homme" (Ez 37,9). Cela signifie que le Texte ne vivra pas pour moi aujourd'hui, que les consonnes desséchées ne se mettront pas à danser devant moi aujourd'hui, tant que je n'aurai pas invoqué moi-même l'Esprit dans une prière personnelle :

    C'est pourquoi j'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée, j'ai invoqué et l'Esprit de sagesse m'est venu (Sg 7)

    François Cassingena-Trévedy - "Quand la Parole prend feu"

    abbaye de Bellefontaine 1999/2007.    p. 54           

     ISBN 978-2-85589-086-9 

    François Cassingena-Tréverdi est moine de Ligugé : www.abbaye-liguge.com

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