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lectio 10 : lecture midrashique

(...) cette page [de saint Grégoire le Grand]  [est] l'une des pages les plus pertinentes et pratiques qui aient jamais été écrites peut-être sur la lectio divina et le rapport à l'Ecriture qu'elle implique ; en même temps qu'elle conserve un étonnant accent de modernité, cette page rejoint aussi un thème important de la mystique juive : l'interprétation de la Merk(h)aba(h), du "char de Yahvé" au premier chapitre d'Ezéchiel :

Et quand s'avançaient les Vivants, les roues également s'avançaient, à côté d'eux ; et quand les Vivants s'élevaient de terre, les roues en même temps s'élevaient (Ez 1,19).

Les Vivants s'avancent quand les saints savent lire dans l'Ecriture Sainte ce que doit être leur conduite morale. Les Vivants s'élèvent de terre quand les saints se laissent ravir par la contemplation. Or, plus un saint progresse dans l'Ecriture sacrée, plus l'Ecriture même progresse avec lui. C'est pourquoi il est exact de dire : "Quand s'avançaient les Vivants, les roues également s'avançaient : et quand les Vivants s'élevaient de terre, les roues en même temps s'élevaient." C'est que les révélations divines croissent avec celui qui les lit : plus on dirige haut son regard, plus profond est le sens. Les roues ne s'élèvent pas si ne s'élèvent pas les Vivants. Si l'âme du lecteur ne monte pas, les paroles divines, incomprisent, restent pour ainsi dire au ras de terre. Quand le texte divin paraît sans chaleur à qui le lit, quand le langage de l'Ecriture sacrée ne met pas son âme en mouvement et ne jette aucun trait de lumière dans son intelligence, la roue est inactive et au sol, parce que le Vivant ne s'élève pas de terre. Mais que le Vivant s'avance, c'est-à-dire y cherche des jalons pour son progrès moral, et faisant un pas dans son coeur, découvre comment faire le pas de l'oeuvre bonne, alors les roues s'avancent également : vous trouvez à progresser dans le texte sacré à mesure que vous êtes devenus vous-mêmes meilleurs à son contact. Si le Vivant ailé prend son essor dans la contemplation, les roues aussitôt se soulèvent de terre, car vous comprenez qu'elles ne sont pas de la terre, ces réalités qui vous semblaient exprimées dans le texte sacré sur le registre terrestre. Vous en venez à sentir que les mots de l'Ecriture sont des mots du ciel, si vous vous laissez enflammer par la grâce de la contemplation et ravir vous-mêmes jusqu'aux réalités de là-bas. L'admirable et indicible vertu du texte sacré se fait connaître quand le coeur de qui le lit se pénètre de l'amour venu d'en-haut.

(Grégoire le Grand, Homélie VII "sur Ezechiel", 8, SC 327, p. 245 trad Ch. Morel, s.j. Cf H. de Lubac, Exégèse médiévale, t.I, p. 653-656)

François Cassingena-Trévedy - "Quand la Parole prend feu"

abbaye de Bellefontaine 1999/2007.    pp. 56-57           

 ISBN 978-2-85589-086-9 

François Cassingena-Tréverdi est moine de Ligugé : www.abbaye-liguge.com

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