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40 jours sur le chemin de la prière : 19e jour

La grandeur de Dieu trouve, avant tout, son expression dans les noms de Créateur et de Seigneur. Il est l'incréé qui a tout créé ; celui qui n'a pas de commencement et qui tient son existence de lui-même ; l'infini, l'immortel, l'éternel. Tout lui appartient, non seulement par force, mais en droit. Son droit de tout posséder et de tout diriger vient de ce qu'il se possède lui-même. Il est maître des choses parce qu'il est maître de sa divinité. devant lui l'homme s'incline dans l'adoration, tout entier et sans réserve, dans la liberté en même temps qu'avec dignité. 

Mais la grandeur de Dieu suscite encore un autre mouvement de prière lorsque la beauté apparaît dans sa grandeur. La grandeur de Dieu n'a pas seulement, dans l'Ecriture, le caractère de la majesté, mais aussi celui de la splendeur qui est le signe du rayonnement de la vie divine. Devant cette splendeur le sérieux de l'adoration se change en la joie de la louange.

 

 

Dans l'Ecriture nous trouvons à chaque page des mots qui proclament la splendeur de Dieu, des cantiques et des hymnes qui la célèbrent. L'homme y décline les nobles attributs de Dieu : sa sainteté, sa grandeur, sa puissance, sa sagesse, son éternité, sa liberté, sa justice, sa bonté et sa patience.  L'homme s'y plonge, les déploie, les étale en quelque sorte devant Dieu et le loue à cause d'eux. 

On pourrait objecter qu'il y a quelque chose de pénible à faire étalage devant Dieu de ses propres vertus. Cela rappellerait la soumission du faible ou la flatterie de celui qui est désarmé. Or il n'en est rien, car cela serait contraire à la dignité de l'homme et bien plus encore à la dignité de Dieu. Le danger peut exister ; mais il n'est pas inévitable. N'est-il pas  possible de louer un homme sans déshonneur ? On peut bien être amené à dire à un autre qu'il mérite notre confiance. Laisser entendre à un homme quel cas on fait de lui et combien on est sûr de pouvoir compter sur lui, peut être un véritable service d'amitié à lui rendre. Il existe même une sorte de louange qui est l'une des choses les plus belles qui peuvent exister entre deux hommes : lorsqu'un homme, par son existence, cause de la joie à un autre et que celui-ci lui exprime ce qu'il trouve en lui de beau, qui le comble de joie...

Il est bien évident que Dieu n'a pas besoin que nous l'assurions de ses hautes qualités. Mais il est "digne et juste" que l'homme trouve sa joie en Dieu et célèbre les splendeurs de son être de sainteté et de beauté ; c'est une des formes les plus pures et des plus authentiques de la prière.

Ainsi la prière de louanges apparaît-elle partout dans la révélation ; parmi les psaumes il s'en trouve un grand nombre qui sont inspirés par une expérience profonde de la splendeur de Dieu et respirent une sainte émotion, en célébrant l'une après l'autre ses vertus éternelles et ses œuvres ; ainsi les psaumes 32, 46, 95, 99 etc. 

De même la louange de Dieu jaillit partout chez les prophètes : qu'on se rappelle la grande glorification de Dieu par les chérubins  dans la vision d'élection d'Isaïe ( Is 6,3). Dans les Évangiles nous trouvons les chants de louanges de Marie et de Zacharie (Lc 1,46-55 ; 1,68-79). Quant à la liturgie, sa trame est toute traversée de prières et de louanges : par exemple, le grand chant de louanges du Te Deum et les innombrables hymnes et séquences. 

Il arrive parfois que la louange de Dieu semble se répandre dans l'univers, comme si elle allait aux choses de la création, pour les faire participer à cette louange. C'est le cas des psaumes sur la création (Ps 18 ; 103 ; 148) ou de l'écho que ces chants ont éveillé dans le cœur d'un homme enthousiasmé par Dieu, comme le cantique des créatures de saint François.

Les créatures sont invitées à louer Dieu : " Louez le Seigneur, soleil et lune ; louez-le vous toutes , étoiles étincelantes..., louez-le feu et grêle, neiges et glaces, vents qui portez sa parole, montagnes et collines, arbres fruitiers et cèdres et toutes les bêtes domestiques et sauvages qui rampez et qui volez..." (Ps 148). Tout cela n'a rien d'un conte de fée. Il n'est pas question de prêter au soleil, à la mer, aux arbres, une voix pour louer Dieu ; mais ils sont dans leur être un miroir où se reflète la splendeur de Dieu, parce qu'il les a créés et qu'il a mis sur eux un reflet de sa nature. C'est un reflet qu'ils lui renvoient, et ainsi ils le louent par leur être. Ils n'en savent rien eux-mêmes ; mais l'homme peut le savoir et faire sienne leur louange ; il peut l'accueillir dans son cœur, la dire à Dieu et servir ainsi de cœur et de bouche à la création. 

Lorsqu'il a été question de l'adoration nous avons dit que si l'homme s'incline devant Dieu ce n'est pas parce qu'il est puissant au-delà de toute mesure, mais parce que, vrai et bon, il est digne de cette adoration. C'est, si l'on peut dire, par ses dispositions morales que Dieu fait la preuve qu'il est Dieu. Tout ce qu'il est dans l'être, il l'est aussi en acte. Ce qu'il est, il le vit ; ce qu'il possède, il le réalise ; c'est là qu'il faut chercher la dernière justification de la louange. 

La phrase : "Seigneur, vous êtes tout-puissant" dit en même temps : vous êtes digne d'être tout-puissant ; vous vivez la toute-puissance ; vous la réalisez par vos dispositions, par votre force, par votre action, votre toute-puissance est l'accomplissement parfait de la justice et de la vérité, c'est pourquoi il est digne et juste de louer Dieu. L'esprit est heureux qu'existe celui qui est tel, et cette joie s'exprime par la louange.

Il existe quelque chose en Dieu dont tout attribut n'est que le rayonnement ; ce qu'il y a de plus intime en lui, le secret de son cœur : l'unité originelle de l'être et de la justice, de la réalité et du sens, de la force et du mérite, de la splendeur et de l'amour, de la puissance et de la sainteté ; c'est elle  qui fait que Dieu est Dieu. C'est là que la joie s'allume et devient louange. Et cette joie est si pure qu'elle devient de la reconnaissance, et remercie Dieu de ce qu'il existe. C'est pourquoi il est dit dans l'hymne de la messe : " Nous vous rendons grâce, ô Dieu, pour votre grande gloire." 

L'introduction à la prière solennelle de la préface commence par ces mots : "Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions grâces toujours et partout, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel..."

La prière de louange est d'autant plus pure  qu'elle jaillit d'une expérience plus profonde de la gloire de Dieu, d'une joie plus authentique . L'homme s'y purifie et s'y grandit. la grandeur de l'homme ne consiste pas seulement en ce qu'il est lui-même ; mais aussi dans la possibilité qu'il a d'apprécier ce qui plus grand que lui et de lui rendre hommage. C'est donc un acte de stricte justice que de rendre hommage à celui qui est la majesté même et la gloire absolue. Mais elle est aussi l'acte par lequel s'accomplit celui-là même qui rend cet hommage. Car, pour l'essentiel, l'homme ne vit pas en s'élevant au-dessus de lui-même, mais en puisant à ce qui est au-dessus de lui-même. Malheur à l'homme pour qui il n'existe plus rien qui le dépasse ! Louer Dieu consiste à s'élever  jusqu'au niveau où existe ce dont l'homme vit en réalité. 

C'est ainsi que nous devons louer Dieu. Cela donne à l'esprit étendue et beauté. Toute la journée est transformée si le matin, avec la fraîcheur de l'esprit reposé on dit le Te Deum ou le psaume 148. Est-il plus belle prière du matin ? 

Certes nous devons demander et porter devant Dieu les besoins de notre vie pleine de misères ; mais peut-être serions-nous encore mieux fortifiés si nous consentions à ne plus porter nos regards sur nous-mêmes, mais sur Dieu ; nos intérêts n'y perdraient rien, car " le Père qui est dans le ciel sait ce dont nous avons besoin avant que nous ne le lui ayons demandé." (Mt 6,8)

 

A suivre...

 

Romano Guardini - Initiation à la prière - Éditions du Seuil (1961)

Romano Guardini (1885-1968). Après avoir étudié la théologie à Freising et Tübingen, il rédige un travail de doctorat sur saint Bonaventure. Il enseigne à Berlin, à Tübingen, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. En 1965, il refuse par humilité le titre de cardinal que lui propose le pape Paul VI. Il est l'un des plus grands théologiens du XXe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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