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L'Eucharistie (3)

Suite du post précédent. Retranscription d'une conférence orale donnée dans les années 1970.

[24:07]

Et il n'y a pas tellement longtemps que l'on avait dans notre vocabulaire : " assister à...." " assister à la messe." ! L'assistance à la messe ! C'est effrayant ! L'emploi de ce mot était vraimnt  le signe qu'on y comprenait plus rien ! Car on assiste à une cérémonie, bien sûr, mais qu'est-ce que ça veut dire "assister à un repas" ? On n'assiste pas à un repas on participe à un repas. Les gens n'y comprennent plus rien.

Une tendance se fait jour à l'heure actuelle de célébrer l'Eucharistie par petits groupes : on appelle cela des "eucharisties domestiques", qui sont célébrées sur une table d'une salle-à-manger, à la fin d'une réunion où on a étudié l'évangile ensemble. Notez que je n'y vois aucune difficulté et que toutes les fois qu'on me demande de célébrer l'eucharistie à la fin d'une réunion sur la table de la salle-à-manger, je le fais très volontiers. Il y a là quelque chose de véritablement fraternel qui aide à comprendre le sens communautaire de l'Eucharistie. Seulement il faut prendre garde à ceci : est-ce que l'Eucharistie existe pour célébrer une fraternité qui est déjà là ou pour nous dire l'exigence d'une fraternité qui n'est pas encore là et qu'il s'agit de réaliser en retroussant ses manches pour travailler à faire un monde plus fraternel ? 

Le danger de ces "eucharisties domestiques" où l'on est quelques uns, très amis, très fraternels, en général du même milieu, j'ajouterais : en général de la même tendance politique, sauf exception ; l'Eucharistie célébrée entre gens qui au plan humain pensent la même chose autrement dit qui sont déjà liés entre eux par la culture, le milieu social, l'option politique. Que penseriez-vous d'une eucharistie qui ne serait que le couronnement de cette fraternité déjà réalisée au plan humain ? A la limite, le sens de l'Eucharistie serait faussé. Car l' Eucharistie n'est pas le couronnement d'une fraternité qui est déjà là, c'est l'exigence profonde d'une fraternité qui n'est pas encore là et qu'il s'agit justement de réaliser par le sacrifice de notre vie. En ce sens il faut dire que l'Eucharistie est la "critique permanente de nos repas humains." Pourquoi ? Parce que nos repas humains ne rassemblent qu'un tout petit nombre d'hommes et excluent le plus grand nombre. Supposez que vous réunissez chez vous pour un repas de fête une vingtaine de personnes : ce sera déjà pas mal et un gros travail pour la cuisinière, mais les autres ? Les autres sont exclus. Allons plus loin. Le morceau que vous mangez d'autres ne le mangent pas ; vous vous l'appropriez. Vous me direz que la remarque est enfantine : pas du tout. La remarque veut dire que lorsque nous vivons en France dans une société d'abondance il y a des millions et des millions d'hommes qui meurent de faim, c'est ça ce que ça veut dire.  Alors quand on comprend les choses c'est là que ça devient tout à fait sérieux. Et cela veut dire que, sur le plan humain, il n'y a pas de rassemblement sans exclusion. Vous excluez beaucoup plus que vous ne rassemblez. Par conséquent le repas humain - le repas de tous les jours ou le repas du dimanche ou le repas de fête  - est le signe d'une fraternité très limitée qui est déjà réalisée : gens du même milieu, de la même culture.

Figurez-vous que j'ai été alerté lorsque, au cours d'une réunion d'hommes et de femmes très fraternels, n'est-ce pas, on avait commencé la soirée par le repas, le repas humain et puis, après le repas, on avait travaillé sur un texte d'évangile et on avait décidé de terminer la réunion à 11 heures du soir par l'Eucharistie. Pourquoi l'Eucharistie ? A quoi bon puisqu'au début de la soirée nous avons pris déjà un repas ensemble ? Pourquoi faire intervenir un deuxième repas ? Est-ce que le premier repas n'est pas déjà le signe de notre fraternité ? On n' invite pas à sa table des gens qui sont nos ennemis ! Alors pourquoi doubler le repas humain que nous avons pris à 8 heures du soir par un second repas que l'on prend à 11 heures du soir où l'on va faire intervenir le Christ : qu'est-ce que c'est que cette doublure ? A quoi bon ? Alors j'ajoute : la remarque m'a alerté. Cela m'a aidé à faire comprendre que le repas humain c'est un repas qui exclut beaucoup plus qu'il ne rassemble. Le repas humain signifie une amitié, une fraternité déjà réalisée alors que l'Eucharistie signifie l'engagement que nous devons prendre pour travailler à réaliser une fraternité qui n'est pas du tout réalisée ! Car vous ne me ferez jamais croire que tous les hommes du monde sont réconciliés : la fraternité universelle n'existe pas. Elle n'existe même pas dans notre propre famille. Elle n'existe même pas dans notre immeuble, probablement.  Il faut la faire. Et si le Christ mort et ressuscité intervient c'est afin de nous fournir l'énergie nécessaire [par la participation à sa propre Vie] pour travailler à la réconciliation universelle de tous les hommes. Là nous pouvons le faire. Les uns à une échelle très modeste, d'autres à une échelle beaucoup plus importante qui sera économique, sociale ou politique. Alors vous comprenez ce que je voulais dire en disant : l'Eucharistie est la critique de nos repas humains. (II- 2:51) 

                                                               A suivre....

                                                              François Varillon s.j

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