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  • Les fondamentaux (3)

    Suite de la retranscription d'un enseignement du Père Molinié. Ce post est la suite des fondamentaux 1 et 2. Je vous invite à les lire avant celui-ci.

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    Vous n'avez rien d'autre à faire à ce moment-là que d'accueillir, que d'écouter,  que de regarder, que de se laisser modifier par cette Présence. A ce moment-là tout est facile. Ce qui est difficile c'est l'entre-deux et en particulier, souvent, le moment qui précède immédiatement la visite. Soit parce que nous la désirons trop, soit parce que nous ne la désirons pas assez. Quelque fois d'ailleurs les deux à la fois : désirant certains avantages de la visite mais ne désirant pas sa réalité dans ce qu'elle a de déconcertant et d'imprévu. Voilà pourquoi la vertu essentielle du chrétien ,  c'est de ne pas se prendre au sérieux et de prendre la vie humaine dans l'ensemble trop au sérieux. Elle est infiniment grave et infiniment sérieuse dans la mesure où se joue la question de savoir si nous serons le reflet et le partenaire du seul sérieux absolu qui s'appelle Dieu. Alors ça c'est grave. Mais ce que nous pouvons faire et définir de nous-mêmes indépendamment de cela, indépendamment de la pauvreté absolue d'être le reflet de Quelqu'un ce n'est pas très sérieux. Ce n'est pas négligeable d'ailleurs, il ne faut pas le mépriser. La vie quotidienne ce n'est pas méprisable. Et nos efforts de vertu, notre ascèse, il ne faut pas le négliger non plus, il ne faut pas le mépriser. Mais dans la mesure ou c'est autre chose que la réponse pure et simple à l'amour de Dieu, à l'appel de l'amour de Dieu, dans la mesure où c'est un effort pour tenir la maison en ordre et propre pour la visite du Maître, eh bien c'est pas très très important. mais je suppose que vous me comprenez : quelqu'un qui ne voudrait pas nettoyer la maison c'est quelqu'un qui n'a pas très envie d'attendre le Maître ! Alors ça c'est grave ! Mais quelqu'un qui veut nettoyer la maison mais qui, à force de la nettoyer s'intéresse beaucoup plus à la maison qu'à Celui qui va venir dedans...alors c'est grave aussi.

    L'Eglise a entériné tout cet enseignement, cette série de visites bouleversantes qu'on appelle les "conversions". Parce que le propre d'une visite véritable de Dieu c'est qu'elle nous convertit, c'est-à-dire qu'elle nous change et qu'elle nous change au-delà de tout ce que nous pourrions faire. On ne décide pas de se convertir. On attend, on désire...la conversion. Il y a là un retournement du coeur et du regard qui dépendent justement de la présence, de l'irruption de cet Etre imprévisible. Alors ce n'est pas la peine de remplacer sa présence par je ne sais Dieu sait quoi, par la nôtre.... Les auteurs spirituels consacrés par l'Eglise ont tellement accepté ce programme que la Sagesse traditionnelle de l'Eglise a reconnu en gros trois grandes étapes, trois grandes visites. Il y en a une multitude d'autres. En gros, la Sagesse de l'Eglise a reconnu l'existence de trois phases discontinues dans la vie spirituelle, dans la vie chrétienne que, justement, nous ne pouvons pas provoquer pas plus qu'une chrysalide ne peut devenir papillon par ses efforts pour être une bonne chrysalide. Tout ce qu'elle peut faire c'est d'améliorer sa situation de chrysalide et c'est tout. Et si elle s'imagine que ca va bien comme ça elle résiste tout en essayant d'être une bonne chrysalide elle résiste à la transformation, elle résiste à la venue de ce qui doit venir. Et c'est pour cela qu'il faut quand même  mettre les points sur les i pour que ces enseignements soient compris et pour que je puisse répondre d'une manière plus satisfaisante encore, j'espère, à cette question : qu'est-ce qu'il faut faire pour atteindre la douceur de Dieu ? Il y a une première conversion en gros qui peut se caractériser par la décision aisée, libératrice et non pas tendue, inquiète et crispée de la volonté, la décision de se donner tout entier, tout entière au service de Dieu. Ce qui se traduira très normalement et très facilement par une vocation religieuse mais qui peut tout aussi bien se traduire par la persévérance dans l'état où l'on a été mis dans le monde, parce que cette découverte on peut très bien la faire une fois qu'on est sérieusement,  solidement engagé dans le monde et en particulier dans la vie de famille. Peu importe, mais le bouleversement est analogue, voilà ce que je veux dire. Pour qui que ce soit, dans quelque situation, dans quelque condition qu'il soit, découvrir que Dieu réclame tout et qu'il faut vraiment lui donner tout ; se mettre à son service comme un soldat au service d'un capitaine mais alors absolu. C'est aussi bouleversant que la découverte de la vocation, c'est un peu la même chose. La découverte de la vocation religieuse peut se faire avec des pressentiments de ce qui viendra par la suite, ça c'est une autre affaire. Mais elle peut se faire aussi purement et simplement par cette évidence qu'il faut se donner tout entier à Dieu et alors après le plus simple, dans certains cas, ne serait-il pas de répondre à l'appel des conseils évangéliques, ce qui est une autre affaire.  Mais ce n'est pas du tout des conseils évangéliques que je vais vous parler ici. Mais je veux dire que dans une vocation religieuse il faut distinguer deux choses : le fait de se sentir appeler dans telle ou telle famille [jésuites, bénédictins, carmes, franciscains, salésiens....] et à suivre les conseils évangéliques : ça c'est un point qui est personnel et propre à l ' individu et puis il y a la radicalité et l'absolu du service de Dieu : ça tout chrétien devrait le comprendre un jour ou l'autre. Seulement je plaindrais les prédicateurs qui s'évertueraient à prendre leurs ouailles par la peau du cou  pour leur dire : comprenez qu'il faut servir Dieu par-dessus toutes choses ! Mais non, c'est le fuit d'une conversion. C'est le fruit d'un regard du Christ qui transperce Matthieu le publicain, qui ne lui fait pas de grands discours, qui lui dit : viens, suis-moi ! Celui qui a compris cela comme les apôtres n'a encore rien compris à l'amour du Christ ou à peu près. Il est entré dans la maison où bien des surprises l'attendent. Parce que le Maître au service duquel il s'est enrôlé n'est vraiment pas un Maître comme les autres....               

                                                                                           A suivre au post suivant.

  • Les fondamentaux (2)

    Note : ce texte est la suite du post précédent. Si vous ne l'avez pas lu, je vous invite à le faire avant d'entreprendre la lecture du texte qui suit. Ce texte est une retranscription d'un entretien oral donné par M.D Molinié au cours d'une retraite.

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    Prenez l'exemple de [l' apôtre] Pierre, au moment de sa trahison, au moment où le Christ l'a regardé et au moment où il [Pierre]  a pleuré.

    On dit en général ceci et ce n'est pas faux d'ailleurs : Pierre s'appuyait trop sur lui-même ; il avait confiance en lui-même au lieu d'avoir confiance en la grâce de Dieu, il sentait en lui non seulement de la force mais, faites attention, de l'amour. Si Pierre a dit au Christ : "Je donnerai ma vie pour toi" c'est qu'il l'aimait, et qu'il se sentait soulevé par cet amour, porté par cet amour.

    Alors sous la pression de cet amour, ayant conscience d'aimer, il se sentait prêt à aller jusqu'au bout, oui, mais dans la ligne de son programme, dans la ligne de ce qu'il avait compris. La faute de Pierre ça n'a pas été seulement, loin de là, ça n'a pas été seulement de ne pas comprendre que nous sommes fragiles : l'esprit est prompt et la chair est faible, en effet, on s'en est aperçu,  et qu'il fallait faire attention au besoin que nous avons de la grâce de Dieu, c'est pas seulement ça. Mais c'est que Pierre s'était obstiné dans un certain programme d'amour, mais d'amour à la Pierre, vous comprenez, [amour] qui se trouvait ne pas être aussi délicat, aussi raffiné, aussi doux en fin de compte que le "programme" de Dieu. Pour un premier temps ça pouvait aller, pour un premier démarrage, pour un premier "dégrossissage". Mais, pour aller plus loin, il ne suffisait pas que Pierre fasse des progrès, qu'il augmente sa générosité, il ne suffisait même pas qu'il s'appuie davantage sur la grâce de Dieu, il fallait qu'il refonde entièrement sa vue des choses et, en particulier, sa vue de l'amour de Dieu.

    Il fallait qu'il découvre que l'amour de Dieu c'est tout à fait autre chose encore que ce qu'il avait compris, que ce qu'il avait cru !  Et, pour cela, il fallait une deuxième visite du Christ. Une deuxième visite du Christ alors qu'il le fréquentait quotidiennement. Pierre fréquentait le Christ quotidiennement. Mais ça c'était la fréquentation du Christ tel qu'il l'avait compris. De temps en temps, le Christ tel qu'il ne l'avait pas compris frappait à la porte : [Pierre] écoute-moi, attention, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes... Attention Pierre, tu ne comprends pas, tu n'y es pas, j'ai autre chose à te dire, t'es loin d'avoir compris mon pauvre ami..c'est pas tout à fait ça...., la Transfiguration : il est bon de rester ici, mais si je te parle d'autre chose, de la nécessité de souffrir et de mourir (ce n'est pas que Pierre avait peur de la souffrance) c'est que ce n'était pas dans son programme :  la souffrance de son Maître, la mort de son Maître, parce que c'est un programme divin et qu'il est tout à fait normal que Pierre ne comprenne pas tout de suite mais ce qui est moins normal c'est qu'il s'imaginait avoir compris, et ne plus rien à avoir à apprendre, le malheureux ; ne plus avoir d'étonnements à connaître, de stupéfactions, de ces effondrements...

    Les moments de bonheur dans la vie, les moments de bonheur qui comptent ce sont ces moments où l'on se disait : je n'avais rien compris, en particulier à l'amour de Dieu. Et précisément parce que j'avais un coeur dur, un coeur de pierre, un coeur grossier, un coeur absurde...on ne comprend rien à cette délicatesse excessive de l'amour de Dieu (...) à l'intérieur même de ce qu'il y a de meilleur en vous (je donnerai ma vie pour toi) il y a une dureté terribe, il y a une obstination à opposer sa pensée à celle de Dieu. La pensée de Dieu elle est douce, c'est la nôtre qui est opaque, c'est la nôtre qui ne se laisse pas pénétrer.  Alors cette pensée nous arrive, cette pensée de Dieu, cette douceur de Dieu nous arrive par vagues successives : voilà ce que j'appelle les visites du Christ. Et à chaque fois que nous Lui ouvrons [notre coeur], grâce à une longue préparation, de fidélité, mais une fidélité qui n'a de sens que si elle est une attente de quelque chose ! Si donc à la faveur de cette longue préparation, de cette très longue attente, si à la faveur de cela nous ouvrons vite [quand le Christ vient nous visiter] lorsqu' Il se présente alors Il s'engouffre comme l'eau qui s'engouffre par une brêche, Il pénètre dans la citadelle, Il irrigue certaines  régions passablement desséchées mais pas encore tout à fait. Ce n'est qu'un pas de plus. Ce n'est qu'un envahissement de plus. Et à partir de là la vie est changée, bien sûr. Certaines choses qui nous paraissaient impossibles deviennent faciles. Certaines choses qui nous paraissaient inintelligibles deviennent claires, certaines choses qui nous paraissaient claires deviennent très obscures d'ailleurs, mais ça nous gêne moins. Nous comprenons mieux qu'il est normal qu'il en soit ainsi. Et nous continuons jusqu'à la prochaine étape.

     

    Les serviteurs qui attendent le retour du Maître : qu'est-ce qu'ils font ? Eh bien ils entretiennent la maison. On voit des murs délabrés, il faut attendre le retour du Maître pour savoir comment il va les remettre. Nous, on enlève la poussière, on fait des choses extrêmement... peu importantes. Ce qui est très important c'est de le faire dans un certain esprit qui consiste précisément à attendre et à savoir que ce que nous faisons n'a une telle importance. C'est ça le sens de cette parole des serviteurs inutiles qui paraît révoltante parce que nous avons des prétentions révoltantes. Quand vous aurez bien fait tout ce que vous avez à faire dans la journée, ne vous attendez pas à ce qu' Il dise : Ah cette fois tu as bien avancé dans le Royaume des cieux ! Vous êtes  des serviteurs inutiles, vous n'avez rien fait... que d'attendre. Et d'ailleurs je ne vous demande rien d'autre : attendez-moi. Occupez le temps !  Alors vous [le père Molinié s'adresse à des moniales] vous occupez le temps à chanter, ce qui est pas mal, qui est peut être ce qu'il y a de plus profond pour manifester que nous sommes des serviteurs inutiles, puisque le chant est une chose essentiellement inutile... ça sert à quoi de chanter pouvez-vous me le dire ? (rires dans l'auditoire) Et ainsi vous êtes théoriquement mieux armées que d'autres pour comprendre que votre vie est une vie d'attente. Et si vous avez le malheur de la remplir avec un programme de vertus et de conquêtes...partir à la conquête des cîmes de l'amour de Dieu, attention !  

    Oui bien sûr, dans la mesure où  Dieu nous y invite, dans la mesure ou Dieu nous  invite à être magnanime, à sortir de notre stupidité... allons réveillez-vous dit saint Paul, voilà la lumière qui arrive : ouvrez-vos yeux,  ne les fermez pas à cette lumière déchirante de la douceur de Dieu. Bien sûr. Mais toujours votre action la plus intense concevez-la comme un reflet, comme une réplique de l' initiative de Dieu. Si je dois vous donner une comparaison, très familière, prenez le jeu du tennis. Ca se fait à deux en général sauf si on a un mur en face de soi et alors justement, le grand danger de la vie spirituelle pour nous c'est que nous mettons à la place de Dieu un mur  qui va nous renvoyer nos efforts automatiquement. Ce n'est pas ça. Ca se joue à deux. Il y a quelqu'un qui envoie les balles. Nous n'avons pas d'autre chose à faire que de les recevoir et de les renvoyer. Alors si on les reçoit à gauche on va à gauche, mais si on les reçoit à droite on va à droite. Et s' il ne nous envoie rien : eh bien on attend.... voilà. Et cette attente dans la foi, dans la confiance a plus de prix que l'or dit [l'apôtre] Pierre [dans l'une de ses lettres], justement le même Pierre qui ne savait pas beaucoup attendre. Je vous ai donné le principe fondamental.

    Quand le Christ visite, entre.. c'est Lui qui change le climat de la maison, ce n'est pas nous.....

                                                                                       A suivre... post suivant

  • Les fondamentaux d'une vie selon l'Evangile (1)

    Intro : je retranscrits ici une retraite du père Marie-Dominique Molinié, dominicain, véritable maître spirituel. Je conserve le style oral de ses interventions. L'intitulé : " les fondamentaux d'une vie selon l'Evangile" est un titre que j'ai choisi car MD Molinié peut nous aider à aller à l'essentiel pour vivre comme disciple du Christ. Il existe en effet beaucoup de "gourous", de "coach" même en christianisme. Mais les vrais maîtres sont rares. St Jean de la Croix le dit dans l'un de ses livres. 

     

     

    bonne route vers Pâques !

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    " Qu'est-ce que l'homme doit faire pour atteindre Dieu ? Il est normal qu'au début d'une vie spirituelle on mette l'homme en avant, on pense à soi plus qu'à Dieu. C'est tout à fait normal mais, une des conséquences de cette attitude c'est qu'on s'inquiète davantage de ce que nous allons faire, de ce qu'il faut faire, de ce que l'homme va faire.... et c'est un des fruits de la conversion, de ses conversions [le père Molinié explique ici que l'itinéraire chrétien est une suite de conversions] que de moins se poser la question : qu'est-ce que je dois faire et de se poser de plus en plus cette question : qu'est-ce que Dieu va faire ?

    Alors nous allons faire un effort pour mettre dans l'ombre nos efforts, nos activités et nous allons essayer de tirer des conséquences pratiques de cette vérité que vous m'accorderez tout de suite et dont nous voyons particulièrement les conséquences :

    si Dieu ne garde pas la maison ce n'est pas la peine de la garder et si Dieu ne la construit pas [cette maison] ce n'est pas la peine de la construire, nous.

     

    Par conséquent, nous allons nous occuper d'abord de ce que Dieu fait avant de nous occuper de ce que nous avons à faire de façon à définir nos efforts comme nos activités comme ils doivent l'être c'est-à-dire comme une réponse à l'activité de Dieu et non pas comme une initiative que nous prendrions nous pour obliger Dieu à faire quelque chose.

    Alors qu'est-ce que Dieu fait ? Eh bien c'est très clair, d'après l'Evangile il nous fait un certain nombre de visites. Voilà. Il nous rend visite de temps en temps dans l'existence.

    Alors généralement on pense à la dernière visite, la grande, celle de la mort. Et on ne pense pas que cette visite de la mort ne fait que porter son point final, ou porte à son paroxysme l' événement pas du tout quotidien mais pas non plus unique de la visite de Dieu. Et la première règle pratique qu'il faut essayer de comprendre : on ne provoque pas une visite de Dieu, on n'oblige pas Dieu à venir. On peut se disposer pour l'attendre, on peut prendre une attitude telle que pratiquement il est est certain qu'Il viendra ; qu'Il ne pourra pas résister à notre attente, à notre désir, à notre appel, à notre confiance et à notre disponibilité. Mais précisément pour avoir une attitude d'attente, de désir, d'appel, de confiance et de disponibilité, il ne faut pas s'imaginer qu'on va pouvoir le faire venir à heures fixes. On n'oblige pas Dieu à venir. Ou si vous préférez c' est dans la mesure même où l'on reconnaît qu'Il n'est pas obligé, à aucun titre, de se présenter, que nous attirons sa visite.

    Alors il faut que vous sachiez que nos conduites chrétiennes sont sous la dépendance de ces visites. Elles en dépendent en ce sens qu'elles en proviennent. Il a fallu qu'Il vienne une première fois pour nous apprendre à faire quelque chose, le tout début : au catéchisme, que ce soit dans votre enfance ou plus tard à l'âge adulte, soyez sûrs que cet apprentissage provient de ce que Dieu s'est présenté le premier. C'est une véritable visite de Dieu venu que ces messagers qu'Il nous a envoyés : nos parents, le curé que nous avons connu ou tel ou tel ami, que sais-je, qui nous a renseigné. Ce messager, Dieu l'a faconné, préparé de toute éternité pour nous, entre autre, mais pour nous aussi. Par conséquent c'est bien Lui qui s'est présenté, nous n'y sommes pour rien... C'est bien une visite de Dieu ça. Et si nous avons fait quelque chose c'est dans la mesure où nous avons accueilli cette visite, nous avons  ouvert la porte.

    Ce qu' il y a de plus paradoxal - c'est cela qui est peut être un peu nouveau pour vous - c'est qu'une fois qu'on a ouvert la porte et qu'on a accueilli cette première visite, on reçoit un enseignement, des indications pratiques : faites ceci, faites cela ; et quelle est la pointe suprême de cet enseignement ? Quelle est la règle pratique la plus importante : prière d'attendre la Visite suivante !

    Et alors si on oublie ce petit détail là comme beaucoup (prière d'attendre la Visite suivante) et si on prend tout le reste des consignes comme s'il ne devait plus jamais y   avoir d'autres visites, alors on se fourvoie gravement, on s'écarte de l'Evangile en fait pour tomber dans un certain nombre de désordres dont le pharisaïsme est un des moins graves ou l' un des plus graves, comme vous voulez, ça dépend du degré de pharisaïsme.

    Nous ne provoquons pas une visite de Dieu. Et tout ce qui nous est demandé de faire n'a pas d'autre sens, en fin de compte, que de nous préparer à entendre de nouveau frapper à la porte et à ouvrir aussi promptement que possible. Ca n'a pas d'intérêt (toutes les pratiques) en dehors de cette perspective là.

    Je prends l'exemple de quelqu'un qui connaît ce que j'appelerais la "première conversion", quelqu'un qui a reçu ce choc (car justement toute visite de Dieu est un choc), quelqu'un qui a reçu ce choc de découvrir qu'il ne s'appartenait pas. Comme le dit à peu près Tagore : j'ai découvert d'abord que la vie était "joie", puis j'ai découvert que la vie était "service" et j'ai découvert ENFIN que le service était la joie. Découvrir cette vérité du service. Quelqu'un qui reçoit ce choc de comprendre qu'il faut que tout passe au service de Dieu avec le même absolu, même beaucoup plus absolu  que la vie de quelqu'un qui s'engage dans la vie militaire ou quelque chose comme ça...Bon, je suppose quelqu'un qui comprenne ça. Un peu comme ce que les apôtres ont compris quand le Christ les a regardés en disant "viens et suis-moi"  Et bien si ce quelqu'un s'imagine que c'est fini, qu'il n'a plus qu' à faire des progrès, faire les choses de mieux en mieux, être de plus en plus fidèle à l'appel qu'il a entendu, être de plus en plus fidèles  à l'idéal qu'il a entrevu, si quelqu'un  s'imagine cela, qu'il n'a rien d'autre à faire qu'à progresser et qu'il n'y a plus à être bouleversé une deuxième fois, une troisième.... eh bien il se met en situation presque infaillible de résister à la Visite suivante, en tout cas, au moins, de ne pas s'y préparer puisqu'il ne soupçonne pas que des visites il risque d'y en avoir d'autres et probablement de leur résister, parce que le propre d'une visite c'est d'être imprévu et d'être, quand il s'agit d'une visite de Jésus-Christ,  bouleversante : on ne sait pas ce qui va se passer, tout est remis en question, tout est remis en cause et surtout et d'abord notre programme de vie.

    Vous vous demandez peut-être à première vue comment le fait de servir Dieu par-dessus toutes choses, de Le servir totalement, corps et âme, comment ce programme-là peut être remis en cause. Eh bien, malgré tout ce programme s'effondrera lui aussi...je vais jusque là. Je ne dis pas dans sa substance profonde ; il est bien clair que nous ne cesserons pas de comprendre qu'il faut servir Dieu, tout à fait d'accord.  Mais ce que nous appelons "servir Dieu", ce que nous croyons avoir compris de ce qui s'appelle "le service de Dieu" : si nous sommes fidèles, si nous sommes ses serviteurs  : heureux ces serviteurs qui ne laissent pas le Maître frapper [à la porte de leur coeur] pendant trois mois, trois ans ou trente ans, tout en s'occupant bien (je m'occupe de vous, je fais le service, je fais ce qu'il faut, je travaille bien pour vous :  j'évangélise, je mets toutes mes forces au service de l'Eglise, du Royaume des cieux....) Mais le Seigneur à ce serviteur dira : " je frappe à la porte de ton coeur et tout ça c'est bien intéressant mais j'ai autre chose à te dire". Et le serviteur de lui répondre : "mais enfin : qu'est-ce qu'il faut faire ? Dans le programme que vous m'avez tracé qu'est-ce qu'il peut y avoir de nouveau ? Parce que le programme que vous m'avez tracé, moi je m'y tiens ! Et le Seigneur de lui répondre : "Justement, non.  J'ai autre chose à te dire" . Eh bien si quelqu'un laisse le Seigneur entrer, il fait partie de ces serviteurs heureux..qui ouvrent la porte aussitôt  que leur Maître se présente. Vous connaîtrez, nous connaîtrons tout un bouleversement, toute une refonte de notre manière non seulement de nous appuyer plus ou moins sur la grâce, mais de notre conception même de la vie chrétienne.

    Prenez l'exemple de Pierre, au moment de sa trahison...   

      à suivre...prochain post

     

  • Le troisième oeil

    [15]

    Quand Dieu créa l'homme, il lui donna deux yeux pour apercevoir et un oeil pour voir. Les yeux pour apercevoir, il les plaça de part et d'autre des fosses nasales, dans des orbites. L'oeil pour voir, il le plaça dans un trou, au sommet de la tête. Quand il pleuvait, l'eau stagnait dans le trou et empêchait l'oeil de voir. Dieu enleva l'oeil pour voir et reboucha le trou avec un os en forme de feuille. C'est le reste de ce trou que nous apercevons au sommet de la tête des bébés et des vieillards. Il alla le placer plus bas, à l'opposé du menton. mais voilà, quand l'homme s'adossait à son mur pour manger son maïs, l'oeil pour voir ne voyait plus. Pire, quand il tombait à la renverse, l'oeil s'emplissait de cailloux, changeait de couleur et se déformait chaque fois un peu plus. Dieu enleva l'oeil pour voir et reboucha l'endroit avec un os en forme de cailloux. C'est cette proéminence au milieu des pentes de la tête qui est devenue la nuque.

    Finalement Dieu résolut de cacher l'oeil pour voir au fond de l'homme, dans son coeur. Depuis ce jour, l'homme aperçoit les objets avec les yeux du visage mais il ne peut vraiment les voir qu'avec l'oeil du coeur. Depuis ce jour aussi, le trou qui, le premier, abrita l'oeil pour voir  ne cesse d'exprimer sa nostalgie mais aussi son inquiétude en des pulsations répétées : " Viens ! Reste ! Viens ! Reste ! " 

    Quand la nostalgie devient incoercible, l'ancien trou se soulève dans un grand " Viens !" et l'oeil fait son passage pour rejoindre Celui qui l'avait façonné et placé dans le coeur pour voir. 

    François-Xavier DAMIBA - Dieu n'est pas sérieux - Ed Harmattan, 1999

     

    [François-Xavier Damiba, prêtre diocésain, né à Koupéla au Burkina Fasso. Recteur du grand séminaire de Ouagadougou depuis 1997]