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Psaume 77

Introduction au psaume :

Lui cependant faisait miséricorde.


La rencontre fortuite du numéro de ce psaume, dans le texte de la Vulgate, avec un mot de l'Évangile, impose aussitôt l'évidence que la parole de Jésus donne la clé de ce long poème, et lui confère en même temps tout son sens et toute sa grandeur.
« Jusqu'à combien de fois doit-on pardonner ? Faut-il aller jusqu'à sept fois ? » demande Pierre, pour qui c'est aller déjà trop loin dans la générosité. « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, répond Jésus, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18,22).
À première vue il y a une monotonie lassante dans ce récit où se succèdent identiques et se répètent les cinq temps de l'histoire du peuple de Dieu face à son Seigneur : Dieu donne ; le peuple ingrat se révolte ; Dieu punit ; le peuple se repent et supplie ; Dieu pardonne.

Ainsi va la vie de l'homme en face de Dieu : au mystère de nos inlassables infidélités répond la folle bonté et le pardon inlassable de Dieu.

L'histoire continue. Vus à partir de nos vies, traduits dans la langue de nos propres existences, ces « gestes de Dieu » remplissent l'âme de gratitude et nous disent notre devoir.

Pécheurs nous seront encore, et Dieu nous pardonnera.

Sachons du moins en tirer la leçon pour pardonner à notre tour, car « c'est la miséricorde qui n'a rien à craindre du jugement » (Jc 2,13)

 

 

 

 

 

 

Ecoute ma loi, ô mon peuple,

tends l'oreille aux paroles de ma bouche.

J'ouvrirai la bouche pour une parabole,

je publierai ce qui fut caché dès l'origine.

 

Nous avons entendu et nous savons

ce que nos pères nous ont raconté ;

nous le redirons à l'âge qui vient,

sans rien cacher à nos descendants :

les titres de gloire du Seigneur,

sa puissance et les merveilles qu'il a faites.

 

Il fixa une règle en Jacob,

il établit en Israël une loi,

loi qui ordonnait à nos pères

d'enseigner ces choses à leur fils,

pour que l'âge suivant les connaisse,

et leur descendance à venir.

 

Qu'ils se lèvent et les racontent à leurs fils

pour qu'ils placent en Dieu leur espoir

et n'oublient pas les exploits du Seigneur

mais observent ses commandements.

 

Qu'ils ne soient pas, comme leurs pères,

une génération indocile et rebelle,

génération de cœurs inconstants

et d'esprits infidèles à Dieu.

 

Les fils d'Éphraïm, archers d'élite,

se sont enfuis, le jour du combat :

ils n'ont pas gardé l'alliance de Dieu,

ils refusaient de suivre sa loi ;

ils avaient oublié ses exploits,

les merveilles dont ils furent les témoins.

 

Devant leurs pères il accomplit un miracle

en Égypte, au pays de Tanis :

il fend la mer, il les fait passer,

dressant les eaux comme une digue ;

le jour, il les conduit par la nuée,

et la nuit, par la lumière d'un feu.

 

Il fend le rocher du désert,

les désaltère aux eaux profondes ;

de la roche, il tire des ruisseaux

qu'il fait dévaler comme un fleuve.

 

Mais ils péchaient encore contre lui,

dans les lieux arides ils bravaient le Très-Haut ;

ils tentaient le Seigneur dans leurs cœurs,

ils réclamèrent de manger à leur faim.

 

Ils s'en prennent à Dieu et demandent :

« Dieu peut-il apprêter une table au désert ?

Sans doute, il a frappé le rocher :

l'eau a jailli, elle coule à flots !

Mais pourra-t-il nous donner du pain

et procurer de la viande à son peuple ? »

 

Alors le Seigneur entendit et s'emporta,

      il s'enflamma de fureur contre Jacob, *

sa colère monta contre Israël.

car ils n'avaient pas foi en Dieu,

ils ne croyaient pas qu'il les sauverait.

 

Il commande aux nuées là-haut,

il ouvre les écluses du ciel :

pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,

il leur donne le froment du ciel ;

chacun se nourrit du pain des Forts,

il les pourvoit de vivres à satiété.

 

Dans le ciel, il pousse le vent d'est

et lance le grand vent du midi.

Sur eux il fait pleuvoir une nuée d'oiseaux,

autant de viande que de sable au bord des mers.

 

Elle s'abat au milieu de leur camp

tout autour de leurs demeures.

Ils mangent, ils sont rassasiés,

Dieu contentait leur envie.

 

Mais leur envie n'était pas satisfaite,

      ils avaient encore la bouche pleine, *

quand s'éleva la colère de Dieu :

il frappe les plus vaillants d'entre eux

et terrasse la jeunesse d'Israël.

 

Et pourtant ils péchaient encore,

ils n'avaient pas foi en ses merveilles.

D'un souffle il achève leurs jours,

et leurs années en un moment.

 

Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient,

ils revenaient et se tournaient vers lui :

ils se souvenaient que Dieu est leur rocher,

et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.

 

Mais de leur bouche ils le trompaient,

de leur langue ils lui mentaient.

Leur coeur n'était pas constant envers lui ;

ils n'étaient pas fidèles à son alliance.

 

Et lui, miséricordieux,

au lieu de détruire, il pardonnait ;

maintes fois, il retint sa colère

au lieu de réveiller sa violence.

Il se rappelait : ils ne sont que chair,

un souffle qui s'en va sans retour.

 

Que de fois au désert ils l'ont bravé,

offensé dans les solitudes !

De nouveau ils tentaient Dieu,

ils attristaient le Saint d'Israël.

Ils avaient oublié ce jour

où sa main les sauva de l'adversaire.

 

Par ses signes il frappa l'Égypte,

et le pays de Tanis par ses prodiges.

Il transforme en sang l'eau des fleuves

et les ruisseaux, pour qu'ils ne boivent pas.

Il leur envoie une vermine qui les ronge,

des grenouilles qui infestent tout.

 

Il livre les récoltes aux sauterelles

et le fruit de leur travail aux insectes.

Il ravage leurs vignes par les grêlons

et leurs figuiers par le gel.

 

Il abandonne le bétail à la grêle

et les troupeaux à la foudre.

Il lâche sur eux le feu de sa colère,

      indignation, fureur, effroi, *

il envoie des anges de malheur.

 

Il ouvre la route à sa colère,

      il abandonne leur âme à la mort, *

et livre leur vie à la peste.

Il frappe tous les fils aînés de l'Égypte,

sous les tentes de Cham, la fleur de sa race.

 

Tel un berger, il conduit son peuple,

il pousse au désert son troupeau.

Il les guide et les défend, il les rassure ;

leurs ennemis sont engloutis par la mer.

 

Il les fait entrer dans son domaine sacré,

la montagne acquise par sa main.

Il chasse des nations devant eux,

      il délimite leurs parts d'héritage *

et il installe sous leurs tentes les tribus d'Israël.

 

Mais ils bravaient, ils tentaient le Dieu Très-Haut,

ils refusaient d'observer ses lois ;

ils déviaient comme leurs pères, ils désertaient,

trahissaient comme un arc infidèle.

Leurs hauts lieux le provoquaient,

leurs idoles excitaient sa jalousie.

 

Dieu a entendu, il s'emporte,

il écarte tout à fait Israël ;

il quitte la demeure de Silo,

la tente qu'il avait dressée chez les hommes ;

il laisse capturer sa gloire,

et sa puissance par des mains ennemies.

 

Il livre son peuple à l'épée,

contre son héritage, il s'emporte :

le feu a dévoré les jeunes gens,

les jeunes filles n'ont pas connu la joie des noces ;

les prêtres sont tombés sous l'épée,

les veuves n'ont pas chanté leur lamentation.

 

Le Seigneur, tel un dormeur qui s'éveille,

tel un guerrier que le vin ragaillardit,

frappe l'ennemi à revers

et le livre pour toujours à la honte.

 

Il écarte la maison de Joseph,

ne choisit pas la tribu d'Éphraïm.

Il choisit la tribu de Juda,

la montagne de Sion, qu'il aime.

Il a bâti comme le ciel son temple ;

comme la terre, il l'a fondé pour toujours.

 

Il choisit David son serviteur ;

il le prend dans les parcs à moutons ;

il l'appelle à quitter ses brebis *

pour en faire le berger de Jacob, son peuple,

      d'Israël, son héritage.

 

Berger au coeur intègre,

sa main prudente les conduit.

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