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07 Jean-Baptiste : avant-coureur du Christ

Par-dessus tout, Jean-Baptiste reste le précurseur. Il est l'avant-coureur et le héraut d'un Autre. Il met les esprits en suspens ; il provoque dans le peuple une espérance religieuse, une attente pleine de ferveur. Luc dépeint cette situation dans le passage qui continue celui que nous venons de lire . Il écrit :

 

 

 

Le peuple était d'ailleurs dans l'attente. Et tous se demandaient dans leurs cœurs, à propos de Jean, s'il ne seraient pas le Christ. Dans ces conditions, il déclara, lui Jean, s'adressant à tous : "Moi, c'est dans l'eau que je vous baptise. Mais il vient Celui qui est plus fort que moi, et je ne suis seulement pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu. Il a aussi le van à la main pour nettoyer son aire et ramasser le froment dans son grenier ; mais il brûlera la balle au feu qui ne s'éteint pas. Il multipliait ces sortes d'exhortations, et d'autres encore, et c'est ainsi qu'il évangélisait le peuple." (Luc 3,15-18)

   Cette mission de Jean présage en effet quelque chose. Le peuple s'attend à des graves événements religieux. Au fond de son coeur, chacun se demande même si Jean n'est pas le Christ, ou s'il ne sera pas le Christ. Ainsi, non seulement l'espérance messianique reçoit de la prédication de ce prophète un élan nouveau, mais il arrive même qu'elle se concrétise autour de la mission et dans la personne de ce saint prophète. C'est alors que sa parole éclate en de vibrantes déclarations. Les quatre évangélistes ont rapporté à l'envi ces heureuses formules, rythmées et imagées, par lesquelles le précurseur exprime avec tant de sincérité son effacement devant " Un plus fort que lui". Il dit : " Moi, je vous ai baptisé dans l'eau, Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu." Ce qui revient à dire : mon affaire n'est pas grand-chose à côté de la sienne ; mon baptême reste matériel, le sien sera doué d'une efficacité toute spirituelle ; le mien vous glace, le sien vous brûle : le feu dont il parle ici, c'est le feu de l'Esprit (Mc 1,8 // Mt 3,11 // Jn 1,33)

 

Le Précurseur dit encore : "Il vient derrière moi quelqu'un de bien plus fort que moi ; et ce n'est même pas à moi de me mettre à ses pieds pour délier la courroie de ses sandales." (Mc 1,7). Ce que Matthieu écrit un peu autrement (Mt 3,11)" Celui qui vient derrière moi est bien plus fort que moi ; et ce n'est même  pas à moi de porter ses sandales." 

Luc nous l'avons lu, à écrit comme Marc et non comme Matthieu cette admirable déclaration enveloppée d'un certain mystère, mais toute pénétrée d'humilité. Jean-Baptiste est obligée, pour définir sa position vis-à-vis de celui qu'il annonce, de mettre en jeu tout ce qu'il y a d'infime dans l'ordre des relations humaines. Celui qui vient est un très grand seigneur. Or, un grand seigneur a des esclaves qui lui portent ses sandales lorsqu'il veut se délasser en route, ou les lui ôtent pour lui laver les pieds lorsqu'il arrive de route. Eh bien ! dit Jean, je ne suis pas seulement digne de faire cela. C'est une manière de dire : je ne suis qu'un tout petit personnage à côté de lui, et en comparaison de lui je n'existe pas. Un pareil aveu est très émouvant, et d'une beauté morale insigne. 

 

   Luc observe que les auditeurs de Jean-Baptiste ne posent pas ouvertement  le problème du Christ : ils ne prononcent le nom que dans leurs cœurs (cf. Lc 3,15). Sans doute, ils doivent cette réserve à l'exemple même du prophète. Lui, Jean, ne prononce pas nom plus le nom ouvertement. Ce nom fait rêver les Israélites : il risque d'exciter les nationalistes ; l'usage en est plein de péril, à cause de tous les malentendus qu'il peut susciter ou entretenir. Le précurseur est trop spirituel pour ne pas s'en rendre compte. Il apporte à dire qu'il n'est pas le Christ la même discrétion que Jésus mettra à dire qu'il est le Christ, et pour les mêmes raisons.

 

D'après l' Evangile de Jean, le Baptiste ne prononce le nom que devant les chefs juifs, sous une sommation officielle de leur part ; et devant ses plus intimes disciples, dont il connaît l'élévation d'esprit et qui sont dans une grandeur d'âme pareille à la sienne. Il y a comme une gradation de son témoignage, suivant qu'il l'adresse aux foules, aux autorités ou à ses disciples. Jean l'évangéliste fait voir clairement cette gradation. Pour le moment, bornons-nous à remarquer que, même dans le dernier évangile, l'expression qui est d'abord sur les lèvres de Jean-Baptiste est ce mot mystérieux : " Celui qui vient "  Cette expression a été comme un des noms du Messie, au moins parmi les auditeurs et les disciples du précurseur. Un jour, celui-ci fera demander à Jésus : " Es-tu Celui-qui-vient? " (Mt 11,3 // Lc 7,18)

Le quatrième évangile rapporte fidèlement cette manière de dire, et les autres que nous avons déjà recueillies sous la plume des synoptiques. Nous retrouvons chez lui les lui les plus mémorables déclarations du Baptiste. Par exemple celles-ci : 

(Jn 1, 15.26.30.33) :

" C'est de Lui que je disais constamment : Celui qui vient derrière moi à sa place tout à fait devant moi parce que bien avant moi Il existait. 

Moi, je baptise dans l'eau ; au milieu de vous se tient Quelqu'un que vous ne connaissez pas : c'est Celui qui vient derrière moi, et pourtant moi avec lui je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. 

Moi non plus, je ne le connaissais pas, mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, c'est lui qui m'a dit : Celui sur qui tu auras vu l'Esprit descendre et demeurer c'est Lui qui baptise dans l'Esprit-Saint. "

 

 

A suivre…

P.-R. Bernard,  O.P - Le Mystère de Jésus - Salvator, 1967 

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