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Comment prier le Rosaire (1)

Le texte qui suit a été écrit par le père Romano Guardini. Nous pouvons trouver quantité de livres, brochures sur le Rosaire ou la prière du chapelet mais d'inégale qualité.

Parmi les textes de qualité il faut recommander le travail de l'abbaye  de Chambarand qui a édité toute une série de livrets sur le rosaire médité  comme celui-ci : http://chambarand.fr/wp-content/uploads/Couv-Therese-pub-pour-envoi1.jpg

Le mois d'octobre est traditionnellement consacré à la prière du Rosaire. C'est pour cette raison que le site "Traversées christiques" vous propose des textes de grande qualité sur ce chemin de spiritualité.  

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Commençons par ce qui, dans le rosaire, étonne d'abord. 

Pour cette prière, on se sert d'un secours extérieur : un cordon ou une chaîne avec des grains. Quelques-uns de ceux-ci sont plus gros que les autres, ou du moins en sont-ils plus nettement séparés. Dix petits grains et un grain plus gros forment une "dizaine". 

La chaîne entière comprend cinq dizaines semblables. Elles sont précédées d'une sorte d'introduction formée par une petite croix que suivent un grain plus gros et trois petits. 

Pour être complet et à l'intention de ceux qui n'ont aucune idée de cette pratique, ajoutons encore qu'il existe aussi d'autres formes de rosaire avec d'autres divisions, mais qui sont en usage en certains lieux seulement.

Disons en outre que le chapelet a reçu, même extérieurement, des formes variées, parfois très belles et très précieuses, comme il est d'usage pour les objets que l'on honore et que l'on aime. Ce peut être quelque chose de très vénérable et en même temps de doux au cœur qu'un tel chapelet ancien, d'un beau travail, dont l'aspect montre que chaque génération en a fait usage et l'a transmis à l'autre. 

 

 

Celui qui prie fait glisser les grains entre ses doigts. Sur la petite croix, il récite d'abord le Credo ; sur chaque petit grain, l'Ave Maria ; sur le grain plus gros qui précède les dix grains ordinaires, le Notre Père ; après chaque dizaine, la doxologie : "Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit, comme il était au commencement maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen." La prière commence et finit par le signe de croix

Que signifie cette pratique  ? Ce "moulin à prières ", comme disent les critiques, n'est-il pas en soi déjà une preuve qu'il s'agit là d'une dévotion de qualité inférieure ? d'une chose matérielle qui contredit absolument l'enseignement du Christ : " Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité " (Jn 4,24) ?

Prier signifie s'entretenir avec Dieu. Cet entretien est vie. 

Mais les manifestations de la vie ne se ramènent pas toutes à la même forme. Il n'existe pas de prescription quant au mode de la prière. La révélation nous dit qui est Dieu, qui nous sommes, et dans quelles dispositions nous devons approcher de Dieu - mais elle ne nous dit pas de quelle manière particulière il convient que nous nous mettions en sa présence et demeurions devant lui. 

Même des paroles comme celles d'  "esprit " et de " vérité " ne nous renseignent pas sans compter que, la plupart du temps, elles sont mal comprises ; car " esprit et vérité " ne sont pas en contradiction avec "forme et mode extérieur". " Esprit" ne signifie pas "pensée", mais Esprit-Saint, l'Esprit qui a enveloppé le Christ de sa puissance  et qui, depuis la Pentecôte, dirige l'histoire chrétienne.

Et "vérité " signifie non pas une profondeur de sentiments désincarnés, mais la relation vivante dans laquelle le Christ nous a mis avec le Père. Même dans la forme de prière la plus mécanique en apparence, cette relation peut être maintenue et cet Esprit régner, de même qu'ils peuvent être absents de n'importe quelle forme de prière, fût-ce la plus spirituelle et la plus intérieure en apparence.

Il est une forme de prière dans laquelle l'homme exprime devant Dieu un besoin ou un état d'âme : demande, action de grâces, repentir. Il lui faut s'en acquitter avec sincérité, convenablement, et ses paroles doivent aller aussi loin que la nécessité intérieure qui les commande.

C'est ici que trouve sa place l'exhortation de Jésus à ne pas prononcer trop de paroles. Si quelqu'un pense que, répétée dix fois, sa prière sera plus sûrement exaucée, il se comporte, selon la parole du Seigneur, "comme les païens", mais si son besoin intérieur réclame une expression, il peut en toute tranquillité la renouveler dix fois, cent fois.

Tout le temps que le mouvement du cœur la porte, la prière reste bonne ; c'est aller au delà seulement qui est mauvais. Ou, plus exactement : est mauvais à priori  ce qui se présente devant Dieu d'une manière qui ne convient pas ; car ce qui est défectueux dans " ce  que marmonnent les païens ", ce n'est pas seulement la cinquième ou la dixième répétition, mais bien le début lui-même, parce que l'on s'est adressé non pas au Créateur et au Seigneur du monde, mais à "un Dieu" que, malgré  toute sa majesté, on importune comme un être humain, afin qu'il fasse ce que l'on veut. 

Cependant, il existe aussi une autre prière qui ne consiste pas à dire simplement "ce que l'on a sur le cœur", mais à demeurer en présence de Dieu.  Cette prière tend à employer toujours moins de paroles, non parce qu'elle s'épuise à parler, mais parce que, au fond, et par sa nature même, elle ne s'accommode pas de paroles. Peut-être répète t-elle sans cesse la même chose : pensons, par exemple, à saint François d'Assise passant des nuits  entières à répéter : " Mon Dieu, et mon tout !" Finalement, cette formule tombera elle aussi, et, ainsi que le disent les maîtres de spiritualité, l'âme entrera dans  l'union "sans  modes" Dans cette prière, la parole a uniquement pour tâche d'aider dans son progrès le mouvement intérieur et elle disparaît une fois l'objectif atteint. 

Il existe enfin une troisième sorte de prière . Il s'agit là encore, de demeurer en présence de Dieu, il s'agit d'un office accompli devant sa Face, d'un recueillement et d'un apaisement intérieurs, de telle sorte cependant que la parole devient, pour ainsi dire, le lit du fleuve dans lequel s'écoule la prière, et la force qui la maintient en mouvement . Ce ne seront pas alors des mots toujours  nouveaux qui se présenteront, mais les mêmes qui reviendront sans cesse. Bien plus : la répétition  sera précisément la forme  extérieure de la prière ; elle aura pour but de rendre de plus en plus paisible et plus intense le mouvement intérieur de celle-ci. Les litanies, par exemple, sont de cette nature, avec leurs invocations et leurs demandes nombreuses qui se présentent de la même façon et dans lesquelles la pensée ne se meut que lentement. La pratique des psaumes, avec une invocation nommée "antienne" répétée chaque fois entre les versets, constitue une forme de prière analogue. Le chapelet et le rosaire appartiennent à ce mode de prière. On pourrait objecter que cette répétition aboutit à rendre machinal la prière. Il peut en être ainsi, naturellement ; c'est qu'alors on a suivi une mauvaise méthode et nous avons affaire à l'abus.  

Mais il ne faut pas qu'il en soit ainsi, car cette répétition a aussi un sens légitime. N'est-elle pas un élément de toute vie ? Les battements du cœur sont-ils autre chose qu'une répétition ? Toujours la même contraction et la même dilatation. Mais c'est ainsi que le sang circule dans le corps. La respiration est-elle autre chose qu'une répétition ? Toujours l'air qui entre et qui sort mais tel est le rythme de notre vie. Et toute notre existence n'est-elle pas régie, portée par l'alternance et un perpétuel retour ? Sans cesse le soleil se lève et se couche pour produire le jour et la nuit ; sans cesse recommence au printemps le grand cycle de la vie qui monte, atteint son sommet, puis décline. Qu'y a-t-il à objecter contre ces répétitions et tant d'autres ? 

Le Rosaire représente une forme déterminée de vie religieuse. Telle ou telle personne peut constater qu'elle ne lui convient nullement : c'est son affaire. Mais on n'a pas le droit de dire que cette prière n'a pas de sens  ou qu'elle n'est pas chrétienne, car par là on prouverait seulement qu'on ignore de quoi il s'agit. 

Quant au chapelet lui-même, il pour but de libérer l'esprit de certains efforts extérieurs d'attention. Un grain conduit celui qui prie au grain suivant. Leur nombre maintient les répétitions dans une mesure déterminée,  reconnue valable par une longue expérience. Si ces grains n'existaient pas, il faudrait veiller à ce qu'il n'y en ait ni trop ni trop peu, et il serait ainsi détourné de l'essentiel. Les grains nous en déchargent ; ils comptent à sa place....

Ainsi donc, malgré tout, une technique ?  

Certainement, mais toute vie n'inclut-elle pas des "techniques" ? De toutes choses, des choses spirituelles aussi, on dit qu'elles exigent d'être apprises. Mais on apprend par l'exercice, et que veut-on dire  par là, sinon que l'on crée des "techniques" grâce auxquelles une activité va "de soi", et que, pour parler plus exactement, les facultés et l'attention restent libres pour l'essentiel ? Tout le temps qu'on ne "sait" pas encore, il faut surveiller chaque acte au préjudice de l'essentiel ; dès que l'on sait, c'est-à-dire dès qu'une technique est maîtrisée, l'essentiel a conquis sa liberté. Les grains du chapelet n'ont pas d'autre sens. 

 

A suivre

Père Romano Guardini

 

 

 

 

                                                                   

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