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  • DSK et mes jeunes par le P. Guy Gilbert

     

    DSK et mes jeunes

    Mes jeunes connaissent arrestations, menottes et paniers à salades.

    Très jeunes ils y sont habitués. C’est parfois très valorisant pour eux, surtout quand leur

    interpellation est publique et se fait dans leurs quartiers.

    J’ai toujours eu une tendresse instinctive pour les puissants de la terre, qui chutent.

    Passer des palaces et des ors à un commissariat menottes aux poignets, dans le cas de

    DSK, c’est l’opprobre mondial, une honte planétaire.

    Quoi qu’il ait fait, je pense à ce qu’il représente pour sa famille, son parti et sa vie de

    responsable. C’est une grande souffrance.

    Comment peut-on afficher ainsi le visage de celui qui est d’abord «présumé innocent» ?

    C’est le système de communication américain. Et il est putride.

    Rien d’autre à ajouter.

    Les medias pourront en rajouter à l’infini.

    Notre solidarité pour la victime, s’il y en a une, est notre priorité absolue.

    Pour celui qui est tombé dans l’abîme, la seule réponse d’un chrétien est la prière et la

    méditation de cette phrase :

    « On est toujours plus grand que ses fautes ».

     

    Guy Gilbert

     

  • La Foi est-elle une morale ? (1)

    [90]

    La foi est-elle une morale ? Cette question surgit en nous à la vue d'un double phénomène :

    a) D'abord ce que nous avons provisoirement appelé l'ère "post-chrétienne". Pendant vingt siècles, dans une bonne partie du monde, la diffusion de l' Evangile et l'implantation de l'Eglise ont fini par imprégner la conscience humaine, jusqu'à l'accoutumer à des réactions dont on peut dire, pour certaines d'entre elles du moins (goût de la liberté, sens de l'homme), qu'elles sont entrées dans les moeurs ; ce, nonobstant les nombreux accrocs que l'on peut consatater, y compris dans l'Eglise; Or, ainsi que nous l'avons dit, cette éducation morale s'avère ne pas correspondre à une éducation théologale ; bien plus : la réussite éthique de l'évangélisation semble tourner parfois en obstacle à l'Evangile, c'est-à-dire à la conversion effective. Un fleuve puissant a déposé de bienfaisantes alluvions pendant deux millénaires, et voilà que le cours de ses eaux s'en trouve détourné.

    b) Ensuite, l'aveu d'un moralisme, qui sévit jusqu'à l'intérieur de l'Eglise. Il est clair que nous reprochons vivement aux éducateurs qui nous ont précédés d'avoir, en guise de christianisme, enseigné une pure morale, affreusement individuelle de surcroît, avec le culte pharisien de la bonne conscience. Un culte plus une morale étriquée, c'est cette religion stérile que Gaudium et spes (43 § 1) stigmatise chez certains fidèles... Depuis, nous avons réagi vivement ; mais les plus lucides savent bien que le coup de barre bénéfique donné en direction du social, loin de liquider le moralisme en question, l'a simplement fait changer de terrain et d'échelle : l'altruisme ne suffit pas à rendre l'homme théologal. Et le regain d'affection pour l'Ecriture laisse entier le problème de son utilisation : que demande-t-on au texte ? La conversion au Royaume à vie perdue, ou bien la solution immédiate du cas de conscience, à moins que ce ne soit la bénédiction de la solution déjà adoptée ? La généralisation de l'homélie, alliée au désir très légitime de coller au réel, fait de cette question un tourment hebdomadaire pour le prêtre : peut-on demander à l'Evangile du prêt-à-porter moral ? S'y trouve t-il une éthique sociale, opposable aux autres projets humains, en particulier une "politique" ? ... Toutes choses qui appellent une clarification.

    1. Le christianisme n'est pas d'abord une morale

    Cela, pour plusiers raisons :

    A) La Parole de Dieu interpelle l'homme non pas au simple niveau de son agir, mais au plus profond de son "coeur", véritable enjeu du Royaume.

    Même si elle déclenche un "Que nous faut-il faire ?" (Lc 3,10) qui inverse la pente d'une vie pécheresse, la prédication exige avant tout une prise de position envers Jésus-Christ lui-même (Mt 16,15). Il en résulte non pas tant des devoirs particuliers qu'une disponibilité inconditionnelle à se laisser mener par un Autre (Jn 21,18), parce qu'il a aimé le premier (1 Jn 4,19) et s'est livré pour nous (Gal 2,10). Pour cette raison, le croyant se trouve d'abord comme Paul sur le chemin de Damas, immobilisé dans l'écoute   de son Seigneur, avant d'être propulsé sur les chemins du service. Il y a, à la racine de l'attitude chrétienne, une situation silencieusement auditive, en présence d'un Evénement sur l'échéance duquel nul n'a de prise, et qui atteint l'homme dans le sanctuaire même de sa liberté. La chose  est claire pour les apôtres, dont la foi, nous l'avons vu, demeure normative pour toute l'Eglise : le Christ ne leur présente pas d'abord une profession bien définie, avec des activités prospectivement établies et moralement réglées : il leur demande de Le suivre, de marcher avec Lui. Ce faisant, il réclame pour Lui ce qui est le propre de Dieu lui-même : émettre une Parole seigneuriale qui peut exiger de l'homme la remise de cette chose unique : sa vie. Il faudra assurer la permanence de cet événement.

    B) La foi intime bien une obéissance, mais celle-ci n'est pas d'abord d'ordre moral. [92]

    L'obéir qui découle de l'ouïr ne se confond pas avec aucun des préceptes particuliers de notre vie chrétienne : il en transcende la série. C'est pour ne l'avoir pas aperçu que bien dres croyants posent incessamment le faux problème bien connu : " est-ce qu'on s'engage pour Dieu, ou bien pour les autres ?"  Comme si "la foi qui opère par la charité" (Gal 5,6) faisait nombre avec nos motivations morales ; comme si l'amour de Dieu et l'amour du prochain se juxtaposaient et se limitaient mutuellement, au point de nous forcer à choisir entre eux deux. Non : la charité est une plénitude englobante (Rom 13, 8-10). D'ailleurs, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que l'obéissance de la foi est moins l'asservissement à une loi que la liberté envers toute loi : le croyant accepte la coulée brûlante de l'Esprit au creux de son coeur (Rom 5,5) , et c'est cette brûlure qui va provoquer en lui l'exigence, bien au-delà de toutes les codifications étriquées. On n'a jamais fini d'aimer. Il serait désastreux de s'éprendre de l'Evangile en l'interprétant comme un Ancien Testament, comme si le Christ, au lieu de nous libérer de la loi, en avait refondu une nouvelle édition revue et corrigée.

    C) Le chrétien se caractérise par la vie dans l'Esprit, non par la vie morale.

    La différence est de taille. La vie morale s'interroge sur le bien et le mal. La vie spirituelle, considérant le précepte comme une simple limite par en-bas, comme une cote d'alerte signalant un danger dans l'amour, comme un seuil au-delà duquel la charité se trouve certainement entamée, s'avance bien au-dessus de ce "minimum vital", qui est plutôt une frontière de mort. Elle progresse dès lors dans une région où n'existe pas de viabilité, et où elle doit, parmi les multiples possibilités de bien faire, se tracer le chemin rigoureusement inédit où il plaît à Dieu de la voir marcher en sa présence. Deux vies, deux esprits : la morale veut "bien faire" ; la vie spirituelle cherche à "plaire à Dieu" (Rom 12,1 sv), ce qui est précisément le sacerdoce baptismal. [93]

    Une comparaison peut aider à comprendre : pour faire une pièce musicale, une fugue par exemple, il faut commencer par étudier un traité de composition, et choisir une tonalité ; pourtant, en ré majeur, et en respectant l'art de la fugue, je puis imaginer des milliers de possibilités ; le chef-d'oeuvre relève, par-delà toute technique et toute correction, de l'inspiration personnelle survenant à un moment donné et par laquelle on se laisse prendre. C'est très exactement cela, la vie spirituelle : non pas contre la morale, mais au-delà. Comme l'a écrit magnifiquement le père G. Duvoisin : " La consécration de soi-même à l'oeuvre du Royaum est... une démission de soi ; elle exprime le passage qui s'accomplit d'une vie à dominante morale à une vie spirituelle : on n'est pas seulement soucieux de bien agir et d'être dévoué à la tâche, dans une action dont on demeure finalement le maître, mais on reçoit cette action du Seigneur, par son Esprit, dans son Eglise, à travers les hommes et les événements intérieurs et extérieurs : comme à la fois ce qui nous configure davantage au Verbe incarné, et nous met plus totalement et efficacement au service de l'Eglise." Tout y est. 

                                                                A suivre...

    André Manaranche - Je crois en Jésus-Christ aujourd'hui -Seuil, 1968  

  • Un coeur nouveau

     A l'occasion de la béatification de Jean-Paul II, je mets en ligne cette belle homélie donnée à Paray-le-Monial, petite ville de Bourgogne où le Christ a révélé les trésors de son Coeur à sainte-Marguerite-Marie. Jean-Paul II effectuait une étape dans un pèlerinage qui l'avait conduit à Lyon, Taizé, Paray, Ars.

     

     

    " Je vous donnerai un coeur nouveau..." (Ez 36,26)

    1. Nous nous trouvons en un lieu où ces paroles du prophète Ezéchiel retentissent avec force. Elles ont été confirmées ici par une servante pauvre et cachée du Coeur divin de Notre Seigneur : sainte Marguerite-Marie. Bien des fois, au cours de l'histoire, la vérité de cette promesse a été confirmée par la Révélation, dans l'Eglise, à travers l'expérience des saints, des mystiques, des âmes consacrées à Dieu. Toute l'histoire de la spiritualité chrétienne en témoigne : la vie de l'homme croyant en Dieu, tendu vers l'avenir par l'espérance, appelé à la communion de l'amour, cette vie est celle de l'homme "intérieur". Elle est illuminée par la vérité admirable du Coeur de Jésus qui s'offre lui-même pour le monde.

    Pourquoi la vérité sur le Coeur de Jésus nous a-t-elle été confirmée singulièrement ici, au XVII e siècle, comme au seuil des temps modernes ?

    Je suis heureux de méditer ce message en terre de Bourgogne, terre de sainteté, marqué par Cîteaux et Cluny, où l'Evangile a modelé la vie et l'oeuvre des hommes.

    Je suis heureux de redire le message de Dieu riche en miséricorde dans le diocèse d'Autun qui m'accueille. Je salue cordialement Monseigneur Armand le Bourgeois, pasteur de cette Eglise, et son auxiliaire Monseigneur Maurice Gaidon. Je salue les représentants des Autorités civiles, locales et régionales. Je salue tout le peuple de Dieu ici rassemblé, les travailleurs de la terre et ceux de l'industrie, les familles, en particulier les associations qui animent leur vie chrétienne, les séminaristes qui commencent leur marche vers le sacerdoce, les pèlerins du Sacré-Coeur, notamment la Communauté de l'Emmanuel très attachée à ce lieu, ainsi que tous ceux qui viennent ici affermir leur foi, leur esprit de prière et leur sens de l'Eglise, dans les sessions d'été ou d'autres démarches communautaires.

    Et je voudrais être proche aussi de toutes les personnes qui, grâce à la télévision, suivent dans leur foyer cette célébration.

    2. " Je vous donnerai un coeur" : Dieu nous le dit par le prophète. Et le sens s'éclaire par le contexte. "Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés" (Ez, 36,25). Oui, Dieu purifie le coeur humain. Le coeur, créé pour être le foyer de l'amour, est devenu le foyer central du refus de Dieu, du péché de l'homme qui se détourne de Dieu pour s'attacher à toutes sortes d'idoles. C'est alors que le coeur est "impur". Mais quand le même lieu intérieur de l'homme s'ouvre à Dieu, il retrouve la "pureté" de l'image et de la ressemblance imprimées en lui par le Créateur depuis le commencement. 

    Le coeur, c'est aussi le foyer central de la conversion que Dieu désire de la part de l'homme et pour l'homme, pour entrer dans son intimité, dans son amour. Dieu a créé l'homme pour qu'il ne soit ni indifférent, ni froid, mais ouvert à Dieu. Comme elles sont belles les paroles du prophète : "J'enlèverai votre coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair" (Ez 36,26) ! Le coeur de chair, un coeur qui a une sensibilité humaine et un coeur capable de se laisser saisir par le souffle de l'Esprit Saint.

    C'est là ce que dit Ezéchiel : " Je vous donnerai un coeur nouveau, je  mettrai en vous un esprit nouveau...mon esprit" (Ez 36,26-27)

    Frères et Soeurs, que chacun d'entre nous se laisse purifier et convertir par l'Esprit du Seigneur ! Que chacun d'entre nous trouve en lui une inspiration pour sa vie, une lumière pour son avenir, une clarté pour purifier ses désirs !

    Aujourd'hui, je voudrais annoncer particulièrement aux familles la bonne nouvelle du don admirable : Dieu donne la pureté du coeur, Dieu permet de vivre un amour vrai ! 

    3. Les paroles du prophète préfiguraient la profondeur de l'expérience évangélique. Le salut à venir est déjà présent.

    Mais comment l'Esprit viendra-t-il dans le coeur des hommes ? Quelle sera la transformation  tant désirée par le Dieu d'Israël.

    Ce sera l'oeuvre de Jésus-Christ : le Fils éternel que Dieu n'a pas épargné, mais qu'il a donné pour nous tous, pour nous donner toute grâce avec lui (cf. Rm 8,32), pour nous offrir tout avec lui !

    Ce sera l'oeuvre étonnante de Jésus. Pour qu'elle soit révélée, il faudra attendre jusqu'à la fin, jusqu'à sa mort sur la Croix. Et lorsque le Christ "a remis" son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23,46), alors se produit cet événement : " Des soldats vinrent...ils vinrent à Jésus et voyant qu'il était déjà mort...un des soldats avec sa lance lui perça le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau" (Jn 19,32-34).

    L'événement paraît "ordinaire". Sur le Golgotha, c'est le dernier geste dans une exécution romaine : la constatation de la mort du condamné. Oui, il est mort, il est réellement mort ! 

    Et dans sa mort, il s'est révélé lui-même jusqu'au bout. Le coeur transpercé est son ultime témoignage. Jean, l'Apôtre qui se tenait au pied de la Croix, l'a compris ; au cours des siècles, les disciples du Christ et les maîtres de la foi l'ont compris. Au XVII ème siècle, une religieuse de la Visitation a reçu de nouveau ce témoignage à Paray-le-Monial ; Marguerite-Marie le transmet à toute l'Eglise au seuil des temps modernes. 

    Par le Coeur de son Fils, transpercé sur la Croix, le Père nous a donné tout, gratuitement. L'Eglise et le monde reçoivent le Consolateur : l'Esprit Saint. Jésus avait dit : " Si je pars, je vous l'enverrai". Son coeur transpercé témoigne qu'il est parti. Il envoie désormais l'Esprit de vérité. L'eau qui coule de son côté transpercé est le signe de l'Esprit Saint : Jésus avait annoncé à Nicodème la nouvelle naissance "de l'eau et de l'Esprit". Les paroles du prophète Ezéchiel s'accomplissent : " Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau." 

    4. Sainte Marguerite-Marie a connu ce mystère admirable, le mystère bouleversant de l'Amour divin. Elle a connu toute la profondeur des paroles d'Ezéchiel : " Je vous donnerai un coeur".

    Tout au long de sa vie cachée dans le Christ, elle fut marquée par le don de ce Coeur qui s'offre sans limite à tous les coeurs humains. Elle était saisie tout entière par ce mystère divin, comme l'exprime l'admirable prière du psaume de ce jour : 

    "Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !" 

    "Tout mon être", c'est-à-dire "tout mon coeur" ! 

    Bénis le Seigneur !... N'oublie aucun de ses bienfaits ! Il pardonne. Il guérit. Il "réclame ta vie à la tombe". Il "te couronne d'amour et de tendresse".

    Il est bon et plein d'amour. Lent à la colère. Plein d'amour : d'amour miséricordieux, Lui qui se souvient "de quoi nous sommes pétris";

    Lui. Vraiment lui, le Christ.

    5. Toute sa vie, sainte Marguerite-Marie brûlait de la flamme vive de cet amour que le Christ est venu allumer dans l'histoire de l'homme.

    Ici, en ce lieu de Paray-le-Monial, comme jadis l'Apôtre Paul, l'humble servante de Dieu semblait crier au monde entier : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?"

    Paul s'adressait à la première génération des chrétiens. Ils savaient ce que sont "la détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, et même la nudité" (dans les arènes, sous les dents des bêtes), ils savaient ce que sont le péril et le glaive !

    Au XVII ème siècle, la même question retentit, posée par Marguerite-Marie aux chrétiens d'alors, à Paray-le-Monial. 

    En notre temps, la même question retentit, adressée à chacun de nous. A chacun en particulier, quand il regarde son expérience de la vie familiale. 

    Qui brise les liens de l'amour ? Qui éteint l'amour qui embrase les foyers ?

    6. Nous le savons, les familles de ce temps connaissent trop souvent l'épreuve et la rupture. Trop de couples se préparent mal au mariage. Trop de couples se désunissent, et ne savent pas garder la fidélité promise, accepter l'autre tel qu'il est, l'aimer malgré ses limites et sa faiblesse. Alors trop d'enfants sont privés de l'appui équilibré qu'ils devraient trouver dans l'harmonie complémentaire de leurs parents.

    Et aussi, quelles contradictions à la vérité humaine de l'amour, lorsqu'on refuse de donner la vie de manière responsable, et lorsque l'on en vient à faire mourir l'enfant déjà concu ! 

    Ce sont là les signes d'une véritable maladie qui atteint les personnes, les couples, les enfants, la société elle-même !

    Les conditions économiques, les influences de la société, les incertitudes de l'avenir, sont invoquées pour expliquer les altérations de l'institution familiale. Elles pèsent, certes, et il faut y remédier. Mais cela ne peut justifier que l'on renonce à un bien fondamental, celui de l'unité stable de la famille dans la libre et belle responsabilité de ceux qui engagent leur amour avec l'appui de la fidélité inlassable du Créateur et du Sauveur.   

     N'a-t-on pas trop souvent réduit l'amour aux vertiges du désir individuel ou à la précarité des sentiments ? De ce fait, ne s'est-on pas éloigné du vrai bonheur qui se trouve dans le don de soi sans réserve et dans ce que le Concile appelle "le noble ministère de la vie" ? Ne faut-il pas dire clairement que se rechercher soi-même par égoïsme plutôt que chercher le bien de l'autre, cela se nomme le péché ? Et c'est offenser le Créateur, source de tout amour, et le Christ Sauveur qui a offert son coeur blessé pour que ses frères retrouvent leur vocation d'êtres qui engagent librement leur amour.

    Oui, la question essentielle est toujours la même.

    Le danger est toujours le même : que l'homme soit séparé de l'amour !

    L'homme déraciné du terrain le plus profond de son existence spirituelle. L'homme condamné à avoir de nouveau un "coeur de pierre". Privé du  "coeur de chair" qui soit capable de réagir avec justesse au bien et au mal. Le coeur sensible à la vérité de l'homme et à la vérité de Dieu. Le coeur capable d'accueillir le souffle de l' Esprit Saint. Le coeur rendu fort par la force de Dieu. Les problèmes essentiels de l'homme - hier, aujourd'hui, demain - se situent à ce niveau. Celui qui dit : "je vous donnerai un coeur" veut mettre dans ce mot tout ce par quoi l'homme "devient plus". 

    7.  Le témoignage de beaucoup de familles montre assez que les vertus de la fidélité rendent heureux, que la générosité des conjoints l'un pour l'autre et ensemble vis-à-vis de leurs enfants est une vraie source de bonheur. L'effort de maîtrise de soi, le dépassement des limites de chacun, la persévérance aux divers moments de l'existence, tout cela conduit à unépanouissement dont on peut rendre grâce.

    Alors il devient possible de porter l'épreuve qui survient, de savoir pardonner une offense, d'accueillir un enfant qui souffre, d'illuminer la vie de l'autre, même faible ou diminué, par la beuté de l'amour.

    Aussi voudrais-je demander aux Pasteurs et aux animateurs qui aident les familles à s'orienter, de leur présenter clairement l'appui positif que constitue pour elles l'enseignement moral de l'Eglise. Dans la situation confuse et contradictoire d'aujourd'hui, il faut reprendre l'analyse et les règles de vie qui ont été exposées particulièrement dans l'exhortation apostolique Familiaris Consortio, à  la suite du Synode des Evêques, en exprimant l'ensemble de la doctrine du Consile et du magistère pontifical.

    Le Concile Vatican II rappelait que "la loi divine manifeste la pleine signification de l'amour conjugal, elle le protège et le conduit à son achèvement vraiment humain."

    8. Oui, grâce au sacrement du mariage, dans l'Alliance avec la Sagesse divine, dans l'Alliance avec l'amour infini du Coeur du Christ, familles il vous est donné de développer en chacun de vos membresla richesse de la personne humaine, sa vocation à l'amour de Dieu et des hommes.

    Sachez accueillir la présence du Coeur du Christ en lui confiant votre foyer. Qu'il inspire votre générosité, votre fidélité au sacrement où votre alliance a été scellée devant Dieu ! Et que la charité du Christ vous aide à accueillir et à aider vos frères et soeurs blessés par les ruptures, laissés seuls ; votre témoignage fraternel leur fera mieux découvrir que le Seigneur ne cesse d'aimer ceux qui souffrent.

    Animés par la foi qui vous a été transmise, sachez éveiller vos enfants au message de l'Evangile et à leur rôle d'artisans de  justice et de paix. Donnez-leur d'entrer activement dans la vie de l'Eglise. Ne vous déchargez pas sur d'autres, coopérez avec les Pasteurs et les autres éducateurs dans la formation à la foi, dans les oeuvre de solidarité fraternelle, l'animation de la communauté. Dans votre vie de foyer, donnez franchement sa place au Seigneur, priez ensemble. Soyez fidèles à l'écoute de la Parole de Dieu, aux sacrements et d'abord à la communion au Corps du Christ livré pour nous. Participez régulièrement à la messe dominicale, c'est le rassemblement nécessaire des chrétiens en Eglise : là, vous rendez grâce pour votre amour conjugal lié "à la charité du Christ se donnant lui-même sur la Croix"   ; vous offrez même vos peines avec son Sacrifice ; chacun, conscient d'être pécheur, intercède  aussi pour ceux de ses frères qui, de bien des manières, s'éloignent de leur vocation et renoncent à accomplir la volonté d'amour du Père ; vous recevez de sa miséricorde la purification et la force de pardonner vous-mêmes ; vous affermissez votre espérance ; vous marquez votre communion fraternelle en la fondant sur la communion eucharistique.  

    9. Avec Paul de Tarse, avec Marguerite-Marie, nous proclamons la même certitude : ni la mort ni la vie, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni aucune créature, rie ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ. 

    J'en ai la certitude...rien ne pourra.... jamais ! 

    Aujourd'hui, nous nous trouvons en ce lieu de Paray-le-Monial pour renouveler en nous-mêmes cette certitude : "Je vous donnerai un coeur..."

    Devant le Coeur ouvert du Christ, nous cherchons à puiser en lui l'amour vrai dont nos familles ont besoin. 

    La cellule familiale est fondamentale pour édifier la civilisation de l'amour. 

    Partout, dans la société, dans nos villages, dans nos quartiers, dans nos usines et nos bureaux, dans nos rencontres entre peuples et races,  le  "coeur de pierre", le coeur desséché, doit se changer en "coeur de chair", ouvert aux frères, ouvert à Dieu. Il y va de la paix. Il y va  de la survie de l'humanité. cela dépasse nos forces. C'est un don de Dieu. Un don de son amour. 

    Nous avons la certitude de son amour !

                                                                    Jean-Paul II