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Chemin vers Pâques (12)

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Cette révélation de la nature profonde du péché reçoit son accomplisssement et comme sa contre-épreuve dans le Nouveau Testament.

C'est une des fonctions aussi de Jésus, Prophète eschatologique, de mettre le doigt sur le péché de ses contemporains. Et, alors qu'Il pardonne avec une déconcertante facilité les fautes les plus graves et les plus choquantes des publicains et des prostituées, il se montre d'une impitoyable sévérité, voire d'une extrême violence, devant le péché des chefs religieux, des scribes et des pharisiens. Car celui-ci n'est autre précisément que la volonté perverse, quasi à l'état pur, de prendre la place de Dieu, sous des dehors, bien sûr, de piété et d'observance de la Loi : ce que montrera le meurtre de Jésus auquel finalement il aboutira.

Sous-jacent à ce péché, il y avait, comme ce fut le cas pour la faute d'Adam, un manque de foi : le Dieu des pharisiens n'était plus le Dieu infiniment bon et puissant qui s'était révélé tout au long de l'histoire du peuple élu en lui pardonnant inlassablement ses trahisons et ses révoltes, en l'arrachant maintes et maintes fois à ses ennemis, en le sauvant sans cesse [35] de nouveau ; Il n'était pas le Père que Jésus venait révéler au monde ; Il était un législateur pointilleux et un rémunérateur, le "calculateur" des oeuvres des humains ; Il était un Maître arbitraire dont la Loi faisait autorité indépendamment du bien des hommes qui devaient en accomplir les ordonnances.

Cette méconnaissance de Dieu et spécialement de la gratuité de son Amour entraînait inévitablement un légalisme aveugle et une inconsciente hypocrisie dans l'observance méticuleuse de la Loi ; elle portait surtout à considérer Dieu comme moyen de salut et plus immédiatement de promotion personnelle : le "zèle de Dieu" et de sa Loi  avait permis à ces "maîtres" et à ces "docteurs" de s'installer dans la chaire de Moïse, de se faire respecter et obéir, d'attirer sur eux l'honneur et la louange dus seulement à Dieu. Ils préféraient la gloire  qui vient des hommes à celle qui vient de Dieu. Et quand Jean-Baptiste vint au nom de Dieu, ils ne purent croire en lui. Bien moins encore purent-ils croire en Jésus, en qui d'instinct ils sentirent un rival qui risquait de prendre leur place et dont rapidement ils voulurent à tout prix se débarrasser. Mais supprimer Jésus  c'était très précisément supprimer Dieu.

Et, sans en être conscients, bien sûr, c'est cela que voulaient les chefs religieux d'Israël, les scribes et les pharisiens : supprimer  Dieu pour prendre ou garder sa place, parce qu'ils s'idolâtraient eux-mêmes.

Or ceci est très révélateur quant à la nature profonde du péché. Il est facile de s'en rendre compte en relisant la conclusion de l'admirable et terrible diatribe que Jésus lançait contre les scribes et les pharisiens et qui nous est rapportée en Mt 23. Jésus leur dit d'abord qu'ils sont bien "les fils de ceux  qui ont assassiné les Prophètes" (Mt 23,31) et, faisant allusion à sa mort prochaine, Il leur annonce qu'ils allaient "combler la mesure de leurs pères" (Mt 23,32). La mise à mort de Jésus apparaît ici en continuité avec celle des prophètes ; davantage, elle est comme le sommet et le résumé de toute l'histoire du péché. Mais il y a aussi continuité des péchés passés aux péchés futurs, que Jésus annonce en même temps : " Voici que j'envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes (il s'agit ici des missionnaires chrétiens) : vous en tuerez et mettrez en croix... (Mt 23,34). La mise à mort de Jésus est donc en fait la récapitulation de tous les péchés, passés et futurs. Enfin Jésus ajoute : "Tout le sang des justes répandu sur la terre... tout cela va retomber sur cette génération" (Mt 23,35), la génération  de ceux qui L'ont crucifié. C'est dire qu'il y a [36] une quasi identification entre tous les péchés du monde et la crucifixion de Jésus.

Le péché de ceux qui ont mis à mort le Fils de Dieu est bien le "péché-type", et il est une volonté de supprimer Dieu pour prendre sa place, il est une volonté d'être comme un dieu mais par ses propres moyens et donc en opposition avec l'unique vrai Dieu. Et c'est bien là le fond de tout péché.

 

Claude Richard - Il est notre Pâque - Cerf , 1980  

Claude Richard a été abbé de l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Timadeuc, près de Rohan

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