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Croire en Dieu : qu'est-ce à dire ? (1)

[18] (...)

Je crois en Dieu... Mais, qu'est-ce que la foi ? Si l'on se demande ce que signifient ces mots, si l'on envisage de l'extérieur, pour ainsi dire, cette affirmation - Je crois en Dieu - elle devient énigmatique, alors que nous avions auparavant l'impression de la comprendre.

Il est évident que la foi est autre chose que la connaissance, du moins que la connaissance au sens usuel du terme. Si je dis Je crois en Dieu, ou en d'autres termes, je sais que Dieu existe, ce savoir n'est en rien comparable au fait de savoir que dans ma chambre il y a une table ou bien que dehors il pleut. Cette dernière connaissance, que nous appelons objective, ne dépend pas de moi, elle pénètre dans ma conscience en dehors de ma volonté, de mon libre choix. Elle est réellement objective, et moi, comme individu, comme personne, je ne peux que l'accepter et la faire  mienne. Mais lorsque je dis Je crois en Dieu, cette affirmation exige un choix, une décision ; autrement dit, elle suppose une participation très personnelle de tout mon être. Mais dès lors que cette participation personnelle, que ce choix disparaissent, ma foi devient morte : elle est pratiquement inexistante. Or nous sommes loin de toujours croire véritablement ; c'est pourquoi nous ne pouvons pas [19] transformer notre foi en un élément objectif, toujours égal à lui-même, qui serait une partie intégrante de nos convictions ou de notre vision du monde. 

Beaucoup de personnes s'adressent à Dieu dans la peur, le malheur, la souffrance, mais dès l'instant où ces difficultés disparaissent, elles retournent à une vie qui n'a plus rien à voir avec la foi, comme si Dieu n'existait pas. Plus nombreux, encore, sont ceux qui ne croient pas tant à Dieu mais qui ont foi en la religion aussi bizarre que cela puisse paraître. Ces personnes se sentent bien à l'église. La plupart d'entre elles sont habituées, depuis leur enfance, à cette sacralité de l'église, des rites religieux. Là, tout est beau, bon, profond, mystérieux : ce n'est pas comme dans le monde quotidien, laid et méchant. Et elles s'accrochent à cette religiosité sans jamais y réfléchir en profondeur. Mais tout cela n'a presque rien à voir avec la vie réelle. La religiosité apporte des émotions bonnes, pures, elle aide à vivre. Or là encore, la religion et la vie forment deux univers cloisonnés. Enfin, il y a une troisième catégorie de personnes. Ce sont celles qui considèrent que la religion est nécessaire à la société humaine, à la nation, à la famille, aux enfants, aux malades, pour affermir l'honnêteté et la morale ; celles qui, en d'autres termes, la réduisent à son utilité. Je me souviens, lorsque j'étais jeune prêtre, des mères s'adressaient à moi pour que je les aide, par la confession, à éradiquer chez leurs enfants tel ou tel mauvais penchant : " Dîtes à mon enfant que Dieu voit tout, alors il va avoir peur et ne fera plus telle ou telle chose..." C'est une religion qui aide, qui console, où le sacré, le sublime procurent un certain plaisir. C'est la religion "utile". Notons qu'il y a là une part de vérité. Mais réduite à cela, la religion n'est pas cette foi dont parlait l'apôtre Paul [les exégètes n'accordent pas la paternité de l'épitre aux Hébreux à l'apôtre Paul, note du rédacteur de ce blog] , à l'aube du christianisme : "La foi est la garantie de ce qu'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas " (He 11,1).

Essayons de réfléchir à ces paroles étranges : " la garantie de ce qu'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas". Expressions étranges, car chacune renferme, en apparence, une contradiction. En effet, si je suis en train d'attendre quelque chose, "d' espérer", c'est justement parce que cela n'est pas encore réalisé, sinon il n'y a plus rien à attendre. Quant à l'invisible, c'est-à-dire à ce qui ne peut être vérifié, comment pourrait-il être vu, reconnu, devenir en moi une certitude, pour ainsi dire une preuve, une [20] réalité, un bien que je possède ? Pourtant, c'est justement par ces paradoxes apparents que l'apôtre Paul définit la foi. On remarque d'abord que le mot Dieu est absent de cette définition. Il apparaîtra dans les versets suivants de son épître. Mais à ce stade, il parle de la foi comme d'un état particulier propre à l'homme, comme d'un don qu'il possède.

De quel don est-il question ? On peut dire qu'il s'agit d'une aspiration, d'une attirance, de l'attente d'une chose désirée, du pressentiment d'une autre chose pour laquelle il vaut la peine de vivre.  Il est curieux de voir que Jean-paul Sartre, philosophe athée, définit l'homme d'une façon presque identique : " L'homme est une passion inutile". Il définit cette passion, cette aspiration comme "inutiles" car, d'après sa conviction, elles sont illusoires puisqu'il n'y a aucun objet, vers quoi l'homme peut tendre. Il n'a rien à espérer, ni rien à attendre. Or ce qui est important, c'est que Sartre décèle aussi en l'homme une attente, une soif. Ainsi, la foi, pour en revenir à l'apôtre Paul, est une connaissance, une rencontre avec ce que l'homme attend, sans qu'il le sache toujours lui-même ; une aspiration et une soif qui déterminent sa vie. Sans cette soif, sans cette attente, il ne pourrait y avoir de rencontre. Si l'objet de cette soif n'existait pas, il n'y aurait pas non plus en l'homme, cette attente. Dans cette rencontre, l'invisible devient certitude, c'est-à-dire possession aussi du réel.

Tout cela veut dire que, dans l'expérience chrétienne de la foi, cette dernière n'est pas simplement le fruit, la manifestation d'une connaissance, la déduction d'un raisonnement ou de vérifications ; ce n'est pas le résultat d'un calcul mental et, en même temps, ce n'est pas seulement une émotion religieuse, qui peut être présente un instant, puis disparaître dans la minute suivante. La foi est essentiellement une rencontre, la rencontre réelle de quelque chose de très profond en nous avec ce vers quoi est dirigée l'attente inhérente à tout être, même si l'homme n'en est pas conscient. C'est saint Augustin qui a le mieux exprimé ce qu'était cette rencontre, cette "garantie de ce que l'on espère" et la "preuve des réalités qu'on ne voit pas". "C'est pour Toi-même que Tu nous as créés, Seigneur, et notre coeur ne pourra se calmer en nous tant qu'il ne T'aura pas trouvé." Cela nous conduit au troisième mot, le plus mystérieux de notre confession de foi : Je crois en Dieu ; cela nous amène au mot Dieu.

                                                               A suivre...

Alexandre Schmemann - Vous tous qui avez soif - Ed YMCA-Press - F.X de Guibert  - Paris 2005 - ISBN : 2-85065-xxx-x & 2-7554-0032-3

 

Commentaires

  • Avoir la foi, ce n'est pas aller à la rencontre de Dieu, mais se dépouiller de soi-même, se "désapproprier" (comme dit si bien M. Zundel) pour faire place à Dieu, pour qu'il nous inonde son Amour. En fait la Foi ne consiste pas précisément dans l'adhésion à un certain nombre de vérités (dogmes), dans l'observance de toutes une série de commandements. Le Christ n'est pas venu sur terre pour nous ,imposer une morale d'obligations, mais proposer à notre liberté une morale de libération, une réponse à l'Amour du Père. La Foi, don de Dieu déposé dans le terreau de notre coeur est comme une graine qui doit germer, grandir, s'épanouir tout au long de la vie et dont le plus beau fruit est celui de l'amour envers Dieu et le prochain qui nous fera parvenir, malgré des écueils, à la découverte progressive d'un Visage, d'une Personne vivante qui offre son Amour à notre liberté et mendie une réponse d'amour qui, lorsque nous la donnons, transfigure notre vie et comble notre soif d'absolu, d'infini. On ne se pose plus alors la question de l'existence ou non de Dieu parce que par toutes fibres de son être on arrive à "respirer" son existence. Notre âme se sait habitée par une Présence et un Amour tels que cela nous fait dire comme St Paul ; " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". La Foi a pris visage d'Abandon, de Confiance totale, voire de certitude absolue. Alors on se sent constamment poussé à une adoration silencieuse et profonde, pour ne plus faire qu'Un avec l'Autre, avec l'Amour et Lui dire, non pas " Seigneur, je crois en Vous", mais ">Père, je T'aime de tout mon coeur, de toute mon âme, de toutes forces"

  • Bsr, Je suis émerveillé par vos paroles. Dieu est en nous, tout autour de nous et nous suit constamment. Lui donner notre amour et il est parmi nous . Je dis nous, je devrais dir JE, à chaque prière il est à coté de moi et en moi, il m'écoute et me répond et me faisant passer des frisson dans corps, de haut en bas et de gauche à droite. Il est en moi lorsque je suis faible ou heureux ou lorsqu' il sent que j'ai besoin de sa présence. Ce n'est ni une passion ni une conviction, c'est un fait. Je ne passe pas mon temps dans les églises, je ne ressent pas sa présence dans ses lieux malgré le bien-être qu'on y trouve. Il est avec moi lorsque je m'y attends le moins.lorsqu'il est présent, je vis un magnifique moment de sérénité et de bien être que j'ai du mal à m'expliquer. Puis il part comme il est venu, et je ressents un bien être en moi. Je ne peux l'expliquer. c'est ainsi. Je dirais presque que c'est de l'amour qu'il partage ''inondé'' je dirais oui, quelques minutes qui redonnent un sens à l'existence de l'amour de dieu, elle est bien réel. Je vous le dis pour le vivre régulièrement.
    Christophe

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