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La métamorphose

La grande nostalgie de l'homme, c'est le voyage. Et le voyage, en tant que nostalgie, peut se définir : être ailleurs dans l'espoir de devenir autre. La frénésie du voyage révèle un dégoût certain de soi tel qu'on est et l'envie tenace qu'un environnement tout neuf vous aidera à devenir meilleur, à vous sentir mieux dans votre peau, qui sait ? à changer de peau.

A cet égard, la signification initiatique que les drogués donnent au mot "voyage" est bien révélatrice ; malheureux, les parents, les éducateurs, les juges, les hommes politiques, qui ne verraient dans le goût des jeunes pour le "voyage" que le sens d'une perversion. C'est l'aberration d'une nostalgie plus profonde, celle d'un monde où disparaîtraient toutes les oppressions, où les lois de la pesanteur, de toutes les pesanteurs, seraient abolies, où chacun se sentirait libre et capable de tout, dans le quotidien de la vie. Ce n'est pas tellement loin de ce que Jésus promettait, mais il le promettait sur le plan spirituel, celui de l'âme. Au fond, le goût de la drogue révèle une nostalgie plus profonde, celle de la sainteté, et de la sainteté la plus classique, y compris avec les miracles, le goût de la plongée en Dieu infini.

 

C'est à un voyage initiatique que conviait Jésus, mais il remplaçait la drogue par l'Esprit-Saint. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est saint Paul : "Cessez de vous enivrer avec du vin, soûlez-vous de l'Esprit-Saint." Si l'appel de Jésus-Christ était entendu et compris, s'il était d'abord exprimé dans un langage vrai que la jeunesse pût comprendre, c'est infaillible, il aurait encore sur toutes les jeunesses du monde l'effet qu'il eut il y a deux mille ans, où il se répandit comme le feu sur une traînée de poudre. S'il n'a pas cet effet, à qui la faute ? Non pas à la jeunesse, qui n'a jamais été plus prête à tous les voyages, mais à ceux qui détiennent le message, qui n'y entrent pas, et qui se débrouillent très bien pour empêcher les autres d'y entrer.

Dès les premiers mots de son enseignement, en nous recommandant de devenir autres [Simone Fabien et moi avons traduit par "devenir autres" la fameuse locution "se convertir"], Jésus nous convie à un voyage. Le terme de ce voyage, ce ne sont pas les paradis artificiels. C'est le vrai, l'unique Paradis, de la communion avec Dieu qui se consomme à l'intérieur de soi, dans le noyau le plus intime de l' âme. Ce n'est pas à un voyage autour du monde que je suis convié, ce n'est même pas à un voyage autour de ma chambre.

C'est à un voyage tout entier à l'intérieur de moi. Quant à l’accès à ce paradis intérieur, ce n'est pas une drogue, artificielle elle aussi, qui peut me l'ouvrir, mais le seul sang de Jésus-Christ qui nous enivre de l'Esprit Saint. Rien de cela ne va sans un immense effort sur soi-même. Devenir autre veut d'abord dire : changer soi-même et de l'intérieur. C'est infiniment plus difficile que de faire la révolution, et infiniment plus urgent. Aller jusqu'au bout de soi-même est un voyage plus long et plus périlleux que d'aller au bout du monde, ou même d'aller au bout de la nuit.

R.L Bruckberger - La Révélation de Jésus-Christ - Grasset 1983

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