compteur de visite site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

puissance

  • Qui me voit

    " Qui me voit voit le Père " ( Jn 14,9). Qui me voit en croix voit le Père qui lui dit, dans sa Parole, qu'il n'a aucun dessein de domination sur lui. C'est même le seul dessein dont on peut être sûr. Il est tout de même libérateur de penser que notre existence repose sur une relation pure de toute domination, sur une relation qui n'a aucun projet de domination sur nous. Est-ce la caractéristique des relations que nouent entre eux les chrétiens ? C'est à eux de le dire. Mais si c'était vraiment le cas, cela se saurait. Hélàs ! je crois que nous en sommes encore à une vision esclavagiste des relations humaines et des relations que nous avons avec le Créateur. Si nous en libérions notre coeur, tout pourrait commencer différemment. 

    (...)

    Si nous nous mettons à aimer Dieu, nous ne pourrons pas lui faire l'injure de l'accueillir, lui absolument aimable, et, en même temps, d'avoir avec les autres des relations qui nient cette puissance démunie de toute domination. Nous ne pouvons pas faire à Dieu l'injure de rêver avec lui de cette relation pure de toute domination, et de vivre une relation pleine de domination avec les autres. "Ayez les mêmes sentiments que le Christ Jésus". (...)

    (...), il ne s'agit cependant pas de tomber dans le culte de l'impuissance. Il ne faudrait pas que des chrétiens plus ou moins masochistes s'orientent dans cette direction-là. Il s'agit plutôt de découvrir la puissance capable de faire éclore la liberté, parce que c'est cela la création. (...)

    Pierre Ganne - Etes-vous libre ? - Anne Sigier , 2008 pp. 119-121    

  • Clé de la tentation

    Dieu ne tente personne. Le texte de la lettre de Jacques est catégorique : "Que personne, lorsqu'il est tenté ne dise : c'est Dieu qui me tente. Dieu ne peut pas être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne" (1,13). (...) Donc la fameuse traduction [du Notre Père, ndr] : " Ne nous induis pas ", ou " ne nous soumets pas à la tentation " est absurde. 

    La tentation serait-elle alors l'oeuvre d'un Esprit du Mal ? Si l'on veut ; à condition de ne pas personnaliser cet esprit, et de ne pas faire du diable et de Satan des personnages ayant une entité comparable à celle d'un homme, fut-ce de l'esprit d'un homme ! [ note de l'auteur de ce blog : le diable comme personne bien distincte existe t-il ? La question reste en suspens. Des avis opposés sont donnés  sur cette question. Il faut rester prudent. Jacques Ellul a tranché avec une bonne explication, mais il n'engage que lui-même; cependant la suite de sa réflexion est très intéressante.] 

    Il m'est souvent arrivé de le rappeler : "Shatân" c'est " l'Accusateur". ce qui veut dire que partout où il y a un accusateur (humain), un esprit d'accusation, il y a Shatân; mais il suffit d'hommes pour cela. Un homme en accuse un autre, il fait partie de shatân (nom commun !). Le shatân n'est que le composé, la synthèse, l'addition de toutes les accusations portées par des hommes contre d'autres hommes dans le monde. Ce n'est pas un "esprit" indépendant de l'homme qui lui "inspire" cette accusation. Elle monte toute seule du coeur de l'homme.  

    Exactement comme le diabolos est l'esprit de la division. Ce n'est pas que je fasse bon marché des Exousiai, dont parle Paul quand il dit que ce n'est pas contre la chair et le sang que nous avons à combattre, mais contre les dominations (archa), les autorités (exousiai), les princes de ce monde (cosmocrates), les forces spirituelles de méchanceté (pneumatika tes ponerias) : voilà les ennemis, qui sont "spirituels" et siègent parfois jusque dans les lieux très hauts... mais cela n'implique pas du tout une personnification de chacun : cela veut dire que tout "archonte", autorité de la terre, politique ou autre, a son double, son doublet, son correspondant, dans une sorte de "surplus", qui assure son pouvoir et sa domination sur le monde. De même pour toute "exousia" : c'est le même mot qui sert à désigner le magistrat terrestre et cette "autorité céleste", spirituelle ; en réalité il s'agit de l'envers de tout pouvoir. On ne saurait trop méditer la célèbre formule  : "Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument."

    On peut dire qu'il n'y a jamais un magistrat bon ; une autorité juste ! Sitôt que l'homme a un pouvoir, quel qu'il soit, sur d'autres hommes, il est corrompu. (...) c'est la très simple, très directe domination qui est en elle-même corruption. (...)

    Ainsi toute tentation est humaine. Ce n'est pas Dieu qui nous tente, mais pas davantage un "diable" extérieur à nous. L'amorce de l'analyse solide est donnée par Jacques (1,14) : "Chacun est tenté quand il est attiré par sa propre convoitise." La clé de la tentation c'est la convoitise qui est en chacun de nous, dont l'autre face s'appelle esprit de puissance. Je dirai que la "convoitise" englobe toutes les origines de la tentation, mais lorsque celle-ci concerne l'être humain, elle prend la forme de l'esprit de puissance.

    Jacques  Ellul - Si tu es le Fils de Dieu - EBV/Le Centurion, 1991. pp 16-19